‹ Des institutions de bienfaisance publique et d'instruction primaire à RomeChapitre 5 sur 73 · XL IV · texte numérisé non relu

XL IV

Les écoles modernes de publicistes et d’économistes ont eu le tort d’exiger avant tout, pour l’application de leurs systèmes, une organisation complètement nouvelle de la société, ce qui est seulement impossible. Parce que des théories célèbres ont tenté à la fois de résoudre ce grand problème, on s’est persuadé que tout bien-être dépend de sa solution, et l’on demeure, en attendant, dans une inaction qui fait oublier les devoirs du présent. Mais à chaque époque, de Platon à Thomas Morus et à l’abbé de Saint-Pierre, des milliers d’utopistes, plus ou moins connus, ont rêvé des républiques idéales, et les hommes sérieux de leur temps ne négligeaient pas pour cela le bien qui les environnait, et n’ajournaient pas à la réalisation de ces cités imaginaires le soin de l’amélioration et du soulagement de leurs frères.

Ce qu’il faut aujourd’hui, c’est moins renverser l’ordre de choses existant pour en reconstruire un nouveau, tout de bonheur et d’harmonie, que faire jaillir du sein de notre société tout le bien que recèlent ses entrailles. Un revirement vers la Foi, un retour sincère à la morale chrétienne, l’application pure et simple de ses principes, sans bouleverser le monde entier, tels en sont dans notre pensée les vrais moyens. Que le catholicisme résolve toutes les difficultés d’économie sociale, qu’il tranche, par exemple, les questions capitales du salaire, du paupérisme, delà population, c’est une conviction qui est ré>ultée pour nous de toutes nos études; le prouver par des raisonnements et par des faits serait l’objet du plus beau livre que l’on put écrire; mais nous ne pourrions l’esquisser même ici sans risquer un volume à propos d’une préface.

Je sais que l’on reproche au système économique du catholicisme son excessive libéralité, une largeur imprudente dans ses principes de générosité, son incrédulité pour la découverte d'une terre promise, d'où disparaîtrait la misère. On le blâme d'entretenir la pauvreté par le mérite même qu'il attache à l’aumône et par la profusion des secours qu'il verse sur l’infortune. On savant professeur exprimait dernièrement sur ce sujet dans la chaire du conservatoire, des idées que je ne puis me refuser au désir de consigner ici. Il s’agissait de la grande question de la lutte établie entre le capital et le salaire, entre l’entrepreneur et l’ouvrier, de la question du paupérisme enfin. Voici comment il terminait sa leçon * :

a 11 y a deux systèmes qui veulent résoudre cette immense difficulté : le système protestant et le système catholique. J’adopte ces dénominations sans vouloir accuser ni exalter le protestantisme, ni le catholicisme, mais tout simplement parce que l'un de ces systèmes est principalement recommandé et pratiqué parmi les protestants, tandis que l’autre est soutenu et réalisé parmi les catholiques. Lè système protestant part d’un fait impitoyablement formulé par Malthus ; ce système prétend que la population s'accroît dans une proportion plus grande que les ressources ; qu’il y a trop de monde, que la concurrence en provient, et qu'il n’y a d’autre remède que d’arrêter l'accroissement de la population. Il dit aux pauvres : « C’est vous qui avez tort; pourquoi êtesvous nés? Pourquoi êtes-vous venus demander votre

’ Nous prenons rc fragmonf du cours de Al. BlaiKiui dans le ■ journal V Univera du 24 février iS4i.

part au banquet de la vie où nous avons pris toutes les places? Prenez-vous-en à vos pères et mères. Cependafil nous sommes généreux, charitables; nous vous donnerons du pain; mais rappelez-vous bien que vous n’y avez aucun droit, que c’est de noire part bonté pure; ne vous plaignez pas du peu, car ce peu sera encore plus que nous ne vous devons. » « Et cela dit, le système protestant, en Angleterre, envoie les pauvres dans les FP^ork- Homes, àîim\QsmüL\sons de travail, dans ces six cents prisons qu’on a élevées pour réprimer la misère et pour suppléer à la taxe des pauvres. Comment y sont-ils ces malheureux? Il ne faut pas qu’ils y soient bien; il ne faut pas même qu’ilsy soient d'une manière supportable ; car telle est la misère de leur liberté, qu’ils se jetteraient en foule dans ces prisons, et qu’on ne pourrait les y loger ni les y nourrir. Il faut donc imaginer des épouvantails; il faut que le pauvre tremble devant le se cours cruel qu’on lui offre, et qu’il paie en tortures la charité qu’on lui fait. Oui, cela se voit en Angleterre ; on y voit sept ou huit personnes graves , instruites, riches, de bons bourgeois, des administrateurs de charité, se réunir autour d’une table et poser le j)roblème... Quel problème? Le problème de savoir commenton pourra ôter aux pauvres l’envie d’entrer, sans une nécessité impérieuse, dans les asiles qu’on leur a ouverts; le problème de savoir comment on s’y prendra pour leur rendre le pain ainer, pour tourner en supplice le prétendu bienfait. Dès qu’ils veulent entrer dans la maison de travail, on sépare le mari de la femme, les enfants de la mère; on leur <)le jusqu'à leur nom; <»u les fait travailler à la roue

