partie inférieure de l’abdomen. Petit a constaté
qu’après la mort le caillot , formant une masse
unique , est limité par une adhérence qui s’établit
entre les intestins et la paroi antérieure de l’abdo*-
men, et qu’il est contenu dans un kyste lympha-*
tique que I on peut isoler de toutes parts des intestins , de La paroi abdominale et du caillot ; cet examen a été fait le vingt-et-unième jour de la blessure.
C’est p eu- à-peu que le liquide d’abord répandu uniformément se rassemble , et ce n’est que quand déjà la collection est assez avancée que Son commence à la reconnaître au toucher» Jusque-là, la tension du ventre est générale et uniforme, mais à mesure que le liquide se rassemble on voit la partie inférieure du ventre se bomber et se tendre plus que le reste de la cavité. Au bout de quelque temps les symptômes inflammatoires se réveillent. La douleur se main» tient dans le lieu où siège le foyer qui s’élève en se circonscrivant de plus en plus. Quelquefois il se manifeste une ecchymose plus ou moins apparente sur le sommet du foyer dans lequel la fluctuation devient de plus en plus prononcée. La présence du liquide gêne la vessie et l’émission de l’urine, quelquefois même le réservoir urinaire paraît participer à l’inflammation, les besoins d’uriner sont fréquens, il peut y avoir rétention, et l’on soulage le malade par le cathétérisme. Ces phénomènes sont accompagnés d’anxiété, et de fièvre , et si l’on ne vient pas au secours du malade , il périt avec les signes d’une inflammation abdominale.
On conçoit qu’il doit être de la plus haute im-
portance d’arrêter dans l’origine F hémorrhagie qui tend à se faire dans la cavité du péritoine. Quand elle est fournie par les artères qui rampent dans les parois abdominales , on peut y parvenir sûrement. Mais, parmi celles-ci, il n’y a guère que l’artère épigastrique qui ait un volume assez considérable pour donner lieu à une hémorrhagie inquiétante. Outre les blessures qui résultent de Faction des instruinens vulnérans, l’épigastrique est encore exposée à être blessée dans deux opérations chirurgicales , le débridement des hernies crurale et inguinale , quand on le dirige dans un sens vicieux et qu’on lui donne trop d’étendue , et la paracenthèse. Quand la plaie est étroite, il est possible que l’hémorrhagie n’apparaisse point au-dehors, parce que le sang trouve beaucoup plus de facilité à se répandre dans Fabdomen qu’à traverser toute l’épaisseur des parois pour s’écouler audehors. Ce n’est par conséquent que quand l’épanchement est assez considérable pour manifester sa présence par les symptômes déjà indiqués , que l’on commence à reconnaître qu’une hémorrhagie interne a lieu. Cependant il arrive aussi que la résistance des viscères abdominaux suffit pour l’empêcher de se répandre au-dedans et pour arrêter l’hémorrhagie, ou pour le forcer à sortir par la plaie. Après la paracenthèse,
l’hémorrhagie se produit ordinairement avec fa-
cilité au dehors , parce que la canule qui a sé** joürné dans la plaie l’a laissée béante et ou* verte au sang qui la parcourt sans obstacle. Quand les plaies ont quelque largeur, comme par exemple celles qui résultent de l’opération de la hernie, on s’aperçoit presque toujours facilement de la lésion de l’artère épigastrique, à l’écoulement d’une certaine quantité de sang qui sort immédiatement après le débridement. Il en est de même quand cette artère se trouve lésée dans une plaie pénétrante de quelque étendue.
On arrête les hémorrhagies qui suivent l’opération de la paracenthèse par plusieurs moyens. On peut presser entre les doigts toute l’épaisseur des parois abdominales dans lesquelles le trajet de la plaie est contenu , le serrer et le froisser pendant quelques instans. Faudrait-il à l’imitation de Bellocq, remplir la plaie d’un petit cylindre de bougie de cire, ou de bougie en gomme élastique? Nous avons dans ce moyen très peu de confiance.
