OBSERVATION XXIV
(Service de M. Tridon)
. Hémorragies secondaires. — État infectieux. — Drainage de la plaie, ligature d’un petit bourgeon qui saigne. —
Guérison.
B.... blessé le 1° novembre 1916 par balle.
Entre le 8 dans notre hôpital.
Le billet d'ambulance porte : plaie pénétrante de l'épaule
“droite par balle: extraction d'une balle de fusil et de sa
chemise ; esquillectomie au niveau de la fracture transversale de l'omoplate(perte de substance considérable du bord interne de cet os).
À son arrivée le blessé présente quatre plaies débridées dans la-région scapulaire : elles suppurent abondamment,
18 novembre. — Hémorragie secondaire. |
La température monte à 40°4.
Cette hémorragie coulait en nappe assez abondamment mais sans donner lieu à aucun jet. Elle paraissait superficielle et sourdre par tous les capillaires. D'ailleurs le blessé était profondément infecté avec teint subictérique. Ces hémorragies se répétèrent plusieurs jours de suite et le blessé se maintint grâce à des injections de sérum et d'huile camphrée.
24 novembre. — La maladie s'aggrave, on intervient. On débride la plaie scapulaire qui siège dans la fosse sous-épineuse : on ne trouve qu'un petit bourgeon fongueux saignotant sur lequel on pose un fil. On tamponne la plaie le blessé
guérit.
Quel enseignement peut-on tirer de l'étude de ces observations d’hémorragies secondaires rebelles, au point de vue de leur traitement ?
Ces blessés sont en même temps des malades, le . traitement devra donc être médical et chirurgical.
a) Médical, -— Ce sera la lutte contre l'infection générale : on aidera l’organisme à se défendre.
Et tout d’abord on soutiendra le cœur au moyen d’injections de spartéine : ces malades ont une certaine tendance à faire de la myocardite, leur cœur
devient insuffisant tout comme le foie ou les reins. Les injections de sérum dont nous parlerons un peu plus loin ne seront pas sans réveiller sa contractilité quand le système circulatoire s’est en partie vidé. L'huile camphrée à la dose de 10 centimètres cubes deux fois par jour est un bon stimulant.
On fera boire ces malades: ils ont soif parce qu'ils sont déshydratés ; il faut leur rendre sous cette forme un peu de l’eau qu'ils ont perdue... et puis il faut laver leurs reins. |
La fièvre n’exige guère ici de traitement spécial. On pourra lutter contre la septicémie par les sels colloïdaux d’or ou d'argent (collobiase d’or, électrargol) en attendant qu’on puisse un jour opposer aux microbes ou à leurs toxines des vaccins ou sérums suffisants.
Les potions stimulantes à base d’alcool ne devront être employées que dans les cas d’intégrité relative des grands organes.
Enfin on s’adressera aux médicaments qui agissent soit directement sur le sang, soit sur la contractilité des parois vasculaires.
. La potion au chlorure de calcium est classique, on la maintiendra. D'ailleurs. si elle n’agit pas sur le sang elle aura peut-être une action sur les phénomènes sériques fréquents chez les blessés.
L'ergotine, l’émétine, l'adrénaline, sont à employer... Quant aux médicaments ou sérums qui agissent sur la masse du sang, sur la coagulation ou sur l’hématopoïèse ; nous allons les passer en revue.
Sérum physiologique. — C’est le sérum que nous avons le plus souvent employé, Son effet est certain : une injection de sérum salé (7,5 o/oo) faite au moment opportun, dans une veine,s’il faut aller vite, peut sauver un blessé... en attendant mieux.
M. Gautrelel conseille le sérum de Locke, comme « sérum physiologique » par excellence.
Nous ne l’avons pas encore employé mais sommes disposés à le faire. Son chlorure de calcium agirait sur la contraction du myocarde et sur la coagulabilité, son chlorure de potassium sur le relâchement du muscle, son glucose sur la nutrition des fibres <ardiaques.
Le sérum glucosé que nous avons souvent choisi nous a donné d'aussi bons résultats que le sérum salé.[l a le mérite de ne point léser le rein et d’activer la diurèse. |
Le sérum gélatiné (avec certaines précautions) | agirait sur la coagulabilité... nous n’en avons guère üré grand bénéfice dans les cas où nous l'avons donné.
Nous avons dit plus haut qu’il pouvait y avoir hémoplhilie traumatique acquise ou non, aussi nous sommes-nous adressés une fois (n° X, p. 46), à du sérum humain frais recueilli chez la femme d'un -de nos malades... mais l'infection était telle qu’on ne peut tirer aucune conclusion de l’insuccès. Nous dirons la même chose de la transfusion faite sur le même sujet. Le sérum de cheval sous forme de sérum antitétanique a peut-être une action préven-
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tive,mais tous nos blessés qui ont saigné avaient été injectés et même parfois réinjectés.
Nous n'avons pas ulilisé les sérums du commerce tels ceux de Ferrari, Oliviero, Roussel (Hémostyl). (Voir Presse médicale, n° 35, 1915, article original de M. P. Émile Weil). :
b) Chirurgical. — Il est difficile. Si on ne trouve aucun vaisseau qui donne il faut famponner. Le tamponnement seul peut réussir... il a tout au moins l'avantage de permettre à la circulation collatérale de s'établir progressivement avant de poser une ligature à distance dont l'effet serait brutal si l’on agissait autrement. Les ligatures à distance que nous avons pratiquées n’ont jamais été faites d'emblée.
Mais alors cette ligature ne servira plus à rien car sile sang suit une autre cours — et c’est le danger redouté par M. Caraven — il reviendra à ia plaie par une autre voie. Cependant cela ne s’est pas produit dans les quelques cas mentionnés cidessus, |
La ligature à distance ne doit être qu’un moyen de fortune... parfois salutaire qu'on tentera après tamponnement vain. Quand le blessé se meurt d’hémorragies il faut tout essayer pour le sauver. Une infection trop grave, une infiltration purulente seront les seuls empêchements (obs. XXV, p. 85).
Nous conseillons de passer le fil sans le serrer si l’hémostase s’est produite spontanément où avec
l’aide du garrot. Il suffira de tirer sur les bouts à la
moindre alerte : c’est le seul genre de garrot qu’on pourra laisser à demeure.
Pour nous résumer nous allons dire quelques mots sur ce qu'il ne faut pas faire, puis nous dirons ce quil faut faire : ce seront nos conclusions.
1° Il ne faut pas poser de garrot inutilement et encore moins ne pas le laisser en place surtout dans les conditions d'infection de toute plaie (ischémie, gangrène) :
2° Ne pas mettre de pansement ‘humide après enlèvement de pinces posées à demeure pour assurer l’hémostase ;
3° Ne pas mettre ou laisser de drain au contact d’une artère ;
4° Ne pas employer d’aiguille, mais se servir du passe-fil pour faire la ligature ;
5° Ne pas faire d’incision (arthrotomie du genou, incisions de la fesse) sans s'assurer que rien ne saigne. /{ importe plus encore en chirurgie de guerre de faire une hémostase soigneuse (Caraven).
M. Caraven nous a communiqué deux observations de ce genre : nous résumons l’une d'elles en quelques mots :