Opinions diverses sur le martien
Les vues émises, depuis la publication de Des Indes , sur le roman et l'idiome martiens de MUo Smith peuvent, à travers leurs nombreuses nuances et ramifications secondaires, se ramener à trois tendances fondamentales : 1° L’opinion spirite plus ou moins intransigeante, qui voit en tout cela des révélations authentiques se rapportant sinon à la planète Mars elle-môme (car les Esprits sont sujets comme nous, parait-il, à de regrettables erreurs de noms), du moins à un astre ou monde quelconque, mais réel, autre que le nôtre. 2° L’opinion occultiste, plus élastique et réservée, pour laquelle les somnambulismes martiens sont une mixture indéterminée d’éléments provenant les uns de Mlle Smith, les autres de l’au-delà. 3° Enfin l’opinion scientifique, qui regarde provisoirement tout le cycle martien comme un pur produit des rêveries subconscientes de Müe Smith et qui attend prudemment, avant d’y
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reconnaître une part de communications supranormales, que les spirito-occultistes aient enfin daigné nous en offrir quelques preuves de fait plus concluantes que leurs affirmations gratuites et leurs hypothèses en l’air. — Ne pouvant passer en revue tous ceux qui ont touché à ce sujet dans la presse quotidienne ou les périodiques spéciaux, je m’en tiendrai à un exemple important pour chaque groupe.
1. Comme représentant notable du point de vue spirite, je citerai M. Erny, pour qui la langue martienne « n’est nullement une langue fabriquée ou imitée du français ; mais vient-elle de la planète Mars ou d’une autre, c’est ce qu’il est impossible de fixer, car un désincarné peut souvent faire confusion à ce sujet... » 1 Je renonce d’ailleurs à discuter avec l’honorable collaborateur de la Paix Universelle , pour deux raisons. La première, c’est qu il a si vertement tancé mon ignorance que je me sens un trop petit garçon, à côté d’un monsieur aussi instruit, pour oser encore ouvrir la bouche en sa présence. La seconde, c’est que, pour discuter, encore faudrait-il trouver devant soi des objections, des arguments, quelque chose enfin où s’accrocher, tandis que M. Erny a cru devoir faire l’économie de tout cela et se borne à répéter — après Des Indes (p. 235-236) — qu’il n’y a pas de ressemblance entre les mots martiens et les mots français !
M. Erny appartient à cette singulière classe de gens qui ne comprennent pas encore qu’une complète indépendance d’appréciation vis-à-vis des doctrines puisse s’allier à un parfait respect vis-à-vis des personnes. 11 est tout surpris que puisque le spiritisme, tel que nous le révèlent les manifestations des désincarnés, ne me paraît pas sérieux et me porte d'instinct à batifoler, ainsi que je l’ai exposé dans Des Indes (p. 388 suiv.), mon caractère ou ma façon d’agir ne s’en ressente pas : « on s’étonne — dit-il en propres termes — qu’ayant fait tant d’expériences avec MUe Smith, il [M. Flournoy] n’ait, pas été porté d’instinct à batifoler avec elle, soit en lui pinçant la taille ou le mollet comme on fait à la campagne quand on veut rire un brin avec les jeunes filles. » ( Loc . ci/, p. 1 1 6). Je pourrais m’étonner à mon tour et à plus juste titre qu’un journal, qui prétend poursuivre un but moralisateur et s’intitule la Paix Universelle , imprime des passages comme celui-là, et, d’une façon plus générale, ait accepté telle quelle la prose que M. Erny a cru devoir me consacrer. Au point de vue de la forme, son article est, il est vrai, assez amusant par l’excès de ses invectives; seulement qui dit trop ne dit rien, et accuser à tout bout de champ son adversaire d’ignorance, de contradictions continuelles, de manque de suite dans les idées, de défaut de logique, d’aberration mentale, de complète inconscience, etc., vraiment c’est outrepasser le but. Si encore toutes ces
1 A. Erny, Des Indes à la planète Mars. La Paix Universelle, Lyon, Août 1901, p. 114.
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aménités recouvraient quelque argumentation de fond, propre à faire avancer les idées ! Mais, hélas ! il est plus aisé de se livrer à des personnalités que de trouver des raisons valables, et, pour en revenir au problème martien par exemple, M. Erny ne s’v distingue que par une admirable virtuosité à enfoncer des portes ouvertes et à esquiver la question. Pourquoi insister à plusieurs reprises sur l’absence d’analogie visible entre le vocabulaire martien et le vocabulaire français, ce qui a été suffisamment relevé dans Des Indes , et d’autre part passer soigneusement sous silence les vingt pages où (par l’analyse de la syntaxe, de la phonétique, de la grammaire, etc. ) j’ai établi que le martien n’est que du français déguisé ? M. Erny est décidément trop habile. Il pousse même la désinvolture, j’allais dire le jésuitisme, jusqu’à citer, à l’appui de la différence des deux langues, une phrase qui renferme l’un des indices les plus caractéristiques de leur identité, à savoir une m martienne inutile pour correspondre à un t euphonique français : « la phrase suivante, dit-il, kévi berimir m hed , quand reviendrat-il ? ne me semble en rien se rapprocher du français. » Vraiment ? Alors pourquoi n’avoir pas mentionné, quitte à la réfuter, ma remarque sur ce membre de phrase ( Des Indes , p. 234) ? Serait-ce peut-être que vous la trouvez irréfutable, et que vous jugez plus prudent de laisser ignorer aux lecteurs tout ce qui démolit votre thèse de l’authenticité du martien, comptant sur l’inertie de votre public, qui n’a sans doute pas l’habitude d’aller aux sources ni de discuter les fariboles dont vous le gavez ?
