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Fig. 10. — Feuille du 19 mai 1900. — Répétition fragmentaire des hiéroglyphes de la figure précédente, avec leurs noms ultramartiens et martiens en écriture martienne (voir texte 44, p. 153). — 3/6 de l’original. Les numéros ont été ajoutés. Æ.r.Rfi.' „il
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Fig. 11. — Alphabet martien (Fig. 24 de Des Indes , p. 201). ARCH. DE PSYCHOL., T. I.
i GO Th. Flournoy
gauche Ramié, et Astané plus loin ; et à sa droite Léopold (et Barthez, voir plus loin chap. V).
Le lendemain lundi, Hélène entendit au magasin des paroles étrangères et vit des caractères ultramartiens, mais sans pouvoir les transcrire. Elle aperçut de nouveau ces caractères le mercredi matin. Puis le vendredi à 6 h. du soir, au magasin, elle entendit (sans vision) des mots qu’elle nota aussitôt tant bien que mal au crayon : uarape rodaque ménern épern qnotom gatoque osaqne mikaque vicoqae taroque pizem fédaque. Enfin, le samedi 19 mai, à 6 zj\ h. du matin, à son réveil, elle se sentit comme forcée de sauter à bas du lit et de prendre un crayon pour exécuter la figure 10. D’après le récit qu’elle me fit de l’incident en me remettant celte feuille peu de jours après, sa main, engourdie et ne lui appartenant pour ainsi dire plus, avait écrit el dessiné tout cela malgré elle, et chaque fois elle avait d’abord vu apparaître sur le papier, en traits lumineux fugitifs, le tracé que le crayon allait exécuter. Au sortir de cet accès d’automatisme graphomoteur, elle recourut au volume de Des Indes pour tâcher de déchiffrer les mots martiens qu’elle avait écrits autour de ces hiéroglyphes, mais elle n’en vint pas à bout. — La comparaison de cette nouvelle douzaine d’arabesques, agrémentées de légendes martiennes, avec les caractères mystérieux obtenus à la séance du i3 mai, montra que ce n’étaient point là des signes vraiment nouveaux, mais seulement une seconde édition curieusement tronquée de ces mêmes caractères, comme si on les avait reproduits d’une manière incomplète en oubliant à peu près exactement la moitié de chacun d’eux ; quant aux mots, en alphabet martien, joints à ces hiéroglyphes mutilés, les uns étaient justement les noms qu’Héléne chez M. Lemaître avait donnés à chaque signe au moment de le dessiner, et les autres représentaient, à d’insignifiantes divergences d’orthographe près, les vocables inconnus qu’elle avait entendus et notés à la française, au magasin, le vendredi soir. (J’ai reproduit dans la fig. 1 1 l’alphabet martien publié dans Des Indes, afiu de permettre au lecteur de déchiffrer les légendes martiennes jointes aux hiéroglyphes de la fig. 10.)
C’était fort aimable à Léopold ou Ramié de nous avoir ainsi fourni cet utile supplément d’informations sur la transcription martienne des caractères d’Ultramars ; mais pourquoi donc celte reproduction imparfaite et comme arrêtée au milieu de chacun d’eux ? Lorsque j’interrogeai Léopold sur ce point à la fin de la séance suivante (27 mai), il se moqua d’abord de mon peu de perspicacité en me répondant (par l’index gauche) : Tu n’es pas malin. Me souvenant alors de la boule ou sphère demi-transparente dans l’intérieur de laquelle Hélène voyait souvent apparaître les caractères extra-terrestres, je soupçonnai que, par quelque effet d'optique fantaisiste ou médianimique, elle 11’avait peut-être aperçu ce matin-là sur son papier qu’une projection avortée, un demi-reflet, des hiéroglyphes originaux : mais Léopold repoussa celte supposition alambiquée, et finit par dicter : C’est afin de respecter votre désir et qu elle ne les reconnaisse pas. 11, paraît qu’à la séance précédente on avait par précaution décidé de laisser Hélène ignorer, aussi longtemps que possible, à l’état de veille, l’aspect des caractères ultramartiens (comme jadis de l’alphabet martien). Resterait à savoir, puisque Léopold approuvait celle mesure de prudence scientifique, pourquoi il n’a pas totalement empêché l’apparition spontanée de ces caractères, même incomplets, sous les yeux d’Hélène et de sa mère ; faut-il admettre que son pouvoir allait bien jusqu’à subtiliser la moitié des jambages, mais non jusqu’à refouler entièrement — en l’ajournant à un moment de plein somnambulisme de quelque séance ultérieure — un automatisme graphomoteur déjà tout prêt à surgir ?
