‹ Des infiniment petits rencontrés chez les cholériquesChapitre 4 sur 23 · ET[OLOGIE, PROPHYLAXIE, TRAITEMENT · texte numérisé non relu

ET[OLOGIE, PROPHYLAXIE, TRAITEMENT

Par le Docteur G, DANET.

Mémoire lu â la Société de médecine pratique, dans la séance du 5 septembre 4873

M. £. Dubois, président.

Par une véritable fatalité, en 1831 et en 1848, pendant que la guerre civile et la cherté des vivres faisaient peser sur nos populations, leur influence morbide, le choléra étendait ses ravages autour de la France. En 1832 et en 1849 le fléau passait nos frontières, et trouvant un terrain pour ainsi dire préparé par la misère, fit dans nos villes et nos campagnes les cruelles hécatombes que vous savez .

La coïncidence des mômes circonstances, me fait craindre que nous soyons menacés d'une nouvelle épidémie de choléra.

Mais ayant la conviction qu*il est possible de prévenir et d'enrayer la marche de cette maladie : Veuillez me permettre de venir, au nom de l'expérience personnellement acquise depuis 1849, pendant de nombreuses missions administratives, accomplies tant en Europe qu'en Asie, développer au sein de votre Société, ce que je crois savoir sur la nature du choléra, et vous dire, quels sont, à mon avis, les moyens les plus propres à opposer à la marche et aux effets homicides de ce triste fléau.

Danet. 1

DU OHOIjÉRA.

Sans avoir l'iateation de vous faire l'historique de tout^ ce qui a été dit et publié sur le choléra, ni de vous donner une description détaillée de la maladie : vu que je n'ai rien à vous apprendre à ce sujet, permettez-moi toutefois, de vous rappeler en quelques mots, les principales causes qui d'après tous les auteurs, prédisposent le plus à la maladie, les symptômes qui caractérisent celle-ci, et les signes nécroscopiques qui lui sont particuliers.

Causes Depuis Hippocrate (Livre VU des Épidémies) tous les médecins qui

disposantes. ^^^^ ^^pj^. ^^^ j^ choléra, lui ont reconnu comme principale cause

prédisposante, le mauvais état momentané ou chronique du tube digestif.

Taudis que le père de la médecine déclare que la maladie n'a d'autre cause, qu'une indigestion produite peudaat les grandes chaleurs, par l'ingestion de pois-chiches mal cuits, ou par l'abus d'oseille verte, de choux, de sèches, de crabes et de langouste, les auteurs qui le suivent, et parmi les modernes, MM. Bouiliaud (1) et firiquet, pour ne citer que des Français, reconnaissent qu'un mauvais repas mal digéré ou une maladie gastro-intestinale aatérieure est le plus souvent la cause occasionnelle de l'attaque du choléra.

M. firiquet admet cette cause, soixante fois sur quatre-vingt-deux malades.

Nous avons reconnu, dit le médecin de la Charité, que la diarrhée a suivi de une heure à quatre l'ingestion d'aliments tels que pois, pommes de terre, choux, lard, fraises, salade, ou après un repas

<*HkMM^

(i) Boniilaad (flû<otre fit» choléra).

copieux, riogestion de bière, cidre, lait, fruits vers. En général, le choléra se déclare après un repas qui n'est pas digéré.

Les sujets débilités, cachexies soDt plus spécialement atteints que les autres malades de Thôpital et les cholériques même robustes venus du dehors, ajoute le même auteur, avaient eu presque tous avant Tattaque, une maladie du tube digestif.

SYMPTOMATOLOGIE.

En général le choléra débute par la diiirrhée, des gargouillements, de la flatulence et rarement des coliques.

Les premières selles sont bilieuses, les suivantes, sont formées d'une sérosité blanche au milieu de laquelle se trouvent des grumeaux blancs opaques.

En même temps, il y a des nausées qui ne tardent pas à être suivies de vomissements ; par le fait, il se produit une véritable hémùrrhagie blanche qui se fait par toutes les surfaces éliminatrices.

Ordinairement Télimination a lieu par le tube gastro-intestinal, mais souvent aussi elle se fait par la peau et la maladie se nomme dans ce cas suette cholérique ; c'est cette forme de la maladie que j'ai entendu appeler par les Basques, dans leur langage pittoresque, choléra retoumade.

Ayant été atteint d'une attaque de cette forme de choléra, lors d'une mission à Lasseube (Basses-Pyrénées), j'ai pu constater en effet, que si la sueur s'arrête pour une cause quelconque, les borborigmes commencent aussitôt et sont promptemeut suivis d'évacuations séreuses.