(fread-mill) ^ à celle roue barbare qui les l'oree de inarcber comme des bêles de somme; on ressuscite tout exprès pour eux le travail des esclaves de Tantiquité. Ainsi tuer d’une manière ou d’une autre, par la faim ou par la torture, arrêler de force cette population qui progresse en proportion géométrique, voilà tout ce que le système protestant a su inventer pour les pauvres. Que voulez-vous? ce sont les pauvres qui ont tort; pourquoi venaient ils au monde quand toutes les places étaient prises?

« A ce système protestant s’oppose le système catholique représenté, en France, par M. de Villeneuvc- Bargemont et plusieurs autres écrivains. Le système catholique oppose , à cette rigueur , la bonté , à ce fatalisme impitoyable , la pratique libre de raumone, la charité cordiale. Cette charité se dit en elle-même : je donne peut-être à un fripon, à un paresseux, à un homme qui se conduit mal ; mais je n’en suis pas sûre, après tout; mieux vaut donner à un indigne que de risquer de refuser à un vrai pauvre; donnons toujours, il nous en restera une conscience satisfaite; nous aurons fait un acte de charité, de fraternité chrétienne. »

Ici le professeur observait que, si le système protestant est dur et inhumain, le système catholique , tel qu’il venaitde l’exposer, est insufOsanl; car, lacharité qui donne au hasard est imprudente, elle fait des pauvres et des paresseux. C’est que M. Blanqui, sans s’en apercevoir sans doute , après avoir tracé un portrait si juste du régimeprolestant, a fait une exposition très incomplète du système catholique. Croire qu’en principe, la charité catholique agit sans discerne-

nient, pour la seule satisfaction de la conscienee , et sans s’inquiéter des suites de cette jouissance du coeur, c’est méconnaître ses enseignements ; dire qu’elle a toujours préféré la libre pratique de Taumônc à l’organisation de la bienfaisance , c’est fausser son histoire.

Le Christianisme commença par anoblir et réhabiliter le travail ; Jésus choisit une vie pauvre mais laborieuse : il fut un ouvrier. Saint Paul, outre les sublimes fatigues de l’apostolat, travaillait de ses mains dans un atelier de mécanique, pour ne pas être à charge aux communautés naissantes des fidèles, et il a osé dire ces paroles si fortes : Celui qui ne veut pas travailler n est pas digne de vivre ^ dans un passage de ses épi très où il condamne vivement l’oisiveté et la mendicité'. Aussi Bossuet, résumant dans sa politique sacrée, la haute économie sociale du christianisme, termine ainsi : « Sous un prince sage, l’oisiveté doit être odieuse et on ne la doit point laisser dans la jouissance de son injuste repos. C’est elle qui corrompt les mœurs et fait naître le brigandage. Elle produit les mendiants , cette race qu’il faut bannir d’un royaume bien policé et se souvenir de cette

’ Denuntiamus autem vobis fratrcî; in nomine D. N. J. C , ut subtrahatis vos ab omni fratre ambulante inordinate et non sccundum traditionem quam acce[)erunt a nobis. Ipsi enim scitis quemadmodum opporteat imitari nos : qiioniam non inquiet! fuimus inter vos : neque gratis panem mauducavimus ab aliquo, sed in iabore et in fatigatione, nocte et die opérantes, ne quemvestrum gravarcmus. Nam et cum essemus apud vos, lioc denuniiabamus vobis : Quoniam si qtiis non vult operari nec manducet. Audivimus enim inter vos i\\\o^&àmambulareinquielè, nihil opérantes sed curiose agentes. Iis autem qui ejusmodi sunt deniinliamus et observamus in D. J. C. ut cum siientio opérantes suum panem manducent. Vos autem fratres nolite deficere bcnefacienles 7d Thessal.,\\., m, etseq).

\ux

loi : Qu’il o’y ait point de mendiants et d’indigents parmi vous*. » Cependant le travail, préseiTatif puissant contre la misère, ne suffit point pour empêcher la pauvreté. Il faut encore relever celui qui tombe , donner du pain à celui que la faim meurtrière tourmente , un remède à celui qui souffre, car la prévoyance en défaut n’a de salut que dans la charité; c’est pourquoi saint Paul en place le conseil immédiatement après l’ordre du travail , si quis non vult operari nec manducet . . . vos autem Jratres’nolite dejicere henefacientes . Il faut, dit-il ailleurs, que V abondance du riche subvienne au dénuement du pauvre et rétablisse légalité; et l’Évangile n’est qu’un recueil des paroles incomparables que Jésus ne se lassait pas de prononcer sur la charité, et sa voix n’est jamais si douce que quand il parle du fraternel amour.

