V. âgée de 4 ans, fut, le P' juin) 1877, prise de fièvre
vive, de vomissements pendant trois jours avec un peu de constipation, de l’insomnie et trois jours durant des hallucinations diurnes d’un homme qui voulait l’emporter. On me fit demander en consultation avec le D'' Lebreton, pensant qu’il s’agissait de méningite.
Bien que l’enfant toussât très peu, je l’auscultai et trouvai une pneumonie de la base droite caractérisée par de la matité, du souffle sans râles, et de la bronchophonie.
C’était une pseudo-méningite due à une pneumonie franche avec phénomènes cérébraux réflexes.
L’enfant a guéri au bout de huit jours. (Communiquée pâr mon père.)
Observation XXXY.
Hallucinations réflexes par carie vertébrale.
Une fille de 4 ans, amenée du département de l’Eure, pour
une gibbosité lombaire, portant d'après ma prescription un cor set mécanique afin de faciliter la marche.
Elle dort tous les jours après son déjeuner pendant une heure ; à son réveil, en plein jour, et bien qu’elle semble tout à fait éveillée, elle a des hallucinations de la vue et voit des hommes qui veulent la prendre.
Ces hallucinations n’ont jamais lieu au réveil du matin ni dans la nuit. Elles ont fini par cesser de se produire sous l’influence du bromure de potassium. (Communiquée par mon père.)
Observation XXXVI.
Hallucinatioiis de seconde dentition.
Le 4 octobre 1877, un garçon de 10 ans vient me voir de Vitry avec sa mère. Il est grand et fort en apparence, mais mou, et il a de la fièvre par la moindre fatigue. Il fait sa seconde dentition qui est en retard et irrégulière. Il y a deux ans, il a déjà eu des hallucinations la nuit, et depuis six semaines, cette •année, le même fait s’est reproduit plusieurs fois.
Il se couche en bonne santé, puis s’éveille avec terreur et sa mère accourt près de lui. La lumière est allumée, et l’enfant parfaitement lucide. Il cause avec sa mère et voit devant lui des maisons renversées, ou dans l’espace de grandes additions à faire au moyen de chiffres immenses. Il s’inquiète de cela et dit qu’il ne pourra jamais les faire. Puis, comme la vision ne disparaît pas, il demande à sa mère d’aller se mettre au lit, en lui disant : « Quand tu resteras près de moi, cela n’y fera rien. Ces additions ne s’en iront pas, ne te fatigue pas à me veiller. »
Malgré ces paroles, la mère restait, et, au bout d’une heure, l’enfant se rendormait. Le lendemain il n’offrait rien de particulier, mais se rappelait très bien ses hallucinations de la nuit .
Dans ce cas, il n’y avait pas de demi-sommeil. L’enfant était parfaitement éveillé, lucide, très raisonnable sur tout ce qu s’entourait, conversant avec sa mère et n’ayant que le trouble sensorial de la vision. (Communiquée par mon père.)
Observation XXXVII.
Hallucinations nocturnes sympathiques'd’un accès de fièvre.
Un garçon de 3 ans 1/2 me fut amené le 9 janvier 1878. (C’était un neveu du D'’ Labitte). Cet enfant bien portant avait été guéri d’un eczéma il y a dix-huit mois. Il a, de temps à autre, la nuit, après la moindre bronchite, une diarrhée, des accès de lièvre nocturnes avec délire et hallucinations.
La nuit dernière, couché bien portant après dîner, n’ayant eu qu’un peu de diarrhée dans le jour qui n’a pas duré aujourd’hui, il s’est réveillé à minuit, la peau chaude et le pouls fréquent.
Pendant quatre heures, bien éveillé, sa mère étant près de lui et causant avec lui, il voyait des lanternes allumées autour de lui et de? fontaines qui lui faisaient peur. Gela a cessé à 4 heures du matin ; il s’est rendormi. A présent il n’a plus de fièvre, a bien déjeuné et paraît bien portant. Ces accidents, combattus parle bromure de potassium, n’ont jamais reparu. (Gom muniquée par mon père.)
Observation XXXVIII.
Hallucinations diurnes de seconde dentition.
Fille de 9 ans, forte en apparence, amenée par son père, entrepreneur, de Grenelle, le .7 juin 1877. Elle a des dents mal rangées, les unes sur les autres et depuis six jours elle a des crises nerveuses spasmodiques de quelques minutes, qui reviennent tous les jours ou plusieurs fois par jour, ou à quelques semaines de distance. Dans ces crises, elle a en plein jour l’ballucination d’hommes qui la veulent prendre pour la tuer. Elle voit un doigt, une main et un bras qui s’avancent devant elle, mais elle n’entend aucun bruit et ne sent aucun coup l’atteindre.
