CHAPITRE II
COMPOSITION DES SOLUTIONS SALINES VOIES D’INTRODUCTION DANS L'ORGANISME
Les expériences de Dujardin - Baumetz, Hayem, Schmidt, et celles plus récentes de Bosc et Vedel ont montré que de l’eau distillée introduite dans le système circulatoire produit une altération des éléments figurés du sang etspécialement des globules rouges. C’est pour s’opposer à cette action nocive que les premiers expérimentateurs ont cherché, par l’adjonction à l’eau distillée de certaines substances, à se rapprocher le plus possible de la composition chimique du sang. Ils se sont adressés pour cela au chlorure desodium. Depuis, la composition de ces solutions a varié avec les nouveaux auteurs, qui ont compris le rôle fondamental que jouent dans la vie organique des alcalins tels que le chlorure de sodium, le phosphate de soude, le sulfate de soude. Nous ne donnerons qu’un exemple de ce rôle important, en rappelant ce que nous avons déjà dit à propos du diabète.
Toutefois, quelleque soit la composition de ces solutions, il n’est point exact de dire qu’elles n’ont aucune action nui-
oi
sible. M. Mayet ! a montré que, même à l’état de dilution étendue, les sels employés produisent par l'injection intraveineuse une altération momentanée des éléments figurés du sang. Cette altération consiste dans une perte d’élasticité des globules rouges, plus marquée et plus durable lorsque le titre de la solution et sa quantité sont plus grands. Voici, d’après leurs facultés conservatrices, l’ordre dans lequel M. Mayet place ces sels : chlorure de sodium, bicarbonate de soude, sulfate de soude, phosphate neutre de soude et sulfate de magnésie.
Les solutions composées n’ont pas encore été adoptées dans la pratique. Seule, la solution simple de chlorure de sodium est, pour ainsi dire, universellement employée.
M. Maurel, qui à très bien étudié les effets de cette solution simple, déclare, et nous l’admettons avec lui, que le titre en doit varier selon que l’on se propose de remédier aux pertes de sang (hémorragies), de combattre la déshydratation (choléra), ou enfin de faire le lavage du sang et de l’organisme (infections ou intoxications).
Voici résumées les conclusions de M. Maurel :
1° Pour remédier aux pertes de sang, il est plus avantageux d'employer les solutions qui, comme celle à 7 pour 1000, sont peu diurétiques et n’altèrent les éléments figurés du sang que lorsque dans le mélange on dépasse la proportion de 1/3 ;
2° Il en est de même quand il s’agit de combattre la déshydratation ; dans ce cas, pour diminuer autant que possible la sortie du liquide, on peut, comme le fait Hayem, ajouter à la solution une certaine quantité de sul-
! Mayet, Société de biologie, 4 décembre 1896.
iopee fate de soude. Ce sel esten effet plus inoffensif. pour les” éléments figurés du sang que le chlorure de sodium ;
&æ Au contraire, quand il s’agit de laver le sang, il faut s’adresser aux solutions faibles qui sont plus diurétiques. Toutefois, il ne semble pas qu’on puisse descendre audessous de 2 à 3 grammes pour 1000. Ge sont en effet ces solutions qui, tout en étant diurétiques à petites doses, altèrent le moins les éléments du sang.
Les différents procédés employés jusqu’à ce jour pour faire pénétrer dans l’organisme la solution saline, sont restés pour la plupart dans le domaine de l’expérimentation : telles sont les injections intra-artérielles pratiquées par Hueter, intra-péritonéales faites par Ponfick, Bizzozero et Golgi, intra-pleurales préconisées par Bozzolo. Nous nous contentons d'exposer ici les deux procédés cliniquement adoptés des injections intra-veineuses et souscutanées.
Injection intra-veineuse. — L’instrumentation en est simple. Un bock de verre auquel sera adapté un tube en caoutchouc muni d’une canule en verre à pointe fine constitue l'appareil nécessaire pour la pratique de l’injection.
L'appareil décrit par le D' Schwartz, chirurgien de l'hôpital Cochin, est un peu différent. Au matras contenant la solution on adapte un bouchon en caoutchouc traversé par deux tubes en verre dont l'un plonge au fond du vase et l’autre affleure le bouchon. Au long tube courbé à angle droit, on réunit par l'intermédiaire d’un tube en caouctchouc, une canule en métal destinée à être intro-
duite dans la veine. Le tube court est mis en rapport avec une soufflerie qui, en amenant de l’air sous pression, fait écouler le liquide par Le long tube de verre.
Il est de toute évidence que, quel que soit l'appareil auquel on s’adresse, il devra être au préalable l’objet de la stérilisation la plus soigneuse.
A quelle veine doit-on avoir recours pour cette injection ?
