‹ Des Indes à la planète MarsChapitre 92 sur 103 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

Le Cycle oriental.

A en juger par la façon dont il a été accueilli dans la presse et les milieux à tendances occultes, le rêve oriental de Mlle Smith serait la perle de grand prix de toute sa médiumité au point de vue théosophique, comme fournissant une confirmation expérimentale éclatante de la doctrine des existences terrestres successives — de même que les signatures des autorités de Chessenaz et l’incident du carrieur (dont je parlerai plus loin) en constitueraient les plus précieux jovaux au point de vue proprement spirite, comme apportant des preuves indéniables de l’identité des prétendus communicateurs désincarnés. — Il convient donc de nous arrêter un peu sur ce cycle, bien que je n’aie pas à en raconter grand chose de nouveau.

1 Proced. S. P. R., vol. XV, p, 404 ('octobre 1900).

Tii. Flournov

Résumé sous une forme quasi syllogistique, le raisonnement très simple et assurément très spécieux des réincarnationistes, au sujet du cycle hindou, reviendrait à ceci :

Dans un de ses somnambulismes, M,le Smith, se donnant pour une princesse hindoue du commencement du XVme siècle, parle une langue étrangère qui s’est trouvée être du sanscrit, et a fourni des renseignements précis (noms, date, descriptions, etc.) dont on a également reconnu l’exactitude dans des ouvrages historiques sur l’Inde. — Or, Mlle Smith, simple employée de commerce sans culture, n’a pu acquérir dans sa vie actuelle aucune notion de la langue sanscrite ni de ces points d’histoire fort peu connus. — Donc ce sont bien ses souvenirs d’une existence antérieure en tant que princesse hindoue qui lui reviennent en trance, et voilà par conséquent enfin une preuve expérimentale irréfragable, décisive, évidente, de la pluralité des existences successives et de la doctrine des réincarnations.

Si je m’étais borné, dans Des Indes , à traiter le cycle hindou en dix ou douze lignes, — les lignes, bien entendu, du raisonnement ci-dessus ou de quelque autre analogue et concluant de même, — je serais à l'heure qu’il est une des autorités du spirito-occultisme, et l’on aurait déjà joint mon nom au fameux cliché « des hommes comme Mapes, Hare, Crookes, Aksakof et Cie » qui se promène presque sans variantes au travers de tous les livres et articles de ce monde-là, comme un écrasant coup de massue scientifique asséné sur la tête des mécréants. Mais ayant, pour ma déveine, consacré soixante pages (Des Indes , p. 257-322) à exposer et analyser avec tout le soin dont j étais capable les automatismes orientaux d’Hélène, je ne suis plus (comme l’a si bien vu M. Erny) qu’un ignorant qui « ne sait pas le premier mot de ces questions », qui « conclut immédiatement et sans preuve » et que son « anesthésie systématique pour tout ce qui a trait aux preuves en faveur du spiritisme » a empêché de « peser à leur juste valeur » le sanscrit et les souvenirs hindous de MUe Smith. Ces derniers reproches sont de M. Delanne 1, l’honorable directeur de la Revue scientifique et morale du Spiritisme, que je soupçonne un peu d’avoir un faible pour la figure de rhétorique qu’on appelle l’antiphrase ; car je m'imagine que s’il me blâme tout haut de n’avoir pas « pesé à leur juste valeur » ces mirifiques productions, c’est peut-être qu’il pense tout bas que je ne les ai déjà, hélas, que trop bien pesées à leur juste valeur. Quoi qu’il en soit, et en attendant que M. Delanne veuille bien nous dire le sens qu’il donne à cette expression, je la prendrai dans son acception vulgaire et m’efforcerai derechef, dans ce chapitre, de peser à leur plus juste valeur tant le roman hindou d’Iiélène, que le raisonnement ci-dessus, dont se sont tacitement inspirés tous les verdicts du camp spirite.

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