CHAPITRE PREMIER
ÉTIOLOGIE, FRÉQUENCE.
Tracer un tableau complet des conditions étiologiques, du délire des persécutions, ce serait présenter l'ensemble des causes qui peuvent déterminer la folie en général. Il ne peut être question ici que de quelques points particuliers, qui seront examinés brièvement.
Et d'abord, en ce qui concerne la fréquence de cette variété de délire, tous les auteurs qui s'en sont occupés, reconnaissent unanimement l'énorme proportion des déli rants persécutés, au milieu des diverses formes d'aliénation mentale.
Ainsi sur 665 aliénés examinés par M. le professeur Lasègue, il s'est trouvé 96 persécutés ; sur 51 femmes atteintes de folie, M. Moreau (de Tours) a signalé 16 persécutées. Pour les hommes, la proportion est donc de 1 sur 6 1/2 seulement, tandis que chez les femmes elle est de 1 sur 3.
On s'accorde, en effet, à reconnaître la plus grande fréquence de ces conceptions délirantes chez la femme.
M. Legrand du Saulle donne la même proportion : 1 délirant persécuté sur 5 ou 6 aliénés (1).
C'est surtout entre 30 et 40 ans que l'on observe l'éclosion de ces idées délirantes. On fait remarquer avec raison
(l) Sur Io7 malades reçus à l'Asile de Saint- Yon pendant une année, Maret a trouvé 40 délirants par persécution, c'est-à-dire près du quart des malades admis.
qu'à cette période de la vie surgissent les grandes Juttes de l'ambition, et s'accomplissent les grands événements de l'existence. Nous serions porté à penser cependant que l'on ne fait peut-être pas une assez grande part aux cas de délire de persécution observés chez des adolescents : ces faits sont certainement communs, et il est indispensable d'en tenir compte.
L'hérédité, comme dans toute forme d'aliénation mentale, joue ici un rôle capital. Il n'est pas toujours possible d'obtenir à ce sujet, de la part de la famille, des renseignements exacts, ce qui doit naturellement fausser les résultats des statistiques.
La transmission héréditaire peut être similaire, c'est-àdire que les descendants sont affectés de la même forme de désordre psychique que les ascendants ; mais l'ascendant, affecté d'une variété quelconque d'altération intellectuelle et même simplement alcoolique ou névropathe, est apte à transmettre à ses descendants le délire des persécutions.
L'hérédité du côté de la mère est plus dangereuse. M. Baillarger a démontré que sur 453 cas de folie héréditaire, l'influence maternelle s'était fait sentir 271 fois, et l'influence paternelle 182 fois seulement.
Il est généralement admis que dans le tiers des cas, environ, on peut attribuer la maladie à la transmission héréditaire. Ainsi qu'il était naturel de l'admettre a priori, l'observation démontre que les chances d'hérédité sont en raison directe du nombre des parents atteints de folie, et du degré de parenté.
Enfin, citons, comme causes occasionnelles, toutes les perturbations morales, dont l'influence ne peut guère toutefois se faire sentir que sur un terrain prédisposé par les conditions d'hérédité.
On a signalé aussi l'onanisme, les mauvais traitements infligés pendant le bas-âge, — la situation d'enfant naturel, Garnier. 2
le faible niveau intellectuel, — les pertes séminales, — lss excès alcooliques. Ainsi que l'a fait remarquer M. Magnan, il arrive ordinairement, alors, que les excès de boissons, après avoir provoqué un accès de délire alcoolique, déterminent l'apparition d'idées de persécution, lesquelles persistent alors que tout accident alcoolique a disparu.