On peut, en opérant sur le membre supérieur, prendre indifféremment la céphalique, la médiane céphalique, ou l’une des veines de l’avant-bras; s’il y a quelque difficulté à découvrir les premières, on pourra de même recourir aux veines du membre inférieur, On porte alors son choix sur la saphène interne, soit à la face interne de la jambe ou de la cuisse, soit au niveau des malléoles.
Le lieu de l'opération une fois déterminé, on procède à l’antisepsie parfaite de la région. On place à la racine du membre une bande en toile que l’on serre modérément. Puis lon pratique une insision au nivéau du point choisi, et, après avoir dénudé le vaisseau, on place sur sa portion périphérique et sur sa portion centrale un fil de soie qui permet de soulever la veine qu’on incise. On introduit alors la canule et on fait écouler le liquide lentement. Il ne reste plus qu’à lier le bout central et à procéder à un pansement légèrement compressif. On doit, dans le cours de cette opération, s’opposer autant que possible à l’entrée de l’air dans la veine.
Injection sous-cutanée. — Une seule indication doit guider le praticien dans la recherche de la région par laquelle se fera l'introduction du liquide.
op
L'opérateur choisira surtout une région riche en tissu cellulaire : la masse sacro-lombaire, la fosse trochantérienne, la paroi abdominale, la région rétro-mammaire. Les mêmes soins d’antisepsie que pour l’injection intraveineuse seront nécessaires. Quant à l'instrumentation, elle se composera soit d’un bock contenant la solution, réuni par un tube de caoutchouc à l'aiguille n° 2 de laspirateur Potain, soit d’une simple seringue, celle du D' Roux, par exemple, reliée à la même aiguille.
On devra, dans ces deux procédés, avoir soin d’introduire profondément l’aiguille dans le tissu cellulaire.
L'injection sous-cutanée paraît répondre pleinement aux indications les plus ordinaires de la médication par les solutions salines. Les effets qu’elle produit paraissent être du même ordre que ceux des injections intra-veineuses. La réaction de l’économie se fait avec les mêmes stades de froid, de chaleur et de retour à la normale; on a la même action sur la pression sanguine, sur les divers émonctoires et sur le système nerveux. Cependant, de l’avis de tous ceux qui ont usé des deux voies d’introduction, les injections sous-cutanées produiraient peutêtre des effets moins rapides, et moins intenses. Pour ce qui est de l'injection intra-veineuse, voici résumées les conclusions formulées à ce sujet par M. A. Martin : L’injection intra-veineuse des solutions salines ne peut obéir, à notre avis, qu'à des nécessités urgentes et exceptionnelles; opération quelque peu délicate, elle comporte une instrumentation et une stérilisation à l’autoclave qui ne pourront jamais être à la portée de tous les médecins.
La méthode sous-cutanée paraît donc présenter certains
AU ee avantages, mais elle n’est pas elle-même à l’abri de tout reproche.
On a, en effet, signalé au compte des deux procédés d’injections un certain nombre d’accidents. Quelques cas d’œdème pulmonaire ont été cités apres des injections intra-veineuses. On a observé à la suite de certaines injections sous-cutanées des piqûres de vaisseaux, de filets nerveux, de l’'emphysème, des phlébites, de la lymphangite, des abces ou phlegmons. M. Dignat!' a appelé l'attention sur un accident d’un autre genre qu’il a observé chez deux malades soumis au traitement par les piqûres. Deux de celles-ci, de 15 à 20 centimètres cubes, donnèrent lieu à une douleur horrible à la suite de laquelle il y eut du gonfiement dans une large zone, rougeur vive, œædème au pourtour; le gonflement et les douleurs persistèrent un mois et demi dans un cas et deux mois dans l’autre. Discutant le diagnostic, l’auteur élimine d’abord l’idée de phlegmon et rattache les accidents observés à une névrite donnant lieu à des troubles trophiques de forme spéciale, non analogues à ceux décrits par M. Arnozan à la suite de piqüres d’éther.
Ce sont là, certainement, des complications rares et qu'une antisepsie rigoureuse des instruments et de la région ainsi qu'une stérilisation parfaite du liquide à introduire éviteront pour la plupart.
Il n’en est pas moins vrai que ces piqûres multiplient les chances d’infection; qu’en outre le malade est très incommodé par ces boules d’œdème qu’on lui a produites, qui empêchent de se mouvoir et de. se tourner dans son
1 Société de médecineet de chirurgie pratiques, 1* avril 1897,
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lit. De plus, la douleur que produit l'injection est toujours très vive et devient même intolérable chez certains malades à susceptibilité spéciale. Ce sont autant d’inconvénients qu'il importe d'envisager et ce sont eux qui ont conduit, comme on va le voir, certains praticiens à substituer aux injections intra- veineuse et sous-cutanée le procédé de l'injection intra-rectale.