‹ Des Indes à la planète MarsChapitre 7 sur 103 · II. Mlle Smith dans son état normal · texte numérisé non relu

II. Mlle Smith dans son état normal

J’allais dire qu’à l’état normal, Mlle Smith est normale. Quelques scrupules m’ont retenu — la crainte d’imiter ce bon M. de la Palice — et je me ravise en disant que dans son état ordinaire elle paraît comme tout le monde. J’entends par là qu’en dehors des trouées que les séances et les explosions spontanées d’automatisme font dans son existence, nul ne se douterait, à la voir vaquer à ses diverses occupations ou à causer de choses et d’autres avec elle, de tout ce dont elle est capable dans ses états anormaux et des trésors de curiosités qu’elle recèle en ses couches subliminales.

De complexion saine et vigoureuse, de belle stature, bien proportionnée, aux traits réguliers et harmonieux, tout en elle respire la santé. Elle ne présente aucun stigmate visible de dégénérescence. Quant à des tares ou anomalies psychiques, abstraction faite- de sa médiumité même, je ne lui en connais point de notables, les dispositions craintives de sa jeunesse ayant presque complètement disparu. Au physique elle se porte à merveille. Il le faut bien d’ailleurs, pour faire face aux exigences d’une profession où elle est occupée près de onze heures par jour, presque continuellement dans la station debout (*), et qui ne lui laisse guère

(•) Ce n’est pas l'une des moins scandaleuses barbaries de notre prétendue civilisation que ces maisons de commerce et ces grands magasins d'où le * sens des

qu’une semaine de vacances en été. Sans compter qu’outre ce travail si absorbant hors de chez elle, elle aide sa mère à la maison, matin et soir, aux. soins du ménage, et trouve encore le temps de lire un peu, de jouer parfois du piano, et de faire de ravissants ouvrages d’agrément, qu’elle compose et monte elle-même et où éclate son goût exotique très original. Ajoutez enfin, à cette vie si remplie, les séances spirites qu’elle veut bien accorder ordinairement le dimanche, parfois dans la soirée d’un autre jour, d’une façon toujours absolument désintéressée, aux personnes qui s’occupent de questions psychiques ou qui désirent consulter Léopold sur des sujets importants.

Avant d’affirmer qu’une personne présentant des phénomènes aussi extraordinaires que ceux de la médiumité est normale quant au reste, il faudrait s’être livré à une investigation approfondie de toutes ses fonctions organiques et mentales, analogue à l’examen auquel un chef de clinique peut soumettre les malades de son service sans cesse à sa disposition, ou qu’un psychologue entreprend dans son laboratoire sur un sujet de bonne volonté prêt à répondre à toutes ses questions. Or tel n’a point été mon cas avec Mlle Smith. Pour diverses raisons sociales ou pratiques, je ne me suis pas trouvé vis-à-vis d’elle dans la position privilégiée du professeur Pierre Janet vis-à-vis des ressortissantes de la Salpêtrière, ni même du docteur Toulouse vis-à-vis de M. Zola. L’exemple de ce dernier, prouvant une fois de plus qu’aux yeux de la science les individus exceptionnels finissent toujours par se trouver entachés peu ou prou de névropathie, donne à penser, indépendamment de cent autres raisons, que les facultés médiumiques ne vont pas sans un accompagnement de diverses particularités plus ou moins cachées. Je me plais néanmoins à reconnaître qu’en ce qui concerne Mlle Smith, pour autant qu’il ressort de ses conversations, des renseignements que j’ai pu recueillir, et de quelques petites expériences banales, elle ne présente aucune anomalie des facultés physiques, intellectuelles et morales, entre les moments où la vie automatique fait irruption en elle.

Son champ visuel, qu’elle m’a permis de mesurer au périmètre de Landolt, s’est trouvé normal tant pour le blanc que pour les cou-

affaires » semble avoir banni toute notion d’humanité, et où l'on voit des organismes féminins, au mépris de la physiologie la plus élémentaire, condamnés des heures durant à une quasi immobilité dans la station debout, et exposés aux foudres de l'honorable patron pour chaque instant de repos pris à la dérobée et par contrebande sur quelque méchant escabeau.

leurs. Elle a une perception très délicate de ces dernières. Pas trace d’anesthésie tactile ni douloureuse aux mains. Aucun trouble connu de la motilité. Le tremblement de l’index donne une ligne, à quatre oscillations par seconde en moyenne, ne différant en rien des lignes recueillies sur des étudiants normaux. (Voir plus loin fig. 2.) — II est clair qu’on ne peut pas conclure grand chose de recherches aussi peu étendues.