SOMNAMBULISME AVEC GLOSSOLALIE
27 mai 1900. — M11® Smith ayant contremandé une séance qu’elle avait promis de donner chez moi, veut bien me la donner chez elle ; sa mère n’y assiste pas ; M. Lemaître est présent. Dès le début elle sent sa main droite prise, puis tout le côté (par Ramie), tandis que Léopold répond par l’index gauche. Hélène aperçoit, en l’air et sur le papier placé devant elle, « des signes martiens, comme des éclairs ; cela passe, cela va et vient. » Elle prend le crayon entre le pouce et l’index droits, contre son habitude ; c’est pourtant bien elle-même (à ce que Léopold dit par l'index gauche, en réponse à mes questions) qui va dessiner ce que Ramié lui fera apparaître en traits lumineux sur le papier. Elle paraît maintenant complètement intrancée, et trace un premier hiéroglyphe (n° 1 3, fi g. 12) après lequel elle prononce abak. A ce moment se produit une courte lutte dans la façon de tenir le crayon comp. Des Indes, p. 98], qu’elle finit, par prendre entre l’index et le médius et conserve désormais dans cette position. Les onze signes suivants sont dessinés, comme le premier, lentement, pondérémënt, avec application, en appuyant et revenant plusieurs fois sur chaque jambage, et en ajoutant pour finir les petits ornements terminaux en zigzags, qu'elle trace toujours de gauche à droite ou de haut en bas, de sorte que c’est tantôt par leur point de départ, tantôt par leur point d’arrivée, qu'ils s’attachent aux jambages principaux. Après chaque signe, elle prononce son nom ultramartien avant de commencer le signe suivant. Les 12 signes
Th. Flouknoy
terminés, elle revient au premier, et piquant sur lui son crayon (tenu perpendiculairement, toujours entre index et médius) elle prononce, en ar ticulant nettement, son équivalent martien forimi ti zi romêti ; elle passe de même au second et ainsi de suite. Après le dernier, forimi té zoupa, sa main jette le crayon ; elle s’appuye au fond du fauteuil, et Léopold fait signe que le moment des traductions françaises est venu. A peine est-il besoin que je recoure au procédé coutumier ; la main gauche (Léopold) et la droite (Ramié) indiquent que tout est prêt et que c’est Ramié et Esenale, mais non Léopold, qui feront l’office d’interprètes. La scène de traduction se déroule alors en trois parties consacrées d’abord au texte 43, dont on obtient le mot à mot français : yizé tarvini leur langage, kié machinéné ne peut , etc.; puis au texte 44, où chaque terme ultramartien est nettement articulé, suivi de ses équivalents martiens et français : varap, forimi té atimi, marque du bonheur, etc. ; enfin au texte 45 d’aujourd’hui: abak, forimi ti zi romêti, marque de la attente, etc. Après une conversation avec Léopold — qui, entre autres choses (v. p. 166 et i83), annonce que l’on aura une seule fois encore de l’ultramartien et puis plus — Hélène revient peu à peu à elle, amnésique. La séance a duré près d’une heure et demie.
Remarques sur cette séance. — Certains détails, pendant la longue scène de traduction que je viens de résumer, et diverses petites expériences de contrôle ou attrapes (oexiroersucke) auxquelles je me livre, montrent que la mémoire linguistique d’Hélène n’est pas également ferme sous tous les rapports, et que ses associations glossolaliques sont un peu vacillantes aujourd’hui. Il est par exemple impossible de lui faire retrouver d’ellemême le texte martien 43 (apparu il y a cinq semaines), et quand je lui en lis un ou plusieurs mots, elle est incapable de continuer seule, elle ne peut que répéter les fragments que j’en prononce. D’autre part, dans cette répétition elle redresse immédiatement et avec une pleine assurance les erreurs involontaires ou intentionnelles que je glisse dans ma prononciation ; c’est ainsi qu'elle corrige gizé en yizé, mévêzé en mévêzi, zova en zôda, riza ou biza en liza, monda en mouda, rétablissant ainsi partout le texte original exact, (sauf, comme je l’ai noté p. 1 53, pour inazé qu’elle change catégoriquement en imazé). — Ce peu de ténacité mnésique éclate encore plus à l’occasion des 24 signes ultramartiens en jeu. Ici de nouveau la prononciation varie peu ; cependant Hélène vocalise nura et ubri ce qu elle avait écrit nura et obri le 19 mai (fig. 10 nos 2’ et 3‘) et nettement articulé noura et obri le i3. L’incertitude de la mémoire affecte surtout le passage de l’ultramartien au martien, tandis que ce dernier est très solidement soudé au français ; ce qui peut s’exprimer en disant qu’Esenale possède bien sa leçon, tandis qu’Astanè ou Ramié savent fort mal la leur. Les confusions et embrouillements plus ou moins prolongés, dans lesquels Hélène tombe spontanément ou se laisse facilement induire, jettent un certain jour sur l’agencement intérieur de son dictionnaire trilingue ; il semble que pour chaque douzaine d’hiéroglyphes ultramartiens sa mémoire subliminale sache par cœur, et en ordre, les 12 expressions martiennes suivies chacune de son sens français ; mais elle n’est pas aussi ferrée sur l’ordre des 12 vocables ultramartiens ni leur traduction martienne, en sorte qu’elle ne retrouve pas aisément leur succession, et que si on commet des interversions en les lui soufflant, elle ne s’en aperçoit pas toujours et leur applique à faux les équivalents martiens-français correspondant à leur ordre primitif.
C’est ce qui ressort du moins des quelques erreurs que j’ai relevées. Par
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exemple, pour le vocable n° 4, epem, Hélène n’arrive pas à retrouver toute seule le sens martien ; hésitante, elle ouvre les yeux et paraît chercher vainement dans le vide, jusqu’à ce que je lui dise forimi té ôtinà, qui décroche alors marque du départ. De même, lorsqu’au lieu du 8me signe je lui dis le 9me, vicok, elle le répète et le traduit par f. té primi m. du revoir , et ce n’est qu’au bout d’un instant qu’elle se reprend en articulant avec énergie micac. De même encore, lorsque, intervertissant les deux derniers de cette liste, je lui propose d’abord fidak, elle le traduit par varani et haine , et ce n’est qu’en m’entendant prononcer pizem qu’elle s aperçoit de l'erreur et la corrige. Dans la liste suivante (texte 45), je lui dis en second lieu motak au lieu de zanem ; elle l’accepte et le traduit par ti zi buzadé, puis sent que c’est faux, mais n’arrivant pas à retrouver le vrai mot zanem, elle introduit et répète plusieurs fois rodac, qui occupe bien le second rang mais dans la douzaine précédente, confusion indiquant certaines connexions entre les places correspondantes des diverses listes. Ce qui est encore plus fort, c’est qu’au n° 17, rodem, où je ne l’embrouille pas, c’est elle qui se trompe et répond ti zi bôtini, confusion partielle avec l’expression martienne suivante ; elle persiste dans cette inexactitude en la répétant plusieurs fois avec insistance, et il faut que je lui rappelle explicitement que rodem correspond à ti zi âzânâ pour lui faire retrouver le fil. — Ces diverses erreurs semblent indiquer que la création de l’ultramartien est d’assez fraîche date et que cet idiome n’a pas encore eu le temps de s’incruster solidement, avec toutes ses associations internes et ses interprétations en d’autres langues, dans la mémoire subconsciente de Mlle Smith.
