‹ Des Indes à la planète MarsChapitre 25 sur 103 · II. Les textes martiens, f · texte numérisé non relu

II. Les textes martiens, f

Il n’est pas toujours aisé de représenter une langue et sa prononciation au moyen des caractères typographiques d’une autre. Par bonheur, le martien, en dépit de ses apparences étranges et des cinquante millions de lieues qui nous séparent bon an mal an de la rouge planète, est au fond si proche voisin du français que cette entreprise n’offre guère de difficulté dans son cas.

Pour les textes, au nombre de douze (2), que nous

(>) Le texte 14 et une liste d’une centaine de mots martiens, ont déjà été publiés par M. Lemaître dans sa Réponse à M. Lefèbure (Ann. des Sc. psych., t. VII, p. i 8 i).

{-) Ce sont les textes 16 à 20, 26, 28, 3 r , 34, Sy à 3p. Ils sont indiqués plus loin par un astérisque.

possédons par écrit, soit que Mlle Smith les ait copiés d’après une hallucination verbo-visuelle, soit que sa main les ait immédiatement tracés dans un accès d’automatisme graphomoteur, la transcription française s’impose d’ellemême, chaque lettre martienne ayant son équivalent exact dans notre alphabet (*). Je me suis borné à mettre des accents sur les voyelles (elles n’en ont pas dans l’écriture martienne) conformément à la prononciation d’Esenale au moment de la traduction. Il n’y a donc qu’à lire à haute voix les textes suivants en les articulant comme si c’était du français pour avoir à peu près les paroles martiennes sorties de la bouche de Mlle Smith; je dis à peu près , parce qu’il reste, cela va sans dire, dans le parler d’Esenale comme dans celui de tout le monde, des façons particulières d’appuyer sur certaines syllabes et de glisser sur d’autres, une légère scansion des mots en brèves et en longues, bref de délicates nuances d’accentuation, que l’on ne peut représenter adéquatement et dont les auditeurs n’ont pas même essayé de prendre note aux séances.

Dans les textes auditifs ou vocaux qui n’ont pas été obtenus par écrit, j'ai adopté l’orthographe la plus probable d’après la prononciation d’Esenale, mais (à l’exception des mots connus d’autre part grâce aux textes écrits) je n’en puis naturellement garantir l’exactitude absolue. La façon dont Hélène recueille au crayon les phrases martiennes qui frappent son ouïe ne nous est pas d’un grand secours à cet égard, parce que, ainsi que je l’ai dit plus haut (p. 193), elle se trouve à l’endroit de ces hallucinations verbo-auditives dans la situation d’une personne qui entend des paroles inconnues, et les orthographie tant bien que mal, d’une manière assez arbitraire et souvent fautive. Elle écrit, par exemple, hèzi darri nè cikè taisse ce qui, d’après la prononciation d’Esenale et d’autres textes graphiques, doit être corrigé en êzi dariè sikè tes; ou encore misse messe as si lè au lieu de mis mess assilè. On ne peut

(') Sauf le signe (muet) de certains pluriels, que j’imiterai par un

donc faire fond sur l’orthographe d’Hélène, mais je l’ai naturellement suivie partout où il n’y avait aucune raison meilleure de s’en écarter.

En disant que les textes suivants doivent être articulés à la française, il convient d’ajouter deux remarques. D’abord, la consonne finale, d’ailleurs très rare en martien, s’y fait toujours entendre ; le mot ten se prononce comme dans le français gluten: essat comme fat : amès comme aloès; mis et mess comme lis (fleur) et mess (d’officiers), etc. En second lieu, pour les diverses valeurs de Ve, j’ai adopté la règle suivante : Ve ouvert est partout indiqué par un accent grave è; Ve demi-ouvert, qui ne se présente qu’au commencement et dans l’intérieur des mots, est marqué par l’accent aigu é; Ve fermé, par l’accent aigu à la fin des mots (ou avant un e muet final), et par un circonflexe au commencement ou dans l’intérieur; Ve muet ou demi-muet reste sans accent. On prononcera donc, par exemple, les e des mots martiens mété, bénézée, comme ceux des mots français été, répétée; êvé comme rêvé, tès comme dans Lutèce ; etc.

On trouvera en italiques, au-dessous des textes martiens, leur mot à mot français donné par Esenale de la façon rapportée plus haut (v. p. 158-159). J’ai aussi indiqué pour chaque texte son genre d’automatisme — auditif, visuel, vocal ou graphique — ainsi que la date de son apparition, et, entre parenthèses, celle de la séance souvent assez éloignée où il a été traduit; j’y ai joint enfin les explications qui m’ont paru nécessaires.

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