‹ Des infiniment petits rencontrés chez les cholériquesChapitre 19 sur 23 · TRAITEMENT · texte numérisé non relu

TRAITEMENT

A Fannonce de l'approche du choléra, les conseils les plus extravagants se font jour et Ton enteod préconiser les remèdes les plus extraordinaires contre renaemi commun. Il est tHste d'avoir à le constater» un honteux charlatanisme profite de l'affoleoient des populations pour semer sa marchandise et récolter les épargnes même des plus pauvres.

Dans Témotion où jette l'arrivée du choléra» on accepte les yeux fermés les spécialités pharmaceutiques les plus étranges; on em* ploie les moyens les plus empiriques» les plus déraisonnables ; avec ces extravagances, on arrive à ce résultat que» si, par fortune» un cholérique guérit après ingestion d'une de ces préparations dont l'efficacité n'a d'autre garant que les réclames, ce médicament quel qjfil soit, passe immédiatement aux yeux des voisins, des parents et des amis comme le spécifique unique du choléra.

On le conseille, on le donne» des médecins eux-mêmes s'y lais« sent prendre parfois, les journaux le prônent, il a guéri un tel, celui-ci est vivant, le ressucité demeure telle rue, tel numéro» puis le spécifique fait son chemin ; s'il ne tue, il laisse au moins mourir des centaines de malheureux dont la moitié certainement eût pu être arrachée à la mort par des soins assidus et réguliers i mais qu'im« porte aux intéressés, la spécialité a été vendue I

Abandonnons le scandaleux spectacle de ce triste commerce et voyons si» réellement» on ne peut établir un traitement régulier contre cette terrible maladie^

La renommée veut que toute diarrhée qui se déclare en temps de choléra soit de la cholérine, sinon même le débot du choléra, et il est de régie que, un embarras gastrique étant constaté, ou un flux intestinal quelconque se produisant, on s'empresse de recourir au fameux spéciGque à soi connu.

D'après ce que je vous ai dit, les maladies du tube gastro-intesti* nal constatées en temps d'épidémie cholérique ne sont pas toutes nécessairement provoquées par le fléau; mais la coïncidence de ce genre d'affection avec l'influence cholérique est une des causes les plus efficientes des grands ravages que l'on a parfois à déplorer.

Il faut donc, avant de traiter ces accidents, les différencier avec soin» diviser et catégoriser les faits et ne prescrire une médication qu'en parfaite connaissance de cause.

Ce n'est certes pas sans hésitation que j'aborde cette partie de mon programme, tant il me semble difficile et même périlleux de formuler un traitement quelconque contre une maladie d'une marche toujours rapide et parfois même foudroyante. Aussi me borne-* rai-je [à discuter la valeur des moyens que j'ai cru devoir employer.

Vous savez que j'envisage le choléra comme un empoisonnement analogue à l'infection palustre et à marche rapide comme celle des fièvres paludéennes à accès pernicieux des pays iutertropicaux. Je suis donc amené à préconiser contre le choléra le traitement reconnu généralement comme le plus efficace dans les cas de fièvres paludéennes pernicieuses.

Période Dès lors, si j'arrive au début d'une attaque de choléra bien con-

d'invasion. ' * ^

staté, si je me trouve en présence d'évacuations caractéristiques, d'un malade en proie à cet état d'anxiété nerveuse, marquant le début de cette affreuse maladie; mais si le pouls est encore plein et la chaleur normale, je m'empresse d'administrer l'ipéca, afin de débarrasser au plus vite le tube digestif du poison qui y a pénétré.

• Je donne ce médicament par doses de 25 centigrammes de demiheure en demi-heure, jusqu'à modification des évacuatioDs qu^il provoque et aussitôt que je crois les contractions spasmodiques du diaphragme calmées et la tolérance de Festomac établie, je fais prendre au malade du sulfate de quinine.