ij juin igoo. — Séance chez moi. Après divers phénomènes, d’hémisomnambulisme, Hélène s’endort et le petit doigt gauche (Léopold) annonce qu’elle a la vision de Ramié et que ce dernier va écrire. Elle se réveille et ait : « J’ai une vague idée que j’ai vu Ramié... Regardez ces signes ! Oh ! mais ça passe trop vite! » En même temps son index droit est agité d’un rapide tremblement, et sa main prenant la plume (entre l’index et le médius) commence à tracer des hiéroglyphes (fig. 1 3), opération dans laquelle elle s’absorbe profondément. Cependant la nécessité de retourner sans cesse à l’encrier, par le fait qu’elle dessine en traits très épais et lourdement appuvés, semble l’énerver, et Léopold dicte par l’index gauche : Il te faut lui acheter une plume qui coule toujours ; il annonce aussi qu'elle va faire 24 signes ultramartiens et qu'elle parlera ensuite la langue d’Uranus. Elle remplit en effet deux feuilles de douze caractères chacune, en procédant généralement comme suit : d’abord elle dessine en silence les trois signes d’une même rangée horizontale, puis elle les reprend en prononçant leurs trois noms ultramartiens, et ensuite leurs trois noms martiens ; après quoi elle commencé à tracer la rangée suivante. Tout cela ne se fait qu’avec beaucoup de lenteur, de peine, et parfois d’hésitations prolongées, qui trahissent de grandes difficultés de mémoire; elle s’arrête souvent, fronçant le sourcil comme cherchant à se rappeler, et tâtonne en intervertissant son ordre habituel ; par exemple, à la 3n,e rangée (fig. i3), elle prononce d’abord bantok en montrant la place vide du signe 3i, puis trace ce signe, montre la place blanche suivante en disant forimi té vidi ti barama ivrée, revient montrer le signe précédent pour prononcer les mots forimi té oupizi, retourne à la place suivante en articulant douzak moüzak anok, et passe par une succession d’arrêts, de demi-réveils momentanés, d’interventions de Léopold (qui explique entre autres que Ramié a de la peine à faire voit les signes à Hélène et qui réclame le plus grand silence) ; enfin, elle arrive à dessiner le signe 32. Que cela provienne d’un état de fatigue générale, ou
Tii. Flouknoy
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Fig. 13. — Troisième douzaine désignés ultramartiens ; 17 juin 1900. (Voir texte 46. p. 154.) — 3/5 de l’original. Numéros et mots français ajoutés.
de ce que le système ultramartien n’est pas encore bien assis dans les couches mémorielles d’Hélène, toujours est-il que c’est un travail considérable d’arriver au bout de ces deux douzaines de signes, et pour les 3 derniers, la plume, jusque-là tenue entre le médius et l’index (mode d’Hélène), passe entre l’index et le pouce, comme si Léopold jugeait bon de venir à son secours. La scène d’interprétation du martien en français par Esenale, qui se déroule ensuite suivant le mode habituel, s’eft’efctue plus rondement, et Hélène y corrige ou y complète quelques-unes des traductions martiennes qu’elle avait données en dessinant les hiéroglyphes, p. ex. au mot 36, zifik, elle rectifie forimi té rabalinée en forimi ti missé rabalinée, marque de une fiancée ; l’équivalent français est évidemment un canevas plus solide
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Fig. 14 — Quatrième douzaine de hiéroglyphes ultramartiens ; même séance que lafeuille précédente. (Voir texte 47, p. 155.) — ®/6 de l’original. Numéros et mots français ajoutés.
que le mot ultrarnartien pour supporter l’expression martienne. Après cette scène et la traduction de milé piri (v. p. 1 53), Hélène passe à la vision d’Uranus prédite par Léopold (v. p. 1 83).
Th. Flournoy
Pendant l'été 1900, le inonde ultramartien fut totalement éclipsé, par Uranus d’abord (voir plus loin), puis par les préoccupations nouvelles d’Hélène, dues à l’invasion américaine. Mais, après le changement de fortune de MIIe Smith, il a recommencé à se manifester, et même avec exubérance, en dépit des anciennes prédictions où Ramié et Léopold avaient annoncé la fin des caractères d'Ultramars et l’abandon de ce monde grossier pour un autre plus avancé. C’est sans doute sous l’influence suggestive de ses nouveaux amis, jamais lassés d’astronomie spirite, que la subconscience d Hélène est revenue au thème d Ultramars comme à celui de Mars.
