‹ Des institutions de bienfaisance publique et d'instruction primaire a Rome, essai historique et statistiqueChapitre 8 sur 78 · I.XVI · texte numérisé non relu

I.XVI

(ju’éprouve le pauvre à èlre soigné dans sa famille, car certes dans les hôpitaux, les filles de saint Vincent de Paul, anges de charité dont la grâce ne se dément jamais, valent bien pour lui des sœurs ou une mère. Il ne faudrait pas exagérer non plus la puissance des impressions pénibles de l'hôpital , car l’effet fâcheux qu’elles peuvent produire sur l’imagination malade est plus que compensé par des avantages incompatibles avec le système de secours à demeure. « On a beaucoup discuté, dit un économiste homme d’Etat dont nous aimons à citer les pensées toujours si justes, sur les mérites comparés des secours à domicile et des hôpitaux. Les hôpitaux, pour le traitement des malades, offrent plus d’économie j ils permettent d’employer les lumières des médecins les plus renommés ; mêmes avantages sous le rapport de l’ordre et de la dépense que dans les grands établissements d’industrie. Une vaste manufacture peut livrer ses produits à meilleur marché qu’une foule de petites fabriques; il en est de même d’un hôpital , il traite plus de malades, le traitement est meilleur et les frais sont moins considérables... Considéré sous le point de vue des impressions morales, l’hôpital avec son isolement et ses terreurs , le cède au traitement à domicile; mais il l’emporte dans toutes les maladies graves , pour les moyens de guérison qui regardent le corps. Comme il faut choisir entre les deux sortes d’avantages et que, malgré la puissance désaffections de l'âme, il importe avant tout quand les organes du corps sont en désordre , d’attaquer le mal physique par les remèdes les plus puissants de la médecine ,

partout la bienfaisance a fondé de nombreux établissements pour recevoir les malades ; le régime du traitenaent en commun a été adopté dons tous les étals civilisés

Les secours à domicile, lorsqu’ils s’adressent au pauvre valide, sont, comme nous l’avons dit en parlant du principe de l’association, le mode de bienfaisance le plus précieux aux yeux de l’économie politique. Il n’impose aucune condition, n’exige aucun sacrifice de la part du pauvre qu’il vient visiter au milieu de ses intérêts et de ses travaux ; cependant, Borne a ouvert aux indigents non malades de nombreux et magnifiques asiles dont la description forme le second livre de l’ouvrage de monsiguor Moricbini. Le principe qui a guidé Rome dans la création de ces établissements , c’est que la véritable aumône est le travail et que la charité doit le favoriser et non le remplacer. La grande loi du monde, la condition de la vie, c’est le travail et nul n’a droit de s’y soustraire; mais le travail individuel est souvent infructueux , à peine suffisant aux besoins journaliers et à plus forte raison à l’épargne d’un fonds de prévoyance. Voilà cependant la contradiction dans laquelle l'économie politique. enferme rigoureusement l’ouvrier ; par la concurrence elle abaisse les salaires, par l’excitation des désirs elle multiplie les besoins, en sorte que l’ouvrier qui reçoit moins dépense plus, et avec tout cela elle lui refuse les secours de la charité, par la raison qu’il a dû s’amasser un capital de réserve pour les mauvais jours. Mais voilà bien le difficile et l’impos-

' De la Charité, par M. Duchâlel, |>age ISO.

sible. Trop souvent la besogpic manque aux désirs et à la bonne volonté de l’ouvrier le plus honnête , ou bien les charges d’un ménage à entretenir absorbent ses faibles ressources. C’est à ces deux vices du système d’isolement et de concurrence que Rome a voulu remédier en ouvrant de vastes maisons d’industrie où le travail est assuré continuellement à l’ouvrier, et où la vie commune lui économise les frais de logement et de nourriture' . Le salaire se divise en trois parts, dont l’une est pour la maison , l’autre se centralisé pour les besoins généraux et imprévus , et la dernière appartient au pauvre; ainsi, il est entretenu pour un tiers du produit de son travail et un tiers lui en revient franc et net , prêt à être économisé et à commencer une petite fortune. C’est donc moins une aumône pour lui qu’un juste retour; on lui donne, mais en raison de ce qu’il fait. La science économique aimerait mieux voir ces facilités de travail et d’épargne accordées à l’ouvrier chez lui , et il est certain que ces maisons communes d'industrie brisent l’esprit de famille ; mais si leurs avantages combinés avec ceux de la vie ordinaire sembleraient présenter le bien idéal, il ne faut pas perdre de vue que l’on ne peut pas tout réunir et qu’ils ne s adressent , d ailleurs, qu’à la classe pauvre, chez qui, sans eux, ne

. ■. Onpouriait supposer que t’institution des n'a nas été favorisée en Italie par les mœurs locales, cependant le zeîe de la charité religieuse a aussi apprécie la nécessité d un mode de secours qui prévient la fainéantise, ctlli!’ h®!