Mais je serais injuste envers M. Erny si, puisqu’il s’agit du roman martien, je ne citais, comme spécimen de ses explications, celle qu’il nous donne de l 'aura habituelle des trances martiennes chez Hélène ( malaise, vision rouge, etc. ; voir Des Indes , p. 142) : « Puisqu’il l’ignore, comme bien d’autres choses psychiques, expliquons à M. Flournoy que ces effets viennent de ce que, dans un dédoublement, le corps psychique tout en s’éloignant du corps physique (entrancé) y reste toujours attaché par un cordon fluidique. C'est même par suite de ce fait que les dédoublements peuvent être si dangereux, car, dans la traversée astrale, si on n’était pas protégé par d’invisibles gardiens, le moindre choc, le moindre courant électrique frappant ce cordon fluidique et le brisant, ce serait la mort immédiate pour le médium. » Bigre! Que de fois Mlln Smith l’a échappée belle!! Et dire que M. Lemaître et moi nous y allions de la cour d’assise, sans nous en douter!!! Heureusement que c’est fini. Merci quand môme à M. Erny des horizons qu’il a daigné nous ouvrir sur les traversées astrales, les risques de rupture du cordon fluidique, et les invisibles gardiens préposés à sa conservation. Tels les factionnaires échelonnés tous les cinquante mètres sur le parcours d’un train impérial.
2. L’idée que les élucubrations martiennes, sans avoir une authenticité objective complète, dépassent cependant ce dont les facultés de Mlle Smith seraient capables par elles-mêmes, et impliquent en conséquence le concours de puissances supérieures, est assurément très soutenable en logique pure, car l’analyse psychologique est encore loin d’atteindre à la précision de l’analyse mathématique ou chimique — y arrivera-t-elle jamais? — et ne se laisse pas formuler en équations où l’on peut vérifier d’un coup d’œil si les deux membres sont bien équivalents ; aussi est-il toujours loisible de supposer que ce qui sort d’un médium intrancé ne jaillit pas exclusivement de
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son propre fond, mais représente un mélange intime de produits autochtones et d’infiltrations étrangères. On ne saurait donc démontrer rigoureusement, par la dissection des automatismes martiens d’Hélène, que leur contenu est d’origine purement intramèdiu miq ne , sans aucune addition d’influences extramèdiumiques (suggestions d’esprits farceurs de l’espace, rêveries de philologues et linguistes désincarnés, emprunts télépathiques à des habitants d’autres astres, absorption de souvenirs flottant dans l’âme cosmique, etc.). Aussi aura-t-on toujours beau jeu, dans le camp spirito-occultiste, pour déclarer que la preuve absolue n’est pas faite que tout le cycle martien ne soit qu’un fruit de l’imagination subliminale de Mlle Smith. Le représentant le plus autorisé de ce point de vue me parait être M. le Dr Gyel, avec qui il y a toujours intérêt et plaisir à discuter parce qu’il est parfaitement courtois, très accessible aux raisons d’ordre scientifique, et d’une sage réserve dans l’emploi des hypothèses occultes. Voici comment il exprime son opinion après avoir résumé ma critique des messages martiens :
« On le voit, les arguments contraires à la réalité de ces révélations martiennes sont des plus solides ; et l’on ne peut guère leur opposer que des objections dubitatives. — On peut hésiter à croire possible ce procédé subconscient de fabrication d’une langue, somme toute, complexe dans son vocabulaire et son alphabet inédits; fabrication parement automatique, en dehors de tout travail réfléchi, indépendant de toute volonté directrice. — Comme d’autre part il semble bien certain que les choses de Mars ne sont pas telles que le médium les décrit, on pourrait se demander si ce dernier n’a pas été simplement le jouet de ses communicateurs désincarnés. — Si l’on se refuse à faire intervenir cette théorie facile, et dont on a quelque peu abusé, des tromperies spirites, il resterait encore une autre hypothèse explicative, peut-être plus satisfaisante, et que M. Flournoy n’a pas envisagée : On pourrait admettre qu’il y a, dans les révélations martiennes, un mélange d’un peu de vérité et de beaucoup d’erreur. En effet : Si le médium a quelques visions réelles de Mars, ce n est certainement que par éclairs. De ces rares visions la plus grande partie ne pourrait peutêtre même pas être manifestée sur le plan physique terrestre. Le peu qui y parviendrait serait en outre déformé, adapté aux formes et coutumes terrestres, après une longue incubation dans la subconscience du médium avant de pouvoir être objectivé, par les procédés habituels, dans les séances. Enfin ces visions, retenues et ramenées sur le plan terrestre, seraient sans doute celles qui se différencient le moins, dans Mars, des choses de notre planète. Je donne cette hypothèse explicative pour ce qu’elle vaut et sans insister davantage... » 1
Exprimée avec cette prudence et avec de telles restrictions, I ' hypothèse occultiste de l’origine extramédiumique du martien d Hélène
1 Dr E. Gyel. Des Indes d la planète Mars. Revue scientifique et morale du spiritisme. Tome V, p. 483 et suiv. (Février 1900).