D’après les indications dont je suis redevable à M. Lemaître, à qui Mlle Smith permit (au milieu de mars 1901) de parcourir son dossier réservé, ce dernier renfermait une vingtaine de feuilles de dessins et textes de Mars et d’Ultramars, les unes plus ou moins récentes, d’autres datées du séjour d’Hélène à Paris, et la plus ancienne remontant au 15 octobre 1900, c’est-à-dire au lendemain même du jour où sa bienfaitrice lui avait octroyé la liberté. En fait d ultramartien, il y avait quatre feuilles couvertes de 54 nouveaux signes, et sur d’autres feuilles des inscriptions sur de gros rochers, formant un texte suivi et complètement continu qui ne reproduisait aucun des 54 signes précédents. Ces inscriptions sont de vrais labyrinthes, les uns horizontaux, d’autres verticaux en allant de bas en haut, avec perte de la plupart des ornements en zigzag. Cette existence d’inscriptions lapidaires cadre bien avec la curieuse allusion d’Hélène au « signe qu’il y avait sur la pierre » lors de sa première scène d’écriture ultramartienne (p. 163). — Dans une des dernières visites de M. Lemaître à Hélène (18 mai), elle lui raconta qu’avertie par Léopold d’avoir à se tenir prête, elle avait obtenu la traduction — d’abord en martien par Astané, puis en français par Esenale — des inscriptions ultramartiennes, et elle les lui montra. « Il y en a, dans le sens de la hauteur, sur des pierres marquées par le feu du ciel, puis d’autres sur le tombeau d’un grand chef, sur une pierre où l’on saigne les animaux, et sur une pierre sacrée paraissant humide ; à côté de cela des marques [idéogrammes] avec leur traduction, telles que le père, la mère, le sage, le fou, le muet, le sourd, le juge, le récolteur de pluie. » Ces dernières notions rentrent, comme on le voit, dans la même catégorie que celles des textes 45 à 47.
11 va sans dire que je n’ai pas à prendre en considération des documents que je n’ai pu soumettre à l'examen, et dont au surplus
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nous ignorons absolument, M. Lemaître et moi, dans quelles circonstances et conditions psychologiques ils ont été obtenus. Mes observations sur la langue et l’écriture ultramartiennes, dans les deux paragraphes suivants, se baseront donc exclusivement sur les textes et figures publiés ci-dessus.
Remarques sur la Lanque martienne et ultr amar tienne .
Il n'y a pas lieu de nous arrêter longtemps aux nouveaux textes de l’idiome de Mars; leur examen ne ferait que confirmer, sans y rien ajouter d’essentiel, ce que nous a révélé l’analyse déjà faite dans Des Incles et surtout dans l'ouvrage de M. Y. Henry. On conçoit que les ornières du martien étaient trop bien creusées pour qu’il put. sans danger de se contredire, les abandonner; aussi continue-t-il de la façon la plus naïve à mouler ses formes structurales sur celles de notre langue. C’est ainsi que dans le vocabulaire trilingue (textes 44-47) tous les substantifs martiens ont le même genre qu’en français et sont régulièrement précédés de té ou de ti zi suivant que nous disons du ou delà.
Voici deux petites observations de détail qui sont de bons exemples, à joindre à ceux de Des Indes , de l’influence que nos habitudes françaises exercent sur l’orthographe martienne. Je les tire des douze mots écrits représentant en lettres martiennes les noms ultramartiens de la première série d’idéogrammes (texte 44 ; et fig. io, p. 1 65). — D’abord la gutturale sourde n’y a pas un mode fixe de transcription, mais elle présente de nouveau cette capricieuse alternance du k et du c (avec préférence il est vrai pour cette dernière lettre, qu’on rencontre 7 fois sur 10) qui est une réminiscence typique du français; par exemple dans le nom vicok du hiéroglyphe n° 9, la consonne médiane et la finale, identiques pour l’oreille, sont exprimées par les deux lettres susdites. — En second lieu, la façon dont Astané ou Ramié ont fait écrire à la main d’Hélène le mot (n° 8, fig. 10, p. 1 65) qu’elle avait prononcé micac (comme le français macaque) quelques jours avant, nous fournit un amusant lapsus calami pour compléter le trio avec ceux déjà relevés dans Des Indes (p. adi-23a, à propos des syllabes che et zé) et montre une fois de plus combien ces prétendus révélateurs d’autres planètes sont au fond accoutumés à écrire en français : au lieu de terminer comme de juste le dit mot micac par un k ou un c martiens, la main d’Hélène y a mis un signe qui en martien est un i, ce qui fait micai, confusion absolument inexplicable de la part d’un véritable habitant de Mars, ruais dont la genèse saute à l’œil puisque ce signe a la forme d’un e français. En d’autres termes, il a suffi d’un instant de distraction pour produire une erreur d’aiguillage, ou un retour des vieilles habitudes, dans la parole intérieure d’Hélène jouant le personnage hypnoïde de Ramié : l’image auditivo-motrice de la gutturale sourde, au lieu de réveiller l’image gra-
? bique appropriée de l’alphabet martien, a suscité son associée de l’alphabet rançais qui se trouve ressembler à une autre lettre martienne au point de vue de sa forme extérieure. Cela prouve derechef que les rôles subconscients d’Hélène ne sont pas très solidement différenciés.
Si le martien de nos textes nouveaux* :42 à 47) diffère d une façon
Tii. Flouhnoy
appréciable de celui des textes publiés précédemment, ce n’est en tout cas pas dans le sens d’un progrès, mais plutôt d’un rabâchage et d’une dégénérescence de la langue. M. Henry en fut frappé lorsque je lui communiquai les messages de Mars et d’Ultraniars postérieurs h Des Indes : « Il suffit, dit-il, de jeter un coup d'œil sur ces derniers textes pour se convaincre que la langue martienne est en voie de se pervertir et même de se jargonner. Il était temps de la saisir et elle était mûre pour l’examen. Quoi que MUa Smith puisse désormais produire en ce genre, il est douteux que la psychologie et la linguistique en tirent d’autres renseignements utiles que ceux [déjà fournis par les textes antérieurs]. » (Le langage martien, p. XVIII.)
