Tenon, Mémoires sur les liôpilaux de Paris, loc. cit
développement et prendrait trop de terrain, nous proposons de placer les officiers au second étage, les malades au premier et au rez-de-chaussée. » — « En 1780, à New-Port de Rhode- Island , racontent Monfalcon et Polinière *, sept temples avaient été transformés en hôpitaux temporaires : Coste reconnut que la mortalité était plus grande aux tribunes que dans la nef. Deux salles de l'hôpital de Brown-Lowe-Street avaient les mêmes dimensions , contenaient le même nombre de malades, et étaient placées dans des conditions absolument semblables; cependant il y avait plus de morts au second étage qu'au premier. Villermé a fait la même remarque à Ulm, après la bataille d'Austerlitz, et à Gulm, en 1807; la mortalité se montre toujours plus forte à l'étage d'en haut, et la différence n'était pas moindre qu'un sixième ou un cinquième. »
Nous n'avons pas besoin de dire que la Société de chirurgie est ici d'accord avec les hommes que nous venons de nommer, et nous citons textuellement sa conclusion à ce sujet : « Ce n'est pas seulement en augmentant l'espace cubique alloué à chaque malade, mais encore et surtout en augmentant l'espace superficiel, aujourd'hui insuffisant dans nos hôpitaux civils, qu'on luttera efficacement contre les influences contagieuses. Pour des motifs de même ordre, il est indiqué de ne pas multiplier les étages, chacun de ceux-ci engendrant une couche atmosphérique plus ou moins viciée. Au point de vue rigoureux de l'hygiène on ne devrait jamais superposer plus de deux rangées de malades 2.
L'humidité trop souvent inséparable des rez-de-chaussée nous les fera toujours condamner; nous croyons être dans le vrai en donnant une entière approbation au système de construction moderne, qui consiste à les élever au moyen d'un sous-sol ; il en résulte que l'on trouve à la fois, dans une salle élevée seulement d'un ou deux mètres, tous les avantages du premier et du rez-de-chaussée, sans les inconvénients de l'un et de l'autre. Un sous-sol sera d'ailleurs toujours utilisé, soit pour les
1. Monfalcon et Polinière, Traité de la salubrité dans les grandes villes. Paris,
2. Société de chirurgie. Discussion sur l'hygiène et la salubrité des hôpitaux, p. 133. Paris, 1865.
cuisines, la buanderie, le cellier, etc., soit même pour le logement des domestiques.
Cette heureuse disposition a souvent été mise en usage dans les hôpitaux étrangers, et notamment à Zurich, à Hanovre, à Bâle et à Cologne. Les murailles seront, en pareil cas, soigneusement enduites d'un ciment-mastic qui les préserve de toute humidité.
Depuis quelques années, il est d'usage d'entourer un grand nombre de nos monuments publics de magasins et de boutiques. Sans doute par un motif d'économie, l'administration de l'Assistance publique de Paris a adopté cette mesure dans les nouvelles constructions de l'hôpital de la Charité ; cette disposition nous répugne infiniment. « Rien de plus étrange qu'un grand hôpital dont les façades sont occupées par des boutiques et des habitations d'ouvriers : il y a quelque chose d'inconvenant dans une telle association. Un hôpital doit être chez lui, s'il est permis de s'exprimer ainsi; tout l'espace qui lui appartient est la propriété des pauvres et ne saurait être aliéné à l'industrie sans préjudice pour l'intérêt des malades *. »
Que nos scrupules n'éveillent pas l'hilarité ; mais nous ne pouvons comprendre la demeure du pauvre entourée de magasins trop souvent encombrés de ces mille futilités qui alimententleluxede notre époque. Si d'ailleurs ce motif paraissait frivole, nous aurions encore recours à l'hygiène, etnousavouerions que nous comprenons difficilement que des familles entières consentent à habiter si près de ces foyers d'infection. Les faits sont là pour appuyer notre dire : les boutiques de l'hôpital de la Charité sont depuis longtemps à louer; le bon sens public les redoute et les fuit, ce bon sens populaire si souvent juste dans ses appréciations, et qui naguère écrivait sur la porte d'un de ces magasins, avec la main de quelque gamin de Paris, ce mot trop vrai pour être plaisant : « Boutique de fièvres à louer. »
Enfin, si Tenon redoutait pour les malades accumulés les