Mlle Smith n’a jamais eu aucune maladie proprement dite, rougeole, fièvre typhoïde ni autres. Sauf qu’elle a toujours souffert d’une dysménorrhée qui a résisté à divers traitements, et qu’elle prend parfois la grippe au printemps, elle jouit d’une excellente santé, qui a cependant subi il y a trois ans une atteinte momentanée dont je dois dire quelques mots. Il s’agit d’une phase de ménorrhagie et d’affaiblissement général, qui l’obligea à suspendre ses occupations pendant six mois. Ces troubles, qui finirent par céder à une cure de repos chez elle suivie d’un séjour à la campagne, s’expliquent par une période de surmenage physique où elle dut travailler debout à son magasin encore plus que de coutume. Depuis lors elle n’a plus eu d’accroc dans sa santé.

Il est à noter que pendant cette demi-année d’indisposition où elle suspendit ses séances spirites, la vie automatique prit spontanément chez elle un développement considérable sous forme de visions, de rêves éveillés, de demi- somnambulismes durant parfois une bonne partie de la journée. Cette véritable submersion de la conscience ordinaire sous le débordement des états hypnoïdes pourrait être attribuée précisément à la suppression des séances proprement dites, qui canalisent en quelque sorte les flots de l’imagination subliminale et leur servent d’exutoires; mais il est encore plus simple d’y voir le résultat de l’adynamie générale d’Hélène à cette époque : son épuisement nerveux favorisait la désagrégation mentale et l’envahissement de la personnalité normale par les rêves subconscients.

On ne s’attend pas à ce que je fasse de Mlle Smith un portrait intellectuel et moral complet, qui risquerait de blesser sa modestie en tombant par hasard sous ses yeux. Je n’y relèverai que quelques points. L’un des plus saillants est sa grande dignité naturelle; son maintien, son langage, ses manières sont toujours parfaitement comme il faut, et prennent volontiers un certain caractère de noblesse et de fierté qui cadre bien avec ses rôles somnambuliques. Il lui arrive de se montrer altière et souverainement hautaine à

l’occasion. Elle est extrêmement impressionnable, et ressent avec intensité les moindres choses. Ses antipathies comme ses sympathies sont promptes, vives et tenaces. Elle a de l’énergie et de la persévérance. Elle sait très bien ce qu’elle se veut, et rien ne passe inaperçu, ni ne s’efface de sa mémoire, de la conduite des autres gens à son endroit. « Je vois tout, rien ne m’échappe, et je pardonne, mais je n’oublie rien », m’a-t-elle souvent répété. Peut-être un moraliste sévère trouverait-il à reprendre en elle une certaine exagération de sensibilité personnelle, une tendance un peu bien accentuée à ruminer outre mesure sur les façons de penser ou d’agir d’autrui en ce qui la concerne de près ou de loin ; mais cette nuance d’autophilie est un trait trop commun de la nature humaine, et se comprend trop bien chez les médiums facilement exposés à se trouver sur la langue ou sous l’œil du public, pour qu’il y ait lieu de lui en faire un reproche.

Elle est très intelligente et très bien douée. Dans la conversation elle se montre vive, enjouée, parfois mordante. Les problèmes psychiques et toutes les questions se rattachant aux phénomènes médiumiques, dont elle est ellemême un si bel exemple, la préoccupent beaucoup, et font le sujet principal de ses méditations solitaires et de ses entretiens avec les personnes qui s’y intéressent. Ses vues philosophiques ne manquent ni d’originalité ni de largeur. Elle ne tient pas au spiritisme proprement dit, et n’a jamais voulu, malgré les avances qui lui ont été faites, se rattacher comme membre à la Société d’Etudes Psychiques [spirite] de Genève, parce que, dit-elle, elle n’a pas d’idées arrêtées sur des sujets aussi obscurs, ne veut pas de théories toutes faites, et « ne travaille pour aucun parti ». Elle cherche, elle observe, elle réfléchit et discute, ayant adopté pour maxime « en tout, pour tout, toujours la Vérité ».

