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A. Husson, Étude, sur les hôpitaux, p

suppression des hospices, de malheureux vieillards sans pain et sans asile, condamnés à passer dans la misère la plus abjecte les derniers jours de leur existence. Un vieillard, quel qu'il soit, ce débris de l'humanité, n'a-t-il pas payé ce repos qu'il demande pour peu de temps, hélas ! du poids de toutes les misères, de toutes les douleurs, qui nous accompagnent depuis le berceau, et cet asile, qu'il cherche, avons-nous le droit de le lui refuser?

Un fait a frappé tous les hygiénistes et les médecins qui se sont occupés de l'hygiène de l'enfance et de la vieillesse, c'est l'analogie que l'on constate entre ces deux périodes de l'existence. « Les deux époques extrêmes de la vie, dit M. Mayence *, nous offrent de nombreux points de ressemblance. Le vieillard qui s'en va se rapproche beaucoup du jeune être qui commence la vie. La faiblesse, qui est le partage de l'un, est aussi l'apanage de l'autre. »

Chose bizarre ! cette évolution organique, qui débutant chez l'enfant, se continuant chez l'adulte, s' achevant chez le vieillard par l'épuisement, par l'usure pour ainsi dire de la force vitale, se traduit aux deux limites de la vie par une susceptibilité pathologique presque analogue. Chez l'enfant, il y a prédominance du mouvement de composition des tissus sur le mouvement de décomposition, c'est l'opposé chez le vieillard, chez lequel s'achève le cercle constitutif de l'évolution organique de l'individu. Eh bien! chez l'un comme chez l'autre, ce sont les mêmes appareils, dont la susceptibilité est plus grande; ce sont surtout les organes pulmonaires, ce sont les centres nerveux, épuisés chez le vieillard, usés comme toute la machine humaine, encore faible chez l'enfant, dont l'évolution organique commence. Par suite, chez l'un comme chez l'autre, nous trouvons souvent des conditions hygiéniques analogues; par suite, des règles hygiéniques qui se ressemblent parfois.

Chez les vieillards, on évitera avant tout les influences physiques ou morales trop vives : chez lui, l'encéphale a subi une véritable détérioration ; affaiblissement de l'intelligence, perte de la mémoire, sensibilité émoussée, diminution de la myoti-

i. Mayence, Essai sur l'hygiène de Venfance. Thèses de Paris, 1857. H. Jaqiîemet. 10

lité, tels sont les symptômes qui ne permettent plus de douter que l'homme touche à la décrépitude, à l'enfance. Dans cette situation, le vieillard est essentiellement impressionnable; le moindre événement le surprend, le sensibilise et retentit douloureusement sur le cerveau ou sur le cœur.

Chez lui encore, le tissu pulmonaire est atrophié, raréfié par suite des progrès de l'âge; de là résulte une activité plus grande, une impressionnabilité plus vive des cellules pulmonaires qui existent encore, et qui les rendent plus accessibles aux maladies.

« Chez l'homme qui a vécu, a écrit un médecin philosophe 4, la poitrine et les poumons n'ont plus cette vigueur intrinsèque qu'ils avaient jadis; leur capacité, leur élasticité vont diminuant; l'enduit muqueux, dont les conduits aérifères sont tapissés, rend le tissu pulmonaire de plus en plus imperméable au principe organique; la révivification du sang récemment exprimé des aliments est donc imparfaite. De là, moins de calorification, moins d'activité, moins de nutrition, moins de vie dans l'économie; de là toutes les débilités, toutes les chances de maladies qui en sont les conséquences. Le sang sert de ciment aux premières assises de l'édifice organique, et l'on conçoit ce qui doit arriver quand les conditions de la vitalité sont très-diminuées. »

Où trouvera-t-on de bonnes conditions pour obvier à cette décadence du vieillard ? — A la campagne indubitablement. —-On pourrait nous répondre, il est vrai, que l'atrophie même de l'appareil aérien chez le vieillard, que la moindre perméabilité de ses tissus, et par suite une susceptibilité moins grande de souffrir des émanations de l'air confiné, rendent inutile pour lui une atmosphère stimulante. Mais il nous sera facile de répondre à cet argument par l'expérience journalière, qui nous montre le vieillard mieux portant, plus actif, au milieu de l'air vif, de l'air pur qui vient imprégner, saturer les celluley pulmonaires encore existantes chez lui, et donner une activité nouvelle à ses organes respiratoires.

