‹ Des infiniment petits rencontrés chez les cholériquesChapitre 17 sur 23 · ÉPIDÉMIES DE CHOLÉRA · texte numérisé non relu

ÉPIDÉMIES DE CHOLÉRA

Gomme nous croyons l'avoir démontré, l'individu débilité par insuffisance alimentaire est pour ainsi dire fatalement victime du choléra. C'est du reste là un fait que les médecins hygiénistes ont généralement admis, et chaque fois qu'an conseil d'hygiène a été consulté à ce sujet, sa réponse a été pour l'affirmative. Ainsi la commission médicale fondée en 1831 à Paris, dit M. Blondel (rapport snr les épidémies de choléra), n'avait que trop bien pressenti que les privations et la misère seraient un auxiliaire puissant pour l'épidémie, et quil import(ût de venir activement en aide à la population pauvre, dont les souffrances ordinaires se trouvaient augmentées par l'ébranlement commercial de 1830 et par la cherté des grains. Les conseils d'hygiène de province ont toujours aussi manifesté le même Tœu, et nous ne sommes étonné que d'une chose, c^est de voir combien peu l'avis des médecins à ce sujet a été pris en considération»

Cependant les rapprochements qu'il nous a été permis de faire dans les cas trop rares où leur ayis a été suivi démontrent, d'une manière bien évidente, que, Tépidémie cholérique eût-elle atteint une grande intensité, ralimentation suffisante et bien réglée est de beaucoup son meilleur antagoniste, et nous sommes bien persuadé que si, à Paris, en 1832 et 1849, Falministration avait employé en faveur de Talimentation des indigents la moitié seulement de la somme énorme (1,056,636 fr.) dépensée pour la formation des hôpitaux temporaires (1), des postes médicaux destinés à des malades à venir, et enfin pour ces malades, elle aurait vu ses hôpitaux ordinaires lui suffire amplement. Elle était cependant bien persuadée de rimportance de Tavis de son conseil ; car, lorsque le choléra vint à sévir, une de ses premières mesures dans les deux épidémies, fut d'affranchir (Blondel, p. 52) les prescriptions des médecins, de toutes les restrictions des règlements ordinaires, et de supprimer partout le régime maigre pour les malades comme pour les administrés; les légumes secs, jugés d'une digestion difficile, furent remplacés, autant que possible, par la viande et les œufs.

Mais analysons les faits.

Bn 1832, à la réquisition de la commission médicale, les hôpitaux font distribuer une somme de 20,000 fr. en bons d'aliments, et la ville ajoute 36,000 de vêtements. Ces premiers secours se distribuent à dater du 5 avril. Dès ce jour, un appel à la charité publique amène en peu de semaines, dans les caisses de Tadministration, une somme de 750,000 fr., sans compter une immense quantité de dons en nature.

A dater du 20 avril, des secours en argent, pain, viande et bouil- . Ion, sont distribués régulièrement; la moitié du produit des collectes fut destinée à cet usage, l'autre moitié fut donnée aux veuves et orphelins.

Gomment se comporte le fléau en cette circonstance?

(1) (Jn seul de ces hôpitaux (la Réserve) coûta 80,000 f^. d'installation (Blondel).

Ed aTiil» ii tae 12,733 personnes.

Dans les cinq mois qui suivent, il sévit encore, mais ne fait que 5,669 victimes, c'est-à-dire H/12 en moins chaque mois.

Mai 812

Juin 878

Juillet 2,573

Août 969

Septembre 357

Eu mars, il y avait eu 90 décès, ce qui, en sonmie totale, donne 18,654 décès sur 39^403 malades.

NoD-seulement le chiffre de la mortalité est tombé immédiate* ment, comme nous venons de le voir, mais encore la maladie, qui conserve son influence propre pendant les cinq mois qui suivent le mois d'avril, est moins meurtrière; car, d'après le rapport de M. Blondel, la mortalité, qui a été de 52 pour 100 malades en avril, n'est plus que de 40 pour 100 dans les mois suivants.

Nous croyons que cet affaiblissement rapide des effets du choléra ne peut éire attribué qu'aux distributions de secours un peu tardives, il est vrai, et nous sommes confirmé dans notre opinion par les faits que nous allons voir se passer en 1849, en 1853 et 1854, toajours à Paris et dans quelques déparlemeuts.

Dès le mois d'octobre 1847, Tautorité s'occupe avec sollicitude des mesures qui seraient à prendre au moment de l'invasion du choléra, qui a reparu eu Europe* Il est décidé, par une commission instituée ci hoc^ que Ton suivra les emmcnu de 1832 (Blondel, page 129), pour l'assistanoe à domicile des pauvres et des malades cholériques.

L'administration est autorisée à anticiper sur son budget de l'année suivante, pour ae monter en lits, matelas, linge, etc. Le choléra n'apparaît qu'en mars 1849. L*administratiou a prévu son arrivée depuis longtemps, comme on le voit; aussi tout le matériel pour un grand nombre de malades est là, attendant les cholériques.

Dès les premiers cas ea ville les modifications apportées en 1832, dans le régime des hôpitaux» sont reprises, le personnel des services est doublé.

Mais rieu pour réconforter Téconomie délabrée des classes pauvres; les paroles prononcées par le conseil consultatif de 1831 semblent même oubliées, et la ville ne croit pas devoir (Blondel, page 140) réclamer le concours de l'administration pour les distributions ex traordin aides aux indigents; Vadministratiop n'a à constater qu'une dépense totale de 186,722 francs 26 centimes (Blondel).

