‹ Des institutions de bienfaisance publique et d'instruction primaire a Rome, essai historique et statistiqueChapitre 7 sur 78 · LUI · texte numérisé non relu

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tant que cet Isolement de chacun de ses nienihr< s n'aura pas fait place à la combinaison des efforts de tous. Le rêve de tous les publicistes raisonnables qui veulent appeler le peuple au partage de b souveraineté, c'est, avanttoute concession de droits politiques, de le hiérarchiser en un ordre qui présente garanties et sécurité; le but des économistes qu’effraient les suites de la concurrence illimitée , c’est encore de créer pour l’industrie un concours régulier où les efforts de l’ouvrier ne seront point en lutte avec les spéculations de l’entrepreneur et en disproportion avec la consommation. Il est possible, en effet, d’imaginer et de réaliser un ensemble social dans lequel, par la vertu de l’association, tout homme se ralliera forcément à une corporation d’arts, de métiers, de fonctions publiques, de propriété, d’occupation quelconque, non plus avec les privilèges et les prohibitions de l’ancien régime, mais sous le nivean d’une haute et saine égalité. Que les droits politiques soient accordés seulement aux membres de ces corporations, et la classe des inutiles et des dangereux diminuera sensiblement par la crainte de cette impuissance el de ce néant; que cette organisation de l’industrie se réalise, et le commerce n’offrira plus le triste spectacle d’un combat à mort entre gens qui ne peuvent arriver que par la ruine de leurs voisins, et pour les- (|uels il ne peut y avoir de pi-ogrès et de fortune qu’à la condition d’étouffer leurs concurrents.

Mais n'oublions pas que nous nous occupons spécialement ici de charité. Les pages précédentes ont lait ressortir les avantages de l’association appliquée aux œuvres de bienfaisance; nous sommes heureux

(I lippuyer nos faibles paroles de l'autorité, puissante et aimable à la fois, d’un des plus dignes évêques de France qui, au nom de sa charge pastorale et non comme simple théorie, a développé les obligations et les conséquences du principe de C association considéré dans son application à la charité.

Monseigneur l’évêque deRodeza, dans son mandeinentpour le carême de-ISSO, abordé ce grand sujet avec une profondeur et unejustessed’idées que relève l’éelat du style et que pénètre Fonction sacerdotale. Nousnesaurionstrop vivement recommander la lecture de cette remarquable instruction pastorale, de source non suspecte pour un catholique, et bien capable do détruire les préjugés que conservent encore contre la bienfaisance organisée quelques âmes religieuses; nous ne pouvons même résister au plaisir d’en citer ici quelques fragments. Après avoir loué en commençant, comme le faisait saint Paul en tête de scs épîtres, la charité de ses diocésains, le vénérable prélat fait un retour sur le peu d’effet qu’elle produit : n D’où vient donc, s’éorie-t-il, que tant d’infortunés manquent de secours ou n’en reçoivent que d’insuffisants? d’où vient que tant de souffrances restent sans soulagement, que tant de pauvres étalent le déchirant spectacle de leur indigence dans nos rues et sur nus places publiques, et assiègent de leurs lamentations suppliantes la porte de nos maisons et de nos églises? Nous ne tairons pas la vérité, puisque cette vérité peut être utile. Le mal, le grand mal, c’est que notre charité individualisée, fractionnée et amoindrie par ses maigres proportions, opère isolément au lieu d’agir avec celle force, cet ensemble, celle inlelli-

{•eiice que lui donucraienl le concours des volontés et la concentration des ressources. Déjà des voix connues du pays et amies du pauvre, ont fait entendre à ce sujet des paroles généreuses. Quand rhumanité met en lumière des idées sages et élevées, c’est un devoir pour la religion de lui prêter son appui, et Nou.s remplirons ce devoir d’autant plus volontiers, que le vœu de l'humanité est ici de tout point conforme à l’esprit de l’Évangile. N’en doutez point, Nos très chers frères, le moyen le plus eflicace. Nous ne disons pas d’éteindre la mendicité , question d’économie politique dont nous n’avons point à Nous occuper. Nous ne disons pas de n’avoir plus de pauvres, car, selon la parole du Sauveur, qui n’est que l’expression d’uue nécessité sociale ' , il y aura tou-

