CHAPITRE VIL — Chauffage et ventilation
Inconvénients du chauffage à feu nu. — But et avantages des calorifères; — à air chaud; — à vapeur; — à circulation d’eau chaude. — Ventilation et chauffage combinés. — Description et inconvénients des systèmes Duvoir; — Thomas et Laurens ; — Van Ilecke. — Insuffisance de tous ces appareils. — Avantages de la ventilation naturelle. — Moyens d’assurer l’aération sans ventilation, et de rafraîchir l’air en été.
On trouverait difficilement, au milieu des nombreux détails qu’embrasse la question des hôpitaux, un sujet qui ait plus exercé la sagacité des économistes et des administrateurs que celui que nous abordons ici : ingénieurs, mécaniciens, architectes, chimistes, physiciens, nous ne savons vraiment (si nous en exceptons toutefois le corps médical peut-être un peu trop éloigné de ce problème d’hygiène) quelle est la catégorie de savants qui n’a pas été consultée pour arriver à la solution cherchée : procurer aux malades à peu de frais une température saine et égale, un air pur et abondant. L’industrie devait chercher à faire bénéficier les malades de nos hôpitaux des découvertes ou des perfectionnements modernes, et, en utilisant les progrès récents de la physique et de la chimie, arriver à employer le calorique même pour faciliter le renouvellement incessant de l’air respirable. On ne doit pas oublier en effet que la question du chauffage est toujours complexe et que « le but que veut atteindre celui qui se propose de chauffer un hôpital est non-seulement d’obtenir le plus grand effet calorifique possible d’une quantité de combustible donnée,
1 en se servant d’appareils dont la construction et l’entretien sont peu dispendieux, mais encore de conserver sain et respirable l’air de l’espace dont on a élevé la température L » Ce but, l’a-t-on atteint? C’est ce que nous allons essayer d’examiner.
« Il n’y a pas, il faut bien le reconnaître, écrivait il y a deux
I Dennemont, Du chauffage des hôpitaux. Thèses de Paris, 1838.
ans M. Gallard l 2 3, de calorifère ni de ventilateur qui vaillent une bonne cheminée, dans laquelle flambe un beau feu de bois bien sec, en face d’une fenêtre bien exposée; mais avec la cheminée il y a une perte de 88 à 90 pour 100, et nous comprenons que cela doit faire réfléchir les économistes chargés de gérer le bien des pauvres. » Il est en effet démontré que si l’on représente par 100 la chaleur produite par le combustible dans une cheminée ordinaire, la chaleur utilisée au profit de la pièce ne dépasse pas 12 avec le coke ou la houille, avec le bois ne va pas au delà de 7 pour 100. C’est donc 88 et 92 pour 100 de perte réelle. Avec le système actuel de nos cheminées, peut-on dire avec M. Péclet^, ce qu’il y a de mieux chauffé, ce sont les toits. Pour citer encore un chiffre, la dépense de combustible dans les hôpitaux de Paris, si l’on employait ce système de chauffage s’élèverait, d’après le calcul de M. Husson 3, à 1,850,000 fr., au lieu de 350,000 fr. Forcément, il faut avoir recours aux calorifères, et celui qui, entre tous obtiendra la préférence, devra fournir les conditions suivantes : 1° élévation suffisante de la température; 2° absence d’altération de l’air, soit par sécheresse, soit par mélange de gaz délétères ou de fumée ; 3° renouvellement de la masse d’air qui fournit à la combustion; 4° enfin, emploi de la plus grande somme de chaleur possible, avec le plus d’économie possible.
Un mot des divers systèmes usités.
On désigne sous le nom de calorifères tous les appareils destinés à chauffer l’air pris à l’extérieur, pour le verser dans les appartements où il doit être ensuite utilisé : on en distingue un grand nombre; nous ne parlerons que des calorifères à air chaud, à vapeur ou à eau chaude.
Les accidents résultant de l’explosion de ces appareils, tels que ceux dont ont été témoins l’hôpital Lariboisière et l’église Saint-Sulpice de Paris en 1858, ont engagé les architectes aies éloigner le plus possible des pièces qu’ils sont destinés à chauffer. Placés dans les caves ou les sous-sol, ils portent alors le