‹ Des institutions de bienfaisance publique et d'instruction primaire à RomeChapitre 11 sur 73 · HÔPITAL DU SAINT-ESPRIT-EN-SAXE · texte numérisé non relu

HÔPITAL DU SAINT-ESPRIT-EN-SAXE

Le grand établissement du Saint-Esprit-en-Soxe est placé entre le Tibre et le Vatican, dans cette partie de Rome que Léon IV ceignit de murs et qui s’appelle cité Léonine. Ce nomdeSoxe lui fut donné parce qu’il reçut les Saxons qui descendirent en Italie avecKarl-le-grand, ou plutôt parce qu’Ina, leur roi, bâtit en cet endroit pour ses soldats, en 717, un hospice que l’on nomma École des Saxons. Innocent III élevé au pontificat en 1198, voidant ouvrir un asile pour les malades et les enfants trouvés, crut digne de cette œuvre ce lieu depuis si long-temps consacré à la charité et il en confia l’exécution à l’architecte Marchionne XIII. Déjà saint Symmaque, pape en 498, y avait construit un hôpital, restauré et agrandi par les pontifes ses successeurs, mais négligé depuis à cause des malheurs du temps. Dès qu’innocent III eut terminé son entreprise, il pensa ti’ès sage-

ment à la déposer entre les bras de la charité, et la confia à un certain Gui de Montpellier qui, peu d’années avant, avait fondé en France un ordre hospitalier sous le titre du Saint-'Esprity d’où vint ce nom au nouvel hôpital. A côté des frères , Innocent plaça des religieuses gouvernées par la même règle, pour soigner non-seulement les enfants trouvés, mais aussi les infirmes, ce que permettait la simplicité du temps et ce que font d’ailleurs encore, en France, les sœurs de la charité. Afin que les laïques servissent aussi les pauvres , il créa la prranière confrérie de Rome, rétablie par Eugène IV, enrichie de privi-

léges par Jules III, et très florissante aujourd’hui. Je parlerai dans ce chapitre du seul hôpital , me réservant de traiter plus loin des orphelins et des aliénés ajoutés postérieurement au Saint-Esprit.

Les bâtiments du pieux établissement construits sous Innocent III, souffrirent beaucoup lors du séjour des papes à Avignon, tellement que Sixte IV, en 1471, fut obbgéde les réédifier. D’après les beaux dessins de l’architecte Baccio Pintelli, il fit construire une grande salle longue de 364 palmes* architectoniques, large de 55, haute de 60, capable de contenir trois rangs de lits. Dans la façade donnant sur la rue, on éleva un élégant portique, muré plus tard, où l’on plaça des réchauds pour les pauvres auxquels on distribuait les restes des repas. A l’intérieur, dans la partie supérieure des murs, des fresques rappelèrent les principales actions du pontife fondateur. Andrea Palladio embellit ensuite cette salle d’une belle coupole et d’un autel placé, pour l’avantage des ma-

* Dix palmes sont une canne architectonique qui équivaut à -2 mcli'cs ü dérimètros 3 centimètres 4 millimètres.

lades, devant la porte principale. Une autre salle, longue de 1 49 palmes, large de 48 , haute de 49 , qui coupe à angle droit la précédente, et contient soixante-quatre lits, semble avoir été construite du temps d’Alexandre VII. Elle est aujourd’ hui destinée aux maladies chirurgicales, et se nomme le Petit Hôpital des Blessés. On reconnut, avec le temps, la nécessité de séparer les divers genres de maladies pour obtenir plus facilement leur guérison. Aussi les scorbutiques eurent une salle particulière dans les portiques murés de la cour sixtine ; et sous les mêmes portiques, du côté opposé , on a , plus récemment, placé les maladies chroniques, qui n’eussent pas ailleurs trouvé de refuge. La pulmonie, réputée mal contagieux, fut reléguée dans la saUedeSamt-Hyacin1||j^S]^|§|||j|^^ de même que ceux qui ont besoin de ^ucoüp de repos et d’une garde continuelle, eurent la salle de Saint-Philippe ; les furieux furent gardés dans une chambre garnie de lits de force, afin qu’ils ne troublassent point les autres. Enfin, l’on assigna le petit hôpital de Saint-Girolamo aux infirmiers malades.

