‹ Des influences françaises au Canada. PréfChapitre 6 sur 48 · XII PRÉFACE · texte numérisé non relu

XII PRÉFACE

Ils étaient hantés de conquêtes et d'indépendance. Dans le monde matérialiste et enfiévré^ livré aux seules affaires, ils voyaient poindre ame bourgeoisie nouvelle, plus détestable que Vautre, sur laquelle ils n'eussent même pas voulu régner. De tout leur orgueil, ils dépassent la cohue où s- agitent de misérahles intérêts d'un jour:

Méprise dans ton coeur la trompeuse fortune. Monte, dans ton orgueil, au seuil de l'art l'asseoir. . . Et là, médite, loin de la plèbe qui passe !

{Les Blessures).

Ils s'enfermaient, aussi eux, dans^ une tour d'ivoire, d'où ils jetaient volontiers à la foule l'anathème, dont ce vers de René Chopin est comme un dernier écho : "

Ignore cette mer démente qui s'effare ' Ruée à ses labeurs. . .

Sauf quelques-uns qui avaient approché les aînés, Gonzalve Desuulniers et Charles Gill, ils abandonnaient la tradition littéraire que Crémazie et Fréchette avaient rattachée aux arbres de nos forêts, à la chanson de nos aïeux. Ils voulaient être soi, rejeter ^' les vieux poncifs romantiqâies", les ^"'mélanges de lieux communs", la banalité, le pédantisme, les "^"^ vices de la versification traditionnelle"; libérer le rythme, affirmer leurs droits à la vie intellectuelle, remuer des pensées, exprimer leur cœur déjà vieilli, leur jeune tristesse, leur amour souvent déçu avant

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