L. LE FORT
de la sécession. Chacun de ces pavillons renfermait un nombre considérable de malades : ainsi ceux qui constituaient l'hôpital Lincoln à Washington avaient K2 mètres de longueur sur 7 mè-
Fig. 1.
très de largeur, et contenaient 62 lits. Bien qu'il n’y eût pas encombrement, la réunion dans une même salle d’un si grand nombre de blessés eût sans nul doute produit des résultats fâcheux, si l’imperfection même des constructions, en permettant une constante aération, n’avait contre-balancé ces mauvaises conditions. Les murs étaient en effet formés par une mince cloison de planches non rabotées, blanchies à la chaux et plâtrées en dedans seulement jusqu’à 2 mètres et demi audessus du plancher.
Ces pavillons comme la baraque anglaise en Crimée devant servir l’hiver aussi bien que l’été, il fallait se préoccuper des moyens de chauffage. Le haut du toit ouvert pendant la saison chaude pour faciliter la ventilation, comme on le voit dans la
figure 2, ne pouvait rester ouvert pendant la saison froide sous peine de rendre vaine toute tentative de calorification ; on
était donc obligé de le fermer au moyen d'une planche qui est représentée figure 4. 11 fallait en même temps assurer par un autre moyen la ventilation de la salle; on y arriva facilement en faisant passer le tuyau de fumée des poêles au centre d'une cheminée d’appel qui prenait l’air vicié et le rejetait à l'extérieur (fig. 1).
Les autorités médicales de l’armée prussienne ont adopté, en le modifiant un peu, le modèle américain. Chaque pavillon, complètement isolé, construit en bois, à un seul étage, renferme 36 lits; au centre de la salle se trouve un fourneau servant pour la cuisine, le chauffage et la ventilation. Les latrines sont placées au dehors, du côté opposé de l’entrée, laquelle est au milieu du pavillon. Pour empêcher les émanations de se répandre dans la salle, une cheminée d’appel part de la fosse, passe sous le sol de la tente et va se rendre au centre du tuyau de fumée partant du fourneau dont je viens de parler. Dix fenêtres sur chaque façade éclairent le pavillon.
Ne pouvant trouver à proximité de leur champ de bataille des établissements hospitaliers déjà existants, les Américains avaient du créer d’urgence et avec les ressources dont ils pouvaient disposer des hôpitaux qui n’étaient pas destinés à survivre à la guerre, et si ces hôpitaux présentaient le confort que les Anglo-Saxons savent créer partout, c’est que dans leur énergique initiative ils savent mettre en usage tous les progrès de l’industrie moderne.
L’hôpital-baraquc de la Charité royale de Berlin se présente avec un tout autre caractère. Comme il n’était qu’à l’état d’ébauche lorsque j’eus l’occasion de visiter Berlin en 1 864, j’emprunte sa description abrégée à l’excellent travail de M- Chantreuil. 11 se compose d’une salle de 24 mètres de long sur 8 de large. A chaque pignon se trouvent ménagés deux espaces de 3 mètres et demi, contenant 20 lits; l’un de ces espaces, servant d’antichambre, est^garni de bancs et de sièges
et sert au repos des malades qui peuvent venir respirer l'air extérieur; l’autre contient 6 lits et peut être utilisé comme tente pendant l’été.
Les parois ne sont pas seulement doubles, elles se composent de trois cloisons, l’une moyenne, construite avec des bois de charpente entrecroisés, les deux autres formées par des planches verticalement disposées à une certaine distance de la couche médiane; il en résulte deux espaces libres : l’un extérieur, qu’on remplit de briques cassées; l’autre intérieur, dans lequel circule constamment une couche d’air chaud.
Le toit, formé aussi de trois couches comme les parois latérales, est recouvert d’ardoises; interrompu en haut dans toute sa longueur, il est surmonté d’un faux toit qui se 1 attache à la toiture par deux cloisons verticales auxquelles sont adaptées des jalousies en verre qu’on peut ouvrir et fermer à volonté.
De chaque côté du lazaret règne une galerie couverte, gai nie de rideaux de forte toile qui peuvent être relevés vers le toit.