La i)opulation de Rome qui, de Sixte IV à Benoît XIV, avait doublé, encombrait quelquefois l’étabbssement d<^ près de miUe malades qu’il ne pouvait contenir en même temps, et qu’il fallait loger dans les greniers les plus proches.On n’ avait pasencore bien compris en Europe la supériorité des petits hôpitaux sur les plus grands ; Benoît XIV y ajouta dono, sur les dessins de Fuga, une nouvelle salle aussi large et aussi haute que la sixtine, longue de 414 palmes , nommée le Bras-Nouveau. Gregorio Guglielmi l'orna de peintures consolantes qui rappellent les guérisons opérées par le Sauveur. Benoît XIV enrichit en

outre rétablissement d’un amphithéàtiti et d"un beau cabinet d’anatomie, augmenté et pourvu de belleg collections par Pie VI ; on y remarque les systèmes artériens, nerveux et veineux , travaillés avec une incroyable patience par le savant Joseph Plajani. Le cardinal Zelada ût aussi don de morceaux en cire parfaitement naturels. Si Benoît XIV, éloignant des rives du Tibre le grand cimetière, l’avait, au lieu de le placer sur le Janicule, transporté dans la vallée qui s’étend au pied opposé de cette colline , il eût mieux encore mérité de la salubrité publique.

Pie VI , sous le règne duquel la population de Borne monta à près de 165,000 âmes, joignit au Saint-Esprit un bâtiment nouveau, séparé de l’ancien parla voie publique , remarquable par sa grandeur et les cinquantehuit colonnes qui en soutiennent la voûte, mais d’une faible utilité. Il est divisé en deux étages, dont le premier nommé Sainte-Marie, est long de 527 palmes, haut de 20, large de 74 ; et le second, Saint-Charles, est long de 529 palmes, haut de 45, large de 75. Tous deux ont les fenêtres très rapprochées et donnant sur les lits. On peut y placer quatre rangs de lits. En récapitulant le nombre des malades que peuvent contenir toutes les salles du Saint-Esprit, on a un total de 1,616 lits.

Sous Pie VII et l’administration de monsignorDandini , alors commandeur, on fit de notables améliorations aux bâtiments ; on reconstruisit les bains , on substitua des poêles aux réchauds , on ajouta une très belle salle d’opérations, vaste, clarteuse, aérée, abondamment pourvue d’eaux, de tables de marbre , telle en un mot, qu’au dire des étrangers mêmes, avares de louanges pour tout

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ce qui nous concerne , nul établissement en Europe n’en possède une si complète. Pie VII, en 1805, fonda l’école de clinique médicale ; elle a deux professeurs agrégés à r Université qui, alternativement, donnent des leçons aux élèves, et dix-huit lits, dont douze pour les hommes, six ^K)ur les femmes.

Le Saint-Esprit est spécialement destiné au traitement des hommes attaqués de la fièvre. Celui qui en est saisi, quels que soient son âge, sa patrie, sa condition; sa religion, n’a besoin d’aucune recommandation, il se présente, et sur-le-champ il est admis. On y reçoit aussi, dans une salle particulière d’observation, ceux qui n’ont pas la fièvre, mais prétendent se sentir malades. Un greffier (scrivano) inscrit sur un registre le nom, le surnom du malade, son âge, sa patrie, le jour, le mois, l’année de son entrée à l’hôpital, le numéro du lit qui lui est assigné. De tous ses habits ont fait un fardeau qui se conserve dans une chambre spéciale ; si le malade guérit, on les lui rend; s’il meurt, on les vend au profit de l’hospice. Les lits se composent dans cet établissement, comme dans tous ceux de ce genre, à Rome, de supports en fer, de planches vernissées, d’une paillasse, d’un matelas, d’un chevet, d’un oreiller, de draps, d’une couverture piquée pour l’été, de deux ou trois couvertures de laine pour l’hiver. On nomme têtes de lits les plus voisins des murs , surmontés de baldaquins dans les salles de Sixte IV et de Benoît XIV; variole, ceux qui suivent immédiatement les premiers et les joignent dans leur longueur ; ceux qui viennent ensuite se désignent par les mots troisièmes, quatrièmes. De deux en deux lits sont des tables de marbre, scellées dans les