La dose de ce médicament est proportionnelle à Tâge de l'individu, je la renouvelle de trois heures en trois heures, jusqu'à ce que je sois convaincu que le malade est hors de danger.

de aigide. Mais si je suis appelé, ce qui arrive le plus souvent, quand déjà les évacuations ont été fort nombreuses, quand le pouls est devenu rare ou est même imperceptible, quand les urines sont supprimées, quand la face est grippée, la voix éteinte et caractéristique, quand les extrémités sont froides, que la peau est aride, et que la cyanose est plus ou moins généralisée, je me garde d'avoir recours aux évacuants dont l'action sidérante ne ferait qu'ajouter à l'affaissement déjà produit par la maladie.

 tout prix il faut calmer et arrêter les vomissements et les autres évacuations, rappeler par tous les moyens possibles la circulation périphérique, arrêter et calmer enfin les crampes si douloureuses dans cette période de la maladie.

Pour combattre les déjections, j'emploie la glace, l'opium, les am* moniaques, Feau de chaux, les eaux alcalines, les teintures résineuses, les huiles essentielles, les teintures distillées aromatiques ; j'y adjoins en même temps les sinapismes, le marteau de Mayor et les vésicatoires appliqués à l'épigastre.

N'oublions pas l'hydrate de chloral dont j*ai pu constater l'action véritablement surprenante à cette période même d'algidité où tout remède semble impuissant.

La première fois qu'il me fut donné d'utiliser ce médicament sur un cholérique, j'étais en présence d'un mourant et je n'espérais qu'adoucir ses derniers moments. Mais après l'ingestion d'une très-

Danet. 9

itO JM GHOLÂBA..

fttMe éM» i^bTirat» de «Moral, tout let pMMntoeft minmoc a^paifèreBi el 1$ choèénqiiê à VéM algi4» l'anéoratil ihm toauMil léparttesp.

Laissez-moi tous donner ea détail cette observation vraiment digne de votre attention à plusieurs points de vue, et dans laquelle an reste se résume toute ma tMrapeutiqae dit di^im

EMPLOI DU CHLOBÀL.

Uff iMame ie «liK^sftle sbs sortMrt de éfner chez dés anih, est alteîBl EQbltement, peodftDt ta Bail, d'une attaque de cboléiiar. ft tombe en syncope à sa porte et lesévaeuatiems se produisent xùiméF diatement.

Appelé trois heures après le début des accidents, je trouve ie malade en proie à des vomisseffieuts caractéristiques et ayant des déjec-^ ttoiMf alvine» à tout instant; il était cyanose, algide, sans pouls et presifttesans voix. Des douleurs épigastrique? le» plus violentes faisaient souffrir cruellement le malade qui ne pouvait demeurer un insti^t d^na la même position^ tant Boa anxiété pFéiÇQr4i#le étuit grande. J'appliquai immédiatement à Tépigastr^ ^n «mpisna l^MSi^ placé quelques minutes plus tard par un largç véaicatoir» ; j'adoûr miuistrai la glace par morceaux, et je prescrivis la potion suivaule:

Kas de cbaax r ttO grammes.

Esprit de mindjérérus.., .««t § ^

Teinture de nayrrbe , . . . . 5 •??

Sirop diacode 30 —

PotiOB à prendre par euitiérée à dessert toiA^ les quarts d%eure« Des bouteilles chaudes entourèrent le malade, et j'attendis.

SovA Vv^mn/sê dA m tratem^at, les âi acnatiâos sa caimèteBt peu à peu et finirent par ne plus se produire. La circulation B'eH

était pas moins arrêtée; les douleurs épigastriques, compliquées d'étouffements, faisaient pousser au malade des gémissements plaintifs» et Taigidité» malgré les frictions et les moutardes promenées sur tout le corps, ne persistait pas moins. Il y avait douze heures que l'attaque avait débuté, nous attendions la fin de cette terrible lutte, lorsque dans Fespoir d'adoucir les derniers moments de celui que je croyais un moribond, je prescrivis deux grammes d'hydrate de cbloral, dilués dans 100 grammes d'eau édulcoréepar 40 grammes de sirop de groseille.

