‹ Des hémorrhagies intrarachidiennes thèse présentée au concours pour l'agrégation section de médecine et de médecine légale, et soutenue à la Faculté de médecine de Paris le 26 avril 1872Chapitre 17 sur 26 · DIAGNOSTIC · texte numérisé non relu

DIAGNOSTIC

Si l'on compare actuellement, au point de vue clinique, l'hématomyélite aiguë et subaiguë aux diverses formes de myélite, on est frappé de sa ressemblance parfaite avec celle qui a été désignée depuis Albers sous le nom de myélite centrale.

Cette dernière maladie frappe particulièrement les hommes jeunes encore. Les malades ressentent tout h

coup, après l'action de causes tout à fait semblables à celles que noius trouvons signalées pour Thématomyé* lite, un fourmillement dans les extrémités inférieures qui ressemble, lorsqu'il est bien accusé, à des piqûres

d'épingle, ou bien une constriction au niveau des jointures, douleurs subjectives qui ne rappellent que de très-loin les douleurs du rhumatisme.

Ces douleurs débutent par les extrémités pour remonter vers l'abdomen; puis bientôt survient une insensibilité, une anesthésie plus ou moins complète.

En même temps, ou peu de temps après, les malades éprouvent une fatigue énorme ; en quelques heures il leur devient impossible de se tenir debout. La paralysie est complète, les membres sont flasques, et ces phénomènes de dépression sont À peine précédés d'une courte période d'excitation, dans laquelle on note quelques petites secousses dans les membres qui vont être envahis par la paralysie.

L'excitabilité réflexe disparaît, et, si la maladie se prolonge un peu, les muscles perdent également toute excitabilité électrique et ne tardent pas à s'atrophier.

De plus, on remarque encore dans ces cas la production rapide des eschares ; les urines deviennent égale* ment fétides, ammoniacales , quelquefois sanglantes *. on y trouve même du muco-pus , et ces accidents redoutables ne tardent pas à entraîner la mort des malades.

Presque toujours aussi la myélite centrale a une marche ascendante; les muscles abdominaux, les mus« des du tronc, le diaphragme se paralysent tour À tour, ou bien encore la maladie, suivant, mais plus rarement, une marche descendante, les membres supérieurs et le tronc sont irappés les prerriiers, et l'issue funeste

survient plus rapidement. Enfin la myélite centrale sans complication aucune peut se terminer fatalement dans l'espace de quelques heures.

Ne dirait-on pas que cette description sommaire, que j'emprunte aux savantes leçons de M. Charcot, est le résumé de celle que nous venons de donner précédemment, etqu ellea été faite à l'aide des mêmes obser> valions.

L'étude clinique vient donc démontrer, aussi bien que l'anatomie pathologique, l'identité parfaite qui existe entre Thématomyélite et la myélite centrale commune, et, dans l'état actuel de nos connaissances

sur les maladies de la moelle, nous ne trouvons, ni dans le mode de début, ni dans les symptômes, ni dans la marche , ni dans le mode de terminaison, aucune particularité qui puisse permettre de différencier les cas qui s'accompagnent d'extravasation du sang de ceux qui en sont dépourvus.

Dans les deux cas, les mêmes symptômes indiquent * la même destruction de la substance grise de la moelle.

Ainsi, à l'état physiologique, celle-ci est dépourvue d'excitabilité; mais il n'en est pas de même à l'état pathologique.

Sous l'influence de l'irritation, la substance grise devient excitable à la façon d*un cordon nerveux blanc. D'où l'apparition dans les deux maladies que nous comparons d'une courte période d'excitation. Puis bientôt le centre médullaire est détruit, et alors surviennent les symptômes de dépression, la suspension de l'action de la moelle, c'est-à-dire les paralysies du mouvement et de la sensibilité , les troubles trophiques.

Enfin, comme dernière remarque physiologique, déjà faite d'ailleurs par M. Brown«Séquard, dans les cas de paralysie unilatérale, la perte de la motilité existe du côté de la lésion , celle de la sensibilité du côté opposé (1).

La marche rapide de l'hématomyéiite est tellement importante que nous y insisterons encore. £lle montre que l'épanchement de sang, loin d'être une altération localisée, comme devrait l'être une hémorrbagie proprement dite, est sous la «dépendance d*une lésion grave et diifuse qui s'étend à toute la moelle.

Et c'est pourquoi ra symptomatologie ressemble surtout à celle de la myélite centrale. Mais nous ne croyons pas pour cela que tous les faits d'hématomyélite soient complètement étrangers à l'histoire de la myélite partielle.