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ne saurait évidemment être réfutée, pas pins que prouvée. Du moment que les apports de Mars n’auraient lieu que par éclairs, et se réduiraient à quelques bribes défigurées, adaptées aux formes terrestres, ne concernant enfin que ce qu’il y a de plus analogue entre cette planète et nous, je n’aperçois pas très bien la possibilité de les distinguer des visions ordinaires de notre propre globe. En tout cas, c'est ramener le problème à une question de degrés et de quantités quasi-infinitésimales, ce qui le rend pratiquement insoluble, puisque la psychologie, je, le répète, fort en arrière de la chimie, ne possède encore aucun procédé dosimétrique permettant de faire le départ entre le « peu de vérité )> et le « beaucoup d’erreur » dont M. Gyel pense que les messages martiens sont peutêtre composés. — La seule objection positive que j’aie à présenter est d'ordre méthodologique : Sommes-nous autorisés, tant que rien dans les faits eux-mêmes ne nous y incite, à recourir à ces possibilités abstraites, et sans fondement assuré, pour expliquer des phénomènes dont des processus psychologiques, d’une réalité déjà bien établie, rendent compte d’une manière pleinement suffisante ? Pour moi, je ne le pense pas et je regarde comme une infraction injustifiée à ce principe scientifique : qu’il ne faut pas multiplier les causes sans nécessité, le fait d’aller chercher au delà de l’individualité d’Hélène les affluents qui ont alimenté son rêve martien. Avant de se risquer ainsi dans l’inconnu, il faudrait montrer — ce qui n’a point encore été fait — en quoi le contenu de ce rêve défierait les ressources d’imagination créatrice de Mlle Smith ellemême.
3. Du côté scientifique, mon analyse du martien n'a pas trouvé de contradicteurs ; elle a au contraire obtenu une précieuse confirmation et gagné une extension considérable dans le travail magistral consacré à cette langue par M. Y. Henry, professeur de sanscrit et grammaire comparée des langues indo-européennes a 1 Université de Paris h Ce savant linguiste, qui est en même temps un psychologue pénétrant, a d abord repris en spécialiste et poussé à fond l’étude de la phonétique, de la grammaire et de la syntaxe martiennes que j’avais ébauchée en profane dans Des Indes ; et il m’a procuré la satisfaction de voir que je n’avais pas fait fausse route en identifiant la langue de Mars à la nôtre. Mais ce qui est plus impor-
1 V. Henry. Le langage martien. Un vol. in-8° de XX et 152 pages. Paris, 1901. — (Voir mon compte rendu de ce livre dans le présent tome des Archives, p. 99.)
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tant, c’est que M. Henry s’est attaqué au problème de l’étymologie et de la sémantique martiennes, devant lequel mon incompétence m’avait fait reculer, et qu’il l a résolu d’une façon victorieuse, en montrant que les mots martiens se laissent ramener à des mots terrestres véritables, déjà présents chez Hélène, par des procédés de dérivation bien coîmus et classés en linguistique. Sauf un résidu insignifiant (environ 2 %), tous les termes du lexique martien, dit M. Henry, « ont une étymologie assurée, puisée dans des langues réelles, connues plus ou moins, mais certainement connues, de Mlle Smith. En admettant que quelques-unes de mes explications doivent être tenues pour forcées ou très contestables, il en reste encore un assez grand nombre de probables ou de sûres, pour que le résidu inexplicable ne constitue qu’une infime minorité : il est donc à présumer que ce résidu lui-même deviendrait réductible si nous disposions de moyens plus puissants ou plus sagaces pour pénétrer les secrets de l’élaboration subconsciente à laquelle elle s’est livrée, et qu’il apparaîtrait dès lors qu elle n’a point créé un seul mot qui n’appartînt d’ores et déjà à sa mémoire sous-jacente. » Bref, « M110 Smith, employant la syntaxe française parce qu'elle n’a pas la plus mince idée d’une autre, mais connaissant partiellement quelques vocabulaires différents de celui du français, s'est créé un vocabulaire spécial à l’aide de ces matériaux, retravaillés par les mêmes procédés sémantiques, métonymies, associations, suggestions et contaminations, que l’on constate dans les langues ordinaires. »
On se rappelle que dans mon paragraphe sur le vocabulaire martien (Des Indes , p. 235), j’avais insisté sur le fait singulier qu’à de très rares exceptions près il n’y a pas trace de parenté ou de ressemblance entre les mots martiens et leurs correspondants français ; et ce trait, rapproché de l'identité structurale des deux langues, m’avait fourni la preuve flagrante que le martien est une création enfantine effectuée avec l’unique préoccupation de fabriquer un idiome aussi différent que possible du nôtre. Plus audacieux et mieux outillé que moi, M. Henry a entrepris d’expliquer ce vocabulaire martien lui-même, en adoptant comme point de départ ou comme idées directrices de ses investigations deux ou trois suppositions tout à fait rationnelles dont je donnerai ici un aperçu.