murailles, qui servent à poser les choses nécessaires aux malades, et des lieux d’aisances. Le cardinal Castelli, visiteur sous Benoît XIV, fit apposer aux murs, entre chaque lit, de petites tablettes qui, au moyen de coulisses mobiles portant des signes convenus, indiquent à merveille l’état et le traitement du malade. Dans le haut on met les signes qui désignent la nourriture qu’il doit prendre; au bas tous les autres; par exemple: s’il doit recevoir le viatique, s’il a déjà eu l’extrême-onction, etc., sur un petit morceau de papier attaché aux tablettes, on écrit le nom de l’infirme et tout ce que le scrivano • a mis dans son registre.

Voici les gradations de la nourriture suivies dans tous les hôpitaux: Le signe nommé di terza indique qu’il faut donner au malade un bouillon avec un jaune d’œuf délayé, deux ou trois fois le jour, selon le besoin ; le signe sam pain permet un potage, un œuf, de l’eau et du vin pour deux repas. S’il y diète, on donne, au dîner comme au souper, un potage, quatre onces de pain, deux de viande, de l’eau et du vin, si toutefois pour ce dernier on a mis un signe particulier. Le mot viande indique pour les deux repas , une soupe , trois onces de viande, six de pain et du vin. A ceux des deux derniers degrés, on permet aussi quelquefois, par tolérance du médecin , de la chicorée cuite. Les malades qui ont le signe seconda doivent manger après les autres un potage,' quatre onces de pain , un œuf et de l’eau. On distribue la nourriture de sept à neuf heures du matin, et de deux et demie à cinq heures et demie du soir, selon les saisons ; trois fois la semaine on touche de l’orgue pendant ce temps. L’établissement fournit à chacun un ha-

Lit de laine pour Tliiver, de toile pour l’été, et des sandales pour sortir du lit. Les salles sont chauffées en hiver avec des tuyaux parfaitement construits qui partent de chaudières placées au centre ; sur celles-ci , de grands vases de cuivre étamé contiennent des décoctions pectorales composées d’eau d’orge, de lierre terrestre et de racine de réglisse, que l’on donne à boire aux malades quand ils le demandent. On y a joint récemment deux autres vases, l’un pour l’eau chaude, l’autre pour l’eau froide. Quatre fois par jour on approprie l’hôpital; tous les mois on blanchit les pavés; le linge se renouvelle quand les circonstances l’exigent, sans limites Axées. Dès qu’un matelas est gâté ou s’ il y meurt quelqu’un, on le change à l’instant. Au imntemps, lorsque le nombre des malades est plus restreint , on lave les lits, on vernisse les banquettes, on blanchit les murs. A An de conserver la pureté de l’air, on établit des courants et l’ou désinfectionne les salles avec des acides. Sous le pavé des salles, dans toute leur longueur, un volume considérable d’eau coule dans un canal de pierre placé en pente, qui reçoit toutes les immondices et les emporte rapidement dans le Tibre par deux embouchures. Eu somme, taut

de soins ont été apportés , surtout par l’ administration

actuelle, à la propreté de l’hôpital, que les plus difAcilcs doivent en être satisfaits.

