‹ Des institutions de bienfaisance publique et d'instruction primaire a Rome, essai historique et statistiqueChapitre 6 sur 78 · XL IX · texte numérisé non relu

XL IX

loi ; Qu’il n’y ait point de mendiants et d’indigents parmi vous'. » Cependant le travail, préservatif puissant contre la misère, ne sufflt point pour empêcher la pauvreté. Il faut encore relever celui qui tombe , donner du pain à celui que la faim meurtrière tourmente , un remède à celui qui souffre, car la prévoyance en défaut n'a de salut que dans la charité; c’est pourquoi saint Paul en place le conseil immédiatement après l’ordre du travail , si guis non vult operari nec manducet ... vos autem fratres nolite deficere benefacientes. Il faut, dit-il ailleurs, que l'abondance du riche subvienne au dénuement du pauvre et rétablisse l'égalité; et l’Évangile n’est qu’un recueil des paroles incomparables que Jésus ne se lassait pas de prononcer sur la charité, et sa voix n'est jamais si douce que quand il parle du fraternel amour.

A aucune époque, sans doute , ses divins préceptes ne reçurent Une plus magnifique application qu’au premier âge de l'Église, alors que les croyants n’avaient ensemble qu'un cœur et qu’une âme; alors que tout , se partageait entre eux, qu’ils possédaient comme ne possédant pas, ainsi que parie saint Paul, c’est-à-dire, quand la fortune de chacun , simple usufruit dans ses mains, était à la disposition de ses frères. Eh bien, ce qu’il faut observer à cette époque , c’est l’ordre et l’organisation établis dans la distribution des secours. L’aumône manuelle n’existait pas , elle devait passer par le canal de l’association. Si le chrétien enflamme d’amour pour ses pauvres frères et inspiré par cet axiome divin , bienheureux les pauvres volontaires ,

‘Proposit. XII.

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les pauvres en esprit , vendait ses biens pour en donner le prix, il n’en disposait pas lui-méme selon les désirs de sa volonté propre ou les vues de sa prudence individuelle , mais le remettait aux apôtres chargés de le répartir ensuite suivant les besoins ; les aumônes se centralisaient à leurs pieds, ante pedes apostohrum', pour rayonner delà avec plus d’intelligence et d’utilité. Et quand la multitude des fidèles croissant et s’élargissant, ces soins administratifs vinrent à surcharger les apôtres, contraints d’y renoncer pour ne pas nuire à la prédication, ils les jugèrent si importants, qu’ilsen firent un ministère spécial, et le confièrent à un ordre immédiatement inférieur au sacerdoce en hiérarchie ; des diacres furent élus pour présider à la distribution des secours. Les quartiers d’une ville se subdivisaieuten£?iacoml?f, vrais bureaux de bienfaisance, à chacun desquels était préposé un diacre de qui le pauvre de chaque circonscription recevait directement l’aumône. On sait la belle histoire du diacre Laurent qui, pressé par ses persécuteurs de leur livrer les trésivrs de l’église, les conduisit dans la salle attenante à l’église où étaient réunis tous les pauvres confiés à sa garde.

Plus tard, ce principe d’association fut sauvé du déluge barbare, dans l’arche des monastères, et il est facile d’en suivre la trace au moyen-âge, jusqu’aux temps ou l’industrialisme et la philosophie voulurent s’en faire honneur.

Mais serait-il donc si vrai qu’aujourd'hui la bieiilaisance catholique est dépourvue de discernement

.4ci. -iposf , V, 55.

et privée d’organisation? C’est à elle que l’on doit ces congrégations religieuses qui tiennent le monde étonné captif sous le réseau de leur charité. Chaque jour des associations naissent, s’affilient, se propagent dans tous les rangs de la société, afin dédoubler par l’union des forces vouées au même but. En France, à Paris surtout, que d’œuvres de ce genre dont les économistes qui désespèrent de la charité seraient bien étonnés, sans doute, d’apprendre l’existence! Leur dénombrement ne figure pas dans les statistiques, parce que la modestie les couvre et que leur dévouement ne cherche point les louanges ; mais pour l’honneur de la foi qui les inspire, il serait bon, peut-être, qu’elles fussent plus connues.

Y a-t-il là cependant un point de résistance assez fort, un principe assez énergique de répression pour arrêter l’invasion du paupérisme'? Oui, si tous les hommes de cœur et de volonté s’associent pour instruire l’enfant du pauvre et l’ouvrier, pour prévenir la misère et pour la secourir quand on n’a pu l’évi-

’ I' Pour juger ce que le développement général de l’esprit d’association appliqué à la charité pouiTait produire d’admirable, de merveilleux en France, nous n’avons besoin que de rappeler seulement la proportion qui existe dans ce royaume entre la population totale et le nombre d’indigents. Ce rapport est de 20 à c’est-à dire qn’il existe un indigent sur vingt habitants. Or, si dixneuf personnes riches ou plus ou moins aisées se réunissaient pour secourir, chacunes suivant leurs moyens, un de leurs frères malheureux (et si cette réunion est difficile  obtenir, elle n’est pas du moins matériellement impossible) ; si, disons- nous, chaque indigent pouvait devenir l’objet de la sollicitude spéciale et exclusive de dix-neuf de ses concitoyens, l’extinction de l’indigence ne serait-elle pas opérée par cette généreuse association ? On pourrait l’obtenir sous d’autres fonnes, mais ce ne peut être que le même principe, et si l’on regardait un tel projet comme une utopie, ne faudrait-il pas du moins chercher à s’en rapprocher le plus possible <• Villeiieiivc, t. 2, p 532.

1er; car ces trois choses, inslruelion, prévoyance, aumône, sont intimement unies et doivent marcher dans cet ordre a la con(|UÔte du bien-être, contre les trois ennemis qui correspondent à ces vertus, ignorance, inconduite, abandon. La seconde relève plus particulièrement de l’économie sociale à laquelle il appartient de prévenir la pauvreté par la diffusion des productions nationales, par une plus juste répartition du salaire, par l’application aux besoins des classes ouvrières des progrès des sciences. Là est le vrai terrain de l'économie politique; la bienfaisance se charge plus spécialement de rompre le pain qui nourrit Pâme et celui qui soutient le corps au peuple, et de lui donner cette double aumône de l'intelligence et de la vie. Mais la charité, la science économique et la morale ne peuvent se séparer I une de l’autre; elles s’enlr’aident , se suppléent, s’harmonisent; leur marche est parallèle et leur but est semblable, c’est celui que Bossuet indiquait comme la fin de la société sur cette terre, rendre la vie commode et les hommes heureux, heureux par l’instruction morale et par ce sentiment religieux et calme qu’inspire une douce aisance.

Le principe de l’association semble devoir être le salut de la France, non-seulement en matière de charité , mais au point de vue industriel et politique , pour l’organisation du travail et la constitution des pouvoirs publics. C est d union, par-dessus tout, et d’ensemble qu’a soif notre société; désolée par I individualisme, affaiblie par cette division de ses forces et brisée dans sa puissance par ce fractionnement à l'infini, elle gémira dans le malaise et la souffrance

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