C’est d’abord que les néologismes de Ml,e Smith, malgré leur air d’inventions purement ex-nihiloou de produits tombés du ciel, doivent dériver — par des voies peut-être très détournées et des associations saugrenues comme celles dont est coutumière la logique incohérente du rêve, mais enfin doivent en dernier ressort dériver — des mots réels emmagasinés dans sa mémoire consciente ou latente. Qu’on me permette de citer la page où M. Henry, parlant en psychologue, exprime excellemment les considérations qui justifient de prime abord et en quelque sorte à priori cette recherche des processus associatifs par lesquels a dû se former un idiome même aussi arbitraire en apparence que le martien : « Si l’homme n’invente rien, s’il
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ne fait que se souvenir, le langage de Mlle Smith doit être un composé analysable de ses divers souvenirs auditifs ou livresques, chacun d eux relié au sens qu'elle leur attribue par le fil plus ou moins ténu, plus ou moins embrouillé, plus ou moins perceptible, d’une association d’idées, tantôt directe, tantôt contournée et bizarre, telle qu’on en observe chez tous les hommes et sur soi-mème dans la rêverie et le rêve. 11 serait possible, en effet.de concevoir qu’un homme s’ingéniât à composer de la manière la plus arbitraire un langage artificiel, qu’il appelât, parexemple, mèche « une table » et sûr « un encrier », par l’unique raison qu’il n’y a aucune raison de les nommer ainsi ; mais, outre qu’alors il aurait bien de la peine à se souvenir de son vocabulaire, à retrouver dans sa mémoire les mots qu’aucun lien ne rattacherait à leur sens conventionnel, le seul travail de création d’une telle langue exigerait de sa part un effort extraordinairement violent et pénible ; car, à chaque idée qu’il voudrait exprimer, une association quelconque d'idées, soit avec le nom même de l’objet à nommer dans telle ou telle langue de lui connue, soit avec celui d’objets similaires ou voisins, soit avec la forme, les qualités accessoires ou l’emploi de cet objet, etc., etc., offrirait spontanément à sa mémoire subconsciente une image auditive composée de certains sons, de certaines syllabes, qu’il serait fatalement amené à reproduire ; et, pour résister à cette tendance naturelle, il lui faudrait une attention tendue, de tous les instants, qui ne pourrait manquer d’être fort souvent en défaut. Aussi les gens qui parlent argot n’ont-ils rien trouvé de mieux, pour déguiser leur langage, que d’employer la plupart du temps les mots mêmes delà langue courante, déformés par un certain nombre d’artifices, au fond très simples, très faciles à retenir et à reproduire, quoique méconnaissables aux non-initiés ; et l’on verra que tel est aussi le procédé naïvement et inconsciemment mis en œuvre dans les suffixations et les métathèses de Mlle Smith. »
Une seconde présupposition de M. Henry, c’est que la mémoire verbale d’Hélène n’est pas limitée à sa langue maternelle, le français, mais qu’elle doit embrasser un certain nombre de termes appartenant à l’allemand, dont elle a pris des leçons pendant trois ans ; au magyar, son père (de nationalité et de langue maternelle hongroises) ayant forcément dû en laisser échapper bien des mots devant elle ; à l’anglais peut-être, et à l’italien, qu’elle a plus d’une fois eu l’occasion d’entendre résonner à ses oreilles ; au sanscrit enfin, puisqu’il ressort de ses somnambulismes hindous qu’elle en possède quelques notions. — Ces cinq ou six langues ont d'ailleurs dû fournir des contingents très différents à l’idiome inédit de Mars, et c’est bien ce que confirment les résultats de l’analyse. Le français, comme on pouvait s’y attendre, y tient de beaucoup la plus grande place ; c’est de lui, dit M. Henry, que le martien a tiré, « avec sa syntaxe tout entière et la plupart des éléments de son indigente grammaire, la grande majorité des mots de son vocabulaire : bien entendu, non point tels quels ; altérés dans leur forme et détournés dans leur sens, en cent façons capricieuses, par ce moi subliminal que domine et remplit à ce moment l’unique pensée de ne point parler français ni aucun autre langage de lui connu ; mais reconnaissables pourtant, parce que, ce moi étant humain après tout, ces déformations s’effectuent fatalement suivant les règles d’une certaine logique humaine, et qu’il est dès lors possible à notre esprit de relever les voies par lesquelles le sien a passé. » — Ce n’est qu’après avoir épuisé les ressources étymologiques offertes par le français, que M. Henry recourt aux autres idiomes, et d’abord à I allemand. On peut objecter à l’utilisation de ce dernier que Ml,e Smith ne l’a étudié, d’ailleurs avec aversion et sans aucun