Si le malade revient à la santé, on le conduit un matin à l’hospice des convalescents; s’il meurt malheureusement, ou le laisse pendant deux heures dans son propre lit, puis on le transporte dans la chambre mortuaire, où il reste vingt- quatre heures. On a conseillé de porter dans une chambre à ce destinée les malades prêts à ren-

dre le dernier soupir, pour les soustraire aux regards des autres, sur lesquels la voix du prêtre qui prie pour r agonisant, les convulsions du moribond,* le râle et l’aspect horrible de la mort, peuvent produire une funeste impression. Je sais que ces inconvénients attachés aux hôpitaux, leur ont suscité beaucoup d’ennemis; mais les plus belles institutions humaines sont comme les monnaies, qui à des métaux précieux joignent toujours quelqu alliage. Il faut prendre garde , en voulant éviter un mal, de tomber dans un mal pire encore. Il est dangereux de remuer le malade à l’extrémité; sachant qu’être emporté de la salle commune est un indice certain de mort, la crainte peut le saisir et rendre sa fin plus prompte et plus pénible. Tous les hôpitaux devraient être construits comme celui de Saint-Louis, à Turin; là, à la tête de chaque lit, une ouverture large comme le lit lui-même, fermée par un volet, est faite à la muraille. Si le malade meurt, s’il subit quelque opération, on ouvre le volet, le lit, porté sur des roulettes, passe dans un corridor voisin sans que l’on puisse se douter de sa disparition, parce que les rideaux abaissés en cachent l’absence. Lorsqu’on ne peut pas suivre cet exemple , il faut le plus tôt possible éloigner le spectacle désolant du cadavre , en le transportant dans la salle mortuaire. Au Saint-Esprit, après l’Ave Mansi (ï angélus) , une pieuse association de laïques se réunit au lieu ou sont déposés les morts ; iis les placent sur un char couvert, et, tenant des torches à la main , les conduisent au cimetière du Janicule. Rien n’est plus touchant que le cortège de ces charitables frères qui viennent quelquefois des quartiers les plus éloignés de la cité , malgré les pluies ou le froid de f hiver.

Lorsqu’il n’y a pas de morts à ensevelir , ce qui arrive souvent , ils vont de même au cimetière réciter des prières sur les tombeaux.

L’établissement est dirigé par un prélat de haute importance , grand-maître ou commandeur de l’ordre du Saint-Esprit , nommé par le pape dont il relève immédiatement ; il administre les revenus , surveille la discipline et habite le beau palais élevé sous Grégoire XIII , entre l’église et l’ancien hôpital. Après lui viennent les chanoines du Saint-Esprit , fils de Gui de Montpellier , auxquels sont confiées diverses branches de l’administration et l’église paroissiale, élevée par Paul III. Léon XII voulut diviser l’ordre en deux classes, l’une de prêtres , r autre de laïques; ceux-là pour les soins spirituels, ceux-ci pour les temporels, sous l’impulsion d’une même charité. Les prêtres qui assistent les malades, avec le titre de chapelains ou confesseurs, sont au nombre de douze ; ils célèbrent la messe tous les matins dans les différentes salles, administrent les sacrements, assistent les mourants. Chaque ordre religieux, suivant les prescriptions de Clément IX , doit envoyer une fois par mois deux pères pour entendre les confessions pendant cinq heures par jour , et , comme on reçoit au Saint-Esprit toutes personnes, sans distinction de religions, beaucoup de prêtres y viennent s’efforcer de ramener à la foi catholique celles qui malheureusement ne la professent pas. En outre, il ne manque pas de bons prêtres et de pieux laïques qui vont y faire la charité ; plusieurs confréries et congrégations y distribuent , surtout le dimanche , leurs charitables services : celui-ci apporte des conlitures, un autre fait les lits , un troisième coupe la barbe , donm^

