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Apparences supranormales chez d/lle Smith

De tous les faits de ce genre cités et analysés dans Des Indes , je ne reprendrai ici que les deux seuls qui aient été l’objet de discussions depuis la publication de ce volume, à savoir les signatures de Chessenaz et les messages concernant Mme Mirbel.

i. Cas du syndic et du curé. — Bien qu’aucun fait nouveau n ait

1 Si je devais faire une différence entre ces diverses formes du supranormal an point .de vue du « naturel » ou de la facilité h les admettre (comme eût dit Laplace), je mettrais, contrairement à ce que me prête M. Hyslop, le spiritisme bien au-dessus de la télékinésie ; je veux dire que les mouvements d’objets sans contact, tels qu’on les observe eu présence d’Eusapia Paladino alors qu’elle est parfaitement contrôlée et 11e triche pas, sont un phénomène beaucoup plus stupéfiant et difficile h comprendre que l’intervention supposée des désincarnés chez Mmo Piper. Comparez Des Indes , p. 354- 355 et 394-395. C’est une pure question de fait, de démonstration expérimentale, qui, de ces deux ordres de phénomènes supranormaux, me fait personnellement admettre l’un et pas l’autre, en attendant que l’avenir m’amène peut-être à les accepter tous deux, ou h les mettre tous deux en suspicion, ou il un chassé-croisé d’opinion.

- Pendant que ces pages étaient h l’impression, j’ai reçu îi quelques jours d’intervalle: 1° le volumineux rapport de M. Hyslop sur ses expériences avec Mn,c Piper, qu’il interprète en faveur de l’intervention des désincarnés (Proceed. S. P. R., vol. XVI, (149 pages, octobre 1901); 2° le New- York Herald du 20 octobre 1901. renfermant un interview oti M'"1' Piper elle-même déclare qu’elle u’est pas un téléphone avec l’autre monde et qu’à ses yeux tous ses phénomènes médiumiques s’expliquent sans aucune intervention des désincarnés! — Les amateurs de discussions supranormales ont encore du pain sur la planche pour un moment.

SOMNAMBULISME AVEC GLOSSOLALIE

surgi relativement aux fameuses signatures, automatiquement reproduites par Hélène intrancée, d'un syndic et d’un curé savoyards depuis longtemps décédés, je dois revenir sur cet incident parce que divers écrivains l'ont indûment exploité au profit du spiritisme. La faute en est assurément à la façon dont je l’avais présenté : en m’abstenant de formuler catégoriquement mes conclusions à son sujet, et en laissant au lecteur le soin de se décider « comme il lui plaira » entre T hypothèse spirite et l’hypothèse cryptomnésique pour expliquer 1 authenticité apparente de ces signatures, je favorisais en effet les interprétations même les plus contraires à l’évidence. J’en fais mon peccavi : j’avais trop compté sur la perspicacité de tous mes lecteurs, et plusieurs se sont laissé prendre aux artifices de rhétorique, pourtant si transparents, auxquels j’avais eu recours afin de ne pas heurter trop rudement la conviction sincère de l’honorable médium, qui n’avait aucun souvenir conscient d'avoir jamais aperçu les dites signatures.

Les auteurs spirites se sont hâtés d’interpréter mes précautions de forme comme un aveu d’incapacité d’expliquer psychologiquement ces signatures de défunts. C’est ainsi que M. Delanne se félicite de ce cas « si intéressant » que tout mon parti -pris « ne peut décidément pas mettre sur le compte de la mémoire subconsciente. » Et la Société d’Etudes Psychiques de Genève — devant qui j’ai pourtant eu l’honneur de développer verbalement tout au long ma manière de voir à ce sujet — a trouvé plus commode de faire la sourde oreille: sans môme mentionner mon explication, bonne ou mauvaise, de ces signatures, elle imprime que « M. Flournoy ne les explique pas ; il passe dessus comme chat sur braise. » [Autour, p. i40- Même dans la Revue Philosophique un observateur aussi pénétrant que M. de Rochas s’est trompé sur le fond de ma pensée, ce qui m’a obligé à la rectification suivante adressée au directeur de cette Revue et insérée dans le

numéro de juillet 1900.

Genève, 5 juin igoo.