Je fis prendre moi-même au malade une première cuillerée à bouche de cette potion ; seize minutes après je lui en administrai une seconde cuillerée; à peine avait-il absorbé cette seconde dose qu'il s'endormait paisiblement.

Quelques minutes plus tard, il se réveillait avec ses mêmes douleurs; le médicament rappela bien vite le calme, et il fut convenu avec le docteur Joly, qui s'était adjoint à moi, que l'usage du chloral serait continué, afin de maintenir autant qu'il serait possible le malade dans son assoupissement.

Nous profitâmes cependant du demi-sommeil dans lequel était plongé le patient pour lui faire boire autant de vin chaud et de bouillon que possible.

Deux heures après le début de cette médication, on constata que le pouls avait reparu à F artère radiale, d*abord intermittent et trèspetit, puis peu à peu se régularisant et devenant plus perceptible.

Un hoquet des plus violents fatiguait considérablement le malade; le musc employé par la méthode endermique le fit aussitôt disparaître.

Mais une heure plus tard, les battements artériels s'arrêtèrent de nouveau. Sans attendre les phénomènes nerveux qui devaient probablement s'en suivre, je fis pratiquer des frictions générales et j'administrai toutes les dix minutes» 10 centigrammes ùa sulfate de quinine.

La circulation se rétablit, mais ces crises d'affaissement se reproduisirent trois fois pendant la nuit.

Biles furent combattues toujours avec succès par les mêmes moyens.

Cependant nous crûmes prudent d'administrer toutes les heures 25 centigrammes de sulfate de quinine, médicament qui fût seul capable de sortir le malade de ses demi-syncopes.

Ce ne fut que 36 heures après le début des accidents, que la réaction se déclara franchement ; le pouls qui battait 84 et 90 pulsations, ne tarda pas à monter à 120, puis à 140; alors un délire bruyant s'empara du malade.

Je fis alors administrer 125 grammes d'eau-de-vie sous forme de grog chaud, et à prendre par cuillerée à bouche toutes les 10 minutes, la soif étant ardente; le malade but deux de ces grogs en assez peu de temps; mais le pouls diminua rapidement, le délire se calma, puis disparut, et 48 heures après le début, le malade sembla entrer en convalescence.

La crise avait été si violente, l'organisme avait été si profondément ébranlé, et la déperdition des forces si grande, que dès le premier jour de la convalescence, des hémorrhagies passives se déclaraient dans les principaux organes, les uns après les autres.

D'abord les reins laissèrent fluer par les urines du sang pur qui finit cependant par disparaître sous Tinfluence dérivative de moutardes appliquées à la région lombaire.

Puis ce fut le tour des poumons, et nous eûmes à combatre de véritables hémopthisies qui firent place à des épistaxis; enfin des phénomènes comateux entrecoupés de subdélirium, indiquèrent que le cerveau lui-même participait à ces congestions.

C'était donc un véritable scorbut ou purpura hémorrhagique résultant d'une des plus violentes attaques de choléra que nous ayons vues.

124 LE OHOLSRâ.

Ci couiTê laquelle oona avoDS en à employer toutes dos forces. L*£rgotine, le quinquina, le vin et les 3Bes de plantes fraiches et de fruits sont les agents que nous avons utilisés.

Notre client achève aujourd'hui à la campagne sa convalescence qui sera fort longue probablement.

Huit jpurs après l'attaque de choléra qui a fait le sujet de cette observation, l'hydrate de cbloral était de nouveau employé par noua avec succès sur un autre malade, atteint subitement vers six heures du soir d'accidents étiolériformes, syncopes, diarrhée et vomissements caractéristique^.

^arrivai dès le début des accidents, trop violents pour employer les vomitifs. Je prescrivis la glace, les sinapismes, le vésicatoire à r^ipi^natre et enfin une potion à Teau de chaux, renfermant cinq graiviines i'kydraie iê Mprah

Dès la première cuillerée, le calme commença à se faire ; deux heures après, les accidents étaient conjurés, et le lendemain le malade ne ressentait plus qu'un peu de fatigue de son attaque : je prescrivis toutefois un gramme de sulfate de quinine à prendre en deux doses e\ j'ai sp que depuis, mop client, complètement guéri, avait repris sesf pcçiupations.

