DES ÉCOLES DES SOURDS-MUETS
L’avocat consistorial dom Pascal di Pietro, envoya de Rome à Paris dom Thomas Silvestri, pour lui faire étudier, à l’école de r abbé de l’Épée, l’art précieux d’ instruire les sourds-muets. Silvestri saisit en peu de mois la pratique de cette méthode d’enseignement, «et revint à Rome maître consommé, ainsi que l’atteste une lettre que l’abbé de l’Épée lui remit à son départ. La nouvelle école s ouvrit donc en 1784, et comme il arrive à tout ce qui commence, elle fut d’abord peu fréquentée; mais Silvestri mourut vingt ans après sans laisser aucun élève. L’ école serait nécessairement tombée si dom Camille Mariani, choisi pour cette œuvre par la maison di Pietro, ne se fût mis à étudier de son mieux près des sourdsmuets eux-mêmes , ce que son prédécesseur leur avait déjà appris. Il se forma de cette manière une méthode
suivant laquelle il dirigea rétablissement pendant les quarante-deux années qu’il vécut encore. Sur les entrefaites mourut aussi l’avocat di Pietro, laissant avec une rente mensuelle de 10 écus, portés à 15 en 1821 par le cardinal di Pietro, l’obligation de soutenir l’école.
Récemment on a envoyé MM. les abbés Gioazzini et Ralli, successeurs de Mariani dans la direction de l’Institut, étudier à fond la méthode suivie dans cette école de Gènes conduite à une si haute perfection par les soins zélés de M. Assarotti , et certainement désormais nos sourds-muets seront beaucoup mieux élevés.
L’école se tint long-temps dans la maison meme de l’avocat di Pietro. Léon XII lui donna la jouissance de deux salles de rarchi-gymnasc romain, l’une pour les hommes, l’autre pour les femmes. Aujourd’hui, du consentement de l’illustre famille di Pietro, à laquelle est due pour ce généreux sacrifice une éternelle reconnaissance, la sacrée congrégation des études a pris l’œuvre sous sa direction, et l’on songe à en transférer le siège dans un local plus vaste, afin d’en former non-sculcment une école, mais une communauté. Il faut bien qu’une telle institution se complète, et que Rome ne soit pas au second rang parmi les autres villes, dans une science qui ne tend à rien moins qu’à transformer en hommes et en chrétiens les êtres les plus malheureux, condamnés dans leur état d’abandon à vivre comme des brutes. La sacrée congrégation fera certainement ainsi, de ses ressources le idiis noble usage, puisque l’école de Rome est la seule de ce genre dans les Ktats pontificaux. Schmidt a calculé qu’il y a un sourd-muet sur deux
mille hommes; et dans le fait, Rome entre ses 150,000 Ames ne compte pas moins de 70 de ces infortunés, dont 30 femmes et 40 hommes. En suivant cette proportion, les États pontificaux auraient 1,200 sourds-muets au moins , ce qui donne une importance immense à la seule école que nous possédions pour leur instruction.
Tout l’enseignement d’un sourd-muet consiste à faire pénétrer par les yeux les notions qu’il ne peut saisir au moyen de l’ouïe. Les signes perfectionnés et réduits en métliode le rendent capable de recevoir même l’instruction scientifique.
Le 24 septembre 1830, les sourds-muets de Rome ont donné une séance remarquable dans l’oratoire de Sainte-Marie-dc-la-Paix, où ils se réunissaient alors tous les dimanches pour leurs exercices religieux. Ils fixent preuve de leurs connaissances grammaticales , en déclinant des noms et en conjuguant des vei'bes; puis ils développèrent les devoirs des hommes envers eux-mêmes , envers Dieu, envers leurs semblables. En traitant des devoirs de l’homme envers Dieu, ils montrèrent combien ils concevaient les idées même les plus abstraites , comment ils comprenaient les questions do la Foi, et savaient accomplir leurs actes de rebgion. Ils arrivèrent ensuite à r hommage de la prière, comme moyen d’ honorer Dieu; quelques-uns écrivirent eux-mêmes des oraisons; tous ensemble adressèrent au ciel leurs prières par signes. Quant aux devoirs de l’homme envers soi-même, im sourd-)nuet donna la l’aison de notre existence , et de l’obligation où nous sommes de la conserver pour l’ unique et Ycritable fin de la vie éleriielle. Il fit encore connaitre
nos devoirs envers nos frères, et les moyens de les remplir. Un autre rappela les principaux faits de l’histoire sacrée et profane ; un troisième parla de mathématiques. Enfin quelques élèves proférèrent , bien confusément il est vrai, le son des syllabes et même des mots.