Quand l’artère épigastrique est lésée dans une opération de hernie , on conseille de recourir à divers moyens. Boyer, dans un cas ou il vit sort ir du sang, après l’opération de la kélotomie , enfonça dans la plaie la partie moyenne d’une compresse de manière à en former un cul-de-sac qu’il remplit de charpie; après quoi, ayant attiré la compresse à lui, l’hémorrhagie se trouva suspendue définitivement. On pourrait aussi en cas d’hémorrhagie rebelle tenter
la ligature de l’épigastrique à quelques lignes de sa naissance. Enfin , lorsque l’artère épigastrique ou toute autre artère des parois abdominales se trouve lésée dans une plaie assez large pour qu’on puisse la saisir et la lier, on doit le faire, à moins que l’on n’aime mieux pratiquer un point de suture entortillée qui , en comprimant les deux lèvres de la plaie l’une contre l’autre arrêtera sûrement l’hémor^ rhagie.
Tels sont les moyens à l’aide desquels on peut prévenir l’épanchement dans la cavité du péritoine quand l’artère lésée a son siège dans l’épaisseur des parois de cette cavité.
Quand l’hémorrhagie a une source plus profonde, il faut chercher alors à l’arrêter par les seuls moyens qui soient au pouvoir de l’art et ils sont beaucoup moins efficaces. Le malade sera saigné abondamment, d$s applications réfrigérantes seront faites sur l’abdomen et l’on prescrira en même temps le régime le plus sé vère»
Enfin, lorsque la collection sera formée et que les symptômes d’inflammation locale auront disparu, on pratiquera, à l’imitation de Vacher, une incision qui devra diviser la paroi abdominale sur le point où la fluctuation est le plus sensible. Après l’écoulement du liquide, on fera quelques injections détersives et on cherchera à prévenir ou à modifier les accidens inflammatoires.
Obs. LVII. — Bonet ( d'après Tulpius, liv. 2 , chap. 18) rapporte l’exemple d’un homme atteint de deux blessures, dont l’une avait pénétré dans le foie et l’estomac, et l’autre dans le médiastin , le péricarde et le ventricule droit» L’abondance du sang était telle que le cœur nageait dans ce liquide. Ce qui n’empêcha pas que le malade ne survécut à cette blessure jusqu’à la fin du second jour.
Obs. LVTII. — Hémorrhagie mortelle d'une veine mésentérique dans une hernie ombilicale . ( 1 ) — Une jeune fille offre, à 12 ans, un abcès sousombilical, qui s’ouvre et se cicatrise spontanément après l’issue de beaucoup de matières liquides jaunâtres. A 22 ans, derrière la cicatrice se développe une petite tumeur, qui, au bout de quatre ans, s’ouvre et donne issue à un jet rapide et non interrompu de sang ; cette hémorrhagie est suivie d’une syncope de trois quarts d’heure. Sept jours plus tard , elle réparait et dure une heure , malgré une forte compression , la malade ayant voulu se lever. Après une semaine , la malade étant dans le plus parfait repos , et dans son lit , nouvelle hémorrhagie aussi forte qui la réduit à l’épuisement. Portée, le 7 février 1809, dans les salles de Scarpa, il fait
(1) Journal général , i8i5 , xlvi; p. 221, Scarpa , Cinquième mémoire sur la hernie ombilicale.
pratiquer la compression , et néanmoins, trois jours après, nouvel écoulement de sang»
Introduction dans l’ouverture de la tumeur, d’un tampon de charpie imprégnée de liqueur astringente , et compression.
Le 3 mars escarrhe, qui tombe le 7, et laisse sortir beaucoup d’excrémens jaunes et liquides. Mort deux jours après.
Autopsie. — - Intestins et épiploon pelotonnés adhérens au sac. Iléon communiquant avec la plaie des tégumens , et dans son mésentère , une veine mésentérique distendue par des caillots de sang et deux fois plus grosse qu’une plume à écrire , se dirigeant vers la plaie extérieure et s’y ouvrant entre le péritoine et l’intestin. Les autres veines mésentériques et les hémorrhoïdaîes internes étaient plus dilatées que de coutume.
Oes. LIX. — Coup (F épée à V épigastre; point dé autres accidens que de la faiblesse $ mort le troisième jour ; quatre livres de sang dans le péritoine (1). — Un soldat reçut un coup d’épée audessous du cartilage xiphoïde; il ne se manifesta aucun des symptômes qui annoncent une hémorrhagie interne; il y avait seulement faiblesse et insomnie. Malgré le traitement, le malade succomba le troisième jour.
(i) Ledran, ohs. 9*.
L’épée avait percé l’iléon, le jéjunum et le mésentère , avait ouvert un rameau mésentérique: quatre livres de sang étaient épanchées.
