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SOMNAMBULISME AVEC GLOSSOLALIE
Fig', (j. — Paysage ultramartien. — Ciel bleu à nuages blanchâtres. Deux lacs d’un bleu intense. Terrains et rochers sépia, avec masses plus foncées, brun-verdâtre, représentant probablement de la végétation. Les cônes renversés (p. ex. au premier plan, et au sommet de la colline) sont rouge vif. Village à maisons jaunes et cheminées noires. A droite, un personnage à jupe rouge, agenouillé contre un rocher. A gauche, gi'os rochers soutenus par des chapelets rouge-brun. [Collection de M. Lemaître.] — Demi-grandeur de l’original.
Indes, p. 16 J et suiv.). M. Lemaître et moi reçûmes chacun, en cadeau, une demi-douzaine de ces curieuses aquarelles ; quelquesunes des plus typiques ont été reproduites dans les (îg. 4 à 8. Le lecteur peut ainsi avoir un aperçu du sol, de ht faune et de la flore de la planète ultramartienne, ainsi que de ses habitants et de leurs intérieurs de maison. La signification de beaucoup de détails ou d’objets reste malheureusement fort énigmatique dans ces vues, Mllc Smith elle-même ne sachant donner aucune explication concernant la nature ou l'usage de choses qu elle s’est bornée à rendre fidèlement sur le papier telles qu elle les voyait surgir devant ses yeux. Peut-être, si elle avait pu recueillir et traduire tous les lambeaux de voix et conversations étranges entendues au cours de ces
Tu. Flouknoy
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Fig. 7. — Paysage ultramàrtien. — Ciel bleu. Sol et rochers sépia. Cinq plantes (?) ayant l’aspect de flammes jaunes sortant d’un tas de boules rouge sombre. Les chapelets supportant le gros rocher sont brun-rouge foncé, Le personnage a un teint blafard et terreux; yeux et bouche sépia; jupe et bretelles rouge-brun; sandales noires. (Comp. la description Des Indes, p. 251.) Animal brun et noir, avec points rouges pour les yeux. — Demi-grandeur de l’original.
visions, y aurait-on trouvé des éclaircissements sur l'organisation de ce monde lointain, par exemple sur les chapelets d’on ne sait quoi qui soutiennent sans fléchir l’énorme bloc de la fig. 7, ou sur les meubles et ustensiles de la fig. 8. En l'absence de toute indication à cet égard, chacun peut interpréter à sa guise ces créations d’une bizarrerie esthétique singulière.
Voici quelques brèves indications, que je puise dans les notes recueillies par M. Lemaître aux visites qu’il faisait de loin en loin à Mlle Smith, sur le développement chronologique de ces visions ultramartiennes.
i/i mars iqoo. — Vers 5 72 h. du matin, Léopold apparut à Hélène et lui fil voir des insectes ultramartiens qu’elle dessina et peignit de grandeur naturelle pendant ses moments de loisir des jours suivants (fig. 4)- H y en avait un nombre prodigieux. Immédiatement après, comme elle parlait à Léopold des caractères ultramartiens dont elle n’avait pas gardé le souvenir, il lui répondit: «Tu les reverras dans quinze jours! Mais tu ne t’attarderas
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Fig. 8. — Intérieur ultramartien. — Plancher, plafond et parois sépia; les trous au plafond correspondent évidemment aux cheminées ou tuyaux des tig. 5 et 6. Tous les meubles et instruments sont foncés, noir, gris, sépia, brun-violacé. Le personsonnage du fond tient h la main un vêtement bleu et a une robe de même couleur; les trois autres ont une jupe rouge à bretelles noires. A droite une sorte de foyer: vases gris plongés dans des flammes rouges donnant une fumée bleuâtre. Au mur de droite, on dirait un rideau vert foncé à demi relevé devant une porte; au dessus une figure rose, avec appendices noirs, surmontée du signe du bonheur (voir tig. 9, n° 1). L’objet (paravent?) dressé vers l’angle du fond est jaune. — Demi-grandeur de l’original.