La baraque est chauffée par deux appareils dont l'élément principal est un poêle. Ce poêle est entouré d'une chemise de faïence, et le tuyau de fumée y décrit plusieurs courbes. L'air chauffe s’échappe de cette enveloppe par sa partie supérieure et par des bouches de chaleur placées latéi’alement. Cet air, après avoir circulé dans la salle, serait, dit-on, aspiré par des ouvertures placées dans le plancher, circulerait dans l’espace vide laissé dans la paroi de la baraque et se trouverait rejeté à l’extérieur par une cheminée d’appel, non figurée dans le dessin, mais comprise dans l’espace qu’entoure la chemise de faïence qui enveloppe le poêle.
Ainsi qu’on peut le voir même par cette description succincte, nous sommes ici fort loin du traitement à l’air libre ; la baraque de Berlin est un véritable hôpital en planches. Le mode de chauffage employé est fort mauvais en principe, comme tout chauffage par les poêles; ce n’est que par un artifice, peut-être d’un effet illusoire, qu’on obtient la ventilation, et j'attends d’avoir visité et vu personnellement fonctionner le lazaret-baraque, pour me prononcer sur une tentative qui ne me paraît répondre à aucun but nettement et scientifiquement déterminé.
Baraques de l’hôpital Saint-Louis. — L’administration des hôpitaux a fait élever cette année, dans le jardin de l’hôpital Saint-Louis, des baraques d’isolement et un petit hôpital-baraque. Leur description détaillée a déjà été donnée dans ce journal (Gaz. hebd., n° 38,p.59o) par la publication de la note lue à l’Académie de médecine en juillet dernier par M. Husson. L’ensemble des constructions comprend une salle pouvant contenir 10 lits, reliée par nne galerie couverte à une petite baraque servant d’office et de cabinet pour la religieuse, et de deux petites baraques d’isolement logeant chacune 2 lits, l’un pour le malade qu’il s’agit de veiller ou d’isoler, l’autre pour un convalescent.
La baraque-hôpital a été construite sur le principe suivant par l’architecte de l’hôpital Saint-Louis. Le parquet est séparé du sol sous-jacent par un espace libre -dans lequel l’air peut circuler. Les parois latérales sont formées d’une cloison simple en planches, s’élevant à une hauteur de 3 mètres environ; au-dessus, celte cloison est remplacée par des châssis vitrés basculant sur leur centre, de manière à permettre une trèslarge aération au-dessus du niveau des lits et de la tête des malades. Le toit est constitué par une double paroi : l’inférieure formée par des planches, la supérieure par une toile à voile imperméable à l’eau. Entre les deux existe un espace libre
dans lequel l’air circule. Au centre, les deux pentes du toit ne se “rejoignent pas, et le faîte est formé par un faux toit. Les deux baraques d’isolement sont construites sur le même principe.
Une commission composée de médecins et de chirurgiens des hôpitaux a été chargée par M. Ilusson de- suivre et d’étudier les résultats obtenus par l’usage des baraques de Saint- Louis et des tentes de l’hôpital Cochin; leur appréciation aura nécessairement une grande autorité, et il m’appartient moins qu’à tout autre de la pressentir. Je ne crois pas cependant que cela soit une raison de ne pas signaler les quelques desiderata qui, dans mon opinion, existent dans la manière dont l'architecte de l’hôpital Saint-Louis a exécute l’œuvre que lui a confiée M. Ilusson.
J’ai montré plus haut comment et pourquoi les doubles cloisons sont nécessaires pour garantir du froid de la nuit et de la chaleur du jour. La cloison de planches qui forme la partie inférieure des murs latéraux est simple, de là déjà une moindre protection contre la radiation solaire. Il y a toutefois une compensation, c’est que le vent passant par les joints des planches établit un courant d’air qui donne une certaine fraîcheur; mais, ce qui n’a pas grand inconvénient pendant le jour doit être plus gênant pendant la nuit et suffirait pendant l’hiver à empêcher le chauffage et surtout à causer, sous l’influence de l’appel du poêle, des lames de courants d’airque je crois peu hygiéniques. Une seconde paroi intérieure en planches supprimera ce desideratum.