' Je demande pardon à Mgr l'évéque de Rodez si je relève dans rette note la fausse iiiterprétatiou qu'il me semble faire d'un passage de l'Kvangile. Sans doute le monde sera toujours possédé par la douleur, la soulfrance morale et physique, les |ieines du cœur; mais il peut se faire que la pauvreté telle que nous la connaissons, e'est-à-dire le dénuement absolu d'un homme, à l’entretien duquel un atitre est obligé de subvenir, ne soit pas éternelle, et qu'une forme sociale permette, dans l'avenir, à chacun de vivre du fruit de son travail, il ne faudrait donc pas opposer, comme riii de non recevoir et avec l'autorité du livre sacré, quelques mots mal compris, à un ordre de choses désirable, possible, auquel as- |>ire la science economique. Mgr l’évéque de Rodez doit comprendre mieux que personne les immenses inconvénients qu'un tel abus pourrait avoir. Jésus ne formule pas en axiûme la nécessité sociale de la pauvreté, il constate un fait. C'est d'abord une assez étrange traduction que de prendre le présent pour le futur et de dire vous aurez toujours des pauvres, au lieu de direcoi/^ avez toujours des pauvres parmi vous; le sens est tout dilférenl. Tne femme versait un parfum précieux sur les pieds du Sauveur, scs disciples s'indignent de cette profusion et ils se disent entre eux : Pourquoi perdre ainsi nue liqueur dont le prix eiit pu être distribué aux pauvres. Mais Jésus leur dit : .\c reprochez rien .i cette femme ; elle a fait envers moi une bonne action, car vous avez toujours des pauvres avec vous, mais moi vous ne m’avez pas

jours des pauvres au milieu de mous, malgré tous nos progrès et nos perfectionnements ; mais le moyen le plus efficace de faire que les pauvres soient secourus avec discernement et dans la mesure de leurs besoins, -^'est de former dans chaque localité un peu considérable, un fonds commun administré par des mains dévouées et intelligentes où viennent se verser toutes les libéralités privées. La puissance du nombre jointe à Tunité de vues et d'action, à tel objet qu'elle s’applique , est la première des puissances et ne connaît de limites que celles du possible. On s‘*associe dans un intérêt d’industrie; et les marais se dessèchent, et des champs jusqu’alors infertiles se couvrent de moissons et de troupeaux; les roules s’alignent, les canaux se creusent, les vallées sont comblées, les montagnes s’aplanissent, de nombreux débouchés s’ouvrent à la circulation des produits, et la terre, déchirée dans ses plus profondes entrailles, se laisse arracher à regret des trésors qu’elle avait voulu soustraire à notre avidité. On s’associe pour l’extension du commerce, et les capitaux s’agglomérant appellent la confiance et centuplent le crédit. Les continents, les îles les plus éloignées se rapprochent par les barrières mêmes qui semblaient les séparer; les vaisseaux sillonnent dans tous les sens les vastes mers, et nous apportent en échange de notre or et de nos n)archandises, les richesses de toutes les nations. Le dirai-je?

toujours xxvi, 11). Evidemment le Christ veut dire : Je

vais vous quitter, et après mon retour au ciel, vous aurez encore matière à exercer votre charité, tandis nue je ne pourrai plus rece voiries témoignages de votre amour. Mais il siiltit de lire ce passage pour sentir qu’il n’imjtose ni l’ordre ni la nécessité d’avoir toujours des pauvres.

oti s’associe pour le triomphe d’une théorie, pour la propagation d’une idée, d’un principe, d’un système, et cette idée, ce principe , ce système , souvent aussi taux en lui-méme que désastreux dans ses résultats, marche, vole, s’étend avec la rapidité de la flamme , au risque d’ébranler le monde et de couvrir la terre de deuil et de ruines. Pourquoi ne s’associerait-on pas pour la bienfaisance , pour la charité . dont le propre caractère est de relier et d’assimiler les hommes, comme on s’associe pour le mal, ou du moins pour des avantages qui, tout appréciables qu’ils peuvent être , ne valent certes pas le bonheur de sauver, d’adoucir la vie de ses semblables, d’apaiser la faim, d’étancher la soif, de vêtir la nudité, de sécher les larmes de cette multitude d’infortunés qui languissent de souffrances et de dénuement?... En s’emparant de cette idée féconde , la religion ne fait que reprendre un bien qui lui appartient en propre. C’est en vain que lesiècle prétendrait la revendiquer comme une de ses plus heureuses conceptions, et compter au nombre de ses plus brillantes conquêtes un emprunt visiblement fait à nos doctrines. Le principe de l’association est tout évangélique. Il domine dans nos croyances, dans nos maximes, comme dans les faits accomplis par le christianisme... Telle est donc la grandeur de votre religion , ô mon Dieu, que tous les éléments de puissance , de force , de gloire et de prospérité émanent de son sein comme de leur source; que toute idée bonne , généreuse et vraiment utile à rhumanité lui doit être rapportée comme à sa cause première, et que quand l’orgueil humain s'applaudit d’avoir découvert quelque principe nouveau fécond