A aucune époque, sans doute, ses divins préceptes ne reçurent une plus magnifique application qu’au premier âge de TÉglise, alors que les croyants n’avaient ensemble qu’un cœur et qu’une âme; alors que tout S9 partageait entre eux, qu’ils possédaient comme ne possédant pas, ainsi que parle saint Paul, c’est-à-dire, quand la fortune de chacun , simple usufruit dans ses mains, était à la disposition de ses frères. Eh bien, ce qu’il faut observer à cette époque , c’est l’ordre et l’organisation établis dans la distribution des secours. L’aumône manuelle n’existait pas , elle devait passer par le canal de l’association. Si le chrétien enflamme d’amour pour*ses pauvres frères et inspiré par cet axiome divin, bienheureux les |)auvres volontaires,

' Proposit. XII.

les pauvres en esprit , vendait ses biens pour en donner le prix, il n’en disposait pas lui-même selon les désirs de sa volonté propre ou les vues de sa prudence individuelle , mais le remettait aux apôtres chargés de le répartir ensuite suivant les besoins ; les aumônes se centralisaient à leurs pieds, ante pedes apostolorum * , pour rayonner de là avec plus d’intelligence et d'utilité. Et quand la multitude des Cdèles croissant et s’élargissant, ces soins administratifs vinrent à surcharger les apôtres, contraints d’y renoncer pour ne pas nuire à la prédication; ils les jugèrent si importants, qu’ilsen firent un ministère spécial, etlc confièrent à un ordre immédiatement inférieur au sacerdoce en liiérarchie : des diacres furent élus pour présider à la distribution des secours. Les quartiers d’une ville se subdivisaientent/wco/MÎf^, vrais bureaux de bienfaisance, à chacun desquels était préposé un diacre de qui le pauvre de chaque circonscription recevait directement l’aumône. On sait la belle histoire du diacre Laurent qui , pressé par ses persécuteurs de leur livrer les trésors de l’église, les conduisit dans la salle attenante à l’église où étaient réunis tous les pauvres confiés à sa garde.

Plus tard, ce principe d’association fut sauvé du déluge barbare, dans l’arche des monastères, et il est facile d’en suivre la trace au moyen-âge , jusqu’aux temps ou l’industrialisme et la philosophie voulurent s’en faire honneur.

Mais scrait-il donc si vrai qu’aujoiird’hui la bienfaisance catholique est dépourvue de discernement

Act. Aposl , V, 53 .

et privée (J’orjjanisaliDii? C’est à elle que l’on doitces congrégations religieuses qui tiennent le monde étonné captif sous le réseau de leur charité. Chaque jour des associations naissent, s'affilient, se propagent dans tous les rangs de la société, afin dédoubler par riinion des forces vouées au même but. Eu France, à Paris surtout, que d’œuvres de ce genre dont les économistes qui désespèrent de la charité seraient bien étonnés, sans doute, d'*apprendre l’existence! Leur dénombrement ne figure pas dans les statistiques, parce que la modestie les couvre et que leur dévouement ne cherche point les louanges ; mais pour l’honneur de la foi qui les inspire, il serait bon, peut-être, qu’elles fussent plus connues.

Y a-t-il là cependant un point de résistance assez fort, un principe assez énergique de répression pour arrêter l’invasion du paupérisme '? Oui, si tous les hommes de cœur et de volonté s’associent pour instruire l’enfant du pauvre et l’ouvrier, pour prévenir la misère et pour la secourir quand on n’a pu l’évi-

’ « Pour juger ce que le développement général de l’esprit d’association applique à la charité pourrait produire d’admirable, de merveilleux en France, nous n’avons besoin que de rapneler seulement la proportion qui existe dans ce royaume entre la popiiialion totale et le nombre d’indigents. Ce rapport est de 20 à c’est-à dire qu’il existe un indigent sur vingt nabitants. Or, si dixneuf personnes riches ou plus ou moins aisées se réunissaient pour secourir, chacunes suivant leurs moyens, un de leurs frères malheureux (et si cette réunion est difficile à obtenir, elle n’est pas du moins matériellement impossible) ; si, dirons-nous, chaque indigent pouvait devenir l'objet de la sollicitude spéciale et exclusive de dix-neuf de ses concitoyens, l’extinction de l’indigence ne serait-elle pas opérée par cette généreuse association ? On pourrait l’obtenir sous d’autres formes, mais ce ne peut être que le même principe, et si l’on regardait un tel projet comme une utopie, ne faudrait- il pas du moins chercher à s’en rapprocher le plus possible? •> Villeneuve, t. 2, p. 332.