Cher Monsieur,

Dans l’aimable article qu’il vient de consacrer à mon livre Des Indes à la Planète Mars , M. Albert de Rochas affirme — à propos des prétendues signatures d’un curé et d’un syndic défunts, fournies en trance par le médium, — qu’en tous cas l’hypothèse spirite est ja seule qui, en l’état actuel de nos connaissances, puisse rendre compte de ces faits.

Comme on pourrait croire que ce passage exprime mon opinion aussi bien que celle de M. de Rochas, j’ai le regret de devoir dire qu’il n’en est rien, et que je suis sur ce point d’un avis diamétralement opposé à celui de mon honorable et savant critique. Pour moi la cryptomnésie toute pure, la supposition de clichés visuels enfouis dans la mémoire latente et reparaissant en somnambulisme, sans aucune intervention des « désincarnés », suffit parfaitement dans le cas donné à expliquer ces curieuses ressemblances d’écriture. Si je n’ai pas formellement exclu l’hypothèse spirite, et si j’ai laissé au lecteur le soin de se décider à son gré entre elle et l’hypothèse cryptomnésique, c’était par égard pour la liberté et le sentiment d autrui,

Th. Flournoy

mais non que j’eusse moi-même la moindre hésitation. 11 me semblait d’ailleurs que mon opinion personnelle ressortait assez clairement entre les ligmes pour que l’on ne pût s’y tromper. Peut-être me suis-je fait illusion et aura is-je dû formuler ma conclusion d’une manière plus explicite.

En vous remerciant, etc. Th. Flournoy.

Ma conviction que les signatures en question sont dues à de simples souvenirs oubliés (cryptomnésie), et non à une intervention réell e des désincarnés, se fonde sur un ensemble de traits qu’un peu de réflexion suffisait à démêler dans le paragraphe de Des Indes (p. 406-411) concernant cet incident. Relevons les principaux de ces traits dont le rapprochement équivaut pour moi à une démonstration.

1. Il ressort d’une part de la lettre de M. Saunier, maire de Chessenaz, qu’il ne manque pas de documenls et actes divers portant la signature du curé Burnier ou du syndic Chaumontet, quand ce n’est pas de tous les deux à la fois comme celui que j’ai eu sous les yeux et dont j’ai reproduit un fragment dans la figure 21. Il ressort d’autre part des renseignements fournis par MUe Smith et sa mère que ces dames ont eu de tout temps des relations de parenté et d’amitié dans cette partie de la Savoie, et qu'Hélène, qui n’est autrement presque jamais sortie du canton de Genève (jusqu'à son récent voyage à Paris), a fait il y a quelques années un séjour à Frangy tout près de Chessenaz. Est-ce donc bien extravagant de supposer qu’on a pu lui montrer à cette occasion (ou dans d’autres) quelqu acte de naissance, mariage, décès, ou tout autre document de famille intéressant, ou encore des lettres, provenant des fonctionnaires en question, et que le souvenir de leurs signatures s’est gravé profondément dans sa subconscience à la faveur de l’émotion momentanée concomitante (curiosité, sentiments sociaux divers, états affectifs spéciaux, etc.) ? Et sous le rapport de la vraisemblance, peut-on bonnement mettre une conjecture aussi simple eu balance avec la supposition saugrenue d’un curé et d’un syndic savoyards inconnus, revenant sans rime ni raison, un demi-siècle après leur mort, donner leurs signatures dans le cabinet de travail d’un psychologue genevois par. la main d’une demoiselle qui, pas plus que lui, n’eut onques maille à partir avec eux ?

2. Il est vrai que Mlle Smith proteste énergiquement contre une interprétation qui ôterait tout caractère supranormal à l’une de ses plus jolies productions somnambuliques. Elle se base sur son absolu défaut de mémoire relatif à ces prétendus documents qu’elle aurait vus. Mais cette absence de souvenir conscient — qui est à la fois un des traits les plus constants chez tous les médiums, et le sempiternel argument des spirites naïfs — outre son manque complet de valeur probante, se heurte dans le cas particulier aux données psychologiques recueillies de la bouche même d’Hélène, sans d’ailleurs qu’il y ait le moindre reproche à lui faire de ses contradictions. En plein état de veille elle ne se rappelle aucunement le village de Chessenaz ni d’y avoir jamais été ; mais dans la période d’hémisomnambulisme où jaillit la première vision de ce village, elle avait 17 mpression de connaître cette localité et cherchait à se remémorer où elle l’avait vue, preuve assez claire que nous sommes en présence d’une chaîne continue de souvenirs qui, pour sortir par un bout de la personnalité consciente d’Hélène, 11’en appartiennent pas moins à sa mémoire totale.

