CHAPITRE PREMIER
Historique.
L'hématocèle pelvienne est connue depuis longtemps. Nélaton, en 1851, en a été le premier historien véritable, quoiqu’on trouve avant lui des observations de Bernutz (1848), Récamier (1831), Bourdon (1841). Les plus grands chirurgiens de l’époque, Denonvilliers, Velpeau, Viguès, Lenoir, s’occupèrent de la question.
Mais tous ces auteurs ne décrivirent que l’hématocèle intrapéritonéale. Raciborski, il est vrai, dès 1841, avait bien dit : « [l ne serait pas impossible que, dans certains cas exceptionnels, l’hémorragie menstruelle se fit au centre même des nombreux plexus vasculaires qui rampent sur la face externe de l'utérus, sous Le péritoine, ou entre les lames des ligaments larges, et que l’on pût expliquer ainsi la formation de tumeurs sanguines ».
De nombreux auteurs, avant la description d’hématocèles intra-péritonéales, avaient cité des cas de thrombus intrapelviens sous-péritonéaux que Puech réunit dans un mémoire en 1858, tels les cas de Leclerc (1828), de Fleischmann (1834), de Depaul, de Guéneau de Mussy et ceux de Deneux (1835).
Il faut arriver à Huguier (1851) et à la thèse de Prost (1854) pour trouver la division des hématocèles en deux classes : l'hématocèle intrapéritonéale et l’hématocèle extrapéritonéale. Cette distinction se retrouve dans les thèses de Robert (1854), de Fénerly (1855), toutes deux inspirées par Nonat, et celle de Cestan (1894). Huguier appelle les hématocèles extra-périto-
néales des pseudo-hématocèles; Viguès, des « épanchements sanguins situés dans le fond de l’excavation pelvienne, au-dessous du péritoine, entre l’utérus, le vagin et le rectum ». Plus tard, il reviendra sur son opinion et les regardera tous comme intrapéritonéaux.
Courty écrit : « Sans nier l’existence des hématocèles extrapéritonéales, on peut dire qu'elles sont excessivement rares el peu dangereuses ».
Aran, en 1858, ne peut admettre que le péritoine puisse ainsi se laisser distendre et il conclut qu'il n’existe pas d'hématocèles extra-péritonéales.
Bernulz attend des faits pour être convaincu et il signale « que leur histoire pathologique est presque entièrement à faire ».
Nonat, puis Gallard (1860) furent les seuls à se souvenir des faits de Huguier.
Puis vinrent les travaux de Devalz sur le rôle des varices pelviennes dans la pathogénie de ces hématomes, les mémoires de Puech (1858), de Bernutz et Goupil, les cas de Richet.
La première étude d'ensemble des hématomes du ligament large est due à Kühn dans sa thèse de Zurich en 1874. En France, Lacoste, en 1877, reprenait l'étude générale des hématocèles sous-périlonéales et arrivait à en décrire plusieurs cas contrôlés.
Poncet, dans sa thèse d'agrégation, distingue très nettement les deux sortes d'épanchements sanguins et, comme Tripier, fait des expériences cadavériques.
Puis il semble que l’hématocècle sous-péritonéale passe au second plan. La fréquence des hématocèles intrapéritonéales fait naître les excellents travaux de Lawson-Tait (1888), de Binaud (1891), de Cestan (1893).
Tous ces auteurs, ainsi que Maygrier dans sa thèse d'agrégation sur la grossesse extra-utérine, insistent sur la rareté des épanchements sous-péritonéaux auxquels Martin venait de consacrer plusieurs publications. Binaud ne cite qu’un cas sur 80 observations qu’il a recueillies.
Les Allemands, Veit, Martin, les décrivent sous le nom
Eu," ne
d’ « Hämatom », et la majorité des gynécologues tend à voir dans la grossesse ectopique rompue leur cause la plus fréquente. Ce fait est, en partie, contesté par Dupouy (1896) qui essaie de trouver dans d’autres phénomènes pathologiques la source de ces Rémorragies.
Le nombre des cas publiés n'augmente pas beaucoup, mais certains auteurs prétendent qué souvent ces hémorragies, passant inaperçues, ne sont pas connues.
La plupart des gynécologues et des accoucheurs (Ribemont- Dessaignes, Tarnier, Paul Bar et Brindeau, Segond, Pozzi) disent aussi, dans leurs traités classiques, combien sont rares les épanchements sanguins intraligamentaires. Actuellement, on tend à voir dans la grossesse {ubaire rompue leur origine la plus commune, comme elle est aussi celle des hématocèles intrapéritonéales. Avant la connaissance de la grossesse lubaire, - les chirurgiens rapportaient la plupart des collections sanguines dont nous nous occupons à des ruptures veineuses. Nous essaierons, le plus possible, de donner à chaque cause ce qui lui revient dans la pathologie des hémalomes intraligamentaires.
Phélippot , 2