‹ Des inconnus chez moiChapitre 2 sur 24 · I. — Le Bois d'oliviers · texte numérisé non relu

I. — Le Bois d'oliviers

DEPUIS la déclaration de guerre, les relations, déjà peu actives, que nous entretenions avec quelques-uns de nos voisins, fermiers ou propriétaires de villas, se sont encore ralenties.

Les débats sur les opérations militaires, en honneur chez eux, nous ayant paru vains, nous ne leur adressons plus que des propos banals sur la température ou sur les récoltes, en passant.

Au printemps de l'année 1916, il y a longtemps que nous ne fréquentons plus que chez les arbres et les arbustes de cette haute campagne de Fréjus, coiffée de l'Estérel, que nous avons choisie. C'est d'eux seuls que nous nous entretenons, mon mari, mon père, mon fils et moi ; à chaque instant nous rappelons leurs goûts, leur physionomie mobile selon les saisons et les heures. Nous en avons fait nos amis.

Ces circonstances expliquent l'émoi avec lequel nous apprenons qu'à peu de centaines de mètres en avant et en arrière de notre jardin, vont être bientôt entrepris les déboisements et terrassements nécessaires à la construction de camps spacieux de tirailleurs sénégalais.

Nous ressentons contre ces envahisseurs du Sud, nos défenseurs improvisés, une colère peu patriotique.

Une journée l'exaspère particulièrement, celle du 10 avril, où nous voulons aller constater les progrès du sinistre déjà signalé. Nous nous rendons en famille dans l'une des régions condam-

nées. C'est un bois d'olmers quatre fois centenaires et d'aussi antiques genévriers.

De même que l'écorce des gros troncs nerveux est fleurie d'imperceptibles mousses qui la veloutent, de même, le sol, entre les arbres et les arbustes, est fleuri de lavandes bleues, de thyms roses, de cistes blancs et rouges, si tassés qu'ils ne forment plus qu'un épais tissu chatoyant.

Il ne faut pas dire que ce paysage est un beau motif de peintre : cette volupté lasse des grands bras des oliviers, cette ardeur des genévriers raidis, cette expansion puérile de toutes les petites fleurs qui jouent à leurs pieds, sont une expression éloquente de cette tiède journée de printemps. C'est une œuvre d'art parfaite, à laquelle un peintre serait aussi sacrilège de substituer sa main qu'un jardinier la sienne.

Or, voilà que dans cette matière d'apparence intangible, immortelle, les équipes de l'entreprise militaire se sont engagées. Nous les voyons arracher les cistes qu'ils amoncellent, nous les voyons s'attaquer aux vieux arbres.

Déjà la tache est aussi révoltante qu'une éraillure dans une œuvre de Puvis de Chavannes, aussi laide que la maculature, sur une neige neuve, d'un piétinement boueux de chevaux.

Quand nous avons franchi, pour quitter ce champ de bataille, les cadavres de deux grands oliviers, je ne peux plus m'éloigner sans remords. Je me sens rappelée en arrière par ma dernière vision. Les victimes ne sont-elles pas mes amis? N'est-il pas quelque chose à faire pour elles ? Je ne trouve que de la haine à vouer aux soldats nègres qui les remplaceront.

Aurais-je pu croire, ce jour-là, que précisément ces tirailleurs noirs seraient assez peu soldats,

assez vivants, pour remplacer des arbres ? qu'ils le seraient au point que leur départ pour la guerre, un an après, me causerait les mêmes remords que l'immolation des beaux oliviers ? Mais en avril et mai 1916, nous faisions à nos futurs amis un large crédit d'horreur. Tous les paysans l'ouvraient avec nous. Il n'était pas de crime qu'on ne leur avançât.

Après la dévastation de la forêt, la laideur des baraquements de leurs camps et de leurs hôpitaux, ce furent l'ivrognerie, le vol, le viol, les épidémies qu'on leur prêta.

— Qu'allons-nous devenir ? gémissaient les fermières, nous ne pourrons plus laisser courir la volaille près de ces chapardeurs, ni faire sécher notre linge sur les haies, ni laisser mûrir les fruits sur nos arbres. Nous ne pourrons plus laisser nos petites filles aller sur les chemins, parmi ces sauvages. Nous n'oserons plus sortir seules, nous-mêmes, pour faire de l'herbe ou du bois. Pensez ! si l'on était prises par ces gorilles !

Nous ne sommes pas moins découragés, ma famille et moi. Cependant, des circonstances imprévues permettent que l'arrivée des contingents noirs précède notre décision de fuir, et toute notre colère ne peut nous empêcher de trouver plaisante la manière dont les soldats noirs, coiffés de rouge, ont poussé soudain par touffes entre les cubes blancs des baraquements.

J'avais vu souvent des soldats manœuvrer auprès des casernes. A Saint-Cloud, à Versailles, j'avais pu les observer au jeu ou à l'exercice, mais je n'avais jamais pensé à les comparer à quelque chose d'aussi souple et frais qu'une végétation. Ils m'avaient toujours paru garder un peu de la lourdeur inerte de leurs prisons.

Or, voilà que nous sommes retenus devant les tirailleurs par une impression singulière de verve et de légèreté.

Ce n'est pas de loin, en passant seulement, ou par temps de brume pouvant rendre enclin à la rêverie, que se dégage cette impression ; c'est par des expériences multipliées à nos côtés, sur les routes, ou sous nos fenêtres, qu'elle se fortifie chaque jour.

Notre jardin est serré entre les branches d'une fourche formée par deux chemins descendus des montagnes qui se rejoignent dans le voisinage des camps.

Lorsque les compagnies de tirailleurs sénégalais vont le matin à l'exercice, elles se dirigent par ces deux voies vers des terrains appropriés. Elles utilisent notamment, chacune à son tour, le triangle d'herbages et d'arbustes nains compris entre le point de rencontre des routes et notre jardin.

Si l'on nous avait prévenus que les barbares noirs déborderaient leurs parcs jusqu'à affleurement du banc même où nous venions saluer la mer prochaine, nous aurions été horrifiés ; mais dès que paraissent ces longs corps minces, souples, désarticulés quelquefois, jamais veules, nous oublions le respect dû à la mer et à la civilisation pour regarder cette nouveauté : de la grâce dans des uniformes.

Elles ne tentent pourtant pas de se dérober aux rigueurs du service, ces jeunes recrues que nous voyons instruire, mais elles ne le comprennent pas. Elles ne le comprennent pas beaucoup mieux que les haies vives ne comprennent les ciseaux du jardinier. Comme celles-là, elles ris-

qiient vite, hors des alignements, des courbes sentimentales.

Quand mon petit garçon les regarde manœuvrer le matin il se réjouit comme au cirque :

— Pourquoi ces deux-là lèvent-ils le menton si haut ? Ils tomberaient dans des trous d'obus, à la guerre... et celui-là ? Il tient son fusil horizontalement en marchant ! Il a oublié de le redresser et il n'est pas moins tranquille que les autres... on dirait qu'il part pour la chasse.

Le caporal, à l'autre extrémité du rang, ne l'a pas vu tout de suite. Les gradés indigènes ne peuvent pas tout voir ; ils crient, ils s'agitent, ils se multiplient, ils sont rauques de voix et ruisselants de visage ; mais pourquoi, malgré leur connaissance du service, n'ont-ils pas l'air militaires non plus ?

Une, deux! Une, deux! Gardavou! Baïonnetocanon ! Demitouradroite ! Ces mots composés, égrenés gutturalement, ont perdu l'âpreté des commandements.

Nous remarquons un sergent qui enseigne le pas à cinq jeunes gens déployés en ligne. Ses mains, toujours envolées, longues, minces, noires, suggèrent des jeux d'oiseaux d'estampes japonaises. Elles attirent, elles repoussent, elles apaisent les corps flexibles et indécis et, finalement les arrêtent, d'une apposition aux épaules :

— Allons, y a bon un peu, un peu ! mais pas bon tout à fait encore.

N'est-il pas un maître de danse qui mène une parodie de la guerre ?

Parfois, une compagnie de vieux tirailleurs remplace les bleus sur le terrain d'exercice. Ceuxlà manœuvrent impeccablement, mais leurs têtes

sont lasses, leurs regards s'absentent. Aux repos, leurs attitudes, leurs gestes larges et graves rappellent ceux des personnages de la Captivité de Babylone de Delacroix.

Où sont donc les militaires ? Il y en a aussi. On les trouve surtout chez les gradés européens réfugiés, le plus souvent, sur les lisières du petit champ de Mars, près des deux routes où passent les femmes. On les reconnaît de loin à la fière cambrure de leur jambe qui fait ressortir leur mollet, au hanchement qui rejette en arrière leur buste, au geste victorieux qui lance leur allumette éteinte.

Le galant sergent qui avait accoutumé d'aider notre jeune bonne dans la récolte de l'herbe ou du bois justifiait ainsi ces occupations peu martiales :

— Que voulez-vous ? c'est pas la peine de s'en faire et de s'abrutir à expliquer des choses. Ils ne peuvent pas comprendre, ce sont des singes !

Des singes ! Pour nous qui avons eu l'occasion de perdre, dans nos visites aux jardins zoologiques, les certitudes scolaires que l'on possède sur les animaux, nous n'osons plus faire de leur rapprochement avec notre espèce une formule de péjoration. Nous n'osons dire, par exemple : laid comme un singe, faute de reconnaître un unique canon de beauté. D'autre part, quand nous disons : malin comme un singe, adroit, agile et vif comme un singe, nous ne saurions penser aux Sénégalais, lesquels ne déploient pas une remarquable activité dans le jeu combiné de leurs pieds et de leurs mains pour l'épluchage des fruits, l'escalade des arbres et qui, d'autre part, sont plus dépourvus de ruses et de poils que nous-mêmes.

Mais, pour des personnes qui n'ont jamais étu-

dié les singes, tels les habitants des hautes campagnes de Fréjus et de St-Raphaël, ce mot, au contraire, offre un sens très précis, équivalant à : homme manqué.

C'est dans cette acception que les femmes l'appliquaient rageusement aux nègres avant leur arrivée ; mais les femmes, même les plus ignorantes du monde, étant plus fines que les sousofficiers de l'armée coloniale, elles renoncèrent, dès le premier bonjour échangé avec les étrangers, à dire : « ce sont des singes » pour affirmer: « ce sont des enfants ».

On comprendra l'avantage qu'elles tiraient de ce nouveau cliché. Il leur donnait licence de s'abandonner avec les nouveaux venus à des épanchements cordiaux jugés malséants à l'égard d'hommes faits : l'orgueil des civilisés et celui des maris y trouvaient leur compte, et le cliché fut adopté presque unanimement.

La vieille mère Bougerol, qui passe pour avoir été, dans sa jeunesse, experte en charmes masculins, nous a incidemment parlé des noirs. On lui a volé, avant maturité, ses précieuses pêches hâtives de juin et chacun se plaît, en passant, à exciter sa passion d'avare :

— Alors, on vous a volé vos belles pêches. Madame Bougerol ? ce sont, bien sûr, ces diables de Sénégalais, vos voisins ?

— Non, ce n'est pas les Sé-né-ga-lais, protestet-elle avec véhémence et essoufflement, en faisant précéder d'une aspiration chaque syllabe, les Séné-ga-lais ne m'ont j a-mais rien volé. Ja-mais rien !... Mais il y a bien d'au-tres sol-dats ici pour vo-ler et pour fai-re croi-re que ce sont les Sé-néga-lais qui l'ont fait.

Elle nous contraint, sur ces mots, par un ho-

chement de tête et un menaçant froncement <lc sourcils, à nous ranger à son opinion.

Nous admirons l'instinct féminin mystérieux qui l'a conduite, en si peu de jours, et en dépit de la renommée, à une conviction si ferme, car on ne sait, tant sa tête s'incline bas vers la terre, quand elle marche, comment elle a pu lire les visages des tirailleurs si haut situés.

Vers ce même temps de juin-juillet 1916, on a violé une femme mûre près de sa maison, dans notre quartier. J'interroge sur l'événement Mme Martinot, sa plus proche voisine.

— On dit que c'est un Sénégalais qui l'a fait ; moi, vous savez. Madame, je ne l'ai pas vu faire. On dit que c'est arrivé hier soir à six heures, à cent mètres, pas plus, de ma vigne, que je binais à cette heure-là. Ce que je trouve à dire, moi, dans cette histoire, — pas vous, Madame ? — ce que je trouve à dire, c'est que je ne l'ai pas entendue crier, la vieille !

— Elle est donc vieille ?

— Oh ! pas tant que ça ! Elle est comme moi, péchère! Elle n'est plus fraîche, mais, par exemple, je ne comprends pas pourquoi qu'on reste sans crier, quand il vous arrive des choses pareilles. Vous dites rien de ça ? Que dites-vous Madame ? Moi, voyez-vous, je ne connais pas bien les Sénégalais, c'est des hommes des autres pays, n'est-ce pas ? on ne peut rien dire ; mais je connais bien ma voisine. Pardi, je ne dis pas que je sais tout ce qu'elle fait, j'ai mon travail qui ne me laisse pas le temps d'aller lui tenir la main chez elle, vous comprenez. Madame ? Mais il y a des personnes qui disent, — ça c'est entre nous, n'estce pas ? — il y en a qui disent que cette femme avait demandé cent francs à ce tirailleur pour un

service,... pour un de ces services qui ne se rendent pas ; pour lui trouver une femme, la salope! Il y a de ces commerces que l'on peut faire, Madame, et de ces commerces que l'on ne peut pas faire. Que voulez-vous ? moi, je ne connais pas le Sénégalais qui a fait l'histoire, mais ce n'est jamais qu'un homme comme les autres qui peut se mettre en colère quand on se moque de lui ; et ma voisine n'avait qu'à le laisser tranquille, lui et son argent avec lui.

Les rares fois où l'on cite dans la région des exemples de violence des hommes noirs, il est intéressant de constater que les victimes encourent la vindicte publique comme responsables, sinon coupables, du crime ou délit, tandis que les tirailleurs recueillent la sympathie due aux représentants de la justice providentielle.

Les exemples, d'ailleurs plus nombreux, de la violence des hommes blancs à l'égard des noirs, attirent au contraire contre leurs auteurs la réprobation des femmes :

— Le Combastel, ce vieil avare, il l'avait fait trop boire, le tirailleur, péchère ! pour tirer ses sous. Et parce qu'il ne pouvait plus marcher pour sortir, il l'a moitié tué avec la sarpe, cette crapule !

Nous n'avions pas de raisons pour être plus malveillants et plus inhospitaliers que de vieilles paysannes peureuses et, pour ma part, je commençai à m'effrayer moins de rencontrer dans mes courses champêtres ces grands garçons lents dont le visage, à cette époque-là, m'était fermé jusqu'au moment où l'ouvrait un bon sourire pour le salut classique :

— Bonjour, Madame, ça va ?

Je me rappelle mes angoisses les premières fois

où, engagée dans un sentier forestier, j'entendais derrière moi le pas résolu d'un tirailleur. J'assurais ma marche et je la hâtais cependant, dans l'espoir que mon mystérieux compagnon ralentirait la sienne par discrétion ; mais il n'en faisait rien ; il semblait même adopter mon allure, comme celle d'un entraîneur, et mon malaise croissait ou diminuait selon le caractère plus ou moins solitaire du parcours. Il me laissait indéfiniment dans ces transes, aggravées du fait que je n'osais me retourner pour voir le visage, peutêtre terrible, de mon agresseur présumé, de crainte que ce geste ne précipitât son action.

Je ne comprenais pas encore, comme aujourd'hui, que si les tirailleurs ne cherchaient pas à m'épargner l'énervement d'être suivie, c'est que l'idée de me suivre ne leur était pas venue. J'étais un peu comme ce bétail qui, sur les routes, se croit l'objet de la poursuite des automobiles.

Un jour que je suis seule à la maison, il m'arrive une escouade de tirailleurs. Du balcon treillage où ils ne peuvent me distinguer, je les vois traverser le jardin et se diriger vers la porte. Devant celle-ci, ils s'arrêtent, pour se décharger de leurs musettes sur les bancs ; puis ils s'assoient à côté d'elles. Je les examine d'en haut, à loisir. Ils paraissent rendus à domicile. Ils ne semblent rien souhaiter de mieux que leur état présent. Combien de temps vont-ils rester là ? J'éprouve, la première, de l'inconforf :

— Qu'est-ce que vous voulez ?

— Nous y a venir pour voir lapins.

Notre réputation d'éleveurs leur est donc parvenue ? Je descends pour leur faire les honneurs du clapier. Je me juge d'abord assez imprudente.

étant seule, mais je suis vite rassurée. Devant chacune des cabanes, ils stationnent en groupe, gravement. Cependant, ils se mettent à pousser des cris et des rires aigus quand ils voient, d'une portée de petits lapins noirs, surgir un lapereau blanc, ou réciproquement. Je ne peux m'empêcher de rire aussi aux éclats comme si je découvrais avec eux ce phénomène, pourtant si banal. Ils partent avec des : merci ! et l'air de gens qui n'ont pas perdu leur journée.

Un autre visiteur est plus troublant. Il entre par la petite porte de notre jardin qui s'ouvre sur les bois, tandis que ce matin-là je sors par une autre. J'observe qu'il s'oriente avec aisance vers la maison, puis se détourne de la façade où il remarque la clôture de la grande entrée. Je cesse de l'apercevoir à ce moment-là. J'oublie en m'éloignant son apparition ; mais à mon retour je trouve ma famille en émoi.

Le Sénégalais s'était introduit par la porte de la cuisine, restée entr'ouverte, pendant qu'Esperanza, notre domestique, se trouvait dans cette pièce occupée à écosser des petits pois. Il était passé devant elle en murmurant un bonjour, puis, ayant avisé une chaise libre, il l'avait rapprochée d'elle, de la table et du panier contenant les légumes. Sans répondre à une seule des questions que lui posait sa compagne interdite, il s'était assis et s'était mis en devoir de l'aider consciencieusement, extrayant avec soin les graines de leur gaine, pour les déposer dans le légumier.

L'arrivée de mon père, à ce moment-là, avait rassuré la bonne sans le troubler. Malgré que le vieillard s'animât et rougît en lui expliquant

qu'il ne faut pas entrer, comme ça, sans raison, dans les maisons particulières, il ne s'était levé qu'après avoir vidé la dernière cosse. A ce moment, il avait murmuré encore un bonjour, et avait repris la direction du bois.

Mon père, suCfoqué, s'était rendu au poste militaire le plus voisin pour y témoigner de l'existence du fou. Quelques noirs étaient partis à sa recherche en riant.

Nous avons appris, par la suite, qu'ils ne l'avaient jamais trouvé, et cependant il a continué ses exploits chez tous nos voisins.

Il est entré chez le père Sarrut pendant que ce dernier était malade. Il a monté l'escalier et s'est assis quelques minutes au chevet du vieillard, la tête dans les mains, puis il lui a donné à boire. Ailleurs, on l'a surpris dans un poulailler en contemplation devant les poules couveuses. Il a abordé successivement tous les cultivateurs au travail et leur a demandé de lui prêter l'outil qu'ils tenaient pour s'essayer à en faire usage lui-même.

Tous ces faits présentent, en effet, assez d'analogie pour être imputables à un même auteur ; seulement, comme on attribue à celui-ci, tour à tour, un mutisme absolu, ou des paroles ; une très haute, ou une moyenne taille ; un teint plus ou moins foncé, et jusqu'à la présence et l'absence des marques de la petite vérole, — il faut bien en conclure que le soi-disant fou est, non pas tel Africain en particulier, mais un bon nombre d'entre eux, les plus simplement humains, ceux qui s'abandonnent à aimer, comme les leurs, toutes les maisons humaines.

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