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succès, qu’entre sa douzième et sa quinzième année, tandis què M. Henry admet comme moi, pour fixer les idées, que la puérile création du roman martien et de sa langue correspond à une sous-personnalité d’Hélène arrêtée, ou retombée en somnambulisme à lage de douze ans environ (comp. Des Indes, p. 187 et 3oG) ; mais le linguiste psychologue a d’emblée réfuté l’objection : « le moi qui crée le martien et le moi qui sait l’allemand ont beau être de date différente : au moment actuel, qui est en définitive celui de l’apparition du martien, ils se trouvent réunis en une même personne, et n’y sont point séparés, selon toute vraisemblance, par une cloison étanche ; on conçoit tout au moins la possibilité entre eux d'une communication osmotique, discrète, difficile peut-être, mais enfin réalisable dans certaines conditions ; et cette considération suffit à légitimer en principe quelques battues à travers le vocabulaire allemand, à la recherche de telles origines martiennes dont le français persisterait à ne 1 as rendre compte. » — Pour le magyar, M. Henry montre que, bien que Mlle Smith estime n’en pas savoir le premier mot1, il serait invraisemblable que, par l’intermédiaire de son père, quelques termes au moins de cette langue ne se fussent pas gravés en elle au cours de son enfance. En fait, cela n'est pas douteux, et M. Henry a constaté que « l’empreinte est inconsciente, mais en général très nette et d’une remarquable pureté ; car les mots magyars sont sensiblement moins déformés en martien, que les mots allemands, moins bien connus de Mlle Smith, et les mots français, qu’elle s’applique naturellement à déguiser, tandis que le magyar ne lui paraît pas requérir cette précaution. » — Les autres langues terrestres paraissent ne contribuer que pour peu de chose au vocabulaire de Mars. — Au bout du compte, les résultats de M. Henry se répartissent comme suit. Si des 3oo termes martiens différents (en chiffres ronds) renfermés dans les 41 textes de Des Indes, on laisse de côté les noms propres et les petits mots (articles, pronoms, prépositions, etc.) qui ne sont pour ainsi dire d’aucune langue, il en reste 248 dont on pouvait se proposer de chercher l’étymologie ; de ceux-ci 190, c’est-à-dire plus des trois quarts, se trouvent réductibles soit au français (1 10), soit au magyar (55), soit à l’allemand (26) ; 8 seulement paraissent venir ou de l’anglais (3) ou d’idiomes orientaux (5) ; 45, ou moins d’un cinquième, résultent ou de contaminations de ces diverses langues (29) ou de dérivations des mots précédents (16) ; et il n’en reste que 5 qui aient résisté jusqu’ici aux efforts de M. Henry et constituent ce qu'il appelle le résidu irréductible.
Une troisième hypothèse adoptée par M. Henry pour l’analyse du martien, et à laquelle la pleine réussite de cette analyse sert de vérification empirique, c’est que les voies et activités dont se sert la subconscience de Mllc Smith dans les états hypnoïdes où elle fabrique son idiome imaginaire, sont foncièrement les mêmes que celles qui régissent les transformations ■spontanées des idiomes réels dans la vie des peuples. Il y a, autrement dit, identité entre les procédés de la linguistique subliminale d’Hélène et ceux déjà reconnus par la science des langues. — Ce point était aux yeux de M. Henry l’objet essentiel et le but de son étude, parce qu’il corrobore pleinement le grand fait que le savant linguiste s est efforcé de mettre en
1 Ceci d’ailleurs est inexact ; je ne me rappelle pas que M11* Smith ait jamais pré-
tendu îi l’état normal être absolument table rase en fait de hongrois; elle en a au contraire cité un jour quelques mots égrenés à M. Lemaître qui la questionnait à ce sujet. 11 est évident que ces bribes à la disposition de la personnalité normale ne représentent qu’une minime partie du trésor total enfoui dans la mémoire latente.
