‹ Des hallucinations chez les enfantsChapitre 6 sur 11 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

Hallucinations réflexes, sympathiques.

Les convulsions sont le phénomène nerveux le plus habituellement observé au début des maladies aiguës fébriles de l’enfance, telles que la pneumonie, l’angine tonsillaire et les fièvres éruptives 5 mais de temps à autre, on voit avant la convulsion ou après elle, des hallucinations passagères visuelles, qui ne viennent qu’une fois, rarement davantage. Ce phénomène est quelque chose d’analogue au délire du début de la pneumonie et de la variole chez l’adulte, alors que rien n’est déclaré et qu’il est impossible de faire un diagnostic.

Il annonce le commencement d’une maladie, dont la localisation ne sera peut-être possible que deux ou trois jours après : L’organisme est atteint subitement et réagit aussitôt par .le nerf sympathique, pour produire soit des convulsions, soit des hallucinations, soit du délire, selon l’âge des sujets et leur idiosyncrasie naturelle ou acquise.

Chez les jeunes enfants, on n’observe guère dans l’état fébrile que les hallucinations ou les convulsions, ce que témoignent les vingt observations que l’on va lire. Chez l’adulte, au contraire, c’est du délire et quelquefois du délire furieux hallucinatoire, si le sujet est alcoolique.

Que se passe-t-il alors dans l’intérieur du cerveau et dans

Bouchut. 3

le fonctionnement des cellules cérébrales ; que font la perception, l’intelligence et la motilité? Je ne veux rien préciser pour ne pas faire du roman scientifique, mais il est permis de croire que ces troubles étant passagers, dépendent également d’un trouble passager de la circulation vaso-motrice cellulocérébrale et qu’une hyperhémie vaso-motrice peut être considérée comme étant la cause de ces accidents. Ce qui peut autoriser à dire qu’il en est ainsi, c’est qu’un autre épisode de début des maladies fébriles, le frisson, n’est qu’une convulsion partielle, et la sensation prononcée de froid, qui n’est qu’une illusion sensoriale, est accompagnée d’une élévation de température, 40 degrés, qui révèle un trouble vaso-moteur profond amenant la paralysie vaso-motrice passagère.

Sensation de froid malgré l’élévation thermique, perception d’images qui n’existent pas ou hallucinations, convulsions et délire, à la première heure d’une maladie aiguë fébrile innommée sont des perturbations nerveuses de même ordre ; ce sont des accidents réflexes jadis appelés sympathiques, dont la constriction ou la paralysie vaso-motrice peuvent seules rendre compte.

Reich a observé quatre cas d’hallucination survenue à la suite du froid.

Quatre enfants, après avoir été exposés plusieurs heures à un froid très vif, passèrent brusquement dans un appartement très chauffé. Immédiatement ils devinrent anxieux, en proie à des hallucinations, le visage vultueux, le pouls rapide, la température était normale.

Au bout de quelques jours, tout était rentré dans l’ordre, mais tous les quatre eurent une assez forte amygdalite avec bronchite.

Observation XXXI (Personnelle).

Pneumonie du sOminet. — Hallucinations diurnes et nocturnes pendant quatre jours.

Victorine G.entrée le It juillet 1883; 3 ans 1/2. Cette en¬

fant habituellement bien portante est malade depuis quatre jours, avec de la fièvfe, des vôinissëmënts continuels, de la diarrhée et des crises aiguës accompagnées d’hâllucinationSj de frayeurs causées par la présence de bêtes qu’elle croyait avoir devant ses yeux.

Ces phénomènes ônjt dütê pendant quatre jours et l'enfant est entrée à rhôpital.

A partir de ce moment, les vomisseniëïits et la dîâffhée bût cessé, mais les cris et les hallucinations ont Continué tôut le joUf et une partie de la nuit.

ce matin, 18 , l’enfant se plaint de douleurs dans tout le ventïè et pas ailleurs. La flèvfe est très vive, 39,8. Ëlle n'a pas eü de vomissement ni de diarrhée et les hallucinations ont CëSsé.

