‹ Des Injections de Formol dans le Traitement des Suppurations LacrymalesChapitre 10 sur 21 · ONE · texte numérisé non relu

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«ture additionnès de 0 gr. 02 centigrammes de formalde- « hyde, puis placès à l’étuve pendant une semaine restent clairs et non « dèécomposés .» M. Valude lui aussi, par une série d'expériences faites en collaboration avec M. Dubief, a montre qu'après désinfection d’un œil avec une solution de formol, les produits conjonctivaux ne troublaient plus les bouillons de culture tandis qu'après désinfection avec le sublimé la majeure partie des tubes étaient troublès.

En novembre 1894, M. Miquel a fait de nouvelles recherches sur le pouvoir antiseptique de laldèhyde formique, mais ces dernières ont porté surtout sur les vapeurs de ce corps et non sur la solution. En expérimentant sur le Bacillus -anthracis et sur les poussières sèches, il a constaté que le formol triomphe de la résistance des spores du Bacillus anthracis et de la bactérie des poussières ; d’après cet auteur, la formaldéhyde se montre infertilisant à la dose de 1/2000.

Quant à la manière dont se comporte cet agent vis-à— vis des germes pathogènes, elle diffère de celles d’autres substances, du sublimé en particulier : « le formol a surtout «une action stérilisatrice, aseplique, il empêche la ger- « mination microbienne de se faire au point où elle x « porté. » Le sublimé au contraire possède une action plus directement antiseptique bactéricide, « il frappe de mort les microbes existants. »

Cette propriété aseptique, sterilisatrice du formol, jointe à sa faible toxicité et à son faible degrè de substance irritante, nous explique déjà comment ce corps peut don-

ner d’heureux résultats dans le traitement des suppura-

te

tions lacrymales. Nous allons voir par ailleurs qu'à ces propriètès viennent s’en ajouter d’autres susceptibles de nous expliquer le succès de cet antiseptique dans une

affection où d’autres agents de même ordre ont dans bien des cas échoué.

La dacryocystite, on le sait, est une affection microbienne, Le nombre infini de ces divers éléments dans les inflammations du sac Jacrymal, leur vitalité souvent considérable contribuent largement à faire échec à beaucoup dantiseptiques destinés à les combattre, souvent

mème aux antiseptiques les plus puissants.

Nous ne citerons que pour mémoire les solutions d'acide borique qui, même concentrées, ne sont ici guére applicables; nous savons du reste que le pouvoir antiseptique de ce corps est trop faible pour lutter contre les êèléments pathogènes qui pullulent dans les suppurations lacrymales. Tout au plus pourrait-on l’employer dans ces cas contre le catarrhe oculaire qui accompagne souvent les dacryocystites. « Il est seulement capable d’empêcher une nouvelle infection après que la plaie a été

stérilisée par un autre antiseptique plus énergique. »

L'acide phénique est doué de propriètés antiseptiques puissantes. En solution à 25 pour 1000 il détruit rapidement les germes soumis à son contact; mais son coefticient de toxicité est plus élevè que celui de laldéhyde formique, et d’ailleurs son action est trop irritante pour permettre son emploi dans le traitement des suppurations lacrymales, Le formol, au contraire, nous l'avons déjà montré, possède une très faible toxicité qui est non-

AMBLARD | L

PR OIAE

seulement inférieure à celle de lPacide phénique mais aussi à celle du bichlorure de mercure.

Doit-on préférer l'emploi du formol à celui du sublimê dans les dacryocystites ? Tel est le problème que nous allons essayer de résoudre.