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en larges applicalions, et s’extasie devant cette création de son génie, il se trouve, dès qu’on le considère de près , que cette découverte si vantée n’est qu’un faible reflet, une pâle copie et quelquefois une misérable contrefaçon de la pensée chrétienne. *

Monseigneur l’évêque de Rodez, après avoir répondu à toutes les difficultés d’exécution et à toutes les objections de principe que soulève son projet, propose la création, dans chaque localité importante, d’une commission centrale formée d’hommes dévoués qui, recevant les souscriptions particulières, les distribueraient suivant la mesure des besoins et les règles de la prudence. « I^a loi , il est vrai , dit-il , a prévenu ce vœu, du moins en partie, par rétablissement des comités de bienfaisance. Mais si le législateur peut en cette matière formuler un corps de réglements, il n’appartient qu’à la religion défaire descendre du ciel le feu qui doit l’animer. Que la religion donc, que la charité interviennent pour sanctiûcr ces institutions ! qu’elles les réchauffent sous leurs ailes, qu’elles les pénètrent de leurs célestes influences, et que, les couvrant de leur vertu puissante, elles leur soufflent l’ânie, le mouvement et la vie. Avons-Nous trop présumé de Notre créditauprès de vous , N. T, G. F., en espérant que ce projet ne seia pus un vain rêve, et que , grâce au concours de vus pasteurs , de tous les pieux fidèles et de tous les hommes de bien , nous pourrons le voir se réaliser pour la plus grande gloire de notre sainte Foi et pour la plus grande consolation de riiumanité!... Et que faut-il pour que l’exemple soit donné? des préliminaires bien sim|)les. Qu’une commission s’organise;

(]ue quelques tiomines de «èleet d’expérience, el notamment ceux qui, à toutes les époques, ont géré les intérêts de la cité , mettent en commun leur crédit et leur influence , que des listes de souscription soient ouvertes sous leur honorable patronage, et le succès de l’association est infaillible, et la liste civile des pauvres est votée. Pour Nous, N. T. C. F., qu’on ne Nous suppose ici d’autre ambition que celle de faire prévaloir une idée que Nous jugeons utile. Nous ne trouvons, ni dans nos loisirs ni dans nos attraits, de motifs qui nous portent à sortir du cercle de nos sollicitudes habituelles. Nous ne voulons être, dans cette sainte entreprise, que la voix qui la prêche, que la main qui la bénit, et nous ne demandons d’autre grâce et d’autre honneur que d’inscrire notre nom avec les vôtres sur cet autre livre de vie, ou tout ce qui souffre et gémit puisera une existence moins amère. Nous nous sentons soulagé d’avoir déposé notre pensée tout entière dans le sein de votre charité. Nous la laissons, pour parler avec le sage, dans la main de votre propre conseil. »

.le ne sais si le projet dont la cause a été si cbaleul’cusement plaidée par le digne prélat, a reçu dans le diocèse de Rodez un commencement d’exécution; mais le bien moral n’en est pas moins opéré , une voix épiscopale a proclamé le grand principe de l’association, et l’on ne pourra plus dire après ce solennel exemple, que la charité catholique est ennemie du discernement et favorise Ic.s libéralités individuelles. Il appartenait d'ailleurs à monseigneur (iiraud, dont l'esprit est si élevé et le talent si connu, de donner l'impulsion qui a fait sortir, ces années dernières, les

évéques de France, dans leurs inandeinenls, des banalités, si l’on me permet ce mot , d’une pure amplification de moraliste. Quand une fois par an, l’évêque écrit une apostolique adressée à tous ses diocésains , il semble que ce doit être non pour répéter des choses que l’on est exposé à entendre chaque dimanche au prône de sa paroisse, mais pour traiter des sujets d’une utilité durable, d’un intérêt général, sur lesquels s’exerce l’opinion publique, et qui prouvent en même temps que les pasteurs des peuples savent aussi se préoccuper des questions sociales et suivent le mouvement de leur siècle.