La toile employée dans la formation du toit ne me paraît pas justifiée dans une construction permanente entièrement en bois; car elle a l’inconvénient d’une usure plus rapide, et elle est sans avantage pour l’aération et pour la protection contre la chaleur, du moment où la cloison sur laquelle elle repose est en planches. Enfin l’air ne circule pas assez librement entre les deux lames du toit; car si la toile et le bois sont séparés l’un de l’autre à l’arête inférieure du toit, ils sont réunis à l’arête supérieure, et l’air qui par en bas entre librement ne peut sortir en haut que par une trop petite ouverture faite de distance en distance dans la cloison planchéiée.
En résumé, ces quelques desiderata sont faciles à faire disparaître, et les baraques de Saint-Louis pouvant être chauffées et closes pourraient être utilisées hiver et été, avantage qui ne me paraît réel que pour les tentes d’isolement, mais que dans tous les cas on ne trouve pas dans l’emploi des tentes.
2° Tenles-baraques.
Les tenles-baraques se rapprochent plus des baraques que des tentes, elles diffèrent des premières par celte particularité qu'une partie des cloisons, au lieu d'être en bois, est remplacée par des rideaux de toile ; aussi ne peuvent-elles guère être utilisées que pendant la belle saison.
La guerre d’Allemagne en 1 866 a vu la première application de ce système, à Kirchheilingen, à Langensalza, à Trautenau, et c’est à Stromeyer surtout que nous devons la création de ces tentes-baraques. 11 en existe de plusieurs formes, nous ne reproduisons que les deux modèles suivants, tirés du livre de Fischer et dont M. Chantreuil a bien voulu mettre les clichés à ma disposition.
Fig. 4.
La tente-baraque (fig. 4) a le caractère de simplicité que comportent les ressources dont on peut disposer en campagne. La paroi latérale est constituée par une cloison de planches dont la partie inférieure est fixe, et dont la partie supérieure, mobile, peut se relever en forme d’auvent pour faciliter 1 aération. Les pignons, fermés en haut par quelques planches, sont complétés par des rideaux pouvant s’écarter latéralement. Le toit est muni du Reiler Dach, les lits sont placés directement sur le sol,
Le second modèle (fig. 51 est un peu plus compliqué, par cela seul que les lits reposent sur un plancher soulevé audessus du sol, et que les parois latérales sont fermées complètement avec des rideaux de toile à voile, ce que l'on se procure, en général, sur place beaucoup plus difficilement que des planches, que l’on trouve partout. Celte lente-baraque est toutefois de beaucoup préférable à la première, car l'ouvertuie des rideaux permet de placer les malades absolument en plein air; mais, dans toutes deux, la chaleur du soleil et le froid de la nuit devaient s’y faire notablement sentir.
Fig. 5.
La tente-baraque élevée par les Autrichiens dans le jardin de l’école centrale d’équitation pendant la guerre de Boheme était construite sur le type de la figure 4, sauf que la partie supérieure des cloisons était fermée par des rideaux de toile, mais elle ne possédait pas de faux toit, ce qui devait contribuer à élever la température pendant la chaleur du joui.
Je ne ferai que citer les baraques en forme de hangais installées depuis plusieurs années à l’hopüal de Leipzig, c élevées à Trautenau par Wolkman pendant la gueue de 866.
3° Tenle-hôpital.
Je range un peu arbitrairement peut-être, sous la dénomination de tentes-hôpitaux, celles qui, destinées à renfermer un nombre assez considérable de malades, quinze, vingt et plus, constituent en quelque sorte un petit hôpital, ou tout au moins une salle analogue à celle de nos hôpitaux; en un mol, les constructions auxquelles remploi à peu pr ès exclusif de la toile donne un caractère de mobilité, en même temps que, parleur grande dimension, elles prennent à l’inverse un certain caractère de permanence. La tente-hôpital a été jusqu’aujourd’hui presque exclusivement utilisée comme annexe d’hôpitaux ordinaires; nous la voyons employée à la Charité et à Bethanian de Berlin, cà Francfort et enfin, à Paris, à l’hôpital Cochin.