Tsri utiîe aurmœV propre à soulager l’indigence ; cette

institution remonte même quelquefois à une époque a*®** ’

elle a nris naissance en Italie long temps avant qu on en eût senti l’importance dans les autres contrées de l’Europe ■> (De Gerando, Bienfaisanct puhli(iut % t. 5, p !558).

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régnerait sous le climat de l'Italie , Hucuiie habitude de travail.

Entre tous ces établissements où sont admis tes pauvres valides , ressort et se place au premier rang ce bel hospice de Saint-Michel , < immense édifice bâti sur les bords du Tibre , en face du mont Avenlin, par Innocent XII , Clément XI et Pie VII, et véritablement digne de la métropole de la catholicité , tant par lu disposition noble et régulière des parties qui le composent, que par leur belle et large distribution et un caractère d’architecture mâle, simple et parfaitement analogue à sa destination '«.Dans sa vaste enceinte , sorte de phalanstère réalisé , il réunit quatre communautés, quatre petits mondes à part, où les deux extrêmes de la vie se touchent, où des jeunes gens pleins d’avenir s’élèvent à côté des. vieillards qui viennent souvent y achever leur existence. Il y a certainement en Europe, à Paris surtout, des établissements publics aussi grands et même plus considérables ; mais aucun n'offre un si merveilleux ensemble et une réunion si touchante des objets qui plaisent le plus à l'imagination, ou excitent le plus vivement l’intérêt du cœur. C’est vraiment une création digne du génie des papes , dans ces temps où la puissance et la fortune leur permettaient de donner carrière à leur immense amour du beau et du bien , alors que le luxe de leur générosité et l’ambition de leur grande âme s’épuisaient en gigantesques entreprises.

Sur la rive droite du Tibre, au pied du Janicule ,

' Tmirnon, Études statistiques, t. 2, p, (21.

s’élcndenl les cotfSjti'uctioiis modernes de l'hospice de Saint-Michel. Des cours intérieures environnées de portiques, de vastes salles, des corridors, des galeries divisantles bâtiments, en font comme une petite ville, avec sa population mélangée d’âges et de sexes, avec son activité, son commerce. Ici une fabrique de draps occupe de nombreux ouvriers ; près de là , sur les quatre côtés d’une même cour, rayonnent les portes de dix ou douze ateliers où s’exercent des métiers différents. Dans le quartier des vieillards et des femmes âgées, c’est le repos, le silence qui domine; des occupations faciles, ou bien la promenade, la causerie, les exercices religieux remplissent leurs journées. Chez les jeunes filles règne la joie, la gaîté d’enfants innocentes et rieuses , sans remords et sans préoccupations. Des travaux manuels , les ouvrages d’intérieur d’une femme de ménage, une solide éducation chrétienne et l’instruction les disposent à être de bonnes mères de famille et assurent leur existence. Les arts dans leur plus haute acception, ou les métiers plus humbles, font l’étude des jeunes gens. Ils reçoivent dans l’hospice non-seulement l’enseignement ordinaire des écoles , mais des leçons de chimie , de mécanique, de géométrie appliquée ; la musique cl les sciences littéraires font aussi partie de cette libérale éducation; les beaux-arts en sont l’objet principal, et Saint-Michel compte dans la société bon nombre d’artistes que leur talent et leur conduite ont distingués ; il nous suffira de citer nos deux meilleurs graveurs , MM. Mercurii et Calamata , dont les œuvres envoyées par eux h leur maison nourricière, ornent un des salons de l’hospice où ils furent élevés.

Il cbl délicieux de voir ces ciifunls dans leurs ateliers , les uns nianiaiil le ciseau sur le marbre , d’autres dessinant ou peignant, ceux-ci gravant des camées antiques , tissant des tapisseries liistoriées , assemblant des mosaïques. J’éprouvais un inexprimable plaisir à visiter ces jeunes et cliers orphelins, dont l'extrême politesse et la douce gaîté plaisent et attachent. J’aimais, profitant de l’ample permission qui m’avait été accordée, à m’asseoir près d’eux dans leurs travaux , à suivre les progrès de leurs études et à leur parlerde cetavenir qu’ils désiraient si modeste, et attendaient avec une si touchante confiance. Qui ne se souvient d’avoir vu dans les rues de Rome, les jours de promenade et de congé , ces longues files de jeunes gens aux figures si intéressantes, avec leur longue soutane noire, malheureusement si disgracieuse 1 Privés de leurs pères , ils ont trouvé dans la charité romaine plus qu’une mère qui leur a préparé, dans une éducation chrétienne et l'habitude du travail, une honorable carrière.