Il n’y a que deux points sur lesquels elle se montre intraitable : la réalité objective de Léopold, et le contenu supranormal de ses automatismes. Il ne faut pas lui aller

dire que son grand protecteur invisible n’est qu’une apparence illusoire, une autre partie d’elle-même, un produit de son imagination subconsciente; ni que les étrangetés de ses communications médiumiques, le sanscrit, les signatures reconnaissables de décédés, les mille révélations exactes sur des faits inconnus d’elle, ne sont que de vieux souvenirs oubliés de choses qu’elle aurait vues ou entendues dans son enfance. De telles suppositions, contraires à ses évidences intimes et par conséquent fausses en fait pour ne pas dire absurdes en soi, l’irritent facilement comme un défi au bon sens et un outrage à la vérité. Mais hormis ces deux points, elle examinera et discutera de sang-froid toutes les hypothèses qu’on voudra. L’idée qu’elle serait la réincarnation de la princesse hindoue ou de Marie- Antoinette, que Léopold est vraiment Cagliostro, que les visions dites martiennes sont bien de Mars, etc., tout en lui paraissant assez conforme aux faits, ne lui est pas indispensable, et elle serait prête à se rallier, s’il le fallait, à d’autres opinions : la télépathie, des mélanges d’influences occultes, une mystérieuse rencontre, en elle, d’intuitions venant de quelque sphère supérieure à la réalité, etc. Sans doute la supposition de ses préexistences dans l’Inde et sur le trône de France lui semble expliquer d’une façon plausible le sentiment, qui l’a poursuivie dès l’enfance, d’appartenir à un monde plus relevé que celui où le hasard de la naissance l’a emprisonnée pour cette vie; mais elle n’affirme pourtant point ce brillant passé, n’en est pas très convaincue, et reste dans une sage expectative à l’endroit de ces mystères ultimes de son existence.

Il y a un autre sujet encore qui lui tient au cœur. Elle a entendu dire qu’aux yeux des savants et des médecins, les médiums passent facilement pour des fous, des hystériques, des détraqués, en tout cas des êtres anormaux dans le mauvais sens du mot. Or, au nom de son expérience de toute sa vie et de chaque jour, elle proteste énergiquement contre cette odieuse insinuation. Elle déclare bien haut

qu’elle est parfaitement « saine de corps et d’esprit, nullement déséquilibrée », et repousse avec indignation l’idée qu’il pourrait y avoir une anomalie fâcheuse ou le moindre danger dans la médiumité telle qu’elle la pratique. « Je suis loin d’être un être anormal, m’écrivait-elle récemment encore, je n’ai jamais été aussi clairvoyante, aussi lucide, aussi apte à juger de tout et à vol d’oiseau, que depuis que l’on a cherché à me développer comme médium. » — Léopold, à son tour, parlant par sa bouche pendant ses transes, lui a plus d’une fois rendu solennellement le même témoignage de parfaite santé. Il est également revenu sur ce sujet par lettre, et l’on trouvera plus loin un très intéressant certificat d’équilibre qu’il a lui-même dicté à Hélène, et lui a fait écrire en partie de sa main à lui, comme pour donner plus de poids encore à ses déclarations. (Voir plus loin, fig. 8.)

Il est incontestable qu’Hélène a une tête extrêmement bien organisée, et qu’au point de vue des affaires, par exemple, elle mène admirablement le rayon très important et compliqué qui se trouve sous sa direction dans la maison de commerce où elle est employée. Et l’accuser d’être une malade simplement parce qu’elle est médium, comme des âmes charitables (le monde en est plein) n’ont pas manqué de le faire quelquefois, constitue à tout le moins une pétition de principe inadmissible, tant que l’essence même de la médiumité reste chose aussi obscure et sujette à discussion qu’elle l’a été jusqu’ici.

Si l’on s’étonne de la place que cette peur de passer pour malade ou anormale tient dans les préoccupations de Mlle Smith et de son guide, il faut dire à sa décharge — et à celle des médecins et des savants incriminés — que la faute en est aux racontars, aux potins, aux propos en l’air de tout genre dont le public ignorant empoisonne à plaisir l’existence des médiums et de ceux qui les étudient. 11 est clair qu’il se rencontre dans les rangs de la docte Faculté ou des Corps scientifiques constitués, comme en toute compagnie un peu nombreuse, certains esprits étroits et bornés, très forts peut-être dans leur spécialité, mais prêts à jeter l’anathème sur ce qui ne cadre pas avec leurs idées toutes faites, et prompts à traiter de ma-