des boissons , prend soin des âmes , console , instruit , exhorte. Il faut avouer que souvent les bonnes intentions de ces pieux confrères produisent de mauvais effets, parce que , peu au fait d,e8 connaissances médicales , ils enlèvent , par exemple , de son lit , pour le refaire , un malade en transpiration , ou donnent de l’eau fraîche à un poitrinaire , des confitures à celui qui doit garder une diète rigoureuse. Je ne voudrais pas que l’on arrêtât la charité, mais qu’on la dirigeât. Innocent lïH’ avait prévu , loi’sque , en fondant l’hôpital, il voulut y créer une confrérie de laïcs qui s’ exerceraient’ aux soins des malades ; ceux qui aiment à se livrer à des œuvres si louables pourraient faire une sorte de noviciat , étudier les signes des tablettes , savoir distinguer l’état de l’infirme , et apprendre la vraie manière de lui être réellement utile. Ou n’enlève pas aux malades le plaisir de voir leurs parents ; les hommes ^peuvent' entrer à l’hôpital avant la distribution de la nourriture , les femmes deux fois la semaine et même plus souvent si elles sont des mères, des épouses, des filles ou des sœurs affection-

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nées. Ainsi l’on compense le mieux possible, l’inconvciiient des hôpitaux , exagéré par leurs ennemis , qui est de rompre d’une manière barbare les liens de la famüle, en privant le pauvre de l’ assistance si douce et si efficace de ses plus chers amis.

Les hôpitaux, en même temps qu’Us ont offert un refuge aux malades, ont fourni aux médecins une grande réunion de sujets sur lesquels ils peuvent acquérir l’expérience de leur art. Quatre médecins et deux chii’urgiens font deux visites par jour au Saint-Esprit , avant l’heure des repas ; chaque médecin a son assistant, chaque

chirui’gien son substitut, qui demeurent dans rétablissement. 11 est des surnuméraires que }’on appelle quand le nombre des mdades augmente , afin qu'un seul n'ait jamais à soigner plus de soixante-dix ou quatre-vingt personnes. Viennent ensuite les jeunes étudiants, vêtus d'un manteau bleu , admis à exercer certaines fonctions, après avoir subi un examen. Cinq d'entre eux se nomment maggiori; ce sont, le capo sanguigna, chargé des saignées ; Vunzionario , qui pose les vésicatoires et les sinapismes ; le scrivano , qui inscrit ceux qui entrent , sortent ou meurent; le caporale, qui surveille la salle des blessés ; le mignattaro , qui pose les ventouses et les sangsues, dont la médecine moderne fait un grand usage. La journée est divisée en quatre gardes, dont > chacune est présidée par un étudiant qui a le titre de caporale, et desservie par deux autres étudiants , deux chapelains , quatre infirmiers , deux porteurs d'eau et deux hommes de peine (facchini). La salle des opérations chirurgicales est surveillée alternativement par deux jeunes étudiants qui doivent être prêts à toute occurrence. L'école de clinique a quatre élèves qui, deux fois par jour, notent sur des feuilles imprimées pour cela l’histoire de la maladie, leurs ol)servatious , les variations du thermomètre , du baromètre et de l’ hydromètre. La pharmacie est pourvue d’un chef spécial, de cinq élèves et de deux hommes de peine ; c’est une partie fort intéressante de l’établissement; elle fournit des remèdes uou-seiüemeut àTliêpital «

du Saint-Lsprit, mais aussi à celui des aliénés, au Conservatoire, à l’hospice des Eufants-Trouvés, aux nourrices, et aux nombreux infirmiers et employés de tous ces lieux. On y garde en dépôt une grande quantité de dro-

gués qui se préparent et se distribuent très soigneusement. Dans tous les. hôpitaux de l’Europe, il y a une pharmacopée , c’est-à-dire une liste à l’usée des pauvres des remèdes que l’on distribue gratuitement; ici, la générosité romaine permet aux médecins d’ordonner tous les remèdes possibles. Les employés (tutta la famiglia*), outre un léger salaire mensuel , reçoivent le logement et la nourritui’e.