Il est une troisième forme de la maladie que je n'ai vu citer nulle part et dont cependant j'ai rencontré maint .exemple, même à Paris : je veux parler du choléra mékaUqite ou choléra des Tieillards;

Lfi CHOLÉRA. 5

ohei quelqats pt rsonueB Agéeg» les telles blanches^ dites caractérisa tiques sont au contraire d'un noir de'ncre (noir bleu) \ Le sang passe de toutes pièces h travers les membranes relâcbées ; c est surtout dans ces cas que Ton constate la déformation des globules rouges du sang, dont nous aurons à vous parler tout à Tbeure : cbez ces malades les crampes sont rares, et la mort arrive précédée de longues, syncopes.

Quant au choléra infantile^ nous n'avons pas à nous en occuper^ car, ou c'est le cboléra de tout le monde, et alors il rentre dans le cadre commun, ou l'on entend par ce mot, un tout autre ordre de maladie, et il n'en doit pas être question ici.

Le malade est pris d'une sorte d'ivresse, la tête est pleine de vertiges ; il entend des bourdonnements et des sifflements, les yeux sont troubles, la marche est chancelante, la voix faible ettrès-altérée. Le pouls ^'accélère sans être plus fort; les selles d& plus en plus abondantes, affaiblissent tellement le malade que les syncopes sont fréquentes. Les urines rares d'abord, finissent par se supprimer tout à fait.

Viennent les crampes, les muscles contractés font saillie, les doigts se crispent, les pieds se courbent et la voix s'éteint.

Sans en avoir conscience, le cholérique perd peu à peu sa chaleur : les changements qui surviennent dans la température générale, justifient le nom à!algide donné à cette période de la maladie. Dès le début de la diarrhée et des vomissements, les extrémités se refroidissent ainsi que la langue, le lobule du nez, les mains, les pieds; enfin, presque toute la périphérie du corps ; nous disons presque toute, parée que la région sternale semble être au contraire le siège d'une inflammation considérable; mais l'augmentation de température qu'on croit y constater et qui parait bien au-dessus de la température normale, n'est que fictive; la sensation de grande chaleur que la main y éprouve, n'est causée que par le contraste qui existe entre les extrémités et la région précordiale : en effet, le thermomètre

6 Ll CHOLÉRA.

indique un abaissement de treize à quatorze degrés et quelques dixièmes de leur température normale.

Les phénomènes qui se passent du côté des centres circulatoires vont nous donner raison des phénomènes que nous venons d'observer dans la déperdition du calorique.

Le pouls qui précipite ses pulsations de plus en plus, s'affaiblit et reste à peine sensible; le cœuragité convulsivement ne faitentendre que des bruits confus et tumultueux.

Le sang (P. Bérard, Leçons de physiologie) perd sou eau et contient une plus forte quantité de matièrejB qu'à l'état normal; il est composé pour cent parties :

Fibrine sèche 0,45

Globules secs 28,80

Eau 70,75

Ainsi épaissi, il s'amasse dans les capillaires de la peau qui pâlit puis bleuit (cyanose) et qui se couvrant d'uoe sueur froide et visqueuse, perd son élasticité et sa sensibilité.

Le visage est décomposé par les rides de la peau, les saillies musculaires s^affaissent, celles des os proéminent; le nez est effilé, les pommettes saillantes; les yeux retirés sous l'arcade jorbitaire s'entourent d*un sillon bistré.

Les lèvres sont pincées et violettes, les dents jaunissent et les sclérotiques sont teintées de bleu; daus les moments qui précèdent la mort, on y remarque une légère tache échymotique.

Par suite d'un amaigrissement rapide et incompréhensible tant il est grand, le corps tend à se squelettiser, kles mains et la iigure deviennent osseuses.

Une oppression précordiale des plus fortes, jette le malade dans une angoisse inexprimable ; la respiration est haletante et ne se fait que par soubresauts.

Le malade ne répond pluB aux questions, il délire, Tœil tounié en haut, ne laisse apercevoir que la portion scléroticale de la conjonctive, qui se recouvre d'une tache noire, quelquefois sanguinolente. Le malade est froid, ce n*est plus qu'un cadavre !

Lorsque le cholérique ne périt pas dans cette période, les vomissements, d'abord s'arrêtent, la diarrhée diminue et les liquides évacués changent de nature.

Quelques minutes de sommeil font place à Tagitation, la soif est moins ardente, les crampes se font sentir à plus longs intervalles, mais la douleur précordiale persiste quand même ou tout au moins fait place à un hoquet qui parfois fatigue considérablement le malade.