L’essai sur les établissements de bienfaisance etd’instruction prim.' ire à Rome correspond aux trois points importants de l’économie politique que nous signalions plus haut, et découvre ces trois aspects d’une même chose, en développant les institutions romaines d’enseignement, de prévoyance, de guérison. L’auteur observe lui-même dans sa préface , qu’il aurait dû peut-être les disposer suivantcet ordre rationnel, mais pour des motifs qu’il explique, il les a rangés selon la primauté et la chronologie de leur naissance. La souffrance physique étant de tous les n)aux de l’homme celui qui frappe le plus vivement et d’abord les regards, la maladie a reçu les premiers secours; le premier livre de l’ouvrage est donc consacré aux hôpitaux. La descri|>tion que monsignor Morichini a faite de chacun d’eux me disj>ense de tout détail, et je me borne à quelques idées générales.

Entre les hôpitaux de Rome, il en est deux dont la nature et l’objet sortent de l’ordinaire destination des établissements de ce genre, ('elui de Saint-Roch

est une maison d’accouchement ouverte gratuitement à toutes les femmes, qui peuvent y ensevelir dans le plus mystérieux silence le secretdeleurfaute en même temps qu’elles y trouvent tous les soins qu’exige leur état. Il a été formé on -1 770, long-temps avant celui de Vienne, suivant les règles mêmes théoriquement tracées depuis lors parM. deGerando pour ces asiles de maternité. « La maison d’accouchement, dit-il, sera située dans un lieu écarté ; les personnesqui y sont admises seront libres de ne déclarer ni leur nom ni leur domicile ; le registre des déclarations sera tenu secret dans tous les cas; les employés et tes servileursdel’étahlissement se feront un devoir de respecter ce secret : les étrangers ne seront point admis dans les salles...' s Telles sont les précautions délicates prises à Rome pour sauver l’honneur des familles et surtout pour éviter l'infanlicide, en offrant à la mère soins et abri pour les jours douloureux de ses couches, silence et pardon pour elle, sécurité sur le sort de son enfant. Au premier abord un pareil refuge étonne et semble favoriser le vice; aussi l’école anglaise l’a vivement blâmé, comme coupable à ses yeux d’exciter aux mariages imprévoyants, d’arrêter l’effet de la contrainte morale et de seconder par là même l’accroissement de la population.» Mais dans cette question la charité semble devoir l’emporter dans la balance. Or la charité ne peut jamais sacrifier à des éventualités éloignées le soulagement d’une nécessité immédiate et urgente , (elle que la conservation d’une mère et de son nouveau-né. Un excès de |)opulalion

■ Vêla Bienf. publ , t. 4, p .ï7S.

est suiis doute un {;rai>d malheur pour la société; mais le relus de secours dans une eireonstanre semblable, serait une grave infraction aux lois de la retigion et de la charité chrétienne ; entre ces deux extrêmes, il n’est pas permis d’hésiter. loi d’humanité est au-dessus de la loi économique » Nous éloignons du reste de quelques pages une plus ample réponse à ces reproches, les pensées qu’ils soulèvent se rattachant à un ordre d’idées qui trouvera naturellement sa place un peu plus loin.

Ün autre hôpital, celui des convalescents, réalise une des inspirations les plus aimables que puissent faire naître l’amour et la sollicitude envers la souffrance. Pour peu que l’on ait fréquenté quelques hôpitaux, on sait combien il est triste d’en voir sortir souvent des être faibles , renaissant à peine à la vie, mais qui ne sont plus assez malades pour que l’hospice les conserve jusqu’au retour parfait de leurs forces, au préjudice quelquefois de douleurs plus instantes et de besoins plus urgents. Ils se trouvent tout à coup au milieu de toutes les nécessités de la vie, sans épargne, sans asile, sans moyen de subsistance ; rien n’est venu durant la maladie alimenter leurs ressources, qui se sont par cela même amoindries ; In faim les presse, et il se sentent incapables de travail, ou s’ils veulent reprendre leurs fatigantes occupations, une recbule les jette de nouveau sur le lit de douleur et rend leur guérison lointaine ou impossible. On sent vivement alors pour eux la nécessité d’un asile intermédiaire, d’un lieu de transition qui

' Villfiionvc-liatg., I>u pauper , I 3, |). 34.