En ce qui concerne l’ultramartien, nos textes n’en renferment au total qu’une centaine de mots, dont 87 différents, qui offrent cette particularité de ne jamais contenir deux voyelles ou deux consonnes de suite (à de rares exceptions près qui rentrent dans la règle si l’on compte ou et an comme des sons-voyelles simples pour l’oreille). Tous ces mots (sauf deux, aka et vané) relèvent de trois types seulement : 52, soit près des deux tiers, sont des bisyllabes de cinq lettres, trois consonnes séparées par deux voyelles, tels que banep ; 20 sont bisyllabiques aussi, mais n ont que quatre lettres, comme s’ils avaient perdu leur consonne initiale, par exemple anok; 15 enfin sont des monosyllabes trilittéraux, une voyelle entre deux consonnes, comme mip. Ce peu de diversité dans la constitution des mots contribue à donner à la langue d Ultramars un cachet propre et caractéristique, dont la principale source se trouve d’ailleurs dans le choix de ses voyelles et consonnes préférées. — On se rappelle (v. Des Indes, p. 225-226) (pie le martien, comparé au français, se distinguait par une énorme surabondance de voyelles hautes (i et é) aux dépens des basses (u, diphtongues, etc.), la proportion des voyelles moyennes (a et o) restant la même dans les deux langues ; et que cette tonalité élevée concordait bien avec les couleurs vives et chaudes des paysages de Mars, aux rochers roses et à la végétation éclatante. Des remarques du même ordre s'imposent quand on passe à Ultramars. Ici la langue est encore, somme toute, d’une tonalité supérieure à la nôtre, mais elle reste bien au-dessous de la hauteur acoustique du martien, car elle n’a que 41,6 °/° de voyelles aiguës (i et é), au lieu de 73,3 % en martien, et en revanche 55 % de voyelles moyennes (a et o) au lieu de 18,6. Or cette sourdine mise à la musique de la langue se retrouve dans
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les teintes des paysages d’Ultramars : à la vérité les ciels et les eaux y sont d’un bleu intense qui rappelle les peintures de nos contrées tropicales, mais le sol presque dénudé, les rochers, les murs extérieurs et les parois intérieures des maisons, les gens mêmes, tout, sur cette planète disgraciée, est d’un aspect terne et morne, dans des tons grisâtres ou sépia, qui fait regretter les magnifiques colorations des vues de Mars. Les paysages comme la langue y marquent une note sombre, un état de moindre excitation, en harmonie d’ailleurs avec le niveau inférieur de développement que les révélations de Léopold et de Ramié attribuent aux êtres grossiers et primitifs de ce monde arriéré.
La statistique des consonnes ultramartiennes — telle du moins qu’elle ressort des 87 mots différents que nous possédons, car une plus grande richesse de documents la modifierait peut-être — est assez curieuse. Sur 22Ô consonnes, plus de la moitié (117) sont des explosives, et presque toujours des explosives sourdes (96, à savoir k, 23 t, il\ p ; tandis qu’il n’v a que 21 sonores: 2 g, 8 d, ii b). Les liquides et nasales ne comptent pas même pour un tiers (70, offrant 3q m contre seulement i4 n, et i4 R contre 3 l). Le reste se compose d’une h aspirée, et de 37 continues ou fricatives (4 f et 5 v ; 10 ss et 18 z). On remarque que tous les mots (excepté deux) finissent par une consonne, de préférence k (37), m (27) ou p (18); il n’y en a que 3 qui se terminent en t ou s; enfin ces finales sont, dans les deux tiers des cas, des explosives sourdes (k, p, t,) que la voix d’Hélène, dans les scènes de traduction où elle incarne Ramié, articule avec énergie et chasse violemment, ce qui donne à cette langue un caractère acoustique haché, explodant, saccadé, tout à fait spécial. — Notons encore le grand rôle que jouent en ultramartien, comme en martien ( Des Indes , p. 240) et en uranien, les phénomènes de rime, d’allitération, d’assonnance (sem, sazim; douzak mouzak ; etc.).
Remarques sur Les Idéogrammes Ultramar Liens.
Plus intéressants que la langue parlée des Ultramartiens, sont peut-être les mystérieux hiéroglyphes qui leur servent de signes s’adressant à la vue, et qui leur constituent un genre d’écriture à coup sûr fort original. 11 vaut la peine de nous y arrêter un peu.
Le fait capital de cette écriture, c’est qu’elle est idéographique : elle ne consiste pas, comme la nôtre, en lettres représentatives des sons de la langue et servant à faire des mots, mais en signes exprimant des idées. Ce trait caractéristique — que Ramié avait annoncé en tout autant de termes, et avec une clarté ne laissant rien à désirer, dans son curieux message (texte 43) précurseur des hiéroglyphes ultramartiens — est certainement des plus étonnants à première vue. On ne se serait pas attendu à cette singularité, et il me semble ouïr déjà les clameurs avec lesquelles mes lecteurs du bord
Tu. F loû h no v
occulto-spirite vont exploiter l’incident contre mon hypothèse de l'origine infantile du cycle astro-linguistique.