M. Drach , savant orientaliste, bibliothécaire de la propagande, a réuni dans un chant hébreux qui respire un parfum biblique , quelques jolies pensées sur Saint-Michel ; il offrit cette ode au Pape, profond hébraïsant comme on sait, un jour où S. S. était venue visiter l'hospice; on voici la traduction ;

« Ici l’époux demeuré sur la terre , seul avec sa vieillesse blanchie, retrouve une famille 'empressée à le servir. Hélas ! les jours de scs enfants oui été tranchés avec les siens et sa compagne chéi io n’est plus, car Dieu l’a jtrise.lci, celle qui a perdu cl son

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nppui cl le doux nom do mère, relrouve une maison. Kilo oublicson veuvage, elles’imagine voircncorc ses enfantsaulour de sa table commedejeunes plants d’o> liviers. Ici le pauvre, victime des vicissitudes du sort, retrouve un patrimoine, et l’orphelin abandonné un toit paternel. Ici les arts et les travaux utiles , honneurs de la pairie , se tendent la main fraternellement. La toile, habilement tissée ou revêtant des couleurs diverses, s’anime sous les doigts créateui-s d’un enfant; son ciseau en touchant la pierre, lui soufilc l’esprit de vie , elle n’est plus immobile , s’agite sur la terre ou s’envole dans les airs! Eh! qui pourrait redire toutes les louanges de ce lieu fortuné? Il fleurit comme le palmier ; comme le cèdre du Liban, il s’élève vers le ciel. »

Je n'insisterai pas sur les détails suffisamment exposés par monsignor Moriebini , de ce bel établissement considéré comme hospice ; mais je veux toucher un point qu’il n’a pas indiqué et qui mérite l’altention. A l’extrémité de l’édilicc est une vaste salle , éclairée par deux grandes fenêtres placées à chaque bout, et entourée de balcons sur lesquels s’ouvrent de petites cellules ; un autel est au milieu de la salle, des métiers sont placés le long de scs parois et des ateliers y correspondent. C’est un véritable pénitencier tel que l’on en voit en Suisse et aux États-Unis , et en entrant on reconnaît sur-le-champ que ces maisons modernes de correction et l’asile pénitentiaire de Rome ont été construits sur le même modèle et d’apÆs le même principe. Clément XI le fit élever en J 705, pour servir de retraite aux jeunes détenus, et voici comment il s’exprime dans sowmntuprnpno du

14 novembre' (|ui 011 iloerèloréreclion, après quelques considérations sur les dangers de mettre des jeunes gens dans des prisons ordinaires ; « Maintenant que la maison nouvelle se trouve terminée, aveeses 60 pctitescellules séparées l’une de l’autre et toutes ensembles dans une grande enceinte ; que près de cette salle des dépendances peuvent servir d’ateliers pour les travaux de draperie et d’autres industries... Nous voulons et ordonnons que tous les enfants ou jeunes gens âgés de moins de 20 ans, qui à l’avenir, pour fautes par eux commises , seront arrêtés , au lieu d’être conduits dans les prisons publiques , soient transportés dans la nouvelle maison de correction ; et comme il y a des enfants de nature perverse quidésobéissentà leurs parents, et parleur méchant caractère accusent de très mauvaises inclinations vers le vice , nous voulons et ordonnons qu’ils puissent être également gardés, corrigés et amendés dans la même maison. — Les détenus seront instruits dans les principes de la vie chrétienne , et apprendront les règles de bien vivre. Nous ordonnons en conséquence aux révérends cardinaux , protecteurs do l’hospice , de députer un prêtre séculier qui devra non-seulcment célébrer chaque jour la sainte messe , mais instruire les jeunes gens incarcérés dans la religion et les choses nécessaires à une vie chrétienne. Nous voulons en outre que des maîtres enseignent aux détenus quelqu'arl mécanique, afin que par cet exercice ils abandonnent riiabiuidc de l’oisiveté et commencent une nouvelle carrière de bonnes mœurs. » Voilà bien le principe, le but, les réglements d’un pénitencier ; ce u’on est pas seulement nue idée vague

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