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Phénomènes supranormaux inédits

Je n’ai rencontré moi-même chez Mlle Smith aucun nouveau fait pouvant, avec quelque apparence de raison, prétendre h une origine supranormale quelconque. Aussi ce paragraphe n’a-t-il pour but que de marquer une place vide, en attendant que d’autres observateurs viennent éventuellement la remplir. Voici toutefois quelques remarques provisoires.

Les phénomènes médianimiques rapportés dans Des Indes sont loin d’épuiser tout ce qu’Hélène a produit en ce domaine durant ses sept ou huit années de pratique du spiritisme ; il est donc à tout le moins possible qu’en dehors des faits que j’ai analysés, il en reste d’autres renfermant des preuves plus évidentes d’influences supranormales, auquel cas ceux qui en ont été témoins devraient bien les faire connaître. Il semble même que cette tâche aurait dû spécialement tenter la Société d’Etudes Psychiques de Genève, fort bien placée pour une telle entreprise, puisque quelques-uns de ses principaux membres étudient la médiumité de Mlle Smith depuis plus longtemps que nous et ont recueilli sur elle d’abondantes observations. Je vais plus loin, et je prétends que la publication de ces observations s’imposait, ne fût-ce que pour des motifs de convenance, puisqu’elles ont déjà été publiquement invoquées contre mon explication psychologique par un de mes principaux critiques, M. le Dr Gyel, qui dit en effet dans son article de la Revue scientifique et morale du Spiritisme (février 1900, p. 491) :

« J’ai eu connaissance, grâce à 1 oblig'eance de M. Gueudet, vice-piésident de la Société d’Etudes Psychiques de Genève, d’un grand nombre de documents relatifs à la médiumnité de M"0 Smith. Il s’agit de visions... qui seraient l’image astrale d’événements accomplis dans les temps et les lieux les plus divers, et tous ignorés du médium et des assistants... La plupart de ces visions ont pu être contrôlées, après de nombreuses et patientes

1 Annales des Sciences Psychiques, du Dr Dariex, tome VII (1897), p. 74.

Tu. Flournoy

investigations, et ont été reconnues entièrement exactes. Je vois, dans la grande quantité de ces visions, une nouvelle et très grave objection à la théorie de M. Flournoy... »

Je m’attendais en conséquence, lorsque la Société d’Etudes Psychiques annonça une réponse à mon volume, a voir enfin paraître ces documents inédits et convaincants, qu elle n avait qu’à puiser dans les portefeuilles de son vice-président. Aussi ma déception a-t-elle été grande, en parcourant Autour , de n’y pas rencontrer la moindre parcelle de cette riche mine de faits censés supranormaux. On conviendra qu’au point de vue des procédés il est assez étrange qu’on communique à M. le D1' Gyel, chargé d apprécier Des Indes dans une importante revue spirite, une quantité de visions véridiques d’événements a tous ignorés du médium et des assistants», et que, quand vient le moment de publier enfin ces preuves décisives de clairvoyance médianimique, on n’en souffle plus mot. Quoi qu’il en soit de cette énigme — qui rappelle un peu le coup des pièces secrètes, montrées aux juges en catimini, mais jamais produites au grand jour — il faut se rendre à l’évidence que, hormis un ou deux détails insignifiants1, le volume d' Autour n’a pas ajouté un phénomène nouveau à ceux déjà publiés, et c’est en vain (jusqu ici) qu’en terminant Des Indes j’avais fait une sorte d’invite à « d’autres observateurs » plus heureux que moi dans la recherche du supranormal.

Ce n’est pas à dire toutefois que je nie la possibilité de phénomènes occasionnels de cet ordre chez Mlle Smith. Certains indices me portent même à penser qu’une fois admise, par hypothèse, l’existence dans notre monde de faits inexplicables par les moyens officiellement reconnus des sciences constituées, le tempérament psychologique d’Hélène devrait être un assez bon terrain pour leur production. Mais la difficulté presque insurmontable serait de les démêler au milieu d’un fouillis d’autres végétations, anormales tant qu’on voudra, mais point supranormales. — Je citerai entre autres l’opinion de M. le prof. Marchot qui eut l’an dernier plusieurs

1 Le seul digne de mention est la vision du tombeau de Raspail au cimetière du Père-Lachaise. quTIélène eut le 28 octobre 1894, mêlée aux messages de ce personnage à l’adresse de M'no Mirbel (voir Des Indes , p. 141, et Autour, p. 115-116). La description qu’tlelène fit de ce monument et de son contenu se trouva assez exacte, informations prises, mais ne dépasse aucunement la nature ordinaire des articles et des gravures qu’on rencontre dans des revues telles que Y Illustration, etc. Je n’ai pas fait de recherches sur le cas de Raspail dans, cette littérature populaire h images, n’avant pas assisté à la dite-séance, et estimant d’ailleurs que c’est à ceux qui tiennent pour l'origine supranormale de cette vision de nous montrer qu'elle n’est point le simple souvenir de quelque page d’un journal illustré.