1er; car ces trois clioses, instruction, prévoyance, aumône, sont intimement unies et doivent marcher dans cet ordre à la conquête du bien-être, contre les trois ennemis qui correspondent à ces vertus, ignorance, inconduite , abandon. La seconde relève plus particulièrement de Téconomie sociale à laquelle il appartient de prévenir la pauvreté par la diffusion des productions nationales, par une plus juste répartition du salaire, par Tapplication aux besoins des classes ouviières des progrès des sciences. Là est le vrai terrain de l'économie politique; la bienfaisance se charge plus spécialement de rompre le pain qui nourrit Tâme et celui qui soutient le corps au peuple, et de lui donner cette double aumône de l'intelligence et de la vie. Mais la charité, la science économique et la morale ne peuvent se séparer l’une de l’autre; elles s’entr’aident , se suppléent, s’harmonisent; leur marche est parallèle et leur but est semblable, c’est celui que Bossuet indiquait comme la fin de la société sur cette lerre, rendre la vie commode et les hommes heureux^ heureux par l’instruction morale et par ce sentiment religieux et calme qu’inspire une douce aisance.

Le principe de l’association semble devoir être le salut de la France, non-seulement en matière de charité, mais au point de vue industriel et politique, pour l’organisation du travail et la constitution des pouvoirs publics. C’est d’union, par-dessus tout, et d’ensemble qu’a soif notre société; désolée par l’individualisme, affaiblie par cette division de ses forces et brisée dans sa puissance par ce fractionnement à i'iidini. elle «émira dans le malaise et la souffrance

tant que cet isolement de chacun de ses membres n’aura pas fait place à la combinaison des efforts de tous. Le rêve de tous les publicistes raisonnables qui veulent appeler le peuple au partage de la souveraineté, c’est, avant toute concession de droits politiques, de le hiérarchiser en un ordre qui présente garanties et sécurité ; le but des économistes qu’effraient les suites de la concurrence illimitée , c’est encore de créer pour l’industrie un concours régulier où les efforts de l’ouvrier ne seront point en lutte avec les spéculations de l’entrepreneur et en disproportion avec la consommation. Il est possible, en effet, d’imaginer et de réaliser un ensemble social dans lequel, par la vertu de l’association, tout homme se ralliera forcément à une corporation d’arts, de métiers, de fonctions publiques, de propriété, d’occupation quelconque, non plus avec les privilèges et les prohibitions de l’ancien régime, mais sous le niveau d’une haute et saine égalité. Que les droits politiques soient accordés seulement aux membres de ces corporations, et la classe des inutiles et des dangereux diminuera sensiblement par la crainte de celte impuissance et de ce néant ; que celle organisation de l’industrie se réalise, et le commerce n’offrira plus le triste spectacle d’un combat à mort entre gens qui ne peuvent arriver que par la ruine de leurs voisins, et pour les- (juels il ne peut y avoir de progrès et do fortune qu’à la condition d’étouffer leurs concurrents.

Mais n’oublions pas <|uc nous nous occu|)ons spécialement ici de charité. Les pages précédentes ont fait ressortir les avantages de l’association appliquée aux œuvres de bienfaisance; nous sommes heureux

ir^ppiiyor nos faibles paroles de raiitorité, puissante et aimable à la fois, d'un des plus dignes évéques de France qui, au nom de sa charge pastorale et non eoinme simple théorie, a développé les obligations et les conséquences du principe de t association considéré dans son application à la charité.

Monseigneur l’évêque deUodeza, dans son mandemcntpour le carême de 'l 859, abordé ce grand sujet avec une profondeur et une justesse d’idées que relève l’éclat du style et que pénètre l’onction sacerdotale. Nousne sau rionstrop vivement recommander la lecture de cette remarquable instruction pastorale^ de source non suspecte pour un catholique, et bien capable de détruire les préjugés que conservent encore contre la bienfaisance organisée quelques âmes religieuses ; nous ne pouvons même résister au plaisir d’en citer ici quelques fragments. Après avoir loué en commençant, comme le faisait saint Paul en tête de scs épîtres, la charité de ses diocésains, le vénérable prélat fait un retour sur le peu d’effet qu’elle produit : « D’où vient donc, s’écrie-t-il, que tant d’infortunés manquent de secours ou n’en reçoivent que d’iiisuflisants?d’où vient que tant de souffrances restent sans soulagement, que tant de pauvres étalent ledéchirant spectacle de leur indigence dans nos rues et sur nos places publiques, et assiègent de leurs lamentations suppliantes la porte de nos maisons et de nos églises? Nous ne tairons pas la vérité, puisque cette vérité peut être utile. Le mal, le graud mal, c’est que notre charité individualisée, fractionnée et amoindrie par ses maigres proportions, opère isolément au lieu d'agir avec celle force, col ensemble, celle inlelli-

jjeuce que lui donneraient le concours des volontés et la concentration des ressources. Déjà des voix connues du pays et amies du pauvre, ont fait entendre à ce sujet des paroles j^énéreuses. Quand riiumanilé met en lumière des idées sages et élevées, c’est un devoir pour la religion de lui prêter son appui, et Nous remplirons ce devoir d’autant plus volontiers, que le vœu de rhumanité est ici de tout point conforme à l’esprit de rÉvangile. N’en doutez point, Nos très chers frères, le moyen le plus efficace. Nous ne disons pas d'éteindre la mendicité, question d'économie politique dont nous n’avons point à Nous occuper. Nous ne disons pas de n’avoir plus de pauvres, car, selon la parole du Sauveur,. qui n’est que l’expression d’une nécessité sociale *, il y aura tou-

