XIV PRÉFACE
Nos oeuvres sont le fruit de tous les souvenirs Que nous faisons revivre en d'austères études. Tels sont l'amour brisé, les doutes, les désirs Dont nous reproduisons les fières attitudes...
Ce pessimisme^ d^ailleurs^ est bien dans la U^adition si, né d'un ennui réel ou d'un dégoût des lèvres, il se résout en ime universelle pitié, si Finfluence de Sully Prudhomme, comme cela fut dans la suite de Vhistoire littéraire, corrige ce qu'il avait emprunté de farouche et de dur aux hlasphèmes d'Alfred de Vigny, aux dédains de Leconte de Lisle.
C'est un jeu dont on peut apprécier différemment le mérite; mais qui a certainemJent eu, s'il a été repris par plusieurs de nos jeunes poètes, cet heureux résultat de plier le talent à la discipline rigoureuse de la forme, de susciter le nohle désir de l'expression pure, rehaussée, attentive, surveillée. Réfléchissons que cela nous manquait. Nos premiers poètes n'avaient guère eu que le très nohle souci d'exprimer la majesté de nos résistances et de montrer notre âme victorieuse. Les derniers venus ont sans doute plus négligé de telles sources d'inspiration, mais ils sont partis à la recherche d'une poésie qui fut j)lus expressive en elle-même, plus parfaite par ses procédés, la richesse de la rime, le rythme abondant, le nombre de la phrase, par plus de précisioyi et de nervosité, d'exactitude dans la description, de sûreté dans l'exécution. Avec cela, qu'elle soit devenue, chez certains, une pré-