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lumière dans un de ses ouvragées antérieurs \ à savoir que dans l’évolution et les métamorphoses des langues existantes, les changements s’opèrent sans l’intervention de la conscience ou de la volonté réfléchie, des personnes qui parlent. Cette thèse de Y inconscience des procédés linguistiques ne pouvait recevoir une meilleure confirmation que par l’exemple d’une langue inédite créée en somnambulisme (c’est-à-dire en dehors de la conscience normale et de la personnalité ordinaire du sujet), pourvu que cette création se trouvât suivre précisément les mômes lois que celles des langues réelles. Aussi M. Henry avait-il bien espéré que les études sur l’hypnotisme et les états seconds lui fourniraient un jour quelque observation propre à jeter de la lumière sur ce point a. Car, dit-il, « si les procédés d’un sujet plongé à l’état de subconscience et créant un langage reproduisent exactement les phénomènes de sémantique relevés par notre maître à tous [M. Michel Bréal] dans sa vaste et ingénieuse enquête à travers tous les langages civilisés, il demeurera .établi par voie expérimentale ce que je m’étais efforcé de démontrer à grand renfort d’arguments et d’analyses logiques : Que le langage est l’œuvre spontanée d’un sujet absolument inconscient des procédés qu’il emploie à cet effet. » Le cas de M,le Smith étant venu fort à propos fournira M. Henry l’occasion de vérifier ses prévisions, on comprend toute l’importance qu’il lui a accordée au point de vue proprement linguistique. — Pour nous, que les curieuses productions d’Hélène et les étonnements de son milieu spirite ont mis aux prises avec la question du supranormal, nous envisageons les résultats de M. Henry sous un angle un peu différent, et plaçons l'accent de préférence sur le simple fait qu’il a pu ramener tout le vocabulaire martien aux langues déjà connues du médium. Car il en résulte que sous le rapport du lexique, comme sous celui de la structure phonétique ou grammaticale, il ne subsiste plus aucun prétexte d’aller chercher hors d’Hélène l’origine de son idiome extra-terrestre. Comme M. Henry l’a très joliment dit. « s’il est constant que le martien de Mlle Smith n’est fait
3ue de ses souvenirs linguistiques, combinés, réfractés, gauchis, altérés en ivers sens, il demeurera établi, — ce qui, paraît-il, a besoin de l’être aux yeux de certaines personnes — mais celles-ci ne lisent guère nos livres, — il demeurera, dis-je, établi qu’elle n’a jamais visité la planète Mars et que les cosmographies scientifiques peuvent, jusqu’à plus ample informé, se dispenser d’insérer les renseignements qu’elle nous en rapporte. »
Je renonce à analyser de plus près l’ouvrage de M. Henry, dont le contenu, tout de menus faits linguistiques, ne se prête guère à un résumé. Chacune de ses étymologies, prise isolément, donnerait peut-être lieu à des remarques ou discussions, mais c’est affaire aux spécialistes du langage. Pour le psychologue, il lui suffit que nulle part l’auteur n’ait fait intervenir des enchaînements d’idées plus logiques, ni des sauts plus désordonnés, que ceux dont la vie ordi-
1 V. Henry, Antinomies linguistiques. Paris, 1 890 (Tome II de la Bibliothèque de la Faculté des Lettres de Paris).
2 II n’est peut-être pas superflu de dire que les idées de M. Henry n’ont joué aucun rôle dans l’appari ion et le développement de la langue martienne chez Mllc Smith. Je n’avais pas le privilège de connaître le savant professeur de la Sorbonne (autrement que de nom), ni aucun de ses ouvrages, avant la publication de Des Indes , et c’est seulement cinq mois plus tard que j’ai eu le plaisir de me trouver mis en relation avec lui, à l’occasion précisément de ce volume qu’un ami de M*. Henry lui signala comme pouvant l’intéresser au point de vue linguistique.
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nâire du rêve nous donne de continuels échantillons. Qu’il reste une part notable d’incertitude et d’hypothèse dans beaucoup de ses reconstructions, cela était inévitable ; car les méandres de l’imagination onirique sont si capricieux et entrelacés, que la fantaisie de M110 Smith a pu passer par bien des chemins divers pour aller d’un mot français quelconque au néologisme martien correspondant ; on ne saurait donc jamais être absolument sûr d’avoir retrouvé exactement le fil d’associations qu elle a suivi en chaque cas particulier. Mais le seul fait que M. Henry se soit constamment tiré de ces labyrinthes par une issue acceptable et en respectant la vraisemblance psychologique, suffira certainement à convaincre de la justesse de ses principes tous ceux qui ont quelque connaissance, même rudimentaire, tant des lois de la linguistique que des incohérences du rêve. — Je ne relèverai donc dans son livre que deux exemples qui me paraissent particulièrement intéressants en ce qu’ils concernent les principaux noms propres du roman martien.
