‹ Des hémorragies secondaires: par blessures de guerre et de leur traitementChapitre 16 sur 40 · OBSERVATION IX · texte numérisé non relu

OBSERVATION IX

(Service de M. Caraven)

P... Z., soldat allemand. |

Blessé le 25 septembre 1914, par balle dans la jambe gauche. Premier pansement appliqué par un camarade, soins médicaux et second pansement par chirurgien français. Depuis le moment de la blessure, il n'a plus senti son pied.

Entre le 1° octobre dans notre hôpital. On ne touche pas au pansement. Le troisième jour on l’enlève et on note que

le.coup de fusil a porté dans la région moyenne de la jambe

Fe, 42 et ta

gauche; il y a deux orifices : l'orifice d'entrée, plus petit, siège à la face externe de la jambe immédiatement en arrière du péroné. L'orifice de sortie est plus grand, il est interne et se trouve à [un travers de doigt du bord interne du tibia et à 2 centimètres au-dessus de l'horizontale menée par le premier orifice. En palpant le mollet érès douloureux, on sent une’grosse collection purulente. Par la pression on fait sortir de l’orifice interne un pus épais,abondant, couleur chocolat. Le blessé souffre beaucoup; le pied et le bas de la jambe sont ædémaliés. On applique un pansement sec.

6 octobre. — Nouveau pansement. Le blessé se plaint beaucoup, accuse une sensation de torsion. Il va sur le bassin et après cet effort fait une forte hémorragie par l’orifice interne de la blessure. On change les compresses : quelques Caillots et du pus sortent par ce même orifice, mais tout s'arrête.

Le lendemain 7 octobre, M. Caraven examine la jambe et trouve en dedans et en dessous du genou une traînée d’induration. On remet l'intervention au lendemain.

Le malade est alors porté à la salle d'opérations: anesthésie locale à la novocaïne. Incision d’un vaste abcès. sous-cutané en communication avec l’orifice interne au-dessus duquel il se trouve. |

Le blessé se sent mieux après l'intervention, mais le

9 octobre,à sept heures du soir il fait une très grosse hémor-

ragie par l'orifice externe de la blessure. Le Dr Marsy présent dans l'établissement intervient, bourre de gaze la plaie externe et applique un pansement compressif. Huile camplrée, ergotine, sérum physiologique.

10 octobre. — À 4 h. 30 du matin, nouvelle hémorragie,

nouveau pansement compressif sams retirer la mèche : le

malade est exsangue, pouls rapide et petit ; nouvelle injection

de sérum et d'huile camphrée. 11 souffre beaucoup de la

jambe mais ne fait pas d'autre hémorragie (tout au moins

extérieurement) avant le 12 octobre, moment où M. Caraven

intervient. Voici ce qu'il note :

«Le 12 novembre à 3 h. 1/2 de l'après-midi je vais voir le malade. Je fais défaire le pansement qui est en place depuis deux jours, au moment où on enlève la mèche introduite dans la plaie externe, un flot de sang clair s'échappe violemment à l'extérieur ; il est de toute évidence qu'une artère importante est ulcérée et je comprime immédiatement la fémorale au niveau de l’arcade pendant

qu'un aide applique un garrot sur la cuisse.

«Le malade est emmené à la salle d'opérations. Chloroforme, incision médiane longue de 12 à 15 centimètres au niveau du mollet. Je traverse les jumeaux et le soléaire:; celui-ci est parfaitement reconnaissable dans tous ses

plans malgré le voisinage du foyer purulent.

« Ce foyer est ouvert; il est très vaste, rempli d’un caillot à moitié désagrégé et purulent; ce caillot est enlevé : on voit alors au niveau du bord interne du péroné, une petite poche de la grosseur d’une noisette, qui est rompue en son centre. Par cette rupture on aperçoit le contenu de la poche qui est du sang très noir. Celui-ci s'écoule à l'extérieur chaque fois que l’on fait des pressions sur la poche. J'enlève celle-ci par traction simple sur les bords de la

rupture et je vois alors l'artère péronière très grosse et

qui porte une perforation ovalaire très régulière. Je fais

« une ligature au-dessus et une au-dessous de cette perfora- « tion sans dénuder complètement l'artère (Catgut). »

15 octobre. — Consécutivement à l'intervention la fièvre monte à 39°5 axillaire pour retomber le lendemain à 386. On fait le pansement le 14 au matin, il s'écoule beaucoup de pus mais pas de sang et le 15 la température est à 37 degrés, le pouls à 100 mais bien frappé. L'état général est bon.

19 octobre. — Le blessé va bien, il n’a pas saigné. Les douleurs très vives qu'ilressentait dans le pied avanl l'opération ont finalement disparu.

> Hémorragies médico-chirurgicales. — Nous avons vu plus hant que ces hémorragies pouvaient être prévues chez de grands infectés ou au niveau de plaies en voie de sphacèle ou de grosse suppuration. Mais maintenant nous allons les étudier au moment même où elles sont.

Le suintement continu que Caraven compare à une sorte de jus de carotte est formé par de la lymphe infectée ct du sang clair. Il s’installe plus ou moins brusquement. Voici comment les choses se passent :

En général, le suintement passe inaperçu ou n'existe pas au début. On est donc appelé la première fois pour une hémorragie soudaine ou pour le premier redoublement intermittent qui prend une allure grave. On se trouveen face d’un blessé qui présente des signes d’anémie très marquée. Sans doute sa courbe thermique, les données fournies par un examen antérieur, par la fiche médicale ou par les commémoratifs, l’état des plaies, les signes d’infec-

Re

tion générale peuvent faire prévoir l’évolution, mais l’homme saigne et va mourir d'hémorragie, c’est elle qu’il faut arrêter. On intervient, on s'assure qu'aucune artère ou veine ne donne et... on tamponne faute de mieux. Mais les lavages à HO, les tamponnements les plus savants n’ont qu'une action momentanée. On est rappelé plus tard, il faut recommencer et cela plusieurs fois de suite et le malade meurt... (Caraven).

Nous verrons au chapitre II comment on peut expliquer ces hémorragies graves et rebelles et nous parlerons plus loin de leur traitement. L'étude du diagnostic nous montrera que ces hémorragies ne sont pas toujours fatales et qu’elles dépendent du degré d'infection générale, de la nature du microbe, de la résistance ou prédisposition du sujet.

Les deux observations qui suivent mettent bien en . évidence et la symptomatologie et le rôle de l’infection. L'observation n° X est celle d’une hémorragie secondaire grave avec suintement diffus, capillaire. L'observation n° XI est aussi typique: c’est une hémorragie secondaire en nappe au niveau d’un moignon d’amputé infecté par gangrène avant qu’on ait eu le temps d'intervenir, et qui, après avoir essayé de lutter, a été terrassé par les foxines dont ses organes étaient imprégnés.

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