‹ Des institutions de bienfaisance publique et d'instruction primaire a Rome, essai historique et statistiqueChapitre 9 sur 78 · I.XXIV · texte numérisé non relu

I.XXIV

Jeléc par hasard dans uii livre de Ihéurie , e'esl la réalisation opérée il y a un siècle et demi par un pape, de cotte pensée, qui chez nous, encore à l'étal d'étude et de projet , n’a reçu qu’un faible commencement d’exécution. 11 y a là plus qu'un germe déposé pour mûrir dans son temps, il y a mise en œuvre d’un système et application d’une généreuse volonté de réforme.

Mais Rome n'a point de journaux qui publient scs découvertes et fassent bruit de ses actes; en 1705, d’ailleurs, la réforme des prisons suivant une organisation nouvelle, n’était point encore entrée dans l’opinion publique et pouvait tout au plus préoccuper quelques administrateurs. L’œuvre de Clément XI resta donc ignorée, inconnue aux voyageurs si diserts quand il s'agit de blâmer Rome, et quand à la ûn du siècle dernier, lesÉtats-Luisoffrirentà l’Europe émerveillée leurs nombreux pénitenciers, nul ne douta de l'origine américaine decclte idée venue d’oulre-mer ; le protestantisme s’en fil gloire et personne ne lui disputa son facile triomphe. Mais depuis <|uc l’amélioration du régime intérieur des prisons, soumise à la discussion publique, est devenue en Fronce une préoccupation générale, il était difficile que la vérité ne se fit pas jour et que des investigations sérieuses pour en rechercher l’origine, n’en découvrissent pas la soui’ce.

On crut voir d’abord que cette pensée américaine cl proteâtanlc était tout simplement française et catholique, et un religieux hénédictin parut avoir ilcviné le vrai but de la jH'ine , l’amélioration; le seul moyen de rolitenir, le travail et I isolement.

M. Moreuu-Chi’istopiic, un de nos publicisles cliaritables qui s’est avec le plus de succès et de conscience dévoué à l’œuvre des prisons, écrivait en 4857 : « IjC P. Mabillon est le premier auteur français qui ait écrit ex professa sur la réforme morale des prisons. C’est même à lui , pour le dire en passant , qu’est due la première pensée du système pénitentiaire, pensée toute monastique et toute française, quoi qu’on ait pu dire à ce sujet, pour lui donner une origine génevoise ou pensylvanienne. Je crois du moins en trouver la révélation ou la trace dans ce passage , pour ainsi dire prophétique, d’une dissertation fort remarquable dans laquelle le savant bénédictin développe les moyens de réformer le moral des religieux détenus, et réduit ces moyens à quatre : ï isolement , le travail, le silence et la prière'. — c Pour revenir, dit-il, à la prison de Saint-Jean-Climaque , dont j’ai parlé ci-dessus, on pourrait établir un lieu semblable pour renfermer les pénitents. Il y aurait dans ce lieu plusieurs cellules semblables à celles des chartreux , avec un laboratoire pour les exercer à quelque travail utile. On pourrait aussi affecter à chaque cellule un petit jardin qu’on leur ouvrirait à certaines heures pour les y faire travailler et leur faire prendre un peu d’air. Ils assisteraient aux ofGces divins, renfermés dans une tribune séparée , leur vivre serait plus grossier et plus pauvre, et leur jeûne plus fréquent; on leur ferait souvent des exhortations , et leur supérieur ou <(uelque autre de sa part , aurait soin de les voir eiv

\ Del’ étal des prisons, |>, xviii, iairoil.

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pnrticulicr et de les consoler cl fortifier de temps en temps. Aucun externe n’enlrcrait dans ce lieu , où I on garderait une solitude exacte. Si cela était une fois établi , loin qu'une telle solitude parut horrible et insupportable, je suis sùr que la plupartn'auraient presque point de peine à s’y voir renfermés , quoique ce fut pour le reste de leurs jours »

Le père Mabillon a tracé en effet dans ces lignes sans prétention , une esquisse exacte de la réforme correctionnelle d’après ce mode si catholique de répression qui fait du châtiment le prix de la régération morale. On n’a pas dépassé ces premières vues, cl le plan des maisons pénitentiaires a été tout simplement calqué sur la description imaginaire du religieux de saint Maur; mais celui-ci ne s'était occupé que de la correction des moines; