L. de Saint-Pulgent
LE BQ
nité calculée comme antérieurement, puisqu'elle ne serait plus représentative d'aucune satisfaction : ce serait une compensation dérisoire de la perte subie, une propriété morte. Des deux éléments, signalés, le premier, élat de la propriété qui disparait, tend à ne plus intervenir, et le deuxième, état de la société, prend une importance croissante. L'indemnité tend donc à être réduite de plus en plus à mesure qu’on approche de cet état où la richesse des citoyens dépend des ressources sociales et de leur juste répartition entre les membres de la société.
Notons d’abord qu'on donne ainsi à l’expropriation une importance sociale qu'elle n’a jamais eue, n'étant proprement qu'une loi de procédure. À présenter les lois de 1810 et les sui: vanies comme autant de machinations savantes du capitalisme, c’est oublier que ces textes se bornaient à régulariser et à limiter des pratiques qui remontaient à l’ancien régime, avec cette différence que le retrait d'utilité publique avait des applications autrement étendues : il pouvait, en effet, intervenir au profit de couvenis, d’églises, de seigneurs. Que veut-on dire en affirmant que l'indemnité est la transposition et non l'équivalent de ce que l’on prend : elle est l’un et l’autre à la fois. Peut-on offrir autre chose qu'une somme d'argent dans notre organisation économique actuelle ? L'analyse à laquelle on se livre établit tout au plus que l'indemnité ne pourrait plus être payée en argent dans un système d'échange où fonctionnerait un intermédiaire monétaire d'une autre nature ; cette proposition paraîtra assez évidente et ne pas exiger de biens longues explications.
On prétend alors que le socialisme ne prendra rien à per: sonne : l'indemnité, qui n'aurait été d'aucune utilité, manque ainsi de raison d'être. En réalité, on joue sur les mots : on prétend qu'il y aura simplement disparition de privilège : mais c'est précisément toute la question de savoir si la disparition de ce privilège ne doit pas entraîner le paiement d’indemnités au
profit de ceux qui en jouissaient. On dit que la révolution sociale aboutira à un simple échange de titres : quels singuliers actionnaires que ces privilégiés de la veille qui, ayant apporté au fonds social la masse de tous leurs capitaux accumulés, ne recevront de rétribution qu'au prorata de leur travail, de la même manière que le salarié ! De tous ces raisonnements et de tous ces paradoxes, retenons seulement ceci, que les expropriés n’auraient pas à se plaindre s'ils conservaient en régime socialiste les mêmes moyens d'existence qu'en régime capitaliste, voire même la propriété des instruments de production : ce sont les deux idées essentielles du système de Rodbertus (1), qui a précisément voulu indiquer comment le socialisme pourrait éviter cette question des indemnités jugée par lui infiniment embarrassante : j'analyse rapidement sa théorie.
IT
Le revenu social se divise en deux parties : rente et salaire. L'une de ces parties est d'autant plus grande que l’autre est plus petite. Rodbertus fait sienne la théorie du salaire nécessaire et démontre que la répartition du produit social d'après ce que l'on appelle les lois naturelles de l'échange, a pour effet que la pro: ductivité du travail croissant, Te salaire des ouvriers devient une fraction de plus en plus petite du produit (2). L'équité voudrait que le travailleur reçut l'intégralité de ce qu'il a produit (3) : mais les propriétaires touchent sous forme de fermage et de profit, une part de ce produit en dehors de toute participation person-
nelle à la production (4).
Mapetacale. ent al
LA
(1) Rodbertus, Le capital, trad. Chatelain.
(2) Rodbertus, p. 261, 284, 285.
(3) Sous certaines déductions. Cf. p. 78, 98, 132, 133. (4) Rodbertus, p. 260 et suiv.