‹ Des institutions de bienfaisance publique et d'instruction primaire a Rome, essai historique et statistiqueChapitre 40 sur 78 · DU CONSERVATOIRE DES MENDIANTES · texte numérisé non relu

DU CONSERVATOIRE DES MENDIANTES

Une pieuse dame se mit, l’an du Jubilé 1650, avec la protection de la duchesse di Latera, à recueillir les pauvres jeunes filles qui erraient, abandonnées, dans la ville, et à les entretenir au moyen des aumônes , plus abondantes encore à Rome pendant les jubilés que dans tout autre temps. L’année sainte terminée, et ces charitables ressources diminuant, l’œuvre n’aurait pu vivre si elle n’eût été soutenue par le Père Pietro-Garavita, jésuite

de grande réputation , qui maintint le conservatoire et l’accrut jusqu’au nombre de tOO personnes. Ces pauvres filles, allant par la ville chanter des cantiques spirituels et recueillir des aumônes, on leur donne le nom de mendiantes, qu’elles portent encore. Elles habitaient, dès l’origine, la rue Tordinona^ mais le Père Garavita partit pour donner des missions à Gênes, sa patrie, et le Père Paolo Mcrcati, prêtre connu pour son intelligente charité, chargé de la direction du conservatoire , celui-ci fut transféré .à Saint-Jean-dcs-Florentins et ensuite à la place Margana. Monsignor Rivaldi, vice-gérant, en 16G0, laissa au pieux institut un legs de 50,000 écus, ce qui l’en fit considérer comme le vrai fondateur. Avec 22,000 écus on acheta le palais et le jardin du cardinal Pio, près du Colysée, où est aujourd’hui le consenatoire.

Le Père Paolo y introduisit de nombreux travaux en soie, franges, cordons, bas, gants et autres objets de fil et de coton; mais l’établissement devint surtcfit célèbre par la fabrication des tissus de laine, dont l’introduction avait déjà été inutilement tentée à Rome, par les papes Pie V, Sixte V et Urbain VITI. On commença par les demi-laines, pour les vêtements des pauvres, et on arriva graduellement à des travaux plus importants. Un teinturier français leur donna une grande impulsion, en enseignant l’art de rendre les nuances cramoisies à la manière de France. Clément IX pour encourager celte industrie lainière, défendit l’introduction des produits étrangers et accorda au conservatoire le privilège de fournir des draps à la garde Suisse du pape et aux galé-

riens de Rome, Porto-d’Anzoet Civita-Vccchia. Père Paolo mourut le 7 août 1G90, après avoir cousacréQO ans au bien des pauvres, en dirigeant leurs bras vers des travaux utiles. Le conservatoire fut dans la suite dirigé par uue congrégation de douze députés et d’un prélat; il dépend aujourd'hui du cardinal Dataire, représenté par un député ecclésiastique et par un autre, laïque. Le cardinal admet les orphelines qu’ il juge dignes de cette faveur, et selon la coutume romaine, on les garde jusqu’à leur mariage ou leur entrée dans un eouvent.

La communauté compte aujourd’hui 90 personnes occupées des travaux de leur sexe et surtout d’ouvrages en eoton ; les orphelines ne travaillent plus la laine parce que, dit-on, leur santé s’en trouvait mal et qu’elles n’y pouvaient suffire ; comme malgré cela le conservatoire a toujours le privilège de fournir des draps au gouvernement, il les fait fabriquer à son compte. Le produit que les jeunes fiUes tirent de leurs occupations leur appartient, à la charge de se pourvoir de vêtements, excepté de celui d’uniforme qui leur est donné par l’établissement. Il se compose d’un corsage de couleur cendrée et de deux voiles, dont l’un couvre la tête, l’autre tombe sur les épaules. Le conservatoire établi dans un beau palais, est sans doute le plus vaste de tous ceux de Rome. Quelques salles où travaillent les drapiers sont ornées de riches peintures; un grand jardin planté d’arbres, offre beaucoup d’agrément et pourrait aussi être fort utile. Les revenus montent à 5,300 écus, dont le trésor donne 4,512.

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