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DES DIFFÉRENTES FORMES DU DELIRE ET DELIRE A DEUX

Suivant M. Krafft-Ebing (1), on peut diviser le délire des persécutions en plusieurs variétés qu'il établit surtout d'après le trouble hallucinatoire prédominant. C'est ainsi qu'il distingue :

1° Un délire électro-magnétique, variété dans laquelle l'électricité et le magnétisme jouent le principal rôle. Ce sont des sensations anormales pénibles dans les nerfs de la périphérie qui donnent au délire son caractère particulier.

Pour l'auteur que nous venons de citer, cette forme du délire s'observerait surtout à la suite d'excès vénériens ou de maladie des organes sexuels.

Quoi qu'il en soit, ces sensations pénibles sont attribuées aux machinations de puissances mystérieuses et suivant le degré de culture intellectuelle : la chimie, la physique, la magie ou la sorcellerie sont mises en cause.

2e La Toxicophobie, où le malade est persuadé que ses ennemis cherchent à l'empoisonner ; des illusions et hallucinations du sens, du goût, lui fournissent les éléments de ce délire. Nous verrons, en parlant des hallucinations du goût, quelle torture s'impose le malade lorsqu'il est en proie à ces conceptions maladives.

A vrai dire, beaucoup de ces malades, au lieu de n'avoir que des hallucinations du goût, comme paraît le croire l'auteur allemand, ont en réalité des hallucinations de la sensibilité générale ; par exemple, ils se plaignent de tiraillements d'estomac, de coliques, etc., etc.

3° Querulant-Wahsinn, mot intraduisible en français et

(1) KrafftvEbiiig. Loc. cit.

venant sans doute de Querulus, qui aime à se plaindre, qui cherche chicane.

Il y aurait chez le « Querulant » un mélange d'idées orgueilleuses ou expansives et d'idées dépressives ou de persécution.

Cette variété est assez vaguement définie par l'auteur de ces catégories du délire. Ce sont principalement des persécutés devenant persécuteurs, réclamant sans cesse au sujet de jugements rendus contre eux, diffamant et menaçant les autorités. On peut les rapprocher de ces hypochondriaques intentant des procès aux médecins pour soins inintelligents ou cherchant à en tirer vengeance ; malades ordinairement fort dangereux, car ils poursuivent leurs projets avec une ténacité extrême.

4° Enfin on peut décrire une dernière variété sous le nom de « Panophobie ou mieux Pantophobie, » où la crainte naît à propos de toute chose.

Le malade interprète à sa façon tous les phénomènes qui l'entourent : le moindre détail lui est un sujet de croire à la malveillance d'autrui, mais ce délire entre plutôt dans la mélancolie.

A vrai dire, pour nous, cette distinction du délire en ces variétés plus ou moins tranchées, est un peu spécieuse et ne présente pas un grand intérêt.

Dans les deux premières formes, nous voyons le caractère prédominant de l'hallucination déterminer la distinction. Partant de là, il est évident qu'on peut créer autant de variétés qu'il y a de phénomènes hallucinatoires suffisamment précis et intenses.

Délire à deux. — Lorsqu'un aliéné mis en contact suffisamment prolongé avec une personne douée du jeu régulier de ses facultés mentales, réussit à convaincre celle-ci de la réalité des conceptions maladives qui lui sont pro-

près, il y a ce qu'on est convenu d'appeler délire à deux. Hâtons-nous de dire que les choses, si elles se passent ordinairement de cette façon, peuvent suivre également une autre marche. Il peut arriver, en effet, que deux personnes, et principalement lorsque des liens de parenté assez étroits existent entre elles, soumises aux mêmes influences héréditaires, vivant de la même vie, se mettent à délirer et chacune pour son propre compte. Mais avouons qu'il doit être rare de voir le trouble psychique envahir simultanément et comme parallèlement les intelligences de deux personnes, quand même les conditions signalées plus haut existeraient.

Ordinairement donc c'est une influence de contact qu'il faut voir dans le délire à deux. Mais cette influence se fera d'autant mieux sentir qu'elle s'exercera sur un parent, un frère, une fille par exemple, puisque les conditions héréditaires constituent déjà, chez celui qui doit être délirant passif, un facteur très-important pour le développement du délire. Aussi, observe-t-on presque toujours le délire à deux entre une mère et son enfant, entre deux frères, etc. En dehors de ces conditions, le délire peut être transmis par un malade dont l'intelligence plus cultivée, la position plus élevée établissent une supériorité sur le délirant passif (1). Ainsi la maîtresse pourra influencer sa servante et le mari sa femme et réciproquement, et dans des circonstances analogues.

Dans le délire des persécutions, le délire à deux s'observe assez fréquemment ; si le persécuté trouve à sa portée un cerveau mal équilibré, il exercera sur lui l'ascendant que lui prête sa supériorité, et finira par lui inoculer ses conceptions maladives. Si le délirant passif vient à être soustrait à l'influence du délirant actif, il remonte rapide-

(l) M. Legrand du Saulle a surtout contribué à faire connaître ces particularités du délire à deux.

ment la pente où il s'était vu entraînerai toutefois, cependant l'action de l'un sur l'autre n'a pas été une simple cause occasionnelle de la manifestation du délire qui existait déjà en puissance, ainsi qu'il arrive dans les familles dont les altérations psychiques sont en quelque sorte le patrimoine.

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