L’état général est bon, et, sous l’influence du bromure de potassium, ces accidents ontdisparu. (Communiquée par mon père.)
Observation XXXIX.
Vertiges, —Hallucinations sympathiques de dyspepsie.
Marceline G.. âgée de treize ans, entrée le 13 octobre 1871,
au n® 58 de la salle Sainte-Catherine.
Cette enfant non formée a, depuis deux mois, de la gastralgie avant et après le repas, mais elle conserve son appétit. Elle n’a ni pyrosis, ni aigreurs, ni vomissements. Les évacuations alvines sont irrégulières, sans mélange d’entozoaires.
Elle a souvent mal à la tête dans tous les points du crâne, ne perd pas connaissance, mais a fréquemment des vertiges qui l’obligent à s’asseoir, crainte de tomber. A ce moment, elle a des obnubilations qui se présentent aussi dans l’intervalle des vertiges. Elle n’a ni engourdissement ni picotements des membres, mais un peu de faiblesse dans les membres inférieurs. Nulle part il n’y a d’anesthésie. *
L’enfant est triste, son caractère est resté le même ; elle dort bien, sans rêves pénibles, mais elle a eu trois ou quatre fois des hallucinations de la vue et de l’ouïe. Ces hallucinations se sont produites à la tombée de la nuit et ont duré environ un quart d’heure. Elles ont été caractérisées par l’apparition d’hommes habillés qui sautaient devant elle en criant, mais sans lui adresser des menaces et sans vouloir la frapper.
L’enfant a d’ailleurs bon appétit, n’a pas de fièvre, et sa santé est bonne.
Les matières stercorales, examinées au microscope, ne présentent pas d’œufs d’entozoaires, mais offrent des débris alimentaires nombreux non digérés.
L’examen del’œilnerévèlequ’unelégèrehyperhémie papillaire.
Au bout d’un mois, l’enfant, qui n’a pas eu de nouvelles hallucinations, sort de l’hôpital en hon état. (Communiquée par mon père.)
Observation XL.
Hallucinations diurnes et nocturnes réflexes par scarlatine.
La fille de notre confrère Deleau, âgée de 6 ans, atteinte de
scarlatine maligne, et que je vis avec le D'^ Ameuille, eut pendant quatre jours des hallucinations continuelles. En pleine éruption, avec une üèyre vive, ayant toute sa connaissance, lorsqu’on lui adressait la parole, dès qu’on l’abandonnait à elle-même, elle avait la vision de ses poupées, de sa sœur qui la taquinait et qu’elle chassait du geste. Cet état dura le jour comme la nuit et avec une violence considérable. (Communiquée par mon père.
Observation XLI.
Hallucinatioas nocturaes coïncidant avec une angine fébiile violente.
Fille de 2 ans 1/2, amenée par sa mère dans mon cabinet, le 5 août 1879. Elle est malade depuis trois jours par un peu d’angine, de torticolis avec fièvre violente.
Les deux dernières nuits elle a eu, tout éveillée, avec de la lumière autour d’elle, de violentes hallucinations de bêtes placées devant elle et qu’il fallait chasser.
Cet état a disparu avec la maladie qui l’avait provoqué. (Communiquée par mon père.)
Observation XLII.
Hallucinations nocturnes sympathiques d’une angine.
Picard, 5 ans, fillette nerveuse, prise d’un petit mal à la gorge sans exsudation. Le lundi 21 mars 1881, le soir après s’être endormie, elle se réveilla avec l’hallucination de gens qui voulaient la battre et elle ne reconnaissait pas sa mère qui la tenait dans ses bras. Tout était allumé dans la chambre. Cela dura deux heures et l’enfant se rendormit. Elle se réveilla de nouveau avec les mêmes hallucinations qui durèrent une heure.
Le mardi, excellente journée et bon appétit.
Le soir, dans la nuit, mêmes hallucinations pendant deux heures. Le lendemain, bonne journée et même paroxysme la nuit. Quand je la vis, elle était très bien et, avec du bromure de potassium, 1 gramme chaque soir, cela disparut. (Communiquée par mon père.)
Observation XLIII (Personnelle).
Hallucinations nocturnes coïncidant avec une amygdalite aiguë.
Pron (Fernand), 5 ans, vu le 19 février 1880.
