‹ Des hémorragies secondaires: par blessures de guerre et de leur traitementChapitre 31 sur 40 · OBSERVATION XXII · texte numérisé non relu

OBSERVATION XXII

(Communiquée par M. Caraven.)

30 novembre 1914. — Un soldat allemand âgé de dix-sept ans, arrive avec une fracture du fémur par balle de fusil (fracture en Y mais ouverte). On tente la conservation.

Mais il se produit des phlegmons de la cuisse et de la jambe et surtout une arthrite suppurée du genou. L’arthrotomie avec résection du condyle externe est insuffisante... il faudrait amputer mais on a promis au malade de lui conserver la jambe.

4 décembre. — Désarticulation de la hanche.

L'hémostase des fémorales {artères et veines) est difficile.

Au début de janvier 1915 : Hémorragie secondaire relati-

vement importante.

Pour en éviter le retour « j'ai songé à lier la fémorale « juste sous l’arcade. Anesthésie locale à la s{opaine, décou- « verte de l’artère juste au ras de l’arcade. Elle a quelques « mouvements de translation longitudinale, mais elle ne bat «pas; en la prenant avec une pince, sa paroi s'effrite; sa «cavité ouverte ne donne pas de sang. Il y a eu artérile «infectieuse, avec friabilité considérable de la paroi et obli- «tération.

« Cela n’a rien qui doive surprendre, car les ligatures ont « été à la fois un peu septiques et très élevées (les vaisseaux « fémoraux ayant été coupés très haut, juste au-dessous de « la tête fémorale). »

En mars 1915. — Le malade est en vie. Il a guéri fina-

lement de façon parfaite, après avoir cicatrisé de multiples escarres. Il a été évacué au début de juin 1915 dans Qun

état de santé exubérant. »

10° Altérations des parois artérielles par le pus. — Infection par contiguïté. — Il y a cavité close, absence de drainage, infection aiguë le microbe ronge l'artère comme il ronge les autres tissus, mais il tue d'abord les cellules avec son venin.

b) I y a lésion veineuse. — Le mécanisme n’a rien de bien spécial.

Au point de vue anatomo-pathologique on tombe sur des sections partielles ou totales obstruces par des caillots.

c) /l y a infection généralisée, troubles de la coagulation, toxémie avec mort des grands organes. — Ce sont des hémorragies capillaires mais les capillaires sont malades comme le sang, comme le foie, les à reins, la moelle osseuse. C’est ce qui fait la difficulté du traitement : on ne guérit pas des cellules hautement différenciées quand elles sont frappées à mort.

Nous n'avons pas eu le temps matériel pour vérifier dans un laboratoire ou à l’autopsie tout ce que nous avançons mais il semble bien que l’étude clinique et les connaissances, nées avec la guerre, sur les gangrènes gazeuses si variées dans leurs formes, nous permettent d’expiiquer ainsi la pathogénie des hémorragies que nous avons appelées médico-chirurgicales chez des blessés-malades.

Ce qui nous a frappé en clinique c’est en dehors

Gant | Eros du sphacèle des tissus, le facies ictérique ou subictérique de ces malades.

C’est un signe clinique mais il explique bien la récidive d’hémorragies aussi rebelles que certains purpuras : les grandes fonctions du foie sont troublées ou anéanties. Ictère par atteinte de la fonction biliaire ou ictère hémolytique.. qu'importe : le foie malade laisse passer la bile ou la toxine qui hémolysera le globule !

D'autrefois c’est l'anémie qui frappe.

Elle s'explique quand le malade a saigné, mais d'où vient cette pâleur quand le malade n’a pas encore perdu de sang ? Là encore le sang est malade avant que le sphacèle n’ait blessé les capillaires.

On a donc affaire à une insuffisance hépatique suraiguë et les moyens d'investigation nè mañquent pas pour en établir le diagnostic plus complet.

Le foie, ne jouant plus son rôle d’arrêt ou de filtre sur les poisons à seule fin de les neutraliser, les laisse passer et ceux-ci se portent alors sur les reins, le système nerveux ; en un mot ils imprègnent tout l’organisme : c’est la mort, mort hâtée par les hémorragies secondaires qui surviennent.

Mais il est un facteur dont nous n’avons pas parlé et que nous ne ferons que mentionner : c’est la prédisposition. I y a des blessés qui saignent plus facilement les uns que les autres parce que, en dehors de leur infection, ils portent en eux une hémophilie latente qui devient alors une € hémophilie traumatique (M. Bilhaut). » <

C’est dans ces états hémorragipares que certains observateurs ont trouvé, à côté du retard de coagulation, ani caillot irrétractile ou peu rétractile (M. P. Emile-Weil) ; et souvent nous avons, sans le vouloir, provoqué le signe du lacet en posant notre garrot. |

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