Les étudiants dont j’ai parlé ne devraient être admis à l’hôpital qu’ après avoir accompli le cours de leurs études médicales, et cependant on les y reçoit souvent lorsqu’ils sont encore à l’Université. Léon XII voulait établir au Saint-Esprit un collège médico-chirurgical , où des jeunes gens chargés des moindres fonctions de l'hôpital, étudieraient la pratique en même temps que la théorie de leur art. Le besoin d’une plus solide instruction dans ces jeunes gens se fit sentir dès le temps du docteur Lancisi ( dont le nom avec ceux de Giavina et de Pane, doit être rappelé toujours avec reconnaissance et gloire ) , et pour cet objet on établit une académie médico-chirurgicale dans la belle bibliothèque qu’il donna généreusement, et qui, sous le nom de Lancisienne, est le plus bel ornement du Saint-Esprit. En 1758, le commandeur Erba fonda cinq écoles de chirurgie ; le cardinal Carafa, visiteur en 1802, créa celles des Institutes médicales et de médecine théorique et pratique. Aujourd’hui, outre la clinique dont j’ai parlé, monsignor Cioja, commandeur actuel, plein de zèle et de mérite, a établi

’ Celte expression est assez dirficile à traduire en français, iwrco (|u'<!llc romprentl non-sculcmeiil les domestiques, mais toutes les pcrsoimes attarheo à une maison, aumôniers, secrétaires, l)il)lioihécaircs, etc.

des chaires d’anatomie pratique, de chinirgie pratique, et d’institutes de chirurgie.

La plupart des malades sont des paysans et des soldats qui vivent sans précaution dans nos campagnes malsaines ; aussi la population de l’hôpital est très forte en été et en automne, moindre au printemps. Ces hommes étant presque tous étrangers et sans famille à Rome, ne pourraient pas se faire soigner chez eux et doivent entrer dans un établissement public. Je sais que les secours à domicile sont bien préférables; mais par la raison dont je viens de parler, ils ne sont pas toujours possibles à Rome. Il est vrai qu’au lieu d’un grand hôpital, on pourrait en faire plusieurs plus petits pour prévenir les funestes effets de l’accumulation des malades ; les Anglais ont agi ainsi et on les en a loués, mais Rome bien avant eux avait fait de même. Jusqu’au XV® siècle, quand la population de Rome était le tiers de celle de nos jours , on y comptait de nombreux hôpitaux, très petits, destinés chacun à une infirmité particulière. L’hôpital du Saint-Esprit n’était point encore agrandi , Saint-Jacques et Saint-Jean étaient fondés par le cardinal Colonna, on y voyait Sainte-Marie-du-Portique, Sainte-Marie-des-Gràces , la Consolation, Saint- Lazare pour les lépreux , Saint- Antoine poui» les Français, et beaucoup d’autres hospices nationaux et particuliers.

Les biens du Saint-Esprit produisent 85,000 écus de rente. L’hospice des Enfants-Trouvés en absorbe 50,000, et le reste ne pouvant suffire aux nombreuses dépenses de l’hôpital, l’État lui fournit un supplément de 36,000 écus par an.

Voici, d’après un bulletin qui depuis 1781 se publie annuellement par ordre de monseigneur le commandeur, l’état des malades admis au Saint-Esprit durant les dix dernièi*es années ou sortis par suite de mort ou de guérison. Ce bulletin manquant pour les années 1826, 27 et 28, j’ai dû y suppléer de mon mieux.

( Monsignor Morichini donne ici des tables statistiques dont il me semble inutile de reproduire les détails ; en voici la conclusion générale : )

De la table décennale qui précède, il résulte que le nombre des malades admis chaque année au Saint-Esprit, est de 11,903, 70; que leur séjour à l’hôpital est de 8 jours et 99 centièmes ; que le nombre moyen des malades est en général de 293, 43 ; que 1 1 1 , 96 employés sont nécessaires pour les soigner ; et qu’ enfin il meurt annuellement 84 1 , 50, ce qui donne un chiffre de mortalité de 7, 10 sur 100, mortalité bien faible dans un si vaste, hôpital, et qui fait à elle seule le plus bel éloge tant de l’établissement que de la médecine romaine.

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