SOMNAMBULISME AVEC GLOSSOLALIE

séances avec Mlle Smith, et en a emporté l’impression nette que, dès la première fois, Léopold lui a dit certaines choses personnelles qu’Hélène ne pouvait évidemment pas connaître par les voies ordinaires ; ces révélations impliquaient, selon M. Marehot, non pas précisément l’intervention d’esprits désincarnés, mais du moins une faculté extraordinaire de divination chez Mlle Smith, ou de communication télépathique, par laquelle des souvenirs latents avaient forcément dû passer de lui à elle. Malheureusement ces bribes de connaissances supranormales se sont trouvées si vite et si abondamment mêlées d’inexactitudes évidentes de la part de Léopold, que M. Marehot a dû en rester là, d’autant plus que, cette année-ci, Mlle Smith n’a pas consenti à lui donner de nouvelles séances, où il aurait peut-être pu contrôler et raviver ses impressions d’il y a un an.

Comme exemple typique des erreurs que commet Léopold, je citerai le fait suivant tout récent. Dans les derniers jours de septembre 1901, MUe Smith reçut la visite d’une daine à l’accent étranger qui désirait obtenir une séance. Hélène refusa, et aperçut à côté de la visiteuse « l’ombre.» de M. Marehot. Elle en conclut, et le raconta peu après à ce dernier, que cette inconnue devait être une certaine dame dont il lui avait parlé quelques jours auparavant comme d’une personne qui n’habitait pas Genève d’ordinaire mais qui, s’v trouvant momentanément, désirait avoir une séance (qu’Hélène ne lui avait d’ailleurs pas accordée). On saisit l’enchainement des inférences subconscientes très naturelles : la visite d’une inconnue, avec un accent spécial, rappelle la dame, répondant à ce vague signalement, dont avait parlé M. Marehot, et fait apparaître l’image de celui-ci en connexion avec l’étrangère. Or, s’il y avait eu la moindre trace de facultés supranormales en jeu chez Hélène dans ce cas-là, elle (ou Léopold) aurait dû sentir, ne fût-ce que confusément, que la dite visiteuse n’avait rien à faire avec M. Marehot (lequel ignorait jusqu’à son nom et son existence, et réciproquement), mais oui bien avec moi, qui avais envoyé incognito à M11'' Smith une mienne cousine de l’étranger en passage à Genève ; toutes choses dont Hélène ne pouvait naturellement guère avoir le soupçon par des processus normaux, mes relations avec elle ayant totalement cesse depuis trois quarts d année.

Dans les séances de la période americaniste, llélene uni ait lait preuve de facultés supranormales éclatantes, au dire non seulement d’elle-même et de sa mère, mais aussi de quelques personnes indépendantes, qui y furent admises occasionnellement, et dont je tiens le jugement pour digne d’être pris en considération. Par exemple, dans une maison hors de Genève où Hélène allait pour la première fois de sa vie, elle aurait deviné l’existence d’une certaine photographie dans un tiroir déterminé, et décrit exactement à une dame étrangère, qu’elle n’avait encore jamais vue, certaines personnes avec lesquelles cette dame avait eu particulièrement affaire en

Th. Flour.no y

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Angleterre l’hiver précédent. On comprend que sur ces faits, et bien d’autres, je me récuse comme incompétent, puisque, n’y ayant pas assisté, j’ignore si certains indices n’ont pas été fournis, au médium intrancé, par les spectateurs eux-mêmes, à leur insu, de manière à le mettre d’une façon progressive sur la piste de ces apparentes révélations. C’est en somme à ceux qui ont été les témoins oculaires de ces hauts-faits de les publier, ne fùt-ce qu’à titre de documents soumis à la critique. Je le répète : bien que les phénomènes, stupéfiants au premier abord, que j’ai rapportés dans Des Indes , aient crevé comme des bulles de savon dès que j’ai essayé de les serrer de plus près, je n’en tire cependant aucune conclusion générale contre les prétendues facultés supranormales de Mlle Smith, sachant qu’en ce domaine mille échecs ne prévalent pas contre une victoire, et que les cas négatifs ne prouvent rien contre un cas positif, rien... si ce n’est cependant qu’il ne faut pas se laisser prendre aux premières apparences, même les plus brillantes, et qu’on ne saurait être trop minutieux et exigeant dans une appréciation toujours fort délicate de ces sortes de manifestations. Cette leçon de prudence et de sage méfiance, si elle pouvait profiter aux futurs observateurs de Mlle Smith, et de tous les médiums de l’univers, serait à elle seule une excuse suffisante pour les longueurs de Des Indes doublées de celles du présent travail.

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