Et tout d’abord le sublimé lui est inférieur comme stérilisateur. Dans ses expériences sur la spore du bacillus anthracis, M. Miquel nous montre l’aldéhyde formique infertilisant à la dose de 1/2000 tandis que le sublimé ne le devient qu’à la dose de 1/1000. Les recherches de Trillat n’en sont pas moins concluantes ; en cherchant comparativement la dose de ces deux corps susceptibles de s’opposer à la putréfaction d’un litre de bouillon, lauteur a remarquè que les bouillons additionnés de 1/25000 de sublimé étaient décomposès en vingt-quatre heures tandis que ceux où lon avait ajouté la même dose d’aldéhyde formique n'étaient pas altérès après quatre jours. Enfin dans leur expérience citée plus haut MM. Valude et Dubief ont montrè nettement la supériorité du formol sur le sublimé en tant que stérilisateur. H faut remarquer toutefois avec M. Valude que le sublimé, comme agent microbicide, a une action puissante et immédiate et que «les microbes d’une culture sont « tuës aussitôt par lui et à une dose très faible. Mais « son effet cesse presque en même temps qu’il se pro- « duit et l'instant d’après de nouveaux microbes intro- « duits se mettront à pulluler. L’aldéhyde formique au « contraire stèrilisera moins vigoureusement le liquide « de culture, mais la stérilisation une fois obtenue aura « la propriété de se maintenir presque indéfiniment.

« Aussi, à côté de cette destruction microbienne, sinon « à sa place, ne serait-il pas À propos de chercher 4 « obtenir une stérilisation du milieu de culture, telle que « le développement de nouveaux microbes ne puisse s’y « faire ? »

Les quelques lignes qui précèdent s'appliquent à merveille au traitement des suppurations lacrymales. Dans ces infections où la marche chronique est la plus commune, nous estimons en effet que la stérilisation du canal lacrymal constitue la première indication, et dans tous ces cas l’action du sublimè nous paraît trop passagère et trop superficielle.

A côté de cet avantage du formol sur le bichlorure de mercure dans le traitement des dacryocystites, il en est un autre tout aussi important qui résulte de l’inégale diffusibilité de ces deux corps. Pour mieux comprendre l’influence de cette proprièté du formol, rappelons-nous l’aspect du sac lacrymal dans les suppurations de ce conduit: les parois sont d'ordinaire tomenteuses, irrégulières, criblèes à la surface interne de nombreuses élevures ou même parsemées de véritables fongosités et brides comme dans les cas rapportès par Béraud. L’élèment pathogène, agent de l'infection lacrymale, habite volontiers toutes ces dépressions créées par le processus inflammatoire sur la surface interne du sac enflammé. Si, dans ces conditions, nous pratiquons dans le conduit une injection de sublimé, le liquide atteindra sûrement les germes superficiellement placés mais respectera dans bien des cas ceux qui s’abritent dans les replis. Le formol, en raison

même de sa grande diffusibilité, pénétrera dans les cou-

opt

ches profondes de la muqueuse, dans les anfractuosités de sa surface etles germes qui pullulent dans leur intérieur seront presque toujours arrétès dans leur dèveloppement. Sans compter que le formol interviendra de plus par les vapeurs qu’émettent ses solutions à la température ordinaire ajoutant ainsi leur action à l’extrème diffusibilité de cet agent bactéricide.

A cette proprièté d’être éminemment diffusible, l’aldèhyde formique unit celle de ne point coaguler l’albumine et c’est une raison nouvelle pour le préférer au sublimé dans le traitement des suppurations lacrymales. Trillat, il est vrai, ne reconnaît pas au formol cette propriété, vu que dans un compte-rendu de l'Académie des Sciences en 1892, cet auteur s'exprime de la façon suivante: « L’al « déhyde formique, dit-il, coagule l’albumine avec « laquelle elle donne une masse transparente et d’aspect « gélatineux ; le sang est également coagulé. >» Mais des recherches plus récentes de MM. Valude et Mariot sont venues démontrer le contraire. Cette proprièté acquiert une importance de premier ordre lorsqu'il s’agit de suppurations. Le sublimé au contact du pus forme un coagulum dans lequel les éléments pathogènes quoique isolés de leurs congenères n’en continuent pas moins leur développement ; en contact avec le pus, le formol ne produit Jamais ce coagulum albamineux dans lequel les microbes pour ainsi dire emprisonnés trouvent un abri et conservent leur virulence.