1. Réveiïlé-Parise, Traité de la vieillesse, hygiénique, médical et philosophique. Paris, 1853..

Le séjour à la campagne apporte d'ailleurs avec lui l'éloignement de ces mille causes d'agitation de la vie urbaine, le calme physique et moral.

Tous ceux qui ont essayé de pénétrer la pensée du vieillard n'ont pas été longs à se persuader que son esprit, trop souvent préoccupé de lugubres pensées, compte à chaque instant le nombre de minutes qui le séparent du terme fatal, et voyant se briser peu à peu ses organes usés par la vie, l'homme, près de mourir, fait un douloureux retour vers tout ce qui le rattache ici-bas : « Je m'abîme dans ces pensées, écrivait Sévigné en 1672, et je trouve la mort si terrible que je hais plus la vie parce qu'elle m'y mène, que pour les épines dont elle est semée. »

Lorsque l'illustre auteur du Génie du christianisme écrivait dans ses Mémoires d'outre-tombe : « à mesure que ces mémoires se remplissent de mes années écoulées, ils me représentent le globe inférieur d'un sablier constatant ce qu'il y a de poussière tombée de ma vie; quand tout le sable sera passé, je ne retournerai pas mon horloge de verre, Dieu m'en eùt-il donné la puissance; » il se mentait à lui-même. Chateaubriand

était homme, et s'il écrivait ces lignes avec conviction

c'est qu'il croyait alors la mort bien loin.

Chasser chez le vieillard ces sinistres pensées, ramener la sérénité dans son âme, la campagne seule le peut.

« Le séjour à la campagne, dit M. Réveillé-Parise 4, quand il est possible, peut être regardé comme un des moyens les plus certains pour améliorer et prolonger la vie. Le bonheur pris dans son vrai sens n'est que l'art d'acquérir et de conserver le meilleur sentiment possible de notre existence; ôr nulle part on n'y parvient mieux qu'à la campagne. C'est une vérité maintenant bien reconnue.

» L'homme, sommé par la vieillesse de vivre en paix, de secouer les chaînes, les ennuis de l'ambition et des affaires, peut-il trouver mieux que la campagne pour abriter ses vieux jours ? C'est là que l'on obtient cette monotonie du bonheur, l'état le plus délicieux qu'il y ait au monde, ce doux état où la fatigue

i. Réveilié*-Pafise, 166. cit.

de vivre n'existe plus. C'est donc là qu'il fait bon vieillir, où l'on peut mourir tout à son aise et le plus tard possible. Le repos I le repos ! cette félicité de la vieillesse et en même temps un des meilleurs préceptes d'hygiène, ne peut vraiment exister que dans la vie rurale, qui, selon Columelle, est parente de la sagesse, consanguineam. Quelque abondante que soit la part que Dieu ait mise dans le calice d'amertume d'un malheureux, le calme des champs peut la tempérer et la diminuer. Parmi ceux qui en ont fait l'expérience, je les appelle en témoignage, en est-il un seul qui, à la longue, ne se soit trouvé en quelque sorte régénéré, et n'ait senti avec surprise qu'il avait laissé sur les limites de son asile champêtre, sa faiblesse, ses infirmités, ses soins, ses inquiétudes, en un mot la partie débile de son être, la portion ulcérée de son cœur.... Beaucoup de maladies guérissent à la campagne, dit-il plus loin, et celles qui sont incurables y sont presque toujours adoucies. L'air est si bon, la nature si belle, le consentement du ciel pour la paix de l'homme est si manifeste qu'on est content de vivre, on savoure tout à la fois l'existence et les moyens d'exister. Il y a pour ainsi dire une surabondance de vitalité, car on a la paix de tous les côtés. La puissance calorifique et vivifiante de la respiration, dont j'ai tant parlé, semble acquérir à la campagne un surcroît d'activité, la vie intérieure a plus d'énergie, on se sent léger, disposé au travail, propre à lutter contre les résistances ; les forces se raniment, le corps se revigore; la vie se raffermit en même temps qu'elle coule doucement et uniformément. »