pas sur cette planète qui est un monde inférieur. Tu en verras une autre plus avancée. Et pour traduire à l’avenir du martien ou toute autre langue, tu n’auras pas besoin d’invoquer ni Astané ni Ramié, qui cependant seront toujours là ! »
2/ mars. — Tous ces jours, Hélène s'attendait à écrire la langue ultramartienne, d’après la prophétie de Léopold. Elle a revu plusieurs fois la boule et les caractères ultramartiens, mais sans en retenir plus de trois ou quatre, qu’elle n'a pas jugé bon de noter. Ce matin à G V4 '>• elle a vu une troisième écriture, très différente de l’ultramartienne, et (pii lui a paru consister en mots très courts et dans le fait qu’elle se lisait verticalement. Et comme elle exprimait à Léopold sa crainte de ne plus revoir l’écriture ultramartienne, Léopold lui a répondu qu’elle n’avait qu’à donner une séance et que cette écriture lui réapparaîtrait. Ayant répliqué qu’elle voulait
Tu. Flournoy
< l’abord terminer ses dessins de paysages et animaux (elle en avait déjà ü), Léopold lui a montré en gros et en noir le chiffre 1 1, ce qui signifie qu’il y en a encore 5 à exécuter.
3 avril. — Apparition matinale de Léopold ; Hélène a alors la vision de sa peinture n° 7 (p. 160) où se trouve la bête « qui a quelque chose d’humain dans la figure » ; cette bête est de la taille d’un petit chien.
23 avril. — Cette fois c’est Ramié qui apparaît à Hélène à son réveil et lui tient un discours martien (texte 43) qu’elle put noter à mesure, au crayon, et dont le but est de lui annoncer derechef la prochaine révélation des hiéroglyphes déjà si souvent entrevus, et de lui en signaler d’avance l'emploi caractéristique. Il est probable qu’elle sentit sur le moment même la signification de ce message, évidente réponse à ses préoccupations de curiosité sur la langue et l’écriture d’Ultramars, mais elle ne s’en souvint pas au sortir de cet accès d’hémisomnambulisme et l’on n’en eut la traduction qu’un mois plus tard (27 mai).
Il résulte de ce qui précède que l’écriture ultramartienne, en incubation depuis sept mois, était prête à paraître dès la fin de mars 1900 et n’attendait pour cela que l’occasion d’une séance. Celle-ci, renvoyée de semaine en semaine par suite de diverses circonstances, 11’eut lieu qu’au milieu de mai ; 011 y obtint, de la main d’Hélène intrancée, douze hiéroglyphes (fig. 9), auxquels vinrent s’ajouter, dans deux séances subséquentes, trois nouvelles séries également de douze caractères chacune, ce qui fait un total de 48 signes, possédant chacun son nom ultramartien avec explication martienne et française. J’en ai donné le catalogue complet dans les textes 44 à 47, et j’ai fait reproduire les feuilles originales de ces quatre séries d’idéogrammes dans les fig. suivantes (à l’échelle de s/5? et avec addition de numéros et de mots français pour permettre au lecteur de s’y retrouver plus aisément). La fig. 10 se rattache à la façon progressive dont nous ont été octroyées les explications concernant la première douzaine de ces caractères ; j’en indique sommairement les diverses phases avant de reprendre d’une façon plus circonstanciée l’histoire de ces révélations hiéroglvphiques : — 1° L événement initial a consisté dans l’exécution graphique de ces caractères (fig. 9) par la main d’Hélène intrancée, en même temps que sa bouche articulait leurs désignations martiennes. 2° Cinq jours plus tard, une hallucination auditive spontanée, dont elle put prendre note, indiqua la prononciation de leurs noms ultramartiens au moyen de 1 eur transcription phonétique à la française. 3° Le lendemain, un accès matinal d'automatisme graphomoteur fournissait la fig. 10, c est-a-dire les mêmes caractères reproduits d’une façon abrégée, quoique suffisante pour permettre leur identification, mais accompagnés cette fois de leurs. noms, tant martiens qu ultramartiens, écrits
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en lettres martiennes de façon à ne pas nous laisser de doute sur leur orthographe exacte. 4° Enfin, une semaine après, dans une séance de traduction par Astané etEsenale, on eut successivement, de la voix d Hélène : la prononciation authentique, nette et saccadée, des termes ultramartiens ; la répétition de leurs équivalents martiens déjà entendus quinze jours auparavant; et la traduction française de ces derniers. — Pour les trois autres douzaines d’idéogrammes, les choses allèrent plus vite (jusqu’à se dérouler en une seule séance), mais aux dépens de la certitude orthographique, car nous ne fûmes plus gratifiés de la communication écrite des vocables ultramartiens et martiens.