O bs. LX. — Hémorrhagie ombilicale > terminée ‘par la mort (1). — Chez un enfant de huit jours, il fut impossible d’arrêter cette hémorrhagie, et la mort arriva le deuxième. A i’ouverture , on trouva la veine ombilicale distendue par du sang liquide, et du volume d’une plume d’oie; les deux artères ombilicales étaient également très grosses , mais profondément rétractées dans les parois abdominales.
L’auteur conseille dans les cas analogues de mettre à découvert et de lier les artères.
Obs. LXI. — Rupture de la rate dans une chute. — Mort (2). — Une femme portant un lourd fardeau fit une chute dans un escalier, et reçut une forte contusion au côté gauche; elle se plaignit de la douleur qu’elle en ressentait , et cependant reprit ses occupations. Mais bientôt le mari de cette femme vint trouver ses voisins en leur disant que safemüie était près d’expirer... ce quelle fit en effet peu après.
A l’examen du corps, on constata que le ventre était extraordinairement tuméfié ; on l’ouvrit et on le trouva rempli de sang coagulé ; la rate était déchirée dans le sens de sa longueur.
(r) Arch. de mèd., t. vu, i8a5, p. 692.
(a) Bonet , p. 4a6 , voî. ni , obs. xxx.
L’hémorrhagie était si complète qu’il ne restait pas une goutte de sang dans les vaisseaux. (D. Caroli. Rayger. Miscell. cur . nat. dec. m, ann. n.)
Obs. LXII. — Blessure de la rate . — Hémorrhagie. Mort (1). ^-Deux jeunes gens s’étant pris de querelle, l’un d’eux lança à l’autre un couteau dont l’extrémité était obtuse dans l’hypochondre gauche. Aussitôt des lipothymies, des sueurs froides , la disparition du pouls pendant deux heures , en un mot les symptômes les plus graves se manifestèrent. On chercha vainement à reconnaître la direction delà plaie; on constata seulement que l’instrument s’était arrêté sur une côte... Les accidens continuèrent de la sorte pendant huit heures environ, après quoi le malade expira.
L’abdomen étant ouvert, on trouva la cavité remplie entièrement de sang... La rate offrit une plaie de deux ou trois doigts d’étendue , on constata que le couteau avait traversé la côte.
Obs. LXIIL — Hémorrhagie mortelle du grand épiploon f causée par une ponction abdominale (2). - — Une ponction faite pour une ascite sur une femme de 20 ans, fut suivie deux heures après de la mort de la malade ; la canule n’avait
(î)Bonet , p. 386, vol. ni.
(a) Clinique ; t. i , n. 80.
donné issue qu’à de la sérosité. A l’ouverture on trouva environ un litre et demi de sang coagulé et vermeil dans les points les plus déclives de la cavité , il était surnagé par de la sérosité; les viscères abdominaux examinés avec soin ne présentèrent aucune lésion, mais le grand épiploon aggloméré en une sorte de cordon épais , long de cinq à six pouces et large de dix-huit lignes environ, se dirigeait de Festomac au côté gauche antérieur de la paroi abdominale, et adhérait à cette partie dans le point où la ponction avait été pratiquée. Des vaisseaux assez gros se ramifiaient dans son tissu, et sans qu’il fût possible de reconnaître l’artère ou la veine lésée, son état d’imbibition par du sang vis-à-vis le trou fait par le trois-quarts, ne laissa aucun doute sur le siège de l’hémorrhagie. Dans la paroi abdominale aucune branche de la mammaire ou de l’épigastrique n’avait été piquée.
Obs. LXIY. — - Blessure des vaisseaux mésentériques (i). — Un homme reçoit dans la partie inférieure de l’hypochondre droit, un coup violent; il tombe mort. A l’ouverture on reconnaît que les vaisseaux du mésentère ont été déchirés. ( Tulpius lib. 2. obs. 29.)
Obs. LXY. — Blessure du foie et de la veine cave . • — Mort. — Le lieutenant André Ferbert
(1) Bonet , Sepulchrelum , p, 3 75, vol. ni.
ayant été blessé à Fhypocondre droit par une épée, il s’écoula, par la plaie, une grande quantité de sang. Le malade se plaignit de douleurs remontant jusqu’aux larynx; il survint des vo~
missemens bilieux, des selles sanglantes . et
bientôt la mort.