SOMNAMBULISME AVEC GLOSSOLALIE

p crusr a. Catut

Le Syndic ,

Fig. 21. — {Des Indes, fig. 44, p. 409. ) — Comparaison des signatures authentiques du syndic Chaumontet et du curé Burnier avec leurs prétendues signatures de désincarnés données par MUe Smith en somnambulisme. — Au milieu de la figure, reproduction d’un fragment d’un mandat de paiement de 1838. Au-dessus et au-dessous, les signatures fournies parla main d’Hélène. — Grandeur originale,

3. Le fait qu’il s’ag-it bien de réminiscences enfouies chez Mlle Smith est confirmé par l’assurance avec laquelle Léopold (qu’on pense ici ce qu’on voudra de ce dernier) affirme que la signature du curé me sera donnée « à la prochaine séance », dont la date n’était pas môme fixée ! Léopold sait donc pertinemment que cetle signature se trouve déjà en la possession d’Hélène, c’est-à-dire fait partie de son stock de connaissances latentes, et qu’elle ne sera pas du tout l’œuvre d’un désincarné indépendant ; car, dans ce cas, quelle garantie aurait-il, selon la doctrine spirite elle-même, que ce désincarné se trouvera juste à point et à disposition au moment précis et encore incertain de cette prochaine séance ?

4. Relevons encore le fait que si l’on considère les signatures données par Mlle Smith, on retrouve dans leur module, supérieur de moitié à celui des spécimens authentiques, le même caractère d’exagération déjà noté dans la reproduction du cliché arabe et oui frappe aussi dans les textes martiens (voir Des Indes , p. 291). Il semble que ce soit une tendance psychologique spéciale d’Hélène, et comme un de ses coefficients personnels, de reproduire à une plus grande échelle les images mentales que sa main copie. Ce détail parle encore nettement pour un cliché visuel de signatures originales, entrevues dans une occasion quelconque, ressuscitant en somnambulisme et servant de modèle intérieur au tracé que sa plume exécute lentement.

5. A ces arguments principaux et ressortant du texte même de Des Indes, je joindrai deux autres considérations secondaires. — C’est d’abord que, la famille de ma femme portant aussi ce même nom de Burnier (qui est très répandu sur les bords du Léman), on comprend facilement que cette asso-

Th. Flourxoy

dation verbale ait fini par réveiller à la longue, dans la subconscience d’Hélène, le souvenir du curé de Chessenaz et de son acolyte le syndic. — C’est ensuite que l’attestation du dit curé par la main d’Hélène (Des Indes , fig. 43, p. 4o8), que l’on pourrait m’objecter comme une preuve supplémentaire d’identité, n’offre pas plus de garantie que les écritures similaires de Cagliostro, de Marie-Antoinette et de Barthez : l’imagination hypnoïde qui a fabriqué ces dernières ne devait pas être embarrassée, possédant le souvenir d’une signature réelle du curé, pour forger d’après ce prototype quatre lignes d’une calligraphie et d'une orthographe convenant assez bien à un ecclésiastique savoyard d’il y a soixante ans.