Enfant de bonne santé habituelle, vif, intelligent, ayant une bonne mémoire. Depuis un mois il est sujet à des hallucinations ayant débuté le soir dès qu’il s’endort. Elles persistent après le réveil. Elles ont coïncidé avec l’apparition d’un amygdalite aiguë. L’enfant porte sur la tête, au niveau de la fontanelle antérieure, une forte saillie osseuse qui pouvait faire croire à une corrélation entre cette disposition et les hallucinations nocturnes. Il n’en était rien, et les terreurs nocturnes dépendaient de l’excitation du cerveau par la fièvre de l’amygdalite. Eepas léger le soir, et pendant quinze jours bromure de potassium, un gramme.
Observation XLIV.
Hallucinations et illusions sensoriales idiopathiques et parfois sympathiques d’une amygdalite.
Un garçon de 2 ans, 20 dents, s’était couché bien portant ; pendant le sommeil il fut pris de cauchemars et se réveilla en criant. Une fois réveillé, les yeux ouverts et la lampe allumée, il ne cessait de crier en repoussant les images fantastiques de bêtes qui l’effrayaient beaucoup.
Gela dura trois heures et il s’endormit.
Huit jours après, il eut de la même façon pendant la nuit et aussi longtemps, de nouvelles hallucinations.
Un an après, au début d’une angine tonsillaire avec fièvre, il eut une violente attaque d’éclampsie qui s’est renouvelée au bout de six semaines. Cette fois encore, après la convulsion, il eut une angine tonsillaire aiguë.
Cet enfant est très peureux, ne veut aller seul nulle part, et le soir, à la brune, dans les objets éloignés et de formes terrifiantes, par illusion sensoriale, il croit voir devant lui des loups. (Communiquée par mon père.)
Obseuyatiow XLV.
Hallucinations diurnes de la rue et de l’ouïe.
Un garçon de 8 ans, amené chez moi le 29 avril 1879, en travail irrégulier de seconde dentition, a depuis eu tous les deux mois environ des douleurs de tête très vives dans les nerfs frontaux, accompagnées de fièvre, de mal au cœur, de gonflement et rougeur des paupières, avec larmoiement et photophobie. Gela dura.quatre ou cinq jours avec des intervalles irréguliers. Pendant ce temps, il a, jour et nuit des hallucinations de la vue et de l’ouïe qui l’effraient beaucoup. Il voit des hommes armés qui le menacent et il entend leurs voix qui crient confusément sans qu’il puisse rien distinguer.
La crise passée, il n’y paraît plus et l’enfant est très intelligent, travaille bien, sauf le moment où il souffre de la tête. (Communiquée par mon père.)
Observation XLVI (Personnelle).
Hallucinations nocturnes et illusions sensoriales par vertiges.
Aménorrhée.
Binet, 12 ans 1/2, venue à la consultation de l’hôpital en 1881. Elle n’est pas formée, n’a jamais eu de maladie nerveuse, a de la gourme dans le cuir chevelu depuis trois semaines à l’occiput et engorgement ganglionnaire voisin.
Depuis trois mois elle a des étourdissements qui,deuxfois, ont été assez violents pour la faire tomber; elle voit tout tourner, elle voit double. La nuit, son sommeil est agité et, à la suite d’un étourdissement nocturne, s’étant éveillée, elle a eu la vision d’hommes suspendus dans l’air. Elle mange bien et ne vomit pas ; quand elle a mangé, elle éprouve une sensation particulière qui lui fait croire que son ventre est rempli d’eau. Pas de battements de cœur ni de souffle cardiaque. L’enfant est assez forte et a à la poitrine des signes manifestes de puberté, mais pas de règles.
Rien de particulier dans les yeux examinés à l’opththalmo^ scope.
Observation XLVII.
Hallucinations de seconde dentition irrégulière et tardive.
Emile Lyrol, 8 ans 1/2, offre une seconde dentition tardive avec des maux de tête constants et des étourdissements assez forts. Il mange bien, ne vomit pas, va à la garde-robe régulièrement. Il joue avec une grande ardeur et, depuis huit jours, dans la journée, son visage se couvre de plaques rouges et blanches, il a des frayeurs et pousse des cris, voit devant lui des images coloriées, a des illusions sensorielles telles que de voir son frère battant sa mère. Il se croit la tête plus grosse que d’habitude ; s’il se peigne, il croit sentir du sable dans ses cheveux. Il voit les objets tourner, mais ne voit pas double, n’entend pas de voix et ne se sent pas frappé. Il a beaucoup maigri et n’a pas de fièvre.
Rien au cœur. Il a une névralgie intercostale gauche.
Dans les yeux, large hyperhémie des veines rétiniennes sans hémorrhagie et la papille est très nette. (Communiquée par mon père.)
Observation XLVIII.