Le pouls introuvable d'abord, descend peu à peu dans la radiale et se perçoit enfin à son lieu d'élection : trés-faible au début, sa force augmente, ses battements se multiplient et bientôt la réaction se produit. Mais une céphalalgie plus ou moins intense peut se déclarer, le malade être pris d'un délire loquace plus ou moins violent, la face ^e congestionner, puis le coma arrive.

Ces accidents peuvent diminuer peu à peu après une courte durée ; l'oppression disparaissant et l'anxiété précordiale avec elle, la respiration devient normale, la voix recouvre sa force et ses caractères physiologiques; enfin reparaissent les urines, premier symptôme du rétablissement du malade, c'est-à-dire premier signe du rétablissement de la vie organique.

Mais les choses ne se passent pas toujours ainsi ; cette période de réaction qui est le salut pour beaucoup, est loin d'être exempte de périls et bien des malades ne peuvent encore y résister. Car, loin de franchir les bornes d'une réaction favorable, l'organisme frappé profondément dans sa constitution, sous l'étreinte des phénomènes de la période algide, peut ne pas se réveiller ; la nature fait de vains efforts pour rétablir la vie végétative, elle ne trouveqùe des orgaues

Danet . 2

épuisés; le pouls qui s*était raDimé cesse de battre, Fabsorptiou ne se reproduit pas, et le malade meurt, quoiqu'on fasse, dans la période dite typhoïde.

Les lé9ipQs pniMîip^iepi gui p^actérisent le choléra sur le cadavre, sont les suivantes :

Veitomae présente un ramoUis3enieiit pulpeux et général de la muqueuse; quelquefois ce ramollissement est borné à la muqueuse du grand cul-de-sac; ou y remarque de? traces d'inflammation chronique.

Vintestin grêle est violet, couleur qu'il doit à la congestion du réseau vasculaire sous-muqueux; ses membranes sont infiltrées du liquide qui durant la vie, se jetait sur elles pour s*écouler au dehors, et sont pénétrées, par voie d'endosmose, de ce liquide encore retenu dans la cavité intestinale. C'est un véritable œdème qui augmente l'épaisseur des membranes intestinales (Ce phénomène ne se rencontre que chez les sujets morts dans la période algide).

Le gros intestin est injecté dans toute sa longueur.

Le parenchyme du foie parait réduit; s^ la coupe, on ne voit suinter qu'une très-minime quantité de sang, pe qui tient surtout, à l'état de coagulation et de den^it^ de ce liquide. La vésipule biliaire est distendue par de la bile épaissie plus foncée qu'à l'prdinaire.

La rate est tellement atrophiée que cet organe paraK ratatiné et ridé comme la surface d'un fruit dont les sucs sont évaporés.

Dans les reins, les deux substances sont hypérémiées, principalement la substance tuberculeuse.

La vessie est vide en gé&éral ou ne renferme cpje quelque peu d'urine sanguiaolente»

5JÇ .pHqLS^A. :5

Les plèvres moins ixiiectées qijie [^ péritç^na^^xp^f^x^ai^i parfois quelques grammes de Ëiérpsité. . . .. ^ .. . .. i

Les poumons souvent œdémateux pn^seritetit'uti état d'anémié presque constaot qui êtônue en présence îde Phy()èrértiié'3es aufres viscères. " ••■••- ■■■'■■- ■'"'-" ' '"'''' • "■

«: .• . -fîijî

Les peim du péHcqr^^, ,^ul Jqj^lôç^;. 4(^ jQftyilé f6nfcwe;«i|rt-t ques grammes de sérosité citrine.

Le cœur est affaissé sur lui-même, état qui tient à deux causes :

d'une part, le! changement survenu dans la consistance du cœur qui

est moins ramolli ou au contraire racorni et friable, d'une colora-

tion de feuille morte; d'autre part, la diminution de l'énergie con-

, tractive.

Le sang devenu épais est figé en gelée dans les vaisseaux; on n'y rencontre aucun corps nouveau ; souvent l'aspect de* ses globules est normal ; d'autres fois les .glokiias -roug^s^ «ont peu nombreux; ils ne sont pas étoiles, contractés comme dans le sang mort, leur enveloppe semble participer du ramollissement que nous avons constaté dans les tissus; ils semblent allongés, flasques et difQuents; ils sont ramollis, agglutinés entre eux et forment presque une bouillie.

Au milieu des globules rouges se rencontre une multitude de petits points rouges, dont je ne saurais bien caract('»riser la nature, mais qui cependant ne me paraissent être que des globules imparfaits, séparés de leur globule mère par suite de dessication, et incapables de prendre leur développement et leur forme normale, faute de liquide nourricier.