Le premier est celui d’Esenale, qui se distingue de tous les autres personnages de Mars, à nous connus, par trois singularités évidemment connexes : il est le seul sachant le français, d’où son rôle constant d’interprète ; le seul aussi qui ait déjà vécu sur notre globe sous la forme du jeune Alexis MirbeP, mort à 17 ans en 1891 [Des Indes , p. 140) ; le seul enfin dont le nom n’ait pas une terminaison martienne (en è ou i). De là à penser que ce nom exceptionnel aurait quelque liaison intime avec le prénom réel du défunt, et en serait une sorte d’anagramme ou d’inversion syllabique puisqu’il finit comme le second commençait (Esena/e- Alexis), il n v avait qu’un pas que j’avais naturellement fait dès le début ; mais incapable d’aller plus loin et d’entrevoir comment Esen pouvait sortir de xis, j’avais cessé de creuser ce problème. 11 fut résolu du premier coup par M. Henry : tout en se transportant au commencement du nouveau nom, la finale xis, fort rare en français et qui ne s’v retrouve dans aucun autre prénom, a dû faire travailler la pensée subconsciente d’Hélène, jusqu'à y réveiller le magyar csacsi , qui a une consonnance assez voisine, surtout prononcé à la française. « Or csacsi signifie âne , non pas terme générique, notons-le bien, mais espèce de diminutif de caresse, comme on en enseigne volontiers aux enfants ; le mot a pu jaillir des lèvres de M. Smith dès la première
1 Mirbel est un pseudonyme cachant un nom de famille, connu de M1 11* Smith, cela
va sans dire, mais sans intérêt ici, car il ne paraît pas avoir joué le moindre rôle dans sa linguistique martienne. Alexis eu revanche était le véritable prénom du jeune homme.
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fois qu’il a montré un âne à Hélène. )> Que maintenant, clans les rêvasseries somnambuliques de celle-ci, l image verbale hongroise rappelle son associée allemande Esel et lui cède la place, et on aura le nom même d 'Esenale à une insignifiante divergence près, pour laquelle on a le choix entre deux ou trois explications également plausibles : ce on peut songer tout simplement à une dissimilation d’un des deux l ; ou à une formule de retraduction en français, soit donc Esel-dne, dont la métathèse donne exactement Esenale; ou bien à quelque vague interférence de la liaison de mots magyars ézen allai, cet animal. »
M. Henry a montré que cette création de mots par addition d’éléments juxtaposés est un principe fréquent du martien ; et qu’on la retrouve en particulier, jointe à un calembour polyglotte franco-allemand et à l’inversion des syllabes, tout comme dans Esenale, à propos du mot solitaire qui se dit éréduté en martien (texte 9, Des Indes , p. 207). La seconde moitié de solitaire (soit terre) éveille l’allemand Erde : « Voilà, avec une légère métathèse ou une petite insertion vocalicjue, de quoi fournir la première moitié du mot martien. Reste après cela soli, c’est-à-dire le nom d’une note de musique, plus une voyelle, qu’on remplacera par le nom d’une autre note de musique, plus une voyelle de même timbre. La formule est mathématique : sol —J— i -j- taire = érèd- j- ut- J- é. » — Il faudrait n’avoir jamais observé sur soi-même les ineptes jeux de mots auxquels, sans même aller jusqu’au rêve complet, notre esprit s’adonne souvent dès que se relâche l’attention pleinement consciente et volontaire, pour s’étonner des étymologies que M. Henry attribue à l’imagination enfantine qui élabore le martien dans les états hypnoïdes de Mlle Smith.
Le second exemple a trait aux noms d’Astané et Ramié. J’ai montré, en me basant sur le caractère psychologique de ces personnages et sur leurs rôles à l’égard d’Hélène, qu’ils sont évidemment, en dernière analyse, des doublets ou des déguisements de Léopold (Des Indes, p. 174-176 et 183). Cette induction se trouve corroborée de la façon la plus curieuse par les rapprochements que M. Henry a établis entre les divers noms du guide d’Hélène au cours de ses avatars somnambuliques variés. Il semble que le vocable primordial, générateur de tous les autres, soit Cagliostro : la seconde partie de ce nom, liostro , a peut-être inspiré aux élucubrations hypnoïdes d’Hélène le nom de Léopold ( Lipol en magyar), où l’on en retrouve plusieurs lettres ; mais Ceci n’est pas assez évident pour qu’on y puisse insister, et M. Henry, qui nous a suggéré cette origine, ne l’admet cependant point. En revanche, la première syllabe Cag peut fort bien avoir donné, selon lui, par nasalisation de la voyelle et addition d’une finale sanscritoïde, le nom du sorcier Kanga , antériorité hindoue d’Astané ( Des Indes, p. 173-174) ; et ce qui est
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Th. Floùrnoy
encore moins douteux, c’est que cette même syllabe Gag — par l’intermédiaire du magyar ag qui signifie « branche », puis de son équivalent allemand Ast suivi d’une suffixation martienne — a engendré Aslanè. « Et si l’on voulait tenir pour fortuite cette coïncidence si remarquable, dit M. Henry, je demanderais alors par quelle récidive du hasard la doublure d ' Ast-anê se nomme Ram-ié, soit exactement le radical du français rameau (qui, à son tour, est la traduction de l’allemand Ast) également accompagné d’un autre suffixe martien ?» — On conviendra qu’il y a quelque chose d'assez frappant dans cette confirmation, par les relations étymologiques de leurs vocables, de l’identité psychologique fondamentale de tous les directeurs spirituels d’Hélène, aux Indes, sur le trône de France et dans la planète Mars.