Au contraire, les observations déjà citées , de Cru<veilhier, Ferrand, Liouville, en montrant des sortes de cicatrices limitées en un point, établissent l'existence de cette forme, et, nous le répétons encore ici, l'hémorrhagie médullaire étant sous la dépendance de l'inflammation, toutes les formes inflammatoires peuvent s'accompagner d'extravasation sanguine; l'hématomyéiite peut les comprendre toutes (?) Mais, soit parce que la myélite centrale a une manière d'être spéciale, soit parce que, conduisant rapidement à la

(1) Cas de Honod et d'Ort. Cepradajit dans le cas de Sacchoo il y avait une hémiplégie avee porte de la motilité de la Modbilité du même eMê.

(2^;il est probable que si l'on pouvait étudier toutes les myélites au début, on no trouverait pas uu seul fait de ramolUïsemenl inllammatoirc de la moelle, «eoB une extiavaeidion de sang plus ou moins abondaute. Le tissu nerveux ne peut pas 8*cnflammer sans qu'il y ut, par issue à travers les parais vaseu-

inires on par rupture, des éU'mpnts du ^ana; cxlravasés, et riiématomyélie n'a été admise, comme eppèa; nosologique distincte, qu'à une époque où l'on no eavsit pa» que les myélites pouvaient débuter brusquement de la manière la

plus idgue.

mort, elle fournit plus que toute autre l'occasion aux observateurs de constater les lésions inflammatoires du début (ramoUiasement rouge) , c'est elle qui jusqu'ici comprend dans ses formes aiguës et subaiguês la majorité des faits décrits à tort dans les auteurs sous le nom d'apoplexie de la moelle épinière.

En résumé et comme conclusion , l'hématomyélite ne doit pas être séparée de l'histoire des myélites vulgaires. Que si l'on voulait tracer un tableau clinique ne se rapportant qu'à l'hématomyélite, ce serait retomber, pour la pathologie de la moelle épinière , dans la même erreur que celle qui a consisté , à une certaine époque , à présenter l'étude clinique de l'apoplexie capillaire du cerveau comme une espèce morbide distincte, c*est«à-dire artificiellement et sans raison séparée de ]a cause principale qui la domine, le ramollisse- Aient ou l'encéphalite.

En d'autres termes, il existe, pour la moelle, comme pour le cerveau, une sorte de ramollissement apoplectiforme, capable de produire les mêmes symptômes que l'hémorrhagie proprement dite.

Toutefois, avec cette différence que, dans le cerveau, cette forme d'apoplexie est liée le plus souvent à Toblitération subite des artères, tandis que, dans la moelle, le processus est de nature inflammatoire (1).

Souvent la maladie surprend l'homme au milieu de la santé, comme le ferait la phlegmasie laplus légitime, la pneumonie, par exemple.

Forme ckroniqtie, — Les quatre observations d'hé-

(1) Copeiulant il estbondo fairo ob-^n vcr que si tons les ramolUs.'^emoiitfl dcl.a mnelle p.iraissent ^tro do tinlui e inllimmaloirc, la science n'est copcndani paâ eticon' fixée déQnilivemeut sur ce point (voir une des notes précéden tua).

morrhagie de la moelle à marche chronique (Nonat, Lancereaux, AUbutt , Massot] , viennent compléter d'une façon très-intéressante l'étude de Thématomjélite, car elles ont trait chacune à une variété particulière de myélite chronique.

Dans l'observation de M. Nonat, on reconnaît les caractères de la myélite chronique centrale à laquelle M. Hallopeau a donné le nom de périépendjmaire et dans le travail publié par cet observateur judicieux, on trouve une explication très*exacte de ce cas.

M. Lancereaux a donné lui-môme de son observation une interprétation très-juste, et on lira avec intérêt les réflexions qui la suivent (2)«

Plus récemment encore, à propos également d'une myélite subaiguë à début brusque, M. Koster émet Topinion que, dans l'apoplexie spinale, il y a rarement une hémorrhagie dans la place que l'on suppose malade. Le plus souvent, d'après cet auteur, il ne s'agit que d'une hyperémie avec apoplexie capillaire. On voit donc que d'après les auteurs les plus compétents il ne peut y avoir aucun doute .sur l'interprétation des faits d'infiltration sanguine liée à la myélite chronique, même lorsqu'on observe pendant la vieles symptômes de l'apoplexie spinale (v. obs. XCIV).

Enfin le fait d'Allbutt qui se rapporte à la paralysie infantile (?), et celui de M. Massot à l'atrophie musci.' laire progressive, montrent les rapports qui relient l'hémorrhagie de la moelle à toutes les variétés d'irritation chronique de cet organe. Aussi nbus paraît-il inutile d'entreprendre, à l'aide de ces quatre cas par-

(1) Hallopeaik Conlrîlratkm à rftude da la MUtOM dUhiM pM-apwidy-

maire (Mém. de la Soo. d« Uologis, p. IMT, 1889}.

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