Les muscles amincis sont décolorés. Dans le crâne, les vaisseaux capillaires de la pie-mère sont fortement injectés.

Ne vous semble-t-il pas, que tout, dans rénumération des phénomènes qui caractérisent le choléra, démontre un empoisonnement à la manière de certains poisons végétaux connus, et que rien dans

Fétude Décroscopique des cholériques, ne permet d'attribuer aux phénomènes constatés pendant la vie, une autre cause que la présence dans le tube digestif, de quelque poison.

L'empoisonnement par Tacide arsénieux présente des symptômes qui offrent une grande analogie avec ceux du choléra : mais un mi~ néral ne se reproduit pas d'individu à individu, et c'est ce que, au contraire, nous allons pouvoir constater pour le générateur du choléra.

EXXOLOOIE,

Qaand il m*a été donné d'étadier sons le microscope les déjections des cholériques, si j'ai constaté la présence de débris d*algues, de champignons, de cellules entières ou éclatées, de corpuscules de différentes formes, auxquels bon nombre d'auteurs ont attribué le choléra, de sels à cristaux brillants et enfin la pléiade vibriouienne, j'ai surtout été frappé par la fréquente rencontre d'une espèce de cryptogame ayant de grandes analogies avec l'oittfium olWcaiu, ou champignon du muguet. Quand le champignon manquait» ses sporuies y étaient toujours, et en quantité prodigieuse.

Ce végétal ne se différencie de Vofdium albicans^ autant que j'en puis juger, que par un myeeliwn très-abondant, des proportions plus grandes et l'absence assez fréquente, surtout dans le jeune Âge, de cloisons transversales dans ses cellules sporifères.

Ces différences sont surtout faciles à constater, quand le champignon est recueilli entier dans les déjections mêmes du cholérique, elles sont moins caractérisées, quand le végétal est reproduit par la culture.

On m'objectera que des espèces de végétaux analogues se rencontrent dans un asses grand nombre de maladies autres que le choléra.

Je ne l'ignore pas, et je connais un certain nombre de ces parasites.

Aussi ne me suis-je pas formé une opinion sur le simple constat de leur présence dans les déjections des cholériques.

Bien que je n'accepte pas Tinnocuité si facilement proclamée et si généralement acceptée, de la présence de proto-organismes vivant et se développant en parasites dans les organismes. Je suis, a priori^ fermement convaincu que la présence de microzoaires et de microphytes dans les êtres organisés, est la cause de nombreuses maladies, dont les variétés tiennent aux différentes espèces de parasites qui s'introduisent dans les corps organisés.

C'est en cultivant le végétal, en étudiant son existence propre et celle des.autres corpuscules, se rencontrant et vivant simultanément avec lui'dans les intestins des cholériquçs ;

•SaredierchaQt les. conditions nécessaires au développement ded uns et deà aUtpes^i'aiûsi que leurmode de propagation ;

.^Pu (zogjparajit leur, action Ji^ropre ou celle de leurs analogues sur rf|r^a^)^sa^^.^njmfi|-^,E|vee^ceU^^^^ des autres causes auxquelles ou a cfu pouYoif,att,ribupr,ljecbolérj^;;,

Enfin, c'est en me reportant àt^^e que nous ^iavous du choléra, que j'oi^ruripouTOifitifer leaveoucluBiatis que.je viens vous soumettre.

Établir la présence des parasites çryptogamiques végétant dans le^ intestine et dans les cavités naturelles de l'animal, serait déjà un

fait important à noter, et les exemples nombreux déjà observés qtftjti en îi, né petiveni laiéséi' à moii avis aucun doute à cet égarfl;"- '

Quant à fournir la preuve absolue que le champignon dont je veux vous parler est le poison c/io/<lra, je ne puis y prétendre : mais j'espère votî^ eti démontrer ïa probabilité et vous faire admettre que l'étude des êtres inicroscd piqués' est iDÎëh lavôïè dans laquelle on doit s'engager pour trouver les causes des maladies du genre choléra, fièvre.paludéénoev -fiôvre^jawe^i ètoi, ^etCi » i ^

J4. .■. :<, / •; "...i-. . -:Ui<i--ii»j..-i4r>{»>TC^.b*N5>.«i*-iJ

.*!ki|>»l'»lwil*» ^'Mi <i ■;''.' i'i'>;'>i; .-,• i

OIDIVM RESCOXTRF CHC LES OHOLERK^L'ES

nVERiril .

Page 1