« Comment donc, me diront-ils, comment une fdlette supposée de douze ans, et qui 11’a certes pas vécu dans un milieu bien intellectuel, aurait-elle pu tirer de son propre fond l’extraordinaire idée d’un principe d’écriture aussi radicalement différent du nôtre? Et n’y a-t-il pas une flagrante contradiction à admettre que cette prétendue imagination d’enfant, qu’on déclare d’un côté incapable d’innover en fait de grammaire et de syntaxe, s’en aille d’autre part, quand il s’agit de l’écriture, rompre spontanément avec le système alphabétique, que seul elle connait, et créer de toutes pièces le système idéographique, cette étrange conception qui ne serait sans doute jamais venue à 1 esprit de nos savants eux-mêmes s’ds ne l’avaient, en fait, trouvée réalisée chez divers peuples bien éloignés de nous dans l’espace ou le temps ! Quoi de plus naturel au contraire, et de plus conforme à ce que nous enseigne l’observation des peuplades inférieures de notre propre globe, que de rencontrer une écriture encore au stade idéographique chez les habitants arriérés et incultes d’Ultramars ? Il faut vraiment l’inqualifiable et stupide aveuglement d’une science grossièrement matérialiste pour vouloir, de parti-pris et contre toute évidence, ramener aux rêveries d’une sous-personnalité enfantine des x'évélations médianimiques qui portent en elles-mêmes les preuves éclatantes de leur vérité! »
Assurément, la nature idéographique des signes écrits d Ultramars cadre bien avec l’état d’infériorité où se trouve encore ce monde d’après les dires de Léopold ou d’Astané et les visions de MUo Smith. Mais elle cadre aussi avec ce que I on peut psychologiquement attendre d’une imagination naïve, hantée par l’autosuggestion de fabriquer enfin une écriture dépistant toutes les critiques et qu’on ne puisse plus accuser d’être, comme l’alphabet martien, une imitation du français. Car quel est l’enfant de nos écoles qui n’a pas entendu parler des hiéroglyphes égyptiens, ou des caractères chinois, et qui n’en a pas conservé (surtout s’il a un goût inné pour ce qui est exotique et oriental) au moins la vague notion d’écritures étranges et indéchiffrables, où les signes ne sont pas des lettres comme chez nous, mais expriment des mots entiers et parfois des idées très compliquées ? Et serait-ce dépasser les bornes de la vraisemblance que de se représenter l’enfantine subconscience d’Hélène — après sa déconfiture du martien, et dans sa recherche de quelque nouvelle façon d écrire bien extraordinaire et vraiment diane d'une autre planète — rassemblant, combinant, bouleversant le peu qu elle a aperçu ou entendu raconter des écritures étrangères, de manière à fabriquer une collection de signes, d’un aspect profondément savant et mystérieux, 11'ayant plus rien de commun avec nos lettres ni pour la forme ni pour l’emploi ? C’est pourquoi je prendrai la liberté d’examiner d’un peu plus près les prétendus signes ultramartiens,
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avant de me décider à y voir la révélation authentique des caractères employés sur un astre lointain, ou même simplement les fantaisistes élucubrations de quelque Champollion désincarné revenant rêver d’hiéroglyphes par le cerveau intrancé de MUe Smith. Et en effet, ces signes présentent deux ou trois particularités qui me semblent difficilement conciliables avec l’hypothèse de leur authenticité, ou avec celle de leur fabrication par une intelligence compétente, mais qui deviennent au contraire très concevables, et presque allant de soi, dans la supposition d’une œuvre d imagination infantile.
1° On sait que l’écriture idéographique est susceptible de divers degrés et présente successivement plusieurs phases d’évolution. A ses échelons inférieurs, elle est simple pictographie, c’est-à-dire que les signes sont l'image des objets eux-mêmes, leur représentation — directe ou symbolique — plus ou moins déformée peutêtre dans la voie du schématisme, mais pourtant toujours reconnaissable afin de parler à l’œil et d’être facilement comprise ; aux échelons supérieurs au contraire, où le système idéographique confine et passe graduellement au système phonétique, les signes, de plus en plus simplifiés ou altérés, peuvent perdre jusqu’à toute trace de leur ressemblance primitive avec les choses signifiées. En ce qui concerne Ultramars, les messages mêmes de Ramié nous dépeignent cette planète comme un monde arriéré et grossier, où le langage ne peut s’écrire et où l'on ne recourt aux signes graphiques qu’en cas de nécessité ; ce qui revient à dire que l’écriture n’y est point encore en train de revêtir une valeur phonétique, pas même syllabique, mais qu elle en est toujours à l’état inférieur, purement pictographique. Il en découle que les signes de cette écriture doivent présenter la plus grande ressemblance, ou du moins des traits très évidents d’analogie, avec les objets qu’ils désignent, et que le premier coup d’œil doit suffire à saisir leur signification. Or, chose étonnante, il n’en est rien. Non seulement, à voir l’un quelconque de ces hiéroglyphes, je suis incapable de deviner à quelle idée il peut bien correspondre, mais alors même que Ramié et Esenale nous en ont révélé le sens, j’ai beau me torturer l’esprit, je n’arrive pas à retrouver dans ces fantasques arabesques quoi que ce soit qui rappelle, même de loin, la chose signifiée. Tout au plus dans cinq ou six d’entre eux pourrait-on apercevoir, avec beaucoup de bonne volonté, quelque rapport alambiqué entre le signe et son objet; par exemple les bras de l 'aveugle étendus en avant pour tâter (n° 46, fig. 14) ; ceux du guérisseur symétriquement fléchis et lançant deux
Th. Flournoy
flots d’ondulations magnétiques ( n° 22, fig. 12); la sacoche du quêteur au bout de sa courroie (n° 23); les nœuds du mariage (n° 24); peut-être encore la ligne brisée du guide (n° 29) rappelle-t-elle les méandres du chemin, qui se retrouveraient raccourcis et agrémentés de capricieuses envolées dans la marque du coureur (n° 27). Mais d’aussi lointaines analogies n’atteignent point, tant s’en faut, au degré de ressemblance qu’on est accoutumé à rencontrer dans les écritures vraiment idéographiques des peuples terrestres, et je serais plus porté à y voir la trace, moins bien dissimulée dans ces quelques signes que dans la plupart des autres, d’artifices mnémotechniques auxquels a probablement recouru la mémoire subliminale d Hélène ou de Ramié pour retenir une telle collection de hiéroglyphes, essentiellement arbitraires, en facilitant leur association avec les idées qu’ils sont destinés à recouvrir.