’ Je demande pardon à Mgr l’évéque de Rodez si je relève dans cette note la fausse interprétation quMI me semble faire d'un passage de l’Evangile. Sans doute le monde sera toujours possédé par la douleur, la souffrance morale et physique, les peines du cœur; mais il peut se faire que la pauvreté telle que nous la connais^ sons, c’est-à-dire le dénuement absolu d’un homme, à l’entretien duquel un autre est obligé de subvenir, ne soit pas éternelle, et nii’une forme sociale permette, dans l’avenir, à chacun de vivre du fruit de son travail. Il ne faudrait donc pas opposer, comme fin de non recevoir et avec l’autorité du livre sacré, quelques mots mal compris, à un ordre de choses désirable, possible, auquel aspire la science économique. Mgr l’évéque de Rodez doit comprendre mieux que personne les immenses inconvénients qu’un tel abus pourrait avoir. Jésus ne formule pas en axiôme la nécessité sociale de la pauvreté, il constate un fait. C’est d’abord une assez étrange traduction que de prendre le présent pour le futur et de dire vous aurez toujours des pauvres, au lieu de direvons avez toujours des pauvres parmi vous; le sens est tout différent. Une femme versait un parfum précieux sur les pieds du Sauveur, ses disciples s'indignent de cette profusion et ils se disent entre eux : Pourquoi perdre ainsi une liqueur dont le prix eût pu être distribué aux pauvres. Mais Jésus leur dit ; Ne reprochez rien à cette femme ; elle a fait envers moi une bonne action, car vous avez toujours des pauvres avec vous, mais moi vous ne m’avez pas

jours des pauvres au milieu de nous, malgré tous nos progrès et nos perl’ectionnements ; mais le moyen le plus efficace de faire que les pauvres soient secourus avec discernement et dans la mesure de leurs besoins, o’est de former dans chaque localité un peu considérable, un fonds commun administré par des mains dévouées et intelligentes où viennent se verser toutes les libéralités privées. La puissance du nombre jointe à l'unité de vues et d’action, à tel objet qu’elle s’applique, est la première des puissances et ne connaît de limites que celles du possible. On s’associe dans un intérêt d’industrie; et les marais se dessèchent, et des champs jusqu’alors infertiles se couvrent de moissons et de troupeaux; les roules s’alignent, les canaux se creusent, les vallées sont comblées, les montagnes s’aplanissent, de nombreux débouchés s’ou- \ rent à la circulation des produits, et la terre, déchirée dans ses plus profondes entrailles, se laisse arracher à regret des trésors qu’elle avait voulu soustraire à notre avidité. On s’associe pour rextension du commerce, et les capitaux s’agglomérant appellent la confiance et centuplent le crédit. Les continents, les îles les plus éloignées se rapprochent par les barrières mêmes qui semblaient les séparer; les vaisseaux sillonnent dans tous les sens les vastes mers, et nous apportent en échange de notre or et de nos marchandises, les richesses de toutes les nations. Le dirai-je?

toujours [Mallh.y xxvi, ii). Evidemment le Christ veut dire : Je vais vous quitter, et après mon retour au ciel, vous aurez encore matière à exercer votre charité, tandis nue je ne pourrai plus recevoir les témoignages de votre amour. Mais il suffit de lire ce passage pour sentir qu’il n’impose ni l’ordre ni la nécessité d’avoir toujours des pauvres.

on s'associe pour le triomphe d'une théorie, pour la propagation d’une idée, d’un principe, d’un système, et cette idée , ce principe , ce système , souvent aussi faux en lui-mème que désastreux dans ses résultats , marche, vole, s’étend avec la rapidité de la flamme, au risque d’ébranler le monde et de couvrir la terre de deuil et de ruines. Pourquoi ne s’associerait-on pas pour la bienfaisance, pour la charité . dont le propre caractère est de relier et d’assimiler les hommes, comme on s’associe pour le mal, ou du moins pour des avantages qui, tout appréciables qu’ils peuvent être , ne valent certes pas le bonheur de sauver, d’adoucir la vie de ses semblables, d’apaiser la faim, d’étancher la soif, de vêtir la nudité, de sécher les larmes de cette multitude d’infortunés qui languissent de souffrances et de dénuement?... En s’emparant de cette idée féconde, la religion ne fait que reprendre un bien qui lui appartient en propre. C’est en vain que le siècle prétendrait la revendiquer comme une de ses plus heureuses conceptions, et compter au nombre de ses plus brillantes conquêtes un emprunt visiblement fait à nos docU’ines. Le principe de l’association est tout évangélique. Il domine dans nos croyances , dans nos maximes, comme dans les faits accomplis par le christianisme... Telle est donc la grandeur de votre religion , ô mon Dieu, que tous les éléments de puissance, de force, de gloire et de |)rospérité émanent de son sein comme de leur source; que toute idée bonne, généreuse et vraiment utile à riuimanité lui doit être rapportée comme à sa cause première, et que quand l'orgueil humain s’applaudit d’avoir découvert quelque principe nouveau fécond

en larges applications, et s’extasie devant cette création de son génie, il se trouve, dès qu’on le considère de près , que cette découverte si vantée n’est qu’un faible reflet, une pâle copie et quelquefois une misérable contrefaçon de la pensée chrétienne. »

