OBSERVATION V
Cure radicale d’une hernie du gros intestin irréductible par suite de l’hypertrophie des franges épiploïques.— Observation publiée par M. Peyrot le 27 juin 1888, à la Société de Chirurgie.
Le nommé L..., sculpteur, âgé de 48 ans, entre dans mon service à l'hôpital Tenon, le 14 juin 1887, pour se faire guérir d’une hernie inguinale volumineuse dont il ne peut obtenir la réduction.
C’est un homme de taille moyenne très bien portant, un peu adipeux, chez lequel nous ne trouvons aucune tare héréditaire ou acquise.
Sa hernie a commencé à se développer lentement, il y a une dizaine d'années. Elle était d'abord si peu douloureuse et rentra:t si facilement que le malade jugea inutile de s'en préoccuper. il ne porta ni bandage, ni suspension d'aucune sorte. Après avoir ainsi vécu en bonne intelligence avec son infirmité pendant cinq ou six ans, il s'aperçut un jour que la hernie ne rentrait plus; mais ilne s'en préoccupa point davantage. Pourtani, quelques douleurs commencèrent à se montrer dans les reins, dans la partie inférieure de l'abdomen et vers le haut des cuisses après un exercice prolongé. Notre homme consulla plusieurs médecins, qui essayè-
rent inutilement le taxis, et sur le conseil d’un de nos collègues, il se décida, il y a un an, à porter un suspensoir. Les accidents provoqués par la hernie ne se sont pas beaucoup
aggravés. Îl existe un état de gêne et de souffrance vague dans
toute la partie inférieure de l'abdomen plutôt que de véritables,
dovleurs. Une seule fois, la hernie est devenue très sensible en même temps que se produisaient de vives coliques. Par le repos au lit tout rentra dans l'ordre en quelques jours.
Examen de la hernie. — I s’agit d’une hernie inguinale gauche. Le scrotum, distendu de ce côté et sillonné par des veines très apparentes, a le volume de deux poings pour le moins. La région du canal inguinal est un peu saillante. Entre la volumineuse tumeur scrotale et la légère saillie inguinole se voit un sillon bien marqué. La bourse droite est normale, le pénis effacé. Le toucher révèle la présence, dans le scrotum, d’une masse irrésulière, mamelonnée, consistante, au-dessous de laquelle on découvre, en arrière et en bas, le testicule bien isolable, reconnaissable à sa forme, à sa sensibilité spéciale et à son cordon, dont les éléments dissociés peuvent être suivis en arrière dela tumeur scrotale jusque vers l'anneau inguinal externe. On ne découvre pas la moindre trace d'une corde épiploïque se portan: de cette masse vers l'abdomen. A la percussion, sonorité intestinale dans toute l’étendue de la tumeur. Le moindre effori de toux produit une véritable expansion; mais le taxis le plus soigneux ne réduit la hernie que dans une proportion insignidante. Jamais nous n'avons senti de gargouillements.
Incertains sur la nature exacte du contenu de la hernie, nous fûmes très positifs sur le chapitre du traitement. Le malade accepla la cure radicale que nous lui proposions. Il fut opéré le 93 juin 1887.
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Opération. — Longue incision commencant au niveau de l’anneau inguinal externe et descendant jusqu’à la partie inférieure du scrotum. Ouverture du sac de la hernie,
Je constate aussitôt que celle-ci n’est en aucune façon constituée par le grand épiploon. Une longue £ anse du gros intestin la forme seule ; mais cette anse porte surtout surson bordconvexe une sér'e de masses graisseuses, au nombre de 8 à 10, grosses comme de beaux abricots. Ce sont Jes franges épiploïques de PS ilieque, prodigieusement augmentées de volume. D'ailleurs, avcvne adhérence nulle part. 11 falait pour réduire, ou bien réséquer ces franges, ou bien ouvrir largement l'abdomen en incisant le trajet \iguina!. Je pris ce dernier parti.
La réduction obtenue, je pratiquai, conformément à la règle que je suis dans la cure radicale, l'isolement du sac. Ce temps fut très pénible. Quoique je m'eflorçasse de me tenir au plus près de l'enveloppe péritonéale, il fut difficile de mettre de cûté les divers éléments du cordon et particulièrement le canal déférent. Je parvins pourtant au but. Le sac bien isolé et poursuivi jusque dans l'abdomen au-delà de la portion que j'avais incisée dans le trajet inguinal fut traversé par deux catguts, lié et réséqué. Je réparai la paroi antérieure du canal inguinal avec quelques autres points de catgut. Deux tubes à drainage furent placés, l’un du côté du scrotum, l’autre vers le canal inguinal ; suture au crin de Florence. Pansement compressif à la gaze iodoformée et à la tourbe.
Les sui.es de l'opération n'ont pas été absolument simples, Le malade fut pris de diarrhée accidentelle le jour même de l'opération. La brièveté de la verge fit que malgré tous les soins possibles il urina dans son pansement. Bref, la plaie s’infecta. La température monta à la fin du second jour jusqu'à 39°, pour