Appelé plus récemment près d'une jeune femme, en convalescence depuis trois semaines d'une violeute attaque de choléra, contractée chez ses père et mère emportés par le fléau, je constatai qu'elle venait d'être prise dçpuis quelque? heures de cette contraction si poignaptç et si douloureuse du diaphragme dont les cholériques se plaignent si vivement et dont elle avait déjà, disait-elle^ ressenti Tétreinte pendant sa erise de choléra.

radministrai immédiatement une potion arec deux grammes d'hydrate de chloral et les accidents cédèrent en peu d'heures. Kui jourd'hni la malade e»t parfaitement rétablie,

Bû citant en obiervationi, Je ne reux paa en tirer d'antre €oneIn« item» flmm que Phjdrata de ébloral nous a été tréi-tttile pour pro-

dnire la sédation dans le système nerveux et permettre ainsi de recourir ultérieurement à l'emploi des moyens ci-dessus indiqués (1).

(1) Pendant qne oê travail était à Timpression, je viens de lire dam la Qazitte médicali que M. le dootear Nepven a administré le chloral avec snceès dans quelques cas de eholéra; j'ignorais absolument les faits énoncés par mon confrère, et je sois heureux de la coïncidence, tout en Ini accordant une priorité que lui donnent évidemment les dates de ses observations antérieures aux miennes.

jyU SULFATE DE QUENTNE

Le sulfate de quinine, comme vous l'aveE vu, nous a rendu les services que nous lui demandions: il a stimulé le grand sympathique et rétabli la circulation, et, par contre, la vie végétative prête à s'éteindre.

Je l'ai dit, dés 1867, dans mes Bs$ai$ sur l'intermittence (Mémoire lu à l'Académie de médecine), c'est là sa propriété.

La clinique est venu corroborer ce que j^avais avancé de l'action stimulante de cet alcaloïde du quinquina sur le système nerveux ganglionnaire. La preuve en est Journellement fournie par les merveilleux effets qu'il produit dans la colique sèche et le rhumatisme viscéral, (maladies dans lesquelles les mouvements péristaltiques de l'intestin sont, pour ainsi dire, paralysés) et par les résultats qu'on en obtient dans la forme ataxique des maladies, enfin contre les contractions utérines ralenties en certains accouchements.

Récemment encore, administrant le sulfate de quinine chez une jeune femme atteinte de métrite, et chez laquelle je craignais voir survenir des phénomènes de purulence, j'ai été témoin de contractions utérines fort douloureuses et suivies d*expulsion de glaires catarrhales propres à la maladie, provoquées par des prises de quelques centigrammes de sulfate de quinine. La malade fort instruite et fort courageuse, me permit de réitérer, à titre d'expérience, l'emploi de ce moyen, qui outre le but utile que je poursuivais, devait éclairer ma religion sur ce point controversé par quelques médecins.

Voulant reconnaître quelle était l'action de la quinine dans les fermentations hors de l'organisme, j'établis les expériences suivantes :

Le 25 mai 1873, à 10 heures du matin, dans le fournil d'un boulanger, je fis les mélanges suivants, déposés dans des paniers à levain.

lo

200 grammes de levure de pâte»

250 — de farine de blé, 100 — d'eau tiède.

200 grammes de levure de pâte, 250 — de fwme,

100 — d'wutiède^

50 — d'alcool anhydre.

300 ffammes de lenirede pâte^ 250 ^ de fanae, 400 ^ d'eau, § ^ de mlfcte de quiiûiie.

200 grammes de levure de pâte, 250 -^ de farinft,

101 — d'eau,

50 — d'alcool anhjdre, 5 -«» de sulfiite de quinine,

250 cramm^ de twine.

50 »-« do levuro do bière, iOO - 4'0i«i

6 »• do qotatoo brutOf

5 grtmmes de quinine,

Page 1