C'est donc à la campagne que devra s'élever l'asile de nos invalides civils, et si nous nous sommes prononcé contre la construction des hôpitaux à la campagne, dans les villes secondaires, nous admettons au contraire les hospices en dehors des villes; les maladies dont sont atteints les vieillards qui en sollicitent l'entrée, n'exigeant pas habituellement des secours urgents. Il serait à désirer toutefois que cet hospice ne se trouvât pas assez éloigné de l'enceinte de la ville pour gêner les relations de ces pensionnaires avec leur famille, et il sera au contraire de toute utilité de faciliter ces rapports.

Nous n'avons pas à revenir ici sur les détails que nous avons

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tracés à l'occasion des hôpitaux considérés en général, et qui trouvent leur application ici. Nous ferons seulement remarquer, avec Parent-Duchatelet *, qu'un hospice de vieillards devra surtout s'étendre en longueur; ce serait une faute énorme de multiplier les étages; car, dit-il, « près de la moitié des ouvriers et des pauvres, qui ont passé soixante ans, sont asthmatiques, affectés de hernies, de débilités, de paralysies générales ou partielles, et presque tous en hiver affectés de catarrhes chroniques, ce qui rend très-pénible pour la plupart, et presque impossible pour quelques-uns, l'accès des dortoirs. »

Il sera bon de placer l'infirmerie au premier étage et de conserver le rez-de-chaussée pour les infirmes. Celui-ci, élevé audessus du sol pour prévenir l'humidité, devra communiquer avec les jardins par des pentes qui permettent aux malades, se servant de chariots, de quitter facilement l'édifice. Les escaliers seront larges, les salles communes bien aérées ; de vastes promenoirs couverts et chauffés pour l'hiver, des jardins spacieux pour la belle saison seront spécialement ménagés pour les vieillards des deux sexes.

Asiles consacrés à l'enfance. — « Y a-t-il au monde un être plus faible, plus misérable, plus à la merci de tout ce qui l'environne, qui ait si grand besoin de pitié, d'amour, de protection qu'un enfant? » (J.-J. Rousseau.) Est-il possible de ne pas se sentir ému en voyant souffrir de pauvres petits êtres, qui n'ont pour traduire leur douleur que leurs cris déchirants, et qui, trop souvent placés dans les conditions hygiéniques les plus mauvaises, ne peuvent espérer, s'ils y restent, recouvrer jamais la santé? Il est indubitable, en effet, « que la médecine des enfants, dit M. E. Bouchut 2, repose presque tout entière sur leur hygiène, et, moins on leur donne de médicaments, plus on réussit à les guérir. »

La thérapeutique même des maladies de l'enfance demande donc de les placer avant tout dans les conditions hygiéniques les plus favorables, de les entourer de tout ce qui est de nature

1. Parent-Duchatelet, Note relative à quelques conditions que doivent présenter les hôpitaux destinés à des individus âgés de plus de 60 ans. (Annales d'hygiène publique, t. IX, 1833.)

2. E. Bouchut, Hygiène de la première enfance, 2e édition. Paris, 1866.

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à hâter la guérison de ces petits malheureux : c'est le but des hôpitaux d'enfants.