ladif, de pathologique, de folie, tout ce qui s’écarte du type normal de la nature humaine tel qu’ils l’ont conçu sur Je modèle de leur petite personnalité. C’est naturellement le verdict défavorable, mais plein d’a3surance, de ces médecins à oeillères et de ces prétendus savants, qui se colporte de préférence et qui vient rebattre les oreilles intéressées. Quant au jugement réservé et prudent de ceux qui n’aiment point à se prononcer à la légère et ne se pressent pas de trancher des questions dont la solution est encore impossible à l’heure présente, il va sans dire qu’il ne compte pour rien, car il faut à la masse des conclusions nettes et décidées. « Vous n’osez pas affirmer que la médiumité est une chose bonne, saine, normale, enviable, qu’il faut développer ou cultiver partout où on le peut, et que les médiums nous mettent bien en relation avec un monde invisible supérieur? Mais c’est donc que vous tenez cette disposition pour funeste, malsaine, morbide, détestable, digne d’être extirpée ou anéantie partout où elle fait mine de se montrer, et que vous regardez tous les médiums comme des détraqués! )) Voilà la logique imperturbable du vulgaire, le dilemme taillé à coups de hache dans lequel le milieu ambiant, spirite et non spirite, s’amuse parfois à m’enfermer et qu’il ne cesse de faire résonner aux oreilles de Mlle Smith. On conviendra que cela explique et justifie amplement qu’elle se préoccupe parfois de ce que l’on dit et pense de sa santé, et que Léopold lui-même croie devoir s’en mêler.

Si la raison, qui est toujours complexe et faite de nuances comme la nature réelle des choses, pouvait quoi que ce soit contre cette logique à l’emporte-pièce et ce dilemme de grand inquisiteur, je répondrais par diverses considérations dont voici les deux principales.

D’abord, même quand il serait démontré que la médiumité est un fait pathologique, une disposition maladive, une forme de l'hystérie, une cousine germaine de la folie, cela ne voudrait point dire que les médiums méritassent moins d’estime, de considération et d’égards, ni qu’ils fussent moins capables de remplir leur rôle dans la société, que la grande armée des gens soi-disant normaux. Bien au contraire. Car enfin respecte-t-on moins les grands hommes et sont-ils devenus une superfluité pour l’évolution de notre race, depuis qu’on a fait du génie une névrose et que M. Lombroso trouve des symptômes épileptoïdes chez tous ceux qui ont marqué dans l’histoire de la pensée? L’essentiel pour juger de la valeur proprement humaine d’un individu, et de sa vraie place dans l’échelle sociale, n’est pas de savoir s’il est bien ou mal portant, bâti comme tout le monde ou plein d’anomalies, mais s’il est à la hauteur de sa tâche spéciale, comment il s’acquitte des fonctions qui lui sont dévo-

lues, et ce que l'on peut attendre et espérer de lui. On juge l’arbre à son fruit ; or la médiumité pourrait en avoir d’excellents. Dans le cas particulier, je ne sache pas que les facultés « psychiques » de Mlle Smith aient jamais nui à l’accomplissement d’aucun de ses devoirs; elles l’y ont bien plutôt aidée, car son activité normale et consciente a maintes fois trouvé un secours inattendu et un appoint d’importance, qui manquent à ses compagnes non médiums, dans ses inspirations subliminales et les ressources de ses automatismes téléologiques.

En second lieu, il est loin d’êti'e démontré que la médiumité soit un phénomène pathologique. Anormal dans le sens de rare, exceptionnel, éloigné de la moyenne, il l’est assurément ; mais c’est autre chose que la morbidité. Il y a trop peu de temps, quelques années à peine, qu’on a inauguré l’investigation sérieuse et scientifique des phénomènes dits médianimiques, pour qu’on puisse encore se prononcer sur leur nature véritable. Autant d’observateurs, autant d’avis différents, ou à peu près. 11 est cependant intéressant de constater que dans les pays où ces études ont été poussées le plus loin, en Angleterre et en Amériqué, le courant dominant chez les savants qui ont le mieux approfondi le sujet n’est point du tout défavorable à la médiumité, et que loin d’en faire un cas particulier de l’hystérie, ils y voient au contraire une faculté supérieure, avan- ’ tageuse, saine, dont l’hystérie serait une forme de dégénérescence, une contrefaçon pathologique, une caricature morbide. La seule conclusion à tirer de l’ensemble des faits bien observés jusqu’ici, c’est. . . que l’on n’en peut point tirer de générale, et que chaque cas particulier où se montrent des facultés automatiques un peu développées, doit être examiné pour lui-même. Or je répète que dans celui de Smith, tout bien évalué, le compte de profits et pertes de sa médiumité me paraît solder par un boni qui n’est point négligeable.

