‹ Des hallucinations chez les enfantsChapitre 8 sur 11 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

Hallucinations toxiques.

Chez les enfants, les hallucinations de l’alcoolisme n’existent pas. On n’observe chez eux que des hallucinations toxiques accidentelles, par la belladone, le datura ou n’importe quelle autre solanée vireuse, empoisonnements dûs à une erreur de pharmacien, comme dans l’observation ci-jointe, ou causés par la gourmandise de petits enfants qui prennent dans les jardins des baies de belladone dont ils se régalent jusqu’à en mourir. En voici trois observations.

Ici la cause anatomique semble assez facile à indiquer, car si l’on a vu des sujets soumis à des doses toxiques de belladone, on voit chez eux une telle turgescence des capillaires du visage, des yeux, qu’il est impossible de méconnaître une paralysie vaso-motrice considérable, et puisqu’en même temps se produisent de terribles hallucinations et un violent délire, il n’y a rien de hasardeux à soutenir que ces troubles du système nerveux se rattachent à l’hyperhémie cérébrale. Les autopsies, le microscope et la physiologie sont là qui prouvënt l’exactitude de cette assertion.

Observation LU.

Hallucinations toxiques par Datura stramonium.

MlleD..., âgée de ^ ans, venant de Rio-Janeiro avec la coqueluche que la traversée maritim n’avalt pas amomdrié, de scend

à l’hôtel Beau-Séjour du boulevard Poissonnière, où je la vis. Je prescrivis une potion avec 15 grammes de sirop de belladone et une infusion de lierre terrestre, 10 grammes par litre d’eau.

Quelques heures après, on vint me chercher pour cette enfant qui avait le délire, ne reconnaissait plus sa mère, et qui avait peur de fantômes environnant son lit. En arrivant, je la trouvai dans ce même état, le visage très rouge et les pupilles fort dilatées. Il n’y avait pas à s’y tromper. C’était un délire hallucinatoire de belladone, et je fis cesser la potion qui renfermait 15 grammes de sirop seulement, dose incapable, sauf erreur, de produire le délire et les hallucinations.

Le soir, après quelques heures de calme, le même délire avec hallucinations reparut, et l’enfant ne reconnaissait plus sa mère qu’elle'prenait pour une méchante étrangère. Cette fois, il n’y avait plus à incriminer la potion au sirop de belladone qui avait été abandonnée. Je ne savais à quoi attribuer ces hallucinations qui continuèrent plus ou moins fortes toute la nuit avec quelques moments de calme relatif.

Le lendemain, même état, et le père ‘me fit observer que le paroxysme|survenait chaque fois qu’il lui préparait, dans une tasse à thé, une infusion de quelques feuilles de lierre terrestre. Il faisait son infusion à chaque fois, au lieu de mettre les 10 grammes dans un litre d’eau comme je l’avais dit, et ce fut bien heureux pour l’enfant.

Je demandai à voir le paquet de lierre terrestre envoyé de la pharmacie D..., faubourg Montmartre. 11 était presque entier, le père n’en ayant usé que cinq à six feuilles. En le développant, quelle ne fut pas ma surprise d’y trouver des 'pommes èpinetises de daiura stramonium avec leurs feuilles. Tout s’expliquait : c’était l’infusion de datura qui provoquait les hallucinations et le délire.

Le père,, furieux, voulut porter plainte et entamer des poursuites que j’arrêtai. J’allai chez le pharmacien porter ce qui restait du paquet de feuilles envoyé par lui sous l’étiquette de lierre terrestre. En regardant le tiroir étiqueté lierre terrestre où on avait puisé, il était rempli de pommes épineuses et en allant

au magasin prendre le sac d’envoi du droguiste que je trouvai aussi étiqueté lierre terrestre, on y puisait à pleines mains des pommes épineuses. L’accident se trouvait expliqué et n’eut pas de suite. C’était un délire de solanée par infusion de datura stramonium. (Communiquée par mon père.)

Obsekvation lui.

Hallucinations par Encéphalopathie saturnine chez un enfant de 5 ans, par’le D' Debacker.

M. et Mme R... avenue des Gobelins (essuient les plâtres d’une maison neuve).

Leur enfant qui se portait bien, rue de la Vieille-Estrapade, est maintenant maussade et mal portant ; toute la famille a été malade, vu la peinture.

L’odeur était si forte, qu’il fallait ouvrir les fenêtres la nuit.

L’enfant fut d’abord constipé, il n’allait plus à la selle que lorsqu'il doublait la dose d’huile de foie de morue ; quelquefois il avait des coliques qui le faisaient se tordre ; à quelques jours de là il se mit à rêver. Puis, quelques jours après, il eut une première hallucination la nuit : il voyait des chats, des ours qui marchaient sur lui. Ces hallucinations se répétèrent plusieurs jours de suite ; le père et la mère eurent des coliques de plomb; tous ces accidents cessèrent quand on quitta le logement.

Observation LIV.

Hallucination.s nocturnes produites par la quinine; par le D'’Jules Simon.

Le 11 avril 1877, je fus appelé, boulevard Malesherbes, n“ 29, pour donner des soins à la fille de Mme B..., âgée de 7 ans, qui venait d'avoir des accidents la nuit.

Cette petite fille, pâle, anémique, atteinte de bronchite ordinaire, un peu fébrile, avait pris :

Le 9 avril 0,15 cent, de sulfate de quinine le soir.

Le 10 0,15 cent, le matin, 0,15 cent, le soir avant le potage.

Bouchut. 4

Dans la nuit du 10 au 11 avril, elle fut prise d’agitation, d’une sorte d’ivresse, puis se plaignit de mal de tête, de sifflements dans les oreilles; elle entendait des voix qui lui disaient des bêtises et la faisaient pleurer. En outre, elle voyait des animaux étranges dont la description ne lui aurait point été possible.

Cet état dura une heure ; au réveil il ne resta qu’un peu de céphalalgie.

Opintn'.

Les hallucinations surviennent quelquefois par l’opium. Elles ont été très bien décrites et racontées par H. Libermann, médecin principal, dans son mémoire sur les fumeurs d’opium eu Chine avec observations à l’appui ; elles sont appelées par lui délirium tremens narcotique.

Il a observé ce délire 92 fois, sur 865 fumeurs, et sur ces 92 cas il y en a eu 21 dans lesquels le délire a été hallucinatoire et s’est présenté à l’état aigu.

Mais il ne s’agit pas ici de l’enfance et je n’y insiste pas.

Pétrole.

Il paraît aussi que des hallucinations s’observent chez les ouvriers qui travaillent à l’extraction du pétrole. Ces hallucinations sont très fréquentes {Bulletin thérapeutique 1886.) Mais on n’en rapporte pas d’exemples chez les enfants ; je ne crois pas devoir en parler plus longuement.

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