Pendant longtemps, ces infortunées victimes de la misère se trouvèrent placées dans les hôpitaux d'adultes, au milieu même d'hommes souvent corrompus, et le plus grand danger pOur eux n'était pas l'air méphitique qu'ils respiraient. « En l'enfermerie, qui est de six toises de largeur seulement, disent des lettres patentes de François Ier, que nous avons déjà citées, y a six rangées de licts, chacun lict de troys piedz de largeur ou environ, en chacun desquelz il y a troys ou quatre malades qui nuysent fort les uns aux aultres, et en ladite enfermerie y a septs on huit lictz où se couchent vingt-cinq ou trente petits enffans, lesquelz enffans, qui sont tendres et délicatis, à cause du gros ayr qui est en ladite enfermerie, meurt la pluspart, tellement que de vingt n'en réchappe pas ung. » Placés à côté des victimes de la débauche, ces pauvres petits êtres emportaient souvent avec eux les germes de leur hideuse maladie, plus souvent le venin fatal de la corruption.

Les enfants ont enfin trouvé dans des asiles, qui leur sont spécialement consacrés, des soins tout particuliers.

A ce sujet, on s'est souvent demandé ce qu'il y avait de préférable pour les petits malades, ou de leur consacrer un hôpital spécial, ou de leur ouvrir dans les hôpitaux d'adultes une ou plusieurs salles. Dans une petite ville, la question même ne peut être posée : pour une grande ville, nous ne saurions hésiter, la construction d'un hôpital spécial permettant d'appliquer d'une manière toute particulière les règles de l'hygiène aux petits malades.

Ainsi que nous le disions tout à l'heure, l'organisme faible et débile chez l'enfant, facilement impressionnable par les agents extérieurs, est d'une extrême susceptibilité; l'activité des fonctions respiratoires, celles de l'absorption expliquent suffisamment la facilité avec laquelle les enfants se trouvent atteints sous l'influence du milieu de maladies des voies respiratoires ou de fièvres éruptives.

:;.wBien plus, d'après Baudelocque, les scrofules n'auraient

ù#atrtre cause que l'aspiration habituelle par les enfants d'un

air vjjCJg^e contenant qu'une quantité insuffisante d'oxygène.

C'est assez dire combien l'air confiné leur est nuisible. « Aussi l'espace étroit, dit M. Lévy *, qui trop souvent leur est assigné dans les habitations, ne tarde point à se convertir en un foyer d'intoxication miasmatique s'il n'est puissamment aéré. Les enfants périssent en plus grand nombre dans les quartiers étroits où les maisons sont mal bâties et les logements très-resserrés que dans les quartiers qui présentent des conditions opposées. »

Exposons donc l'enfant à l'action de l'air et du soleil, et, pour nous servir de l'expression de Hufeland 2, donnons-lui chaque jour un bain d'air vivifiant.

En effet, dirons-nous avec M. Donné 3 : « Il ne s'agit pas de faire respirer l'air extérieur à l'enfant dans les rues d'une grande ville, de lui faire faire une course en voiture, mais de le laisser jouer au grand air. »

Cet agent deviendra donc bien nécessaire lorsqu'il s'agira de petits malades dont l'agglomération pourrait être fatale. Il n'est pas d'hôpitaux, en effet, où l'air pur soit plus nécessaire que ceux de l'enfance. La fétidité et l'abondance des sécrétions, au milieu desquelles se trouvent plongés ces enfants, altèrent avec une rapidité sans égale l'air qu'ils doivent respirer; grâce à l'activité de leur respiration, à la rapidité de leur absorption, ils sont bien vite imprégnés de cette atmosphère méphitique, et on voit souvent une effrayante mortalité dans les salles qui ne se trouvent pas dans les conditions de l'hygiène la plus rationnelle.

C'est donc de l'air pur qu'il faudra donner aux enfants, et nous pouvons citer l'autorité de M. Guersant, qui assure ne rien connaître de mieux pour la guérison des maladies chroniques, chez les enfants des grandes villes, que l'air pur de la campagne. Des enfants moribonds, par suite de dyssenterie, de diarrhée, de bronchite, de pneumonie ont dû la vie à cette prompte émigration accomplie même au milieu des rigueurs de l'hiver. Ajoutons d'ailleurs que l'établissement à la campagne

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