En résumé, le jugement que Mlle Smith porte clans son état ordinaire sur ses phénomènes automatiques est tout à fait optimiste, et rien ne prouve qu’elle ait tort. Elle regarde sa médiumité comme un rare et précieux privilège que pour rien au monde elle ne consentirait à perdre. Certes elle y voit une épreuve aussi, à cause des jugements malveillants et injustes, des jalousies, des basses suspicions, dont la foule ignorante et envieuse abreuva de tout temps ceux qui s’élèvent au-dessus d’elle par des facultés de ce genre. Mais au total, les ennuis sont large-

ment balancés par les bénéfices d’un ordre supérieur, et les satisfactions intimes, attachés à la possession d’un tel don (1). Sans parler des séances, qui, malgré tout ce que lui en dérobent ses sommeils suivis d’amnésie, sont pourtant une source de divertissement et un puissant intérêt intellectuel dans sa vie (2), ses automatismes spontanés l’ont souvent secondée, sans jamais l’entraver notablement dans ses occupations. Il y a en effet, fort heureusement pour elle, une grande différence d’intensité entre les phénomènes des séances et ceux qui font irruption dans son existence habituelle, ces derniers n’allant jamais jusqu’à un bouleversement aussi profond de sa personnalité que les premiers.

Dans sa vie de tous les jours, elle n’a que des hallucinations passagères et limitées à un ou deux sens, des hémisomnambulismes superficiels et compatibles avec un degré suffisant de possession de soi, en somme des perturbations éphémères et sans gravité au point de vue pratique de ses fonctions sensorielles, intellectuelles ou motrices, en sorte que son activité quotidienne n’a pas eu à en souffrir sérieusement. Les fâcheuses aventures de la condition seconde ou de l’automatisme ambulatoire lui ont toujours été épargnées, et elle n’a jamais eu de crises ou attaques capables d’interrompre son travail et d’attirer sur elle d’une manière pénible l’attention de son entourage. Tout compte fait, les interventions du subliminal dans son existence ordinaire lui sont plus profitables que nuisibles, car elles portent très

I1) .l’insiste une fois pour toutes sur le fait qu’Ilélène n’appartient point à la classe des somnambules de profession, ni des personnes qui battent occasionnellement monnaie avec leur médiumité. (Soit dit en passant, ces deux catégories d’industriels, dont je n’ai aucune raison de médire du reste, me paraissent beaucoup moins nombreuses chez nous, même toute proportion gardée, que dans la plupart des grandes villes et beaucoup d’autres pays.) M"* Smith, qui gagne largement sa vie dans la place où son intelligence et ses aptitudes l’ont fait arriver, et dont la famille jouit d’ailleurs d’une modeste aisance, ne retire jamais aucun profit pécuniaire de ses séances ou consultations. Un tel trafic de facultés qui ont une sorte de valeur et de signification religieuses à ses yeux, répugnerait absolument son caractère.

(3) Hélène désire naturellement savoir ce qui s’est passé pendant scs somnambulismes, et on le lui raconte — en gros.

souvent un cachet d’utilité et d’à propos qui lui rend de grands services. Phénomènes d’hypermnésie, divinations, objets égarés retrouvés mystérieusement, heureuses inspirations, pressentiments exacts, intuitions justes, automatismes téléologiques de tout genre en un mot, elle possède à un haut degré cette petite monnaie du génie, qui constitue une compensation plus que suffisante des inconvénients résultant de la distraction et des moments d’absence, passant d’ailleurs le plus souvent inaperçus, qui accompagnent ses visions.

Dans les séances, au contraire, elle présente les plus graves altérations fonctionnelles qu’on puisse imag'iner, et passe par des accès de léthargie, catalepsie, somnambulisme, changement total de personnalité, etc., dont le moindre serait une bien désagréable aventure pour elle s’il venait à se produire dans la rue ou à son bureau. Cette éventualité n’est heureusement pas à redouter, car on sait combien cette énorme disproportion, entre l’intensité des phénomènes spontanés et celle des phénomèmes provoqués par les réunions spirites, est un fait général chez les médiums. Ce fait rappelle ce qui se passe chez tous les « bons sujets » hypnotisables, et cela montre assez que l’autohypnotisation du médium qui entre en séance équivaut absolument à l’hétérohypnotisation d’une personne suggestible quelconque. Mais ceci m’amène à laisser maintenant l’état ordinaire d’Hélène pour aborder l’étude de ses automatismes.

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