Ce dernier point m’amène à une digression sur les ressemblances d’écritures, et à la critique que les spirites m’ont adressée à ce sujet. Ils ont vu une « petite contradiction » dans le fait que d’une part j’invoque le défaut de ressemblance des écrits somnambuliques de Cagliostro ou de la Reine de France pour en contester l’authenticité, et que d’autre part je ne me laisse pas convaincre par la ressemblance des signatures de Chessenaz avec des spécimens originaux ’. L’objection est spécieuse, et la contradiction que l’on me reproche purement apparente. Si quelqu’un prétend être monté au sommet de la Tour Eiffel et que l’on établisse qu'il n’est pas môme arrivé jusqu’à la première plateforme, il est superflu de lui contester l’ascension des étages supérieurs. Dans le cas des écritures de Léopold ou de Marie-Antoinette, le caractère de ressemblance (qui serait la première condition à remplir, d’après la théorie spirite, pour justifier les prétentions à leur authenticité) faisant entièrement défaut, il n’était pas besoin de pousser la discussion plus loin. Ce n’est que dans le cas du syndic et du curé, où la ressemblance existe, qu’il y avait lieu de se demander si elle est une preuve suffisante d’authenticité. Les spirites estimant que oui, je me suis permis de leur poser la question : Pourquoi et comment les défunts, revenant au bout d’un demi-siècle signer par la main d’une autre personne en chair et en os, auraient-ils la même écriture que de leur vivant? A cela M. le D1' Gyel répond : « 11 y a longtemps que le Spiritisme a résolu cette question en enseignant que les désincarnés, par le seul fait de se manifester sur le plan physique, se retrouvent momentanément ce qu’ils étaient avant la mort. » Voilà qui est pour le moins singulier, puisque d’après M. Hodgson les désincarnés, tels qu’ils se manifestent par Mn,e Piper, 11e sont plus ce qu’ils étaient ici-bas et qu’ils ont au contraire continué à évoluer et à se développer depuis qu’ils se trouvent dans l’autre monde ’2. On me permettra d’attendre que les spirites d’Europe et ceux d’Amérique se soient mis d’accord sur ce grave sujet pour reprendre la question de la ressemblance des écritures médianimiques avec les authentiques.

Les arguments précédents me paraissent rendre indubitable l’origine cryptomnésique des mystérieuses signatures. On m’objectera peut-être qu’à ma démonstration il manque les points essentiels, à savoir le corps du délit et la déposition des témoins. Ah! certes, si j’avais été à Frangy faire une perquisition chez les cousins de Mlle Smith, que j’eusse fini par y dénicher dans quelque tiroir ou

1 Revue scientifique et morale du Spiritisme (février 1900). p. 487. note.

2 R. Hodgson. A furthcr record of observations of certain phcnomena of Irance. Proceed. S. P. R. vol. XIII. p. 309. 371, 383. etc.

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portefeuille un acte de baptême et un contrat de vente, je suppose, respectivement signés du curé et du syndic, et que l’on m’eût alors raconté que ces pièces avaient été montrées à Hélène dans telle circonstance déterminée, ma démonstration gagnerait évidernment beaucoup en relief ; mais encore est-il bien sûr que les spirites s’y rendraient ? Et si, d’autre part, je n’avais rien trouvé chez les cousins de Frangy — peut-être mis en garde par leurs parents de Genève contre mon caractère indiscret et mes procédés inquisitoriaux — n’aurait-on pas tiré de cet échec un nouvel argument, sans valeur en soi (car un indice négatif ne prouve rien ici), mais propre à jeter de la poudre aux yeux des badauds en faveur des interventions de désincarnés ? C’est pourquoi je me suis abstenu de toute démarche à Frangy.

Il va sans dire que mes réflexions sur l’origine des signatures de Chessenaz sont destinées au lecteur dont le jugement est encore libre, non à ceux qui sont décidés à préférer à priori l’hypothèse spirite. Je ne songe point non plus à porter un verdict général sur la possibilité d’obtenir des signatures authentiques de désincarnés ; le jour où Je fait sera dûment établi, je l accepterai et le trouverai même fort intéressant. Seulement je suis suffisamment payé pour me défier provisoirement de toutes les histoires de ce genre par les quelques expériences que j'en ai, et en particulier par l'incroyable légèreté avec

des signatures Chaumontet et Burnier sur le simple vu de la fig. 21, et à la lecture des pages mêmes d’où ressortait pour moi l’évidence contraire.

2. Messages concernant Mme Mirbel. — Ce sont surtout les représentants de la Société d’Etudes Psychiques de Genève qui ont fait grand état de ces messages et plaidé pour leur origine spirite, estimant illégitime de les attribuer à des sources normales, pour l’unique raison que celles-ci n’étaient pas encore découvertes. On reconnaît là le principe tacite que j’ai déjà, a diverses reprises, dénoncé comme viciant la méthode de raisonner dont les spirites sont coutumiers, principe qui consiste a toujours profiter de 1 obscurité des faits et du défaut de renseignements pour s’en tenir à priori, jusqu’à preuve du contraire, aux hypothèses occultes.