L’enfant tousse à peine et présente au sommet du poumon droit, en arrière, un peu de matité relative, du souffle peu caractérisé et un peu de retentissement de la vOix sans râle crépitant.

Ces phénomènes diminuent à mesuré que l’On descend, que l’on va dans la région axillaire, et ils n'existent pas Sous la clavicule.

Langue sèche, villeUse, sôif vive. Peau chaude, 136 pulsations, 32 respirations; 2 Sângsües.

19 juillet. — Plus d’hallucinations. La pneumonie continue franchement son cours. — Elle dura huit jours, guérit parfaitement et l'enfant sertit de l'hôpital le 19 août.

Observation XXXII.

^ Hallueiüàtîôris Sÿmpathiqües d'Uû début de pneumonie.

Albert, âgé de 5 ans, vu le 6 janvier 1874, est malade depuis huit jours. Il a été pris de courbature, de forte fièvre aveccépha-

lalgie, toux et dyspnée excessive due à une pneumonie du sommet droit. Le soir, tout en étant bien éveillé, il a des hallucinations visuelles caractérisées par l’apparition d’hommes et de bêtes qu’il ne peut décrire. Ces hallucinations sont revenues deux jours de suite et ont cessé. (Communiquée par mon père.)

Observation XXXIII.

Scarlatine. — Hallucinations sympathiques du début. — Pneumonie catarrhale. — Diphtérite. —Mort. — Autopsie.

N....., Anna, âgée de 3 ans 1/2, entrée le 24 mai 1861, est très maladive. Elle a eu le croup, la rougeole, la coqueluche, différentes affections fébriles.

Depuis cinq jours, l’enfant a la fièvre avec délire très prononcé la nuit, accompagné d’hallucinations terrifiantes, d’êtres fantastiques lui faisant peur et disparaissant assez vite ; ou bien de la vue de son frère. Puis est survenue l’éruption rouge, uniforme, pour laquelle on l’amène à l’hôpital.

Le 25 mai. Il s’agit d'une scarlatine bien caractérisée avec miliaire, sur laquelle la rayure du doigt laisse une trace blanche et angine tonsUlaire rouge assez forte. Toux fréquente, respiration courte, embarrassée, diminution de résonnance thoracique en arrière à droite avec râles sibilants et muqueux. Pouls 120.

Le 27. L’éruption a disparu, sauf les vésicules miliaires qui se dessèchent et s’exfolient. Matité des deux côtés de la poitrine en arrière, avec rudesse de l’inspiration et râles sous-crépitants. Chaleur très forte de la peau, et pouls 132. Plus d’hallucinations.

Cet état s’aggrave continuellement jusqu’au 7 juin où l’on constate avec le dépérissement une broncho-pneumonie double et des écorchures au nez, aux oreilles et aux lèvres, qui se couvrent de fausses membranes, et autour des fausses membranes on voit des ulcérations phagédéniques couvertes de croûtes impétigineuses ; au cuir chevelu des ulcérations se forment et creusent au point de détruire toute l’épaisseur du derme. Pas d’albuminurie.

Mort le 29 juin.

LYauto-psie, les deux poumons sont adhérents à la plèvre costale, surtout à droite, et leur surface est couverte d’une couche fibrineuse assez épaisse. Les deux organes sont lourds, non aérés, gorgés de sang. Ils ne crépitent plus, leurs parcelles vont au fond de l’eau et ils sont dans un état de splénisation. Nulle part il n’y a de tubercules, pas plus que dans les ganglions bronchiques.

Dans les intestins point d’ulcération, quelques plaques de Peyer hypertrophiées, et les follicules du gros intestin sont saillants et volumineux. Les ganglions mésentériques sont un peu hypertrophiés et anémiés.

Rien de particulier dans le foie, qui est pâle, exsangue, et dans les reins ; pas de fausses membranes dans le pharynx. Rien de spécial dans le cerveau. (Communiquée par mon père.)

Observation XXXIV.

Hallucinationa diurnes réflexes dues à une pneumonie.

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