Monseigneur l’évêque de Rodez, après avoir répondu à toutes les difficultés d’exécution et à toutes les objections de principe que soulève son projet, propose la création, dans chaque localité importante, d’une commission centrale formée d’hommes dévoués qui, recevant les souscriptions particulières, les distribueraient suivant la mesure des besoins et les règles de la prudence. « La loi , il est vrai , dit-il , a prévenu ce vœu, du moins en partie, par rétablissement des comités de bienfaisance. Mais si le législateur peut en cette matière formuler un corps de réglements, il n’appartient qu’à la religion de faire descendre du ciel le feu qui doit l’animer. Que la religion donc, que la charité interviennent pour sanctifier ces institutions ! qu’elles les réchauffent sous leurs ailes, qu’elles les pénètrent de leurs célestes influences, et que, les couvrant de leur vertu puissante, elles leur soufflent l ame, le mouvement et la vie. Avons-Nous trop présumé de Notre crédit auprès de vous, N. T. C. F., en espérant que ce projet ne sera pas un vain rêve , et que , grâce au concours de vos pasteurs , de tous les pieux fidèles et de tous les hommes de bien, nous pourrons le voir se réaliser pour la plus grande gloire de notre sainte Foi et pour la plus grande consolation de l’humanité!... Et que faut-il pour que l’exemple soit donné des préliminaires bien simples. Qu’une commission s’organise;

(|ue quelques hoiiiiiies de zèle et d’expérience, et notamment ceux qui, à toutes les époques, ont géré les

intérêts de la cité , mettent en commun leur crédit et

leur influence , que des listes de souscription soient ouvertes sous leur honorable patronage , et le succès de Tassociation est infaillible, et la liste civile des pauvres est votée. Pour Nous, N. T. C. F., qu’on ne Nous suppose ici d’autre ambition que celle de faire prévaloir une idée que Nous jugeons utile. Nous ne trouvons, ni dans nos loisirs ni dans nos attraits , de motifs qui nous portent à sortir du cercle de nos sollicitudes habituelles. Nous ne voulons être, dans cette sainte entreprise, que la voix qui la prêche, que la main qui la bénît, et nous ne demandons d’autre grâce et d’autre honneur que d’inscrire notre nom avec les vôtres sur cet autre livre de vie, ou tout ce qui souffre et gémit puisera une existence moins amère. Nous nous sentons soulagé d’avoir déposé notre pensée tout entière dans le sein de votre charité. Nous la laissons, pour parler avec le sage, dans la main de votre propre conseil. »

Je ne sais si le projet dont la cause a été si chaleureusement plaidée par le digne prélat, a reçu dans le diocèse de Rodez un commencement d’exécution; mais le bien moral n’en est pas moins opéré, une voix épiscopale a proclamé le grand principe de l’association, et l’on ne pourra plus dire après ce solennel exemple, que la charité catholique est ennemie du discernement et favorise les libéralités individuelles. Il appartenait d’ailleurs à monseigneur Giraud, dont l’esprit est si élevé et le talent si connu, de donner l’impulsion qui a fait sortir, ces années dernières, les

évéquos de France, dans leurs inandemenls, des banalités, si Ton me permet ce mot , d’une pure ampliOcation de moraliste. Quand une fois par an, l’évêque écrit une apostolique adressée à tous ses diocésains , il semble que ce doit être non pour répéter des choses que Ton est exposé à enlendre chaque dimanche au prône de sa paroisse, mais pour traiter des sujets d’une utilité durable, d’un intérêt général, sur lesquels s’exerce l’opinion publique, et qui prouvent en même temps que les pasteurs des peuples savent aussi se préoccuper des questions sociales et suivent le mouvement de leur siècle.

L’essai sur les établissements de bienfaisance etd instruction primaire à Rome correspond aux trois points importants de l’économie politique que nous signalions plus haut, et découvre ces trois aspects d’une même chose, en développant les institutions romaines d’enseignement, de prévoyance, de guérison. L’auteur observe lui-même dans sa préface , qu’il aurait dû peut-être les disposer suivantcet ordre rationnel , mais pour des motifs (ju’il explique, il les a rangés selon la primauté et la chronologie de leur naissance, La souffrance physique étant de tous les maux de riiomme celui qui frappe le plus vivement et d’abord les regards, la maladie a reçu les premiers secours; le premier livre de l’ouvrage est donc consacré aux hôpitaux. La description que monsignor Morichini a faite de chacun d’eux me dispense de tout détail, et je me borne à (juelques idées générales.

