OBSERVATION VIII
(Due à l’obligeance de M. Auguste Pollosson.)
Le nommé $S..., âgé de cinquante-quatre ans, exerçant la profession de cultivateur, aeu, ily a dix ans, une hernie inguinale droite réductible qui nécessita pendant six mois environ le port d’un bandage. Au bout de ce temps, la hernie n'eut plus de tendance à sortir et le malade put se dispenser de porter aucun bandage,
Au commencement de mai 1893, il vit, sous l'influence d’un effort, se reproduire une hernie inguinale droite peu volumineuse, réductible et pour laquelle il ne fit pas faire de nouveau bandage,
Le 25 juin, sous l'influence d’un nouvel effort, cette hernie augmenta brusquement de volume, devenant grosse comme deux poings d’adulte et à partir de ce moment devint complètement ir-
MY «|, ee réductible. Cetteirréductibilité ne fut pas accompagnée de phénomèênes d’étranglement, il n'y eut pas de vomissements, pas d'arrêt de gaz et des matières, pas de douleurs abdominales violentes, et les symptômes se bornèrent à une douleur locale avec sensation des pesanteur et de tiraillement ; ces symptômes locaux furent d'ailleurs sujets pendant les quelques jours qui suivirent à des alternatives d'augmentation et d'amélioration, mais sans prendre jamais une allure inquiétante,
Le malade entra à l'Hôtel-Dieu le 28 ju'n; des tentatives de ré: duction furent faites avec une grande modération, mais sans succès. Le pédicule de la hernie étant volumineux et non serré, on pensa qu'il ne s’agissait pas d’un étranglement proprement dit, mais de phénomènes d'engouement ou d’inflammation herniaire légère, et le malade fut traité simplement par le repos au lit, des applications continuelles de glace sur sa hernie, ct une diète assez sévère. Les symptômes eurent d’abord une certaine amélioration, le malade avait de temps en temps une petite selle et rien ne paraissait commander uneintervention, lorsque le 6 juillet survinrent des modifications portant à la fois sur l'état local et sur l'état géné ral du malade. Au point de vue local, augmentation légère de la hernie, tension plus considérable et chaleur locale.
En même temps, survenaient quelques vomissements et un peu de ballonnement de l’atdomen. Le 7 juillet au matin, ces symptômes n'ayant pas cédé et s'étant même un peu aggravés, M. Auguste Pollosson se décida à une intervention.
Incision d'environ 15 centimètres sur la face antérieure de la hernie, isolement du sac, ouverture du sac. On constata que la hernie était constituée d’une part : par une anse d'intestin grêle et d'autre part par le cæcum qui était descendu par glissement ; on trouva alors annexé au cæcum l’appendice vermiforme qui présentait à 2 centimètres environ de son insertion une ulcération large comme une pièce de 50 centimes, ulcération qui non seulement avait donné issue au contenu de l’appendice, mais l'avait presque sectionné. Tout autour de cet appendice ulcéré, on observait une zone de péritonite constituée par des fausses membranes fibrinopurulentes; les phéamènes d'inflammatioà péritonéale étaient
heureusement localisés dans une étendue de quelques centimètres autour de l'appendice, mais sans avoir diffusé dans tout le sac.
On fit alors la résection de l’appendice au voisinage de son insertion et la section fut touchée avec le thermocautère. On fit ensuite nn nettoyage aussi complet que possible de toute la zone enflammée, soit par les irrigations, soit par un essuyage avec des tampons aseptiques et cette toilette achevée, on se décida à rentrer la hernie; on réduisit d'abord l'intestin grêle, puis, comme le cæcum ne pouvait pas être réduit indépendamment du sac, on fit d’abord une suture de l'ouverture qui avait été faite au sac péritonéal et, une fois cette suture terminée, on réduisit à la fois dans l'abdomen, le cæcum et le sac herniaire qui avait été refermés,
Cette réduction d'une masse volumineuse ayant demandél’agran” dissement de l’anneau inguinal, on dut compléter l'opération par une suture au fil de soie des plans aponévrotiques de la paroi abdominale, c'est-à-dire que l’on fit la cure radicale de la hernie. Les téguments furent ultérieurement réunis, un drain étant placé dans le t'ssu cellulaire non entamé, en dehors par conséquent des sutures aponévrotiques.
Les jours suivants, le malade fut maintenu à la dite en même temps qu’on lui administrait quotidiennemer.t une potion d'opium.
Les phénomènes locaux furent très simples, se bornèrent à un peu de tuméfaction de la zone opérée, mais sans suppuration aucure et le drain fut enlevé au cinquantième jour.
La température ne s’éleva pas au-dessus de 385, les vomissements cessèrent à partir de l'opération et la première selle eut lieu au huitième jour sans purgatif et alors que le malade était encore soumis au traitement par l'opium.
À partir de ce moment on donna l'alimentation plus solide et aucun fincident ne survint jusqu’à la sortie du malade qui quitta l'hôpital le 29 août 1893.
On eut soin néanmoins, par précaution, de conseiller le port d’un bandage.
Le malade à été revu trois mois après par M. Pollosson; la guérison est restée parfaite et la cure radicale a même donné des