OBSERVATION XXIV
(Service de M. Tridon) :
D... Jean, ‘régiment infanterie.
Blessé par éclat d’obus le 10 février 1916, il nous arrive le 11 porteur d’une petite blessure à la partie supérieure de la face postéro-externe de la jambe gauche.
A la radioscopie on découvre un éclat très profond.
14 février. — On débride sous anesthésie. Au cours de l'opération on est surpris par une hémorragie abondante en jet. On incise le creux poplité, on pose une ligature sur une artère qui donne (artère jumelle du jumeau externe): l’hémorragie s'arrête. On retire un petit éclat logé en arrière du tibia et de la tête du péroné.
19 février. — Dans la matinée, nouvelle hémorragie abondante.
Anesthésie, réouverture du creux poplité.
L'artère poplitée présente près de l'anneau du soléaire
une large déchirure (comblée de caillots), sur sa face antéro-
externe. j
Per AUS
Elle a donc été atteinte par sa face profonde.
Ligature au-dessus et au-dessous.
Vers le 4 avril 1916, le blessé élimine au niveau d'une escarre talonnière tout son tendon d'Achille en voiede spha. cèle. Des bourbillons d’aponévrose sortent par les plaies opératoires.
Guérison.
A part cet incident, ces ligatures dans la plaie ne nous ont jamais créé d’ennuis. Nous sommes bien intervenus une fois pour lésions vasculo-nerveuses au niveau du bras (service de M. Faix) et après ligature des veines et de l’artère, le blessé nous a fait quelques troubles trophiques (rougeur, glossyskin), mais le tout a guéri et ces phénomènes pouvaient être dus autant à la section nerveuse qu'à celle de l’artère (V. obs. XVI, p. Go).
Enfin il est des cas où la pose de ligatures est rendue difficile soit à cause de la profondeur de la plaie, soit surtout à cause de la friabilité des parois artérielles au milieu de tissus sphacélés. Nous croyons utile dans ces cas de laisser les pinces à demeure. Mais nous nous sommes aperçus que ce n’était pas seulement pendant quarante-huit heures qu’il fallait les laisser en place, mais pendant quatre ou cinq jours, autrement il y a récidive d'hémorragie. De plus, tant qu’il n’y a pas formation d’un cailot solide et surtout après l'enlèvement des pinces, nous pensons qu'il vaut mieux éviter: le pansement humide. Ce dernier facilite le ramollissement du
sea
caillot : le pansement sec, avec ou sans enfumage iodé, facilite au contraire le racornissement des parois artérielles. Nous avons observé un cas dans le service de M. Metzger où un pansement humide Javellicé (eau de javel du commerce plus caustique que le Dakin dont on ne connaissait pas alors tous les avantages) appliqué après enlèvement de pinces à demeure, provoqua, croyons-nous une nouvelle hémorragie qui guérit avec de nouvelles pinces et de nouveaux pansements secs,
Nous terminerons çe paragraphe en disant quelques mots du garrot.
Le garrot: ses avantages et ses inconvénients — M. Parafe, interne des Hôpitaux de Paris, dont je fis la connaissance en août 1916, nous disait avoir parfois constaté les effets déplorables du garrot posé par un camarade ou par un infirmier. Il voyait ces blessés arriver à l’ambulance avec un garrot appliqué depuis longtemps et le plus souvent pour uue simple fracture ouverte dont le saignement plus que l’hémorragie avait inquiété le premier secourant. Nous avons nous-mêmes souvenance d’un blessé arrivé la nuit avec une fracture ouverte du tiers inférieur de l’humérus et porteur d’un garrot minuscule suffisant pour agir sur les troncs nerveux et ralentir la circulation, mais insuffisant pour arrêter la circulation artérielle pour laquelle il avait ou aurait dû être mis.
Mais nous savons qu’il y a des difficultés insurmontables. D'ailleurs le garrot est bon, mais à
O. Liénart 6
condition d’être provisoire. Il est certain qu'il est nécessaire dans les hémorragies primitives, quand l’écrasement, le broiement n’ont pas fait l'hémostase spontanée.
Ses avantages, dans le cas qui nous occupe, sont incontestables : une hémorragie secondaire survient brusquement chez un blessé de plusieurs jours, il est de toute évidence que l’infirmier ou la personne la plus proche ne va pas courir après le médecin de garde en levant les bras au ciel... c’est à l'individu présent qu’'incombe le soin de poser rapidement le garrot qui permettra l’arrivée du chirurgien et l’intervention,
Donc, laissé peu de temps, le garrot ne donne pas d’ennuis au blessé, mais il en donne encore aux opérateurs. |
Et en effel, le garrot posé à la racine d’un membre en supprime le pouls. Si le chirurgien ne connaît pas son blessé il ne pourra point tirer parti de l'étude de ce signe. Il y a un moyen qu’on se permet d’employer à la salle d'opérations : on défait le garrot soit pour rechercher le pouls, soit pour voir d'où sortira le sang, mais... le blessé ne veut plus saigner.… quand tout danger de mort a disparu.
Le garrot a permis, pendant son court séjour, la formation d’un nouveau caillot; mais ce caillot aura
même sort que le premier : il faut attendre et surveiller.
$ 2. — Lx TRAITEMENT EST MÉDIGO-CHIRURGICAL À. — Il est rarement préventif
Cependant on peut prévenir l’hémorragie infectieuse en prévenant l'infection,
La relève rapide, les débridements précoces, l’excision des tissus contus, l'amélioration de l’état général par les moyens médicaux sont de précieux auxiliaires d’antisepsie du blessé.
B. — Il est curatif et difficilement curateur
On a déjà vu au cours de cette étude combien il était difficile de juguler certaines hémorragies que nous avons appelées infectieuses. Malgré tous les traitements institués l'issue a été fatale.
Nous allons citer ici d’autres cas ct nous nous efforcerons d’en dégager quelques données thérapeutiques.