Je reprends maintenant, avec quelque détail, la description de la série de scènes somnambuliques où s’est déployée et épuisée, en moins de six semaines (mai-juin 1900), la belle mais courte floraison des hiéroglyphes d’Ultramars.
13 mai igoo. — Séance (à laquelle je n’assistai pas) chez M. Lemaître, dont je résume le procès-verbal. — Après une scène hémisomnambulique d’une heure (voir plus loin, chap. V, Barthez), Hélène s’endort complètement dans un fauteuil, et l’index gauche dicte : Fais-la mettre à la table , Ramié va écrire. On approche une table; elle paraît s’éveiller, se plaint d’énervement et de froid, puis, tout à coup, d’une voix douce (s’adressant à Ramié dont elle a la vision à sa gauche) : « Vous êtes bien gentil d’être venu, mais j’aimerais bien que vous restiez tranquille à côté de moi. Vous saviez que j’ai fait votre portrait h vous trouvez qu’il est ressemblant... Oh ! alors, je me dépêche.. Mais, pourquoi est-il nécessaire qu’il y ait cette grande boule nébuleuse? Est-ce qu’elle ne se dissoudra pas dans l’espace? » Elle se dispose alors à écrire sur une feuille de papier écolier qu’on a placée devant elle ; elle trempe plusieurs fois sa plume dans l’encrier, prononce les mots forimi té atimi (bis), puis trace le caractère en forme d A (n° 1, fig. 9) en tenant la plume entre l’index et le médius et en disant : « C’est bien le signe qu’il y avait sur la pierre, quand il courait sur la pierre. J’aimerais bien le revoir! » — Puis elle paraît écouter Ramié, prononce forimi té noura (bis), écrit le signe n° 2 ressemblant à un U, et dit : « Léopold, c’est vous qui trempez la plume, moi qui écris, Ramié qui cause. » — De nouveau elle écoute, prononce forimi ti zi obri, dessine le signe n° 3, et le montre à Ramié, qui est àsa gauche, en disant: «Ramié, ça va comme ça? Mettez votre main sur la mienne. Forimi té atimi, forimi té noura, forimi ti zi obri, après ? Léopold ! » — Elle prononce trois fois de suite, rapidement, forimi té ôtinâ, et dessine le signe 4, en ajoutant : « Ramié ! encore! C’est joli, çâ ! » — Le môme manège se réitère pour les caractères suivants : à chacun, après avoir trempé énergiquement et à plusieurs reprises la plume dans l’encrier, elle prononce la désignation martienne du signe qu’elle va écrire et la répète rapidement (jusqu’à six fois et de plus en plus vite pour le signe 6, forimi ti missé vanuti), puis trace ce signe en appuyant parfois outre mesure (au gme signe elle dit : « c’est un peu trop épais, cette jambe », et au iime elle fait une grande tache), et se livre enfin
1 Voir plus haut (fig’. 3, p. 138) ce portrait de Ramié, fait par Hélène le (3 mai.
Tii. Flournoy
Fig. 9. — Signes ultramartiens, dessinés par MUe Smith intrancée, le 13 mai 1900. [Collection de M. Lemaître.] — Reproduction aux 3/s de la feuille originale. Les numéros et les mots français ont été ajoutés.
à un petit bout de conversation avec Ramié et Astané’qui l’assistent. Entre temps, on apprend par l’index gauche (Léopold) qu’il s’agit en effet de signes ultramartiens avec leurs noms en martien, et que ni Léopold ni Esenale ne connaissent cette écriture, mais bien Ramié et Astané. — Après le i2me hiéroglyphe, l’index gauche dicte : je te conseille de terminer , et fait comprendre qu’il faut laisser Hélène se réveiller tranquillement. M. Lemaître suggère que Mlle Smith doit lui envoyer un de ces jours la traduction des termes martiens en ultramartien et en français, à quoi Léopold ne répond ni oui ni non. Toute cette scène d’écriture a duré trois quarts d’heure. Au réveil, Hélène se souvient seulement d’avoir vu à sa
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