Entre les hôpitaux de Rome, il en est deux dont la nature et l’objet sortent de l’ordinaire destination des établissements de ce genre. Celui de Saint-Roch

est une maison d’accouchement ouverte graluileinenl à toutes les femmes, qui peuvent y ensevelir dans le plus mystérieuxsilence le secret de leur faute en même temps qu’elles y trouvent tous les soins qu’exige leur état. 11 a été formé en i 770, long-temps avant celui de Vienne, suivant les règles mêmes théoriquement tracées depuis lors parM. deGerando pour ces asiles de maternité. « La maison d’accouchement, dit-il, sera située dans un lieu écarté ; les personnes qui y sont admises seront libres de ne déclarer ni leur nom ni leur domicile ; le registre des déclarations sera tenu secret dans tous les cas; les employés et les servi leurs de l’établissement se feront un devoir de respecter ce secret : les étrangers ne seront point admis dans les salles...'» Telles sont les précautions délicates prises à Rome pour sauver l’honneur des familles et surtout pour éviter Finfanlicide, en offrant à la mère soins et abri pour les jours douloureux de ses couches, silence et pardon pour elle, sécurité sur le sort de son enfant. Au premier abord un pareil refuge étonne et semble favoriser le vice; aussi l’école anglaise l’a vivement blâmé, comme coupable à ses yeux d’exciter aux mariages imprévoyants, d’arrêter l’effet de la contrainte morale et do seconder par là mémo l’accroissement delà population. « Mais dans cette question la charité semble devoir l’emporter dans la balance. Or la charité ne peut jamais sacrifiera des éventualités éloignées le soulagement d’une nécessité immédiate et urgente , (elle que la conservation d’une mère et de son nouveau-né. Un excès de po[>ulalion

• Delà Bienf. publ , t. p 375.

LMI

csl sans doute un grand mallieur pour la société; mais le refus de secours dans une circonslanoe semblable, serait une grave infraction aux lois de la religion et de la charité chrétienne ; entre ces deux extrêmes, il n’est pas permis d’hésiter. La loi d’humanité est au-dessus de la loi économique *. » Nous éloignons du reste de quelques pages une plus am[)le réponse à ces reproches, les pensées qu’ils soulèvent se rattachant à un ordre d’idées qui trouvera naturellement sa place un peu plus loin.

Un autre hôpital, celui des convalescents, réalise une des inspirations les plus aimables que puissent faire naître l’amour et la sollicitude envers la souffrance. Pour peu que l’on ait fréquenté quelques hôpitaux, on sait combien il est triste d’en voir sortir souvent des être faibles, renaissant à peine à la vie, mais qui ne sont plus assez malades pour que l’hospice les conserve jusqu’au retour parfait de leurs forces, au préjudice quelquefois de douleurs plus instantes et de besoins plus urgents. Us se trouvent tout à coup au milieu de toutes les nécessités de la vie, sans épargne, sans asile, sans moyen de subsistance ; rien n’est venu durant la maladie alimenter leurs ressources, qui se sont par cela même amoindries ; la faim les presse, et il se sentent incapables de travail, ou s’ils veulent reprendre leurs fatigantes occupations, une rechute les jette de nouveau sur le lit de douleur et rend leur guérison lointaine ou impossible. On sent vivement alors pour eux la nécessité d’un asile intermédiaire, d’un lieu de transition qui

’ Villcnomc-Hnrg., Du paupér , i 5, p. 34.

ne soit plus Thopilal, et ne soit pas encore la famille; Rome Ta comprise et réalisée. « La charité chrétienne, dit M. de Tournon, qui d’une main si libé* raie y a établi des établissements où les malades trouvent des secours; a complété son œuvre par une fondation que doivent envier toutes nos grandes villes. Sur les bords du Tibre, s’élève un vaste et beau batiment destiné aux convalescents, c’est-à-dire à ceux qui, dans les hôpitaux, ont atteint le moment où les remèdes sont inutiles, et pour qui un air pur , une nourriture saine, l’absence des travaux et des soucis domestiques, sont les uniques besoins. Le convalescent , reçu dans la tnaison Délia- Santissima-Trinita-de'~Pellegrini ^ loin des images funèbres qui dans les hôpitaux assiégeaient son lit , ouvre son cœur à l’espérance et à la joie , et peu après la société le recouvre dans un état de santé affermi et prêt à lui être utile. Il est à remarquer que cet établissement fondé en 4548 , par saint Philippe-de-Néri, a précédé tous les autres de meme nature, puisque celui de la Samaritaine, dont se vantent les Anglais, n’a été fondé qu’en 4794 *. «

A côté de ces asiles permanents où la douleur est ad mise et soulagée, se placent d’autres œuvres qui vont au-devant d’elle, la cliercbent, lui portent, dans le réduitoù souffre le pauvre, lesconsolations, l’assistance et les remèdes. Malgré les nombreux hôpitaux où chaque maladie trouve untraitementspécial, il existe à Rome des dispensaires, etplusieurs associations ontpour but de soigner l’indigent en ^a demeure. Les secours à