Dès 1862,1e gouvernement prussien a, par un règlement spécial, déterminé les conditions dans lesquelles devaientêtre construites les tentes-hôpitaux destinées à l’armée. D'après la description qu’en donne Fischer dans son livre sur la chirurgie d’armée (page 309), celte tente mesure 19m,20 de long sur 6m,44 de large. Cet espace est partagé en trois parties : une moyenne de 1 6 mètres de long destinée à recevoir vingt à vingt-deux malades, deux autres à chaque extrémité mesurant 1m,60; l’une servant de salle pour les infirmiers, l’autre de réserve pour les ustensiles et les appareils. Dans le milieu et dans le sens de la longueur, sont dressés quatre piliers de 5 mètres de haut, supportant une longue traverse de bois constituant le faîte de la tente. A chaque pignon, quatre piquets servent à soutenir la toile au niveau des ouvertures formant portes et à donner un point d’appui à l’arête inférieure du toit. Je crois inutile de poursuivre cette description et d’entrer dans le détail de la construction, tant sont nombreux et graves les inconvénients qui rendent à peu près impossible l’emploi de la lente prussienne. L’absence d’ouvertures au niveau du toit, l’usage d’une seule toile, doivent amener une élévation insupportable de la température, et la simplicité réelle de la construction ne saurait compenser ce défaut capital.
La lente élevée comme annexe du lazaret d’été à la Charité de Berlin est, d’après la description qu’en donne M. Chantreuil, formée d’une toile double; mais elle a plutôt le caractère d’une large galerie couverte ajoutée à une salle ordinaire.
Rclide à l'hôpital d'été par deux ponts de 7 mètres de long, elle est assez élevée au-dessus du sol du jardin pour qu'on ne puisse y avoir accès de ce côté que par des escaliers de bois. L line des deux toiles forme la paroi propre de la tenle, l’autre existe au dehors d’une galerie qui règne autour de l’édifice et qui est garnie d’une rampe assez élevée pour que les malades puissent sans danger venir jouir de la vue du jardin et respirer l’air pur. Celle toile extérieure forme des stores qui s’enroulent autour de cylindres de bois et qu’on abaisse quand le temps est beau, tandis qu’on les relève, afin de garantir la galerie extérieure, soit pendant la nuit, soit pendant la pluie. A l’inverse des stores ordinaires, ceux-ci, reposant sur le plancher de la galerie, ferment en se relevant et non en descendant. Latente a 35 mètres de long sur 7 mètres de large; une double cloison la partage en deux salles pouvant contenir vingt et un lits. Un espace de 2m,48, ménagé entre les deux salles, loge les lualer-closels. Le toit de la tente est formé par une toile gommée, le parquet est constitué par des planches disposées de façon à pouvoir être enlevées facilement. Cette tente n’est utilisée que pendant l’été, elle est démontée et enlevée pendant l'hiver.
Tenle de l’Iwspice Cochin. — Lorsque le directeur général de l’assistance publique, autorisant l’érection à l’hôpital Cochin d’une tente-hôpital, voulut bien me confier le soin de diriger l’expérience, je cherchai à imaginer un modèle exempt des inconvénients que j’ai signalés plus haut et remplissant en meme temps certaines conditions qu’on avait, avec plus ou moins de succès, cherché à réaliser dans les tentatives antérieures. La tente-hôpital devait être, autant que possible, facile à installer et à démonter, non-seulement parce que, n’étant pas destinée à servir pendant l’hiver, elle devait ne pas être inutilement exposée aux causes multiples de détérioration ; elle devait surtout être aisément transportable; car, à l’exemple de ce qui s’était fait en Prusse, il me semblait utile de chercher à créer un type d’hôpital mobile.
11 fallait, pour empêcher la température de s’élever dans l’intérieur de la tente, la former de deux toiles superposées et suffisamment espacées; il fallait les disposer de façon a pouvoir être relevées, afin que, pendant la chaleur du jour, les malades puissent se trouver à peu près complètement eu plein air, comme ils l'auraient été sous une véranda ou une galerie couverte. 11 fallait de plus que, pendant la nuit ou dans les moments où la pluie forcerait a abaisser la toile cxteiicuic,
Salle d’opérations.
Cabinet de la religieuse.