ARTICLE IV
Hémorrhagies traumatiques abdominales .
Les hémorrhagies traumatiques abdominales sont fournies par deux sources distinctes : i° par les vaisseaux qui rampent dans les parois de la cavité; 2°par les gros vaisseaux qui y sont renfermés, par ceux qui se distribuent aux organes, et enfin par le parenchyme des organes eux-mêmes.
La lésion de ces différens vaisseaux peut avoir un effet commun : l’épanchement et l’accumulation de sang dans la cavité du péritoine.
L’aorte ventrale, la veine-cave descendante, les artères sous - diaphragmatiques , lombaires , le tronc cœliaque , les artères hépatiques , coronaires stomachiques, spléniques, mésentériques supérieure et inférieure, leurs divisions, les branches et le tronc de la veine-porte, les artères et veines rénales , les artères et veines spermatiques , les artères et veines iliaques primi tives, etc., et enfin la substance même des organes très vasculaires qui remplissent la capacité abdominale et le bassin , peuvent être lésés par les instrumens piquans ou tranchans qui pénètrent dans le ventre. Les organes parenchymateux, le foie, la rate, peuvent être, ainsi que les gros vaisseaux rompus ou dilacérés par la chute ou le passage de corps pesans sur l’abdomen ; enfin,
les artères qui rampent dans l’épaisseur des parois, et surtout les épigastriques et les branches terminales des mammaires peuvent être lésées par des corps vulnérans ordinaires ou par des opérations chirurgicales , et fournir une hémorrhagie externe ou interne.
Il est difficile de distinguer avec précision à la suite d’une plaie pénétrante de l’abdomen, la source des hémorrhagies qui s’effectuent dans cette cavité. En effet, les symptômes ne sont en général que ceux de toutes les hémorrhagies in ternes, auxquels se joignent, la tuméfaction molle et progressive du ventre, et, pendant les premiers momens,une douleur plus vive, plus prononcée dans le trajet de la plaie que partout ailleurs. La tension devient d’autant plus rapide que le vaisseau divisé est plus considérable. Il va sans dire que quand elle est très prompte , on doit supposer la lésion d’un vaisseau de gros calibre, et que l’affaiblissement est très rapide en proportion de la tuméfaction. Si en palpant ou en auscultant l’abdomen avec soin , on sentait ou on entendait un bruissement régulier, ce serait une raison de penser que le vaisseau est une artère plutôt qu’une veine.
La même difficulté se présente à bien plus forte raison quand la lésion dépend d’une de ces causes puissantes qui déchirent les viscères par la pression qu’ils exercent sur eux. Les hou-
tels arrivés à la fin de leur course, les voitures pesamment chargées, en un mot toutes les eauses contondantes qui agissent à-la-fois sur une grande surface et avec une grande force, déterminent dans les viscères abdominaux, une lésion étendue et profonde dont les caractères se confondent en quelque sorte en un seul principal ; savoir : tendance à la syncope accompagnée d'une tuméfaction énorme et douloureuse de l’abdomen; ce n’est que dans le cas où une cause moins puissante a en quelque sorte localisé son action sur mn organe en particulier, en blessant les vaisseaux qui s’y distribuent, que l’on peut reconnaître les sources de l’hémorrhagie. Ainsi, qu’à la suite d’un coup , d’une blessure par une épée ou d’une chute, le foie, la rate, le rein soient divisés , déchirés ou contus , et que de ces lésions résulte un épanchement abdominal; en même temps que celui-ci se fait reconnaître, au gonflement et à la tension de l’abdomen, la lésion de la rate se dessinera par la douleur, le gonflement, la tumeur que l’on sentira dans l’hypochondre gauche, celle du foie par la douleur et la tuméfaction de l’hypochondre droit, et la teinte ictérique g énérale, celles du rein par la douleur sur les côtés de la colonne vertébrale, par la tumeur que l’on sentira dans la région rénale et par les urines sanglantes; que la même lésion atteigne l’estomac, l’intestin, la vessie, l’utérus , et des vomis-
semens de sang, des selles brunes ou sanguinolentes , l’écoulement du sang par l’urètre ou le vagin, en meme temps que la douleur principale est fixée sur l’un de ces différens organes, suffiront dans beaucoup de cas pour remonter à la source du mal.
Enfin quand il ne se manifeste aucun symptôme indiquant une lésion d’organe, toutes les fois que le trajet de la plaie rencontre celui d’un vaisseau, et qu’une hémorrhagie se manifeste, on doit croire qu’elle est fournie par les parois.
Au reste, comme dans la plupart des cas il existe d’autres lésions , qui indépendamment de l’épanchement peuvent produire la mort, il en résulte que souvent on a moins à regretter de n’avoir pu reconnaître la source de l’hémorrhagie pour la tarir. La marche de l’épanchement est variai1'* suivant le volume du vaisseau qui le fournit, et suivant que cet épanchement est simple ou compliqué.
Lors même qu’il est simple, s’il provient d’un très gros vaisseau , sa marche est rapide , et le . malade tombe promptement dans une syncope moi telle.
Au contraire, lorsque le vaisseau lésé est d’un volume médiocre, après les premiers accidens, tels que la douleur, un sentiment de chaleur qui se répand dans toute la cavité abdominale, quelquefois la pâleur générale, la décomposi-
tion des traits, la tuméfaction du Ventre , les nausées et même les lipothymies, l’hémorrhagie s’arrête. On a fait remarquer en effet que la pression uniforme que les viscères abdominaux exercent continuellement les uns sur les autres est bien propre à prévenir les épanchemens qui tendraient à se faire dans le péritoine et à retenir les matières liquides ou fluides dans les canaux qu’elles parcourent , pourvu toutefois que la plaie ne soit pas très large et qu’une cause puissante ne les force pas à en sor tir. Dans ces cas la pâleur cesse, le pouls se relève et les lipothymies disparaissent. Le sang peut bien encore agir comme corps étranger sur le péritoine et déterminer une péritonite grave ; mais dans quelques cas heureux il est résorbé peu-à-peu ou bien il se rassemble en un foyer unique.
Petit, fils de Jean-Louis, dans un mémoire
sur ce sujet inséré parmi ceux de l’ancienne et
célèbre académie de chirurgie , a bien décrit le
mécanisme suivant lequel se forme la collection
dans ces cas. Il pense , ainsi que Garengeot, que
toujours le liquide primitivement répandu dans
toute la cavité, se rassemble en un foyer à la