Que devient l'épidémie?

Bn 1832, nous l'avons vu, on compte 18,654 décès sur 39,403 nmlades. En 1849, on constate 19,184 décès sur 35,449 cholériques, c'est-à-dire, une mortalité plus considérable par rapport au nombre des malades.

L'épidémie, qui, eu 1832, atteint son point culminant eu quinxe jours, et décroît subitement pour s'éteindre après six mois, iQçt en 1849 trois mois pour atteindre son summum d'intensité, et, toujours aussi meurtrière pendant toute sa durée, elle ne disparait qu'au bout de huit mois.

Hais le gouvernement, dès 1852, s'inquiète de la rareté des grains; la ville de Paris, pour parer aux conséquences de la cherté des subsistances, prend des mesures pour que la boulangerie fournisse le pain aux classes laborieuses à un taux moyen, et que cette mesure se continue les années suivantes. Quel est le résultat que nous croyons pouvoir attribuer à ces sacrifices de l'administration? C'est que le choléra, qui se déclare en décembre 1854, règne à Paris pendant huit pools et ue fait cependant que 9,096 décès (Boudin loc, dt.)

On ne peut opposer à notre opinion que Tinfluence du choléra ait perdu de son intensité morbifique; car nous avons vu plus haut quels avaient été les effets de sa présence, pendant les mêmes mois,

dans certains départements où Ton n'avait pu prendre aucune précaution extraordinaire pour contre-balancer les prix très-éievés des subsistances.

S'il nous a été possible de tirer les conséquences ci-dessus du rapport de M. Blondel sur les épidémies qui ont sévi à Paris en 1832, en 1849 et 1854, dans les rapports faits à Son Excellence H. le ministre des travaux publics et du commerce sur les ravages du choléra en province,nous constaterons des résultats qui viennent peut-être encore plus à Tappui du fait que nous avançons.

La commune de Gheminon (Marne) a perdu 144 personnes sur 1,100 âmes.

Le choléra s'était déclaré dans cette commune le 10 juillet 1854, et, jusqu'au 9 août, il y avait déjà fait 100 .victimes. Depuis le 1«' août, il y avait par jour 6, 7, 8, 9 et enfin 12 décès.

Mais le sous-préfet de Yitry-le-Français fait distribuer des secours alimentaires, des vêtements et du bois de chauffage à dater du 8 août.

A dater du 10 août, la statistique n'indique plus que 2, 3 décès par jour, et il n'y a plus que 44 morts.

Dans la commune des Aldudes (Basses-Pyrénées), pendant Têpidémie de 1855, du 23 août au 20 septembre, il meurt 66 cholériques.

Des distributions d'aliments sont faites à dater du 19 septembre. Du 21 septembre au 15 octobre, il ne meurt que 10 personnes.

A Saint^Ëtienne de Batgory (Basses-Pyrénées, en 1855), il y a eu 85 décès du 2 août au 11 octobre.

Les secours alimentaires sont distribués à dater du 17 septembre; de ce moment à la fin de l'épidémie, on ne constate que 22 décès.

A Bruges (Basses-Pyrénées), le feit est si palpable, que nous croyons devoir donner le tableau statistique journalier des cholé-

LE CHOLÉRA ill

riques et des décAs, daDB cette commune, depuis le commencemeDt de Tëpidémie jusqu'à celui de sa disparitioQ complète {().

BtàT STATUTISOE BH MjtLADES ET DÉCÈS CHOL^HiailES DAN

BBIIG>s(B«KSE9-pTRdnÏEs) EK 1855.

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(1) L« ebi&e officiel no donne qna dsnx décèi dana la commune de Bmgei; it 7 B an-eur ; il eat probable que les morts de cette commune ont été ajoatéi à ocDZ da ohef-Uen. Noni avons la mSme remarque à faire pour lee communet pTieédantea, dont noua iTons pu vérifier Isa ohiSrai, par las état* ^ne nooi ont kdrtaaéi lei uairM de dm oommonca, et qui aont raotiSéi par enx.

112 LB CHOaÉBA.

Si nous analysouB ce tableau, nous trouvons les chiffres suivants ;

Dates.

Avant le 3 novembre.

Après.

Totaux. . .

Malades.

Sexes.

nuuKs.

fém.

Décès.

Sexes.

maao.

Nous avions parcouru la plus grande partie du département des Landes, lors de Tépidémie de 1855, et nous avions été frappé des eontrastes que nous remarquions dans les chiffres de la mortalité, pourles différentes communes de ce département. Notre étonnement tomba bientôt devant les explications que voulut bien nous donner H. le préfet des Landes, auquel nous avions dû écrire au sujet de notre rapport sur les résultats de notre mission dans les provinces du 8ud-0uest. Nous reçûmes de ce magistrat la lettre suivante, que nousdonnons textuellement, car elle est la conclusion de notre travail, renferme toute notre pensée et des preuves nouvelles à l'appui de celles que nous avons déjà données sur les bons résultats des secours alimentaires, en cas d'épidémie cholérique :

« Monsieur,

« Voici, par commune et par arrondissement, Tétat indiquant, pour le département des Landes, les cas de choléra observés en 1855, et le chiffre des décès.

« On n'a compris, dans ce relevé, que les cas et les décès vraiment cholériques ; on n'y a fait figurer ni les cas ni les décès de suette ou d'affections tjphoïdes, fort nombreux à la même époque,

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