OBSERVATION VII
(Communiquée par M. Caraven)
Le 6 novembre 1914, un soldat français, blessé depuis onze jours, présente une plaie de la cuisse droite par balle de fusil : entrée à la face antérieure, sortie par la face postérointerne, l'orifice de sortie étant large, l’orifice d'entrée presque punctiforme. L’orifice d'entrée est presque cicatrisé, l'orifice de sortie laisse s'écouler du sang en abondance. Le blessé est extrêmement anémié et dans un état subsyncopal.
La cuisse est extrêmement tuméfiée à sa partie moyenne, et celte région est animée de battements visibles. Le palper y dénote des pulsations systoliques, avec mouvements d’expansion. On n’y sent pas de thrill. L’auscultation révèle un souflle intense, râpeux, systolique, nettement intermittent. Le membre inférieur est ædémalié au-dessus de la blessure. L'artère pédieuse n'est pas perceptible. Les veines sont normales. Les battements de la fémorale à l'arcade paraissent normaux. Le pouls marque 124. Pas de douleurs.
Ces signes sont décisifs, il y a hématome pulsatile, artériel,
communiquant avec une grosse artère ; le trajet de la balle passe bien par l'artère fémorale superficielle, L'intermittence du souffle, l'absence de thrill surles veines au-dessous de la lésion ainsi que l'absence de leur dilatation et de leur turgescence permettent d'éliminer la fistule artérioso-veineuse. Il n'existe au-dessous de l’hématome aucun signe de gangrène. Anesthésie lombo-sacrée (novocaïne, adrénaline), piqûre de caféine. Incision de la ligature, moitié de chaque côté de la ligne réunissant les deux orifices.
Ouverture de la gaine du couturier. Dissection du bord externe du muscle qu’on récline en dedans. On voit alors la poche anévrismale, jaunâtre, bilobée, en dedans du vaste. interne ; un nerf va de cette poche au couturier.
Incision longitudinale de la poche. Il s’en écoule un jet de sang pâle; on vide cette cavité. Il sort d’abord des caillots rouge-noirâtre, passifs, puis une membrane plus résistante, blanc jaunâtre, tapissant entièrement la poche (le caillot fibrineux actif); enfin du pus extrêmement malodorant et qui vient de la face postérieure de la cuisse, de la région de l’orifice postérieur. On ne voit pas l'artère fémorale. J'incise entre le moyen adducteur, partie basse, et le vaste interne ; j'apercçois le saphène qui est récliné, et l'artère apparaît. En la disséquant je trouve à sa face postéro-externe, du côté de la veine, une perforation à l’emporte-pièce, du diamètre de trois ou quatre millimètres, dans laquelle le stylet s'engage aisément. Pour bien voir s'il n’y a pas de lésions de la veine, on complète la section de l'artère et on récline les deux bouts : la veine apparaît intacte, Ligature au catgut des deux bouts
artériels, nettoyage à H°0° pure. On recouvre l'artère fémo-
SÉ ose rale au moyen de trois points de catgut qui prennent les deux bords du canal de Hunter incisé.
Guérison rapide. Cicatrisation de la plaie opératoire par première intention.
L'observation qu’on va lire est celle d’une hémorragie secondaire par ulcération de la tibiale postérieure. L’hématome était ici silencieux :