Pour que la chose fût complète, il n’y aurait plus, comme l’a indiqué M. Henry, qu’à rattacher le nom de Léopold. le guide actuel d’Hélène en ce monde, à liostro ; malheureusement la science des langues n’en possède
Pas le moyen. Je me permettrai toutefois de rappeler que le domaine de association psychologique est plus vaste que celui de la dérivation linguistique, et que la première réalise constamment ce dont la seconde serait incapable. J’en citerai un exemple qui a le double avantage d’être fort indépendant de Mlle Smith, puisque je l’ai observé et publié avant de la connaître, et de présenter néanmoins une certaine analogie de lettres avec le point particulier qui nous occupe ici. C’est le cas de ce sujet qui, chargé de fournir au hasard dix mots quelconques, écrivit entre autres Singapoor et onomatopée à la suite l’un de l’autre, avec le sentiment que le second de ces termes tenait au premier par la pluralité des o b Les procédés de dérivation linguistique proprement dite n’ont assurément pas grand chose à voir dans la liaison de ces deux mots, non plus que dans la séquence xiscsacsi dont il était question à propos d’Esenale ; mais la simple association en vertu de quelque lointaine et vague ressemblance auditive, graphique, ou articulatoire, suffit à engendrer ces jeux d’images verbales qui tiennent une si grande place dans notre vie mentale, et dont les étymologies martiennes de M. Henry nous fournissent maints exemples. J’en conclus que — ne fût-ce, ici aussi, que par la pluralité des o (sans parler de 17) — le groupe phonique liostro pourrait fort bien avoir évoqué le mot Léopold au milieu de la sphère subexcitée de tous les prénoms connus, dans le cerveau plus ou moins rêveur de Mlle Smith occupée à ruminer encore sur le nom de son illustre guide, Cagliostro, après que la première syllabe s’en fut déjà détachée grâce aux associations verbales ou sémantiques qui ont abouti à Kanga d’un côté et à Astané-Ramié de l’autre. 11 est vrai que d’autres prénoms, Rodolphe, Théodore, que sais-je, eussent également pu répondre à l’appel des ressemblances vocaliques; mais on ne saurait songer à expliquer jusqu’au fond le caprice apparent de nos idées, et, dans l’espèce, il se peut que l’élection de Léopold ait été secondée par sa forme magyare Lipot , qui a deux autres lettres communes avec le groupe, évocateur en
1 De l'action du milieu sur l'idéation. Aimée Psychologique, de Beauuis et Biuet. tome 1(1894), Paris, 1895, p. 188.
SOMNAMBULISME AVEC GLOSSOLALIE
question. — Ceci dit, je n’oublie pas qu’au point de vue chronologique les inductions précédentes rencontrent sinon des objections insurmontables, du moins de grandes obscurités tenant en partie à notre ignorance des débuts médianimiques de Mlle Smith, en partie au fait qu’une idée ou création subliminale peut exister inaperçue pendant longtemps avant de se révéler au dehors par quelque message automatique. C’est ainsi que. des deux mots Léopold et Cagliostro, nous ne savons pas lequel, dans la subconscience d’Hélène, a été adopté en premier lieu comme nom de son esprit-guide, pas plus que nous ne sommes au clair sur l’époque et le concours de suggestions extérieures où ce dernier, c’est-à-dire la personnalité seconde de Mlle Smith, a commencé de se croire l’illustre thaumaturge sicilien (voir Des Indes , p. 90-93). Il est donc inutile de s’attarder davantage sur ce point.
Les exemples que j’ai tirés du livre de M. Henry peuvent donner aux lecteurs une idée du magnifique appui qu’il est venu apporter à l’opinion exprimée dans Des Indes sur le martien et l’ultramartien de Mlle Smith. Moins que jamais on 11e sera autorisé à faire intervenir quoi que ce soit de supranormal en cette affaire, maintenant que le mystérieux vocabulaire de Mars, enfin débarrassé de ses voiles par un linguiste perspicace, témoigne à son tour que toute cette brillante floraison jaillit de MUo Smith elle-même, non point bien entendu dans son état de veille normale et de personnalité adulte actuelle, mais retombée momentanément, à la faveur du rêve, dans une phase antérieure de son développement et redevenue pour ainsi dire une fantasque et songeuse fillette d’une douzaine d’années. On va voir que les récents développements du cycle astrolinguistique, en particulier les nouveaux textes extra-terrestres recueillis, ne sont guère faits, en dépit de leurs étranges apparences, pour légitimer un changement d’opinion à l’endroit de leurs origines.