Les spirites me répondront sans doute que mon ig'norance de ce qui se passe dans les autres planètes, devrait m’interdire toutes ces réflexions: les formes organiques des êtres, et leurs procédés intellectuels, y étant absolument différents de chez nous, on a deux moyens pour un de justifier les caractères ultramartiens. D’abord il est loisible de supposer que ces idéogrammes reproduisent, beaucoup plus exactement que je 11e me l'imagine, les contours ou attributs caractéristiques des gens qu’ils désignent : les fiancées y portent peut-être des amulettes ayant la forme du signe 36, les pompes à incendie v seraient construites sur le plan 18, les voyageurs en marche y auraient la silhouette 25, etc. Ensuite on peut également admettre que les Ultramartiens n’en sont plus à la pictographie, et que. sans être arrivés à l’écriture phonétique, ils se sont entendus pour adopter un système de signes purement conventionnels, sans relation apparente avec les choses à signifier, mais avec lesquels ils peuvent cependant se communiquer leurs pensées, en cas de nécessité, parce que tout le monde chez eux commence par apprendre ce curieux moyen de correspondance. La première de ces échappatoires se heurte aux peintures ultramartiennes de M1^ Smith, lesquelles nous montrent que, aux proportions près, les gens et les choses de là-haut sont sensiblement comme chez nous; et la seconde suppose aux Ultramartiens une intelligence et une puissance conceptuelle difficiles à admettre chez des êtres aussi arriérés et grossiers. — On pourrait forger d’autres hypothèses encore permettant de soutenir l'authenticité des hiéroglyphes ultramartiens; mais je laisse cet exercice à l’ingéniosité de ceux de mes lecteurs qui préfèrent les interprétations spirito-occultistes au prosaïsme de la psychologie subliminale, à laquelle je reviens.
Cet absolu défaut de ressemblance entre les idéogrammes ultra-
martiens et leurs objets, qui me paraît inconcevable dans la supposition de leur authenticité, s’explique au contraire à merveille dans mon hypothèse psychologique. L imagination infantile, à la fois audacieuse et naïve, qui a fabriqué tout cela, s'est prise à son propre piège : ignorant que la similitude du signe et de son objet est un caractère essentiel des systèmes idéographiques réels, unique-
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ment préoccupée défaire de l’extraordinaire pour déconcerter toute tentative d’analyse, elle a soigneusement évité que ses caractères ressemblassent à rien que l'on connût ici-bas, soit parce qu’on aurait pu l'accuser de s’être laissé inspirer par les hiéroglyphes égyptiens qui représentent des hommes, des oiseaux, des bœufs, etc.,> soit surtout parce qu'il ne fallait à aucun prix que ces maudits savants devinassent le sens de ces signes extra-terrestres sans avoir à recourir aux révélations directes de Ramié et d’Astané.
2° Un second trait curieux, c'est la similitude de structure et d’aspect des 48 idéogrammes révélés par Ramié : ils ont tous un air de famille et comme une marque de fabrique uniforme. Cela ne se comprendrait pas dans Ihypothèse de pictogrammes réels des choses, indéfiniment variées, que la nature ou la vie humaine nous offre ; on conçoit au contraire que le souci enfantin de simuler des apparences de profonde science et de haute vérité ait entraîné la subconscience d’Hélène dans cette unification à outrance. De crainte que son écriture extra-terrestre ne parût fabriquée de pièces et de morceaux empruntés aux alphabets d’ici-bas, Ramié a cherché à lui donner une sorte de cachet propre qui la distinguât autant que possible des écritures exotiques déjà connues. Avec cela les formes choisies devaient être relativement élémentaires pour que la mémoire chargée de les retenir ne risquât pas de s’y embrouiller ; il fallait éviter par exemple le type si compliqué des monogrammes chinois ou japonais ; de là la simplicité relative des signes ult.ramartiens, surtout des premiers, car en se multipliant, ils sont nécessairement devenus plus chargés.
On ne peut que regretter que les premières apparitions de signes inconnus dans une boule laiteuse, que Mn° Smith signalait dès les derniers mois de 1899, n’aient pas été reproduits par elle sur le papier, car il eût été bien intéressant de savoir si ces automatismes visuels représentaient déjà les idéogrammes définitifs et tels que sa main les traça quatre mois plus tard, ou si, comme j’incline à le penser, c’était une série d’essais, de tentatives et ébauches diverses, d’où devait finalement sortir, par une sorte de sélection interne, le type graphique ultramartien répondant d une manière satisfaisante aux désidérata ci-dessus. Quoiqu’il en soit, nous constatons que le problème a été résolu par l’élimination complète des lignes courbes, ce qui, pour l’œil, assure d’emblée à cette écriture une séparation radicale d’avec l’immense majorité des alphabets connus. Restait la tâche plus difficile d’éviter les apparences d’ana-
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logie avec les systèmes éventuels qui ne recourent également qu’à des combinaisons de jambages rectilignes (cunéiformes, etc.). La fantaisie subliminale d’Hélène a tourné habilement la difficulté en mettant à tous ses caractères une estampille commune, qui leur donne l’unité désirée et une note esthétique dominante, sous la forme de ces petits zigzags terminaux, flottant comme des banderoles aux extrémités libres et aux principaux angles saillants ou rentrants du dessin fondamental.