Cette instinctive tendance — disais-je dans ma réponse à l’honorable

Société cette instinctive tendance à déclarer d’avance les explications

normales impossibles, pour ne pas se donner la peine de les chercher ou de peur qu’on ne les découvre, se retrouve à chaque pas dans la façon dont

laquelle nombre de spirites ont admis l’authenticité

Th. Fi .OU UNO Y

les Spirites apprécient les faits. C’est ainsi que l’auteur à’ Autour persiste à tenir pour convaincants et authentiques les messages concernant M,ne Mirbel et censés provenir soit cle son fils défunt réincarné sur Mars, soit d’un ouvrier carrieur qui s’intéressait à elle dans son enfance. Une telle thèse implique que Mlle Smith « ne connaissait pas Mme Mirbel et ignorait sûrement » les détails véridiques contenus dans ces révélations somnambuliques. Les Spirites n’ont aucun doute à cet égard ; mais qu’en savent-ils ? Ont-ils fait la moindre enquête pour s’assurer que vraiment MUe Smith n’a jamais eu vent de tout cela et que sa mémoire latente n’a pas pu, à la faveur de certaines relations de voisinage, emmagasiner ces renseignements par les voies les plus normales ?

De toutes les communications spirites que M,ue Mirbel a reçues par l’entremise d’Hélène (voir Des Indes, p. 401), je n’en reprendrai qu’une seule — en vertu de l’adage ab uno clisce omnes — la plus stupéfiante au premier aspect, à savoir celle de « Jean le carrieur ». Il s’agit d’un ouvrier qui travaillait il y a une quarantaine d’années dans des carrières situées à Neydens (petit village au pied du Salève) et appartenant depuis fort longtemps au grand-père, et ensuite au père de Mrae Mirbel, laquelle, alors petite fille, avait une affection toute particulière pour ce brave employé, qui la lui rendait bien. Dans une séance à laquelle Mrae Mirbel n'assistait pas, Mlk Smith eut la vision d’une carrière et d’un homme inconnu qui, par le moyen de la table, révéla son identité et dicta un message afFectueux à l’adresse de Mme Mirbel. Celle-ci, informée de la chose, reconnut le nom du dit carrieur et l’exactitude des descriptions d’Hélène. En apparence il n’y avait aucune vraisemblance que le médium eut jamais pu avoir connaissance des noms et du signalement de cet homme (grisonnant, sans chapeau, odeur de soufre, etc.). Ce n’est que cette année que M. Lemaître recueillit occasionnellement, dans une conversation avec la mère d’Hélène, l’information suivante :

« Madame Smith, dans son enfance, allait assez régulièrement à Neydens les mercredis et samedis soirs et en revenait les vendredis et les lundis matin ; elle y passait en outre « toutes ses vacances » jusqu’à et y compris sa douzième année, demeurant chez son cousin B., grand propriétaire fixé dans ce hameau. 11 y a maintenant au moins i3 ans qu’elle n’est pas retournée à Neydens. »

On comprend qu’en présence de ces faits et des relations anciennes de la famille Smith avec la petite localité dont il s’agit, il soit bien difficile d’exclure la possibilité et la probabilité qu’Hélène ait app ris jadis par les récits de sa mère — et peut-être directement dans quelque excursion à Neydens — tous les détails (concernant les Mirbel, 1 eurs carrières et leurs ouvriers) que le somnambulisme

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fit jaillir de sa mémoire latente lorsqu'elle rencontra plus tard Mmo Mirbel aux séances chez M. Lemaître. Et il n’est que trop clair que cela enlève toute valeur évidentielle aux soi-disant messages spirites en question. Aussi M. Lemaître, qui a le premier publié le « cas du candeur» 1 et inclinait alors vers une explication supranormale de cet incident, m’a-t-il déclaré, en me communiquant le renseignement ci-dessus, qu’il ne conclurait certainement plus de même aujourd’hui.

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