Enfin le formol, même en solution concentrèe, n’a pas l'inconvénient d’altèrer les instruments.

Tels sont les divers avantages que possède, à notre

Op

sens, l’aldéhyde formique sur le sublimé dans le traitement des dacryocystites.

À côté de ces divers agents antiseptiques, on peut en ranger d’autres employés depuis longtemps dans les suppurations lacrymales.

Le nitrate d'argent sous forme de solutions litrées à doses très variables a produit de bons effets dans certains cas de dacryocystites et dans d’autres affections oculaires. « Les blennorrhagies et les conjonctivites pu- « rulentes, dit Berlioz, sont plus rap:dement amendées « par lui que par tous les autres antiseptiques. Il est « vrai qu'on l’emploie à des doses très fortes au 1/10 ou « au 1/25, et Je me demande si cette action spécifique ne « s’explique pas seulement par ces hautes doses : sa « toxicité s'oppose à un emploi généralisé de cet anti- « septique. » M. Olivier, dans sa thèse, comparant le formol et le nitrate d'argent, donne à ce dernier la place d'honneur dans le traitement de plusieurs affections oculaires ; d’après lé même auteur, on ne devrait même dans aucun cas essayer la comparaison entre ces deux corps ; et, tant qu’on « ne possédera pas une opinion « ferme sur les qualités et les inconvénients du formol », la priorité doit rester au nitrate d'argent.

Pour notre part, tout en reconnaissant avec M. Olivier l'efficacité manifeste du nitrate d'argent dans le traitement de certaines affections oculaires d’origine microbienne, nous croyons que cet agent bactéricide ne produit pas dans les suppurations lacrymales le même résultat que dans les ophtalmies purulentes ou les conjonctivites

catarrhales par exemple. Nous verrons, du reste, au cha-

es

pitre des observations, que dans un Cas de dacryocystite où l'injection de nitrate avait échouë le formol a pleinement réussi.

Les injections de teinture diode à leur tour, nous paraissent inférieures au formol dans le traitement des suppurations lacrymales. Nous savons toutefois, et M. Miquel l’a fait justement remarquer, que l’iode jouit d’un pouvoir diffusible considérable; mais en revanche, ce corps possèéde une action très irritante, il altère les linges et les instruments, et son pouvoir antiseptique enfin est inférieur à celui du formol.

Quant aux solutions de chlorure de zinc au 1/59, elles ne sont guère applicables au traitement des dacryocystites; dans certains cas qu’il nous a étè donné d’observer, nous avons constaté que l’action caustique de ces solutions est trop élevée et que l’on risque bien souvent de dépasser le but proposé.

Cette courte revue des antiseptiques employès dans :le traitement des suppurations lacrymales nous permet de tirer quelques conclusions pratiques. Assurémentles sels de mercure, l’iode, le nitrate d’argentet bien d’autres substances ont donné dans certaines affections de ce genre d’henreux résultats et tous comptent des cas de succès à leur actif. Toutefois nos observations journalières et nos remar ques faites à la Policlinique de Bordeaux sur des malades traités par le formol, nous permettent de conclure à l'efficacité de cet antiseptique dans le traitement des dacryocystites; nous ne saurions prétendre à lui accorder la première place, mais les résultats que nous allons expo-

ser suffiront largement à montrer les avantages que

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peut retirer la thérapeutique oculaire des injections d'aldéhyde formique.

Sur les seize malades dont nous citons plus loin les observations, la guérison à étè complète chez quatorze d’entre eux; chez les deux autres, il s’est produit une amélioration considérable.

Tous les malades, sauf deux, ont été revus à des intervalles variables et chez aucun la suppuration n’a reparu. Enfin, chez la malade qui fait le sujet de notre dernière observation, les injections de nitrate d’argent sont restèes sans effet tandis que les solutions de formol ont produit une guérison complète et définitive.

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