X PREFACE
sont les points de contact par où les littératures modernes se touchent^ se pénètrent^ s'apparentent en quelque sorte. La littérature française, pour ne citer que celle-là, a fait très large Vhospitalité qu'elle a accordée aux conteurs russes, aux réalistes anglais, aux poètes italiens, aux mélancolies Scandinaves, voire aux métaphysiques néhtileuses de la Germanie prolifique: matière souvent lourde et indigeste, qu'elle s'assimilait pour en tirer de l'humanité, qu'elle exprimait ensuite avec sa lumineuse clarté. Il ne serait pas si difficile de suivre, à travers l'histoife d'une littérature, faite d'actions et de réactions, des filiations parfois les plus bizarres, les plus inattendues. N'est-ce pas Musset^ èi qui on reprochait d'imiter Byron, qui répliquait :
Vous ne savez donc pas qu'il imitait Puici ? . . . Il faut être ignorant comme un maître d'école, Pour se flatter de dire une seule parole Que pcrsowie, ici-bas, n'ait su dire avant nous. C'est imiter quelqu'un que de planter des choux.
Il n'est qu'une chose: savoir les planter. De Vigny qui s'inspira, comme tous les 7^omantiques, de la sensibilité voulue du XVI Ile siècle, qui lut Bernardin de Saint-Pierre et cultiva Chateaubriand, n'a-t-il pas, par-delà Leconte de Lisle, e^igendré Baudelaire, 'et peut-être même Verlaine qu'il eût aime avec tristesse, en qui il eût su mettre toutes les complaisances de sa souveraine pitié f A quoi bon insister ? Est-ce qu'une simple lecture nous laisse indifférents:
PltÉFACE XI
et, toutes les fois que nous avons reeours à ce moyen d'apprendre, non pas à écrire, mais à comprendre et à Sentir, ne nous en reste-t-il pas, à notre insu parfois, c/uelque obscure influence, indéniable pourtant, qui se tradmt au moment où nous croyons en avoir oublié Vattrait passager ?
On retracerait la plupart de ces '' influences françaises'' dans l'œuvre de M. Jean Charbonneau, poète des Blessures.
Lié, ainsi qu'il l'explique, au groupe de jeunes écrivains qui .constituèrent l'Ecole littéraire, en 1895, il a partagé et vécu les mêmes aspirations. Comme eux, avec eux, il Usait dévotement, il analysait avec soin, les poètes français dont les noms éclipsaient déjà, dans certains cénacles et même à l'étranger, la gloire officielle de Victor Hugo, endormie au Panthéon. Ils rêvaient d'étoiles nouvelles, comme les Conquistadores, penchés sur l'horizon inconnu et obscur.
Monte vers l'inconnu, déchires-en les voiles; Et, plein d'une immuable et sereine clarté, Contemplateur divin, plane dans les étoiles.
(Les Blessures).
^ Ils étaient déjà poètes, en cela qu'ils voulaient s'engager dans des sentiers nouveaux, pour y surprendre la gloire et se l'attacher:
Soyons fort. Oublions les souffrances passées; Les chemins ne sont pas semés que de chansons; ' La gloire et ses splendeurs si longtemps caressées Nous ouvriront un jour de larges horizons.
(Les Blessures).