Hallucinations vermineuses diurnes de la vue et de l’ouïe,
Alice Delvigne, âgée de 6 ans, fut amenée le 11 et le 13 novembre 1867, à l’hôpital des Enfants.
Sa mère raconte qu’elle rend des quantités d’oxyures vermiculaires considérables, et que depuis huit jours elle a de vives douleurs de tête à la région occipitale sans vomissement ni constipation, ni changement de caractère.
Elle n’a pas d’appétit, son pouls bat 80, est inégal, et elle a eu, il y a trois jours, quelques crises d’égarement intellectuel avec hallucinations diurnes de l’ouïe et de la vue. Elle croyait s’entendre appeler et elle voyait en face d’elle des images ' sinistres qui la faisaient crier de frayeur. Ses papilles sont parfaitement dilatées et peu sensibles à la lumière.
La papille est petite, confuse, voilée par une hypérhémie
capillaire sanguine assez intense et il n’y a rien dans les vais seaux rétiniens. Calomel, 50 centigr. L’enfant a rendu un grand nombre de vers oxyures ; pas d’hallucinations, trois jours après elle fut guérie. (Communiquée par mon père.)
Obseevation XLIX.
Hallucinations diurnes et nocturnes.
Une fille de 8 ans, ayant des frayeurs nocturnes et des hallucinations de jour, fut amenée dans mon cabinet. On supposait l’existence de vers intestinaux sans aucune preuve de fait. Je fis donner de la santonine et de la mousse de Corse. L’enfant ne rendit rien autre chose que des détritus blanchâtres informes mucus membraneux qu’on prend quelque fois pour des vers, mais elle ne rendit pas d’entozoaires. Elle fut guérie. (Communiquée par mon père.)
Observation L.
Hallucinations réflexes unilatérales de l’ouïe consécutives à une inflammation chronique de l’oreille moyenne.
Le malade est un jeune homme qui, sous l’influence d’un soufflet qu’il reçut d’un de ses camarades, eut l’oreille gauche qui commença à couler.
Le D"' Tillaux constata alors l’existence d’une otite purulente avec perforation de la membrane du tympan.
A 16 ans 1/2, le malade fut atteint de fièvre typhoïde qui détermina l’aggravation de l’otite, écoulement abondant, bourdonnements intenses et surdité complète à gauche.
De plus, le développement physiologique de ce jeune homme fut complètement arrêté ; il en est de même de ses facultés intellectuelles. Puis la scène change ; au lieu de bourdonnements ce sont des bruits de rivières qui coulent, d’eau qui tombe sur des rochers, des détonations d’armes à feu; plus tard, ce sont des chants, des chœurs, des bruits étouffés et comme lointains, puis plus distincts ; plus tard, il semble au malade qu’on l’appelle voleur.
Mais tous ces bruits, Une les entend que par l’oreille gauche, c’est-à-dire par l’oreille malade.
Quand il s’entendait insulter dans la rue, U se rétourhait vers le passant le plus proche eu lui disant : Que me voule2-vous? et comme on lui répondait toujours : Je ne vous ai rien dit, il ne tarda pas à se convaincre qu’il s'agissait d’un état pathologique.
L’unilatéralité de l’hallucination est un fait peu connu. CAnnaks médico-psÿchologigiues, 1882; Paris médical, 1883, p. 582.)
De ce fait, on peut rapprocher le suivant, survenu chez un enfant et qui date de 1877 :
Observation LI.
Hallucinations et délire par otite moyenne et otorrhée, par le D' Laisné.
Il y a quelque temps, je fus mandé auprès d’un enfant de 6 ans dont les parents étaient fort alarmés d’avoir vu5à6fois de suite, pris d’actes subits de délire présentant des caractères de folie, perte complète de mémoire, délire aigu, frappant, battant ses parents, qu’il ne reconnaissait plus, criant, brisant les meubles dans l’appartement, s’adressant aux murailles qu’il prenait pour des êtres vivants.
L’accès était sans fièvre, durait quelques heures et survenait la nuit comme le jour. L’accès fini, l’enfant devenait calme et récupérait toute sa connaissance, ne se plaignant que d’un peu de mal de tête.
Je ne pouvais attribuer cet état à une méningite ni à un état épileptique, l’enfant s’étant bien porté et n’ayant pas eu d’accidents nerveux.
Bien que ce cas fût singulier, une partie des symptômes pouvait s’expliquer par l’otite et la myringite consécutive; l’enfant présentait une acuité de l’audition fort remarquable, ce qui me conduisit à penser à une excitation de nerf auditif.
Trois jours après le traitement par les injections sous-cutanées de morphine et un vésicatoire à l’apophyse mastoîdé. Tentant guérit.