' Etudes statistiques, l ti, p HS.

domicile sont avec raison placés, par les économistes, au premier rang des modes de bienfaisance; mais cette juste préférence les a conduit à blâmer Tinstitution des hôpitaux, et il m'est impossible en cela de partager leur opinion. Je crains qu’une certaine poésie sentimentale — si ce mot est permis en pareille matière — n’ait égaré quelques écrivains au cœur sensible, en leur faisant transporter dans une sphère où généralement elles ne se trouvent pas, des jouissances ou des craintes, dont la misère s’affecte très peu.

li'hôpital est un triste séjour, sans doute; l’abandon, l’aspect continuel de souffrances et d’agonies, le contact journalier d’étres inconnus, contrastent douloureusement avec les consolations et le bonheur d’un doux intérieur de famille. Mais d’abord, le pauvre n’a pas toujours une famille; souvent il trouve à peine où reposer sa tête, ou bien dans l'humble asile de ses nuits, l’attendent une solitude désespérante et un grand vide de cœur. Et lors même que l’indigent malade se verrait environné de ses fds, de sa femme, de ses parents, quand ceux-ci sont occupés à le soigner, ils ne travaillent pas, et de là liait une double misère; leur ignorance des préparations médicales leur fait commettre des erreurs dangereuses, et leur imprudence les fait pécher sans cesse contre l’hygiène et enfreindre le régime. Toute une famille pauvre loge et travaille quelquefois dans une seule chambre, et alors le bruit des métiers, les cris des enfants, le tumulte du ménage, brisent la tête du malade; la malpropreté nuit à sa guérison. El puis, gardons-nous d’exagérer la per-

feclioiî de rJiomnie et osons dire franclieinent les clioses telles qu’elles se passent. La misère et la soiilfrance aigrissent souvent le caractère, déforment le cœur et disposent aux sentiments vils et égoïstes. Pour dix personnes qui, très malheureuses elles-mêmes et ayant sans cesse sous les yeux un être, ménKî affectionné, dont la douleur et les exigences aggravent leurs propres infortunes, sentiront s’exalter en elles le dévouement et la générosité, cent peut-élre se trouveront jetées, par les memes circonstances, dans un sentiment d’indifférence et de dureté. C'esl^ là ce qui arrive trop souvent chez le pauvre; car, s’il est malade, il ne souffre pas seul : ses besoins pèsent sur tous ceux qui l’entourent; inutile, à charge, ruineux, on le rudoie , on n’a pour lui ni attention , ni bienveillance.

Dira-t-on que c’est précisément l’habitude de se débarrasser , au moyen de l’hôpital , ■ des membres gênants de la famille, qui produit chez le pauvre cet effet si déplorable et immoral? Eh mon Dieu ! non, c’est un sentiment naturel développé par l’irrascibilité qu’excite le malheur; c’est un défaut d’éducation ; c’est enOn une de ces tristes inflrmités morales qu’il faut savoir reconnaître , — sans calomnier l’humanité que l’on ne doit ni mépriser, ni transtigurer— surtout quand l’on s’occupe des pauvres , dont on ne peut exiger plus qae ne le comporte leur position. Loin de moi la pensée de justiûer par une sorte d’influence fatale de la misère, des dispositions que l’honneur, le devoir et la religion condamnent; mais je dis seulement des faits pour que Lon comprenne qu’il ne faut pas trop accorder au bonheur

qu’éprouve le pauvre à être soigné dans sa famille, car certes dans les hôpitaux, les filles de saintVincent de Paul, anges de charité dont la grâce ne se dément jamais, valent bien pour lui des sœurs ou une mère. Il ne faudrait pas exagérer non plus la puissance des impressions pénibles de l’hôpital , car l’ejffet fâcheux qu’elles peuvent produire sur Timagination malade est plus que compensé par des avantages incompatibles avec le système de secours a demeure. « On a beaucoup discuté, dit un économiste homme d’État dont nous aimons à citer les pensées toujours si justes, sur les mérites comparés des secours à domicile et des hôpitaux. Les hôpitaux, pour le traitement des malades, offrent plus d’économie ; iis permettent d’employer les lumières des médecins les plus renommés ; mêmes avantages sous le rapport de Tordre et de la dépense que dans les grands établissements d’industrie. Une vaste manufacture peut livrer ses produits à meilleur marché qu’une foule de petites fabriques;. il en est de même d’un hôpital, il traite plus de malades, le traitement est meilleur et les frais sont moins considérables... Considéré sous le point de vue des impressions morales, l’hôpital avec son isolement et ses terreurs , le cède au traitement à domicile; mais il l’emporte dans toutes les maladies graves, pour les moyens de guérison qui regardent le corps. Comme il faut choisir entre les deux sortes d’avantages et que, malgré la puissance désaffections de Tâine, il importe avant tout quand les organes du corps sont en désordre , d’attaquer le mal physique par les remèdes les plus puissants de la médecine ,

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