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ne soit |>lus l’Iiôpital, et ne soit pas encore la famille; Home l’a comprise et réalisée. « La charité chrétienne, dit M. de Tournon, qui d’une main si libérale y a établi des étahlisscmerrts où les malades trouvent des secours, a complété son œuvre par une fondation que doivent envier toutes nos grandes villes. Sur les bords du Tibre, s’élève un vaste etlwau bâtiment destiné aux convalescents, c’est-à-dire à ceux qui, dans les hôpitaux , ont atteint le moment où les remèdes sont inutiles, et pour qui un air pur, une nourriture saine, l’absence des travaux et des soucis domestiques, sont les uniques besoins. Le convalescent , reçu dans la maison Délia Santissima-2'rinita-de' -Pellegrini ^ loin des images funèbres qui dans les hôpitaux assiégeaient son lit , ouvre son cœur à l’espérance et à la joie , et peu après la société le recouvre dans un état de santé alTermi et prêt à lui être utile. Il est à remarquer que cet établissement fondé en -1548 , par saint Philippe-de-Néri, a |)récédé tous les autres de même nature, puisque celui de la Samaritaine, dont se vantent les Anglais, n’a été fondé qu’en ^79^ »

A côté de ces asiles permanents où la douleur est îulmiseet soulagée, seplacent d’autres œuvresqui vont au-devant d’elle, la cherchent, lui portent, dans le réduitüù souffre le pauvre, lesconsolations, l'assistance et les remèdes. Malgré les nombreux hô|)itaux où chaque maladie trouve untraitementspécial, ilexisteà Rome des dispensaires, etpiusieurs associations ontpour but de soigner l'indigent en ^a demeure. Les secours à

' Etudes statistiques, l 2, p HS.

domicile sont avec raison placés, par les économistes, au premier rang des modes de bienfaisance; mais cette juste préférence les a conduit à blâmer l’institution des hôpitaux, et il m’est impossible en cela de partager leur opinion. Je crains qu'une certaine poésie sentimentale — si ce mot est permis en pareille matière — n’ait égaré quelques écrivains au cœur sensible, en leur faisant transporter dans une sphère où généralement elles ne se trouvent pas, des jouissances ou des craintes, dont la misère s'affecte très peu.

I.'hôpital est un triste séjour, sans doute; l'abandon, l'aspect continuel de souffrances et d’agonies, le contact journalier d’êtres inconnus, contrastent douloureusement avec les consolations et le bonheur d’un doux intérieur de famille. Mais d’abord, le pauvre n’a pas toujours une famille ; souvent il trouve à peine où reposer sa tète, ou bien dans l'humble asile de ses nuits, l’attendent une solitude désespérante et un grand vide de cœur. Et lors même que l’indigent malade se verrait environné de ses fils, de sa femme, de ses parents, quand ceux-ci sont occupés à le soigner , ils ne travaillent pas, et de là nait une double misère; leur ignorance des préparations médicales leur fait commettre des erreurs dangereuses, et leur imprudence les fait pécher sans cesse contre l’hygiène et enfreindre le régime. Toute une famille pauvre loge et travaille quelquefois dans une seule chambre, et alors le bruit des métiers, les cris des enfants, le tumulte du ménage, brisent la tète du malade; la malpropreté nuit à sa guérison. Et puis, gardons-nous d’exagérer la per-

fecliüii de l’homme et osons dire frimcliement les choses telles qu’elles se passent. I.a misère et la soulfrance aigrissent souvent le caractère, défortncnt le cœur et disposent aux sentiments vils et égoïstes. Pour dix personnes qui, très malheureuses elles-mêmes et ayant sans cesse sous les yeux un être, même affectionné, dont la douleur et les exigences aggravent leurs propres infortunes, sentiront s’exalter en elles le dévouement et la générosité, cent peut-être se trouveront jetées, par les mêmes circonstances, dans un sentiment d’indifférence et de dureté. C’est là ce qui arrive trop souvent chez le pauvre; car, s’il est malade, il ne souffre pas seul : scs besoins pèsent sur tous ceux qui l’entourent; inutile, à charge, ruineux, on le rudoie , on n’a pour lui ni attention , ni bienveillance.

Dira-t-on que c’est précisément l’habitude de se débarrasser , au moyen de l’hôpital , des membres gênants de la famille, qui produit chez le pauvre cet effet si déplorable et immoral? Eh nmn Dieu ! non, c’est un sentiment naturel développé par l’irrascibilité qu’excite le malheur; c’est un défaut d'éducation; c’est enün une de ces tristes iniirmités morales qu’il faut savoir reconnaître, — sans calomnicr l’humanité que l’on ne doit ni mépriser , ni transligurer — surtout quand l’on s’occupe des pauvres, dont on ne peut exiger plus que ne le comporte leur position. Loin de moi la pensée de justifier par une sorte d’influence fatale de la misère, des dispositions que l’honneur , le devoir et la religion condamnent; mais je dis seulement des faits pour que l’on comprenne qu’il ne faut pas trop accorder au bonheur

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