‹ Des Indes à la planète MarsChapitre 87 sur 103 · II. Ultramartien · texte numérisé non relu

II. Ultramartien

Ce rêve, dont nous allons suivre le développement psychologique, a surgi vers la fin de 1898 dans des conditions que j’ai longuement décrites ( Des Indes , chap. Vil) et sur lesquelles je ne reviens pas. Après cette première apparition, qui a fourni le texte 33, Ultramars subit une éclipse de huit mois, si complète qu’on eût pu le croire définitivement éteint sans les allusions que certains messages martiens (textes 37 à 40) semblaient contenir, relativement à des révélations ultérieures en train de se préparer dans les profondeurs subliminales de Müe Smith. Puis tout à coup — évidemment stimulé, comme cela a été dit plus haut(p. 138), par le chapitre de Des Indes qui le concernait — Ultramars rentre en scène au commencement de septembre 1899 dans une vision spontanée, dont Hélène m’écrivit le soir même le récit suivant :

« Aujourd’hui 7 septembre [ 1899], nous avons vacance et je suis restée à la maison. J’ai travaillé toute l’après-midi jusqu’à G sp h. Ayant posé mon ouvrage sur le guéridon placé près de moi, j’avais appuyé ma tête sur le dos de mon fauteuil, afin de me reposer quelques instants. Nous causions, ma mère et moi, lorsque ma vue se troubla subitement, et je me trouvai tout à coup environnée de rayons roses, qui prirent une teinte dorée, puis bronzée, pour se fondre ensuite en une couleur uniforme et d’un gris sombre. Je ne vis plus les meubles de ma chambre, mais à la place se montraient à moi, pour la seconde fois, cette terre si désolée, ces habitants si primitifs que j’avais vus il y a quelques mois déjà. Deux hommes, près d’une maison, le tout pareil à ce que j’ai dépeint antérieurement [voir Des Indes , p. 25 1 ] , causaient ensemble, et je pus saisir, entendre, une partie de leur langage et l’écrire. [Texte l\ 2, dont Hélène prit note au crayon avec l’orthographe suivante : atope itonx aka zanaque atop azèqne ilate banep mipe apec Hat itique zicame... moc sern tetein mipe tirnip ilate itic... zicaque moque... tnarac. Elle laissa en blanc (...) quelques mots ci ni lui échappèrent.] Comment se fit-il que l’intérieur de la maison se découvrit à moi, je l'ignore ; mais dans cet intérieur, dans cette pièce dont ni les tapisseries ni aucun vernis ne venaient donner un petit air de confort et de propreté, je vis, suspendu et touchant presque le plafond, un rayon qui, je finis par le comprendre, était une sorte de lit, car à ce moment un être s’engagea dans un couloir, je dirai mieux une espèce de cheminée,

SOMNAMBULISME AVEC GLOSSOLALIE

Fig. 4. — Insectes ultramartiens (vision du 14 mars 1900). — Lesdeux bêtes rampantes sont de couleur brune et noire, avec des points rouges pour les yeux; sol et pierres sépia. Les bêtes volantes sont de teintes sombres, noir, rouge-brun, gris bleu foncé ; le poisson volant a quelques plumes rosées à la queue et à la région pectorale, et un dos rouge vif d'où partent des palettes gris foncé. — Reproduction au tiers de l’original.

aboutissant à ce rayon sur lequel il s’étendit tout du long-. Comment y arriva-t-il ? je l’ignore et ne pus le comprendre, mais le fait est qu’il y parvint. Près de lui, dans le mur, était incrustée une sorte de figure de terre affreusement laide, si horrible que je me demandai comment l’être étendu pouvait la regarder d’un air si profondément recueilli. — A mon regret, la vision s’évanouit insensiblement ; elle n’avait pas duré plus de cinq à sept minutes. »

D’après les paroles inconnues entendues par Hélène au cours de sa vision, et qui furent traduites en séance trois jours après (v. texte 42, p. iÔ2), on peut supposer que l’affreuse figure de terre incrustée dans le mur était l’idole du dieu Mok. Mais hormis ce détail, je n’aperçois guère de rapport entre cette curieuse vision et les autres mots recuedlis, lesquels forment au surplus un assemblage aussi inintelligible que le premier texte ultramartien (33) obtenu l’année précédente. Mes remarques d’alors — sur la forme intentionnellement chaotique adoptée par cette langue bizarre pour échapper au reproche de calquer, comme le martien, la syntaxe française [Des Indes , p. 204) — s’appliquent également à ce nouvel échantillon, et je me dispense de les répéter.

Cette seconde explosion du rêve ultramartien fut suivie d’une nouvelle accalmie, d’ailleurs beaucoup moins complète, qui serait de six mois si on la prolongeait jusqu’à l’apparition nette des hiéroglyphes rapportés plus loin, mais qui est beaucoup plus courte, quelques semaines à peine, si l’on tient compte des nombreuses visions, plus ou moins confuses, qui ne tardèrent pas à assaillir Hélène, surtout le matin à son réveil. Déjà dans le dernier trimestre de 1899, elle eut à plusieurs reprises l’apparition de caractères étranges et incon-

Th. Flour.no y

Fig. 5. — Paysage ultramartien. — Mer et ciel d'un bleu intense ; nuages pommelés gris-rosé. Terrain et rochers sépia; aucune verdure. Maison jaune h cheminées noires (conip. Des Incles , p. 251). Personnages au teint terreux, à jupe rouge. Bateaux rouge-brun, à voiles (?) idem, et à fond jaune.-— Reproduction en demi-grandeur de l’original.

nus, non martiens, qui lui semblaient ordinairement flotter devant elle au sein d’une sorte de globe laiteux ou de sphère faiblement lumineuse ; malheureusement, dans l’état d’inertie et de passivité accompagnant ces visions automatiques, elle n’eut pas l idée de copier ces caractères sur-le-champ et ils ne lui laissèrent jamais un souvenir assez net pour lui permettre de les dessiner, une fois revenue à son état de veille normale.

Vers la fin de l’hiver 1900, ces apparitions de hiéroglvphes prirent plus de précision et se multiplièrent, jointes souvent à des visions de paysages qu Hélène reconnaissait pour ultramartiens et dont elle gardait un souvenir si net, tant sous le rapport des formes que des couleurs, qu’elle pouvait les reproduire à sa pleine satisfaction, avec le crayon et le pinceau, au premier moment de loisir. Elle se fit ainsi une fort curieuse collection de vues ultramartiennes, toujours exécutées avec la plus grande facilité et de la façon semiautomatique que j ai décrite à propos de ses dessins de Mars ( Des

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