3° Ces petits zigzags eux-mêmes, qui se comprennent si bien comme un ingénieux artifice de l’imagination subconsciente à la recherche d’un sceau distinctif, constituent au contraire une nouvelle difficulté dans la supposition de l’origine extra-terrestre de cette écriture. Ils sont en effet une complication aussi superflue que fatigante au point de vue de l identification des caractères ; car, si on les supprimait tous, il n'en résulterait aucune confusion entre les 48 signes que nous avons, et dont la plupart ne feraient que gagner en clarté. C’est à croire vraiment que les Ultramartiens ont beaucoup de temps à perdre, ou une constitution psychophysique diamétralement opposée à la nôtre, pour que l usage chez eux n aît pas dès longtemps laissé tomber la plupart de ces vaines fioritures ; on ne comprend pas même comment elles ont pu prendre naissance dans une écriture dont on se sert seulement « en cas nécessaire », et que les rudimentaires habitants de cette planète désolée doivent avoir déjà suffisamment de peine à graver sur leurs rochers.
Tout bien considéré, je ne suis pas éloigné de voir, dans ces appendices inutiles auxquels la subconscience d’Hélène a recouru pour caractériser son graphisme ultramartien, un ressouvenir enfantin, une sorte de résidu des tout premiers exercices d’écriture qui consistent généralement chez nous à remplir des pages de jambages parallèles, légèrement inclinés et se reliant à angles aigus. La réapparition dans l’écriture d’Ultramars de cette forme graphique primitive, et en quelque sorte embryonnaire, serait un nouvel indice — analogue à celui que j’ai relevé à propos de l’emploi du mot inéliche dans la langue martienne ( Des Indes , p. 241) — de l’origine infantile de tout ce cycle.
4° Comme couronnement aux remarques précédentes, il convient d’observer le singulier choix de notions que nous offrent les idéogrammes ultramartiens. Que l’on parcoure leur vocabulaire (texte 44 à 47), on n’y trouvera que des substantifs, dont une vingtaine impliquent de profonds étals affectifs (bonheur, désespoir, haine, etc.) ou les vicissitudes émouvantes de la vie humaine (départ, naissance, mariage, retour, etc.); et tous les autres des professions ou positions
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sociales, dont la plupart paraissent directement empruntées à l’état de civilisation des Indiens d'Amérique ou de quelque tribu primitive (chercheur de sources, grand chef, porteur d’eau sacrée, etc.). Dans un sens, cela ne cadre pas mal avec la présupposition qu’Ultramars est un monde fort en arrière de notre culture européenne. Mais, d’autre part, comme les conditions générales de la vie y sont à peu près celles de notre globe — à en juger par les peintures d'Hélène (voir fig. 4 à 8) — et que les gens y ont un corps, des vêtements, des maisons, des bateaux et des meubles, qui ne diffèrent pas essentiellement des nôtres, il est assez surprenant que leur vocabulaire écrit, au rebours de ceux d’ici-bas, ne renferme aucun signe ayant trait aux choses usuelles et aux mille détails de l’existence quotidienne. Ou bien, serait-ce Ramié qui aurait fait exprès de ne nous révéler, de cette écriture, que des échantillons soigneusement expurgés de tout ce qui concerne les objets extérieurs et les banalités de la vie matérielle ?
On devine que je m’explique la chose autrement. Prise dans son ensemble, la série d’idées qui se déroule dans les hiéroglyphes ultramartiens me fait involontairement penser aux romans d’aventures en pays sauvage qui sont un des délassements favoris du jeune âge. Or, de ces ouvrages palpitants qui ont impressionné nos premiers lustres, ce ne sont naturellement pas les choses, les actions, ou les qualités terre à terre et communes, telles que froid, chaud, pierre, manger, boire ou dormir, qui piquent la fantaisie et restent gravées à tout jamais dans la mémoire enfantine ; mais les épisodes marquants de la vie, avec les rôles saillants et les personnages en quelque sorte classiques de cette littérature des Cooper et des Gustave Aymard, voilà ce qui laisse des traits indélébiles dans les tendres imaginations et alimente leurs rêveries. Aussi le triage de Ramié ne m’étonne-t-il pas : il était fait sans doute depuis longtemps dans la mémoire latente de MUo Smith concernant ses lectures d’enfance. L’homme ne crée rien, et il se forge l’inconnu sur les images du connu. De même que la subconscience d’Hélène a tiré de ses quelques connaissances relatives à l’Extrême-Orient les paysages chaudement colorés du monde martien, de même, pour peindre en teintes sombres et rudes le monde plus fruste et grossier d’Ultramars, elle a recouru à ses souvenirs d’histoire barbare ou de récits de voyage dans les terres vierges du Nouveau-Monde. Toute cette singulière écriture hiéroglyphique, avec son curieux choix de mots, ne fait donc, selon moi, qu’apporter un nouvel argument à l’appui
ARCH. DE PSYCHOL., T. I
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de l’origine onirique et infantile du cycle astro-linguistique de MUo Smith.