L’abdomen ouvert , le foie et la veine cave fu rent trouvés lésés par le fer de l’épée. (Bonet, vol. 3, p. 362.)
Obs. LXVL-— Chute , rupture de V utérus 3 hémorrhagie (1). — Une femme, arrivée au sixième ou septième mois de la gestation, se laisse tomber d’un deuxième étage. Tous les symptômes d’une hémorrhagie interne abondante se manifestent; par la vulve il ne s’échappe qu’un peu de sang. La malade succombe au bout d’une heure. On trouve l’utérus déchiré dans une grande étendue, l’enfant dans la cavité du péritoine et un épan~ chement dejsang considérable.
Obs. LXVIL — Chute. — Mort. — Epanchement sanguin dans le ventre. — Rupture d ’ une veine rénale (à). — Un malade qui venait de faire une chute est porté à l’hôpital Saint-Éloi, présentant tous les symptômes d’une hémorrhagie cachée. Il succombe rapidement. A l’autopsie , on trouva une des veines rénales rompues. Elle avait été la
(1) Thè^e Montpellier } Daniel, n. 77, i832, 1
(2) Thèse Montpellier y Daniel , 77 ^ i832„
source d'un épanchement considérable dans l’abdomen.
Obs. LXVIII. — Coup d’épée dans V abdomen. — Ouverture de V artère épigastrique sans hémorrhagie externe. — Mort (t). — Un officier d’un régiment italien, prisonnier en Angleterre, à Portsmouth , se battit en duel avec un de ses compagnons d’infortune. U reçut dans le basventre, le long du trajet de l’artère épigastrique, un coup de fleuret très mince et nommé carlet. Le voyant blessé, les témoins arrêtèrent l’action qu’il voulait continuer. La paix fut faite , et on proposa de sceller, à la taverne , la réconciliation ; il s’y rendit après plusieurs minutes de marche , se mit à table , but et mangea pendant une demi-heure environ , époque à laquelle il se trouva pris de frissons, syncopes, vomissement, rapidement suivis de la mort.
A l’ouverture, on trouva l’abdomen entièrement rempli de caillots de sang, s’élevant à plusieurs livres , fournis par la déchirure de l’artère épigastrique, sans qu’une seule goutte eût transsudé au-dehors. ,
Obs. LXIX. — Division de F artère épigastrique gauche par un coup de couteau . — Suspension de l’hémorrhagie pa / la compression faite
(i) Ce fait >n7a été communiqué par le docteur Carron Du Villards.
avec le doigt. — Epanchement mortel ( i - Au mois de mai 1 83 1 , à six heures du soir, fut apporté à l’Hotel -Dieu et couché dans la salle Sainte-Agnès, un jeune garçon boucher, robuste et de haute taille. A l’une des barrières de Paris, cet homme s’était pris de querelle avec sa maîtresse, et en reçut un coup de couteau dans la région iliaque gauche. Quelques minutes après cet accident, il éprouva des défaillances. Placé sur un brancard, il n’arriva à l’Hotel-Dieu qu’environ deux heures après. Le pouls était encore précipité et assez fort ; le doigt, introduit dans la plaie qui avait plus d’un pouce de largeur et dont la direction était transversale, put facilement sentir le battement de l’artère épigastrique à son bout inférieur, en la comprimant entre le pouce resté au dehors et l’indicateur placé sur le point correspondant de la paroi abdominale à sa face interne, ou suspendait le battement et la sensation de l’écoulement du liquide. Aussitôt que l’on cessait cette compression, on sentait reparaître cet écoulement. Gomme interne de garde , chargé de surveiller ce malade, je crus devoir me borner à cette compression permanente, en même temps que je faisais prévenir M. Breschet, qui arriva sur les dix heures du soir, s’assura par lui-même de l’exactitude de la compression, et vit qu’elle avait complètement suspendu l’hémorrhagie : on put donc la cesser. Des com-
(i) Communiquée par M. Caffe.
presses réfrigérantes furent appliquées sur i’abdomen. Le pouls continuait de battre avec régularité, mais il était de beaucoup déprimé. Le lendemain se déclarèrent les accidens d’une péritonite aiguë, et le malade succomba le troisième jour. L’autopsie fît reconnaître un épanchement circonscrit dans le bassin inférieur, delà quantité d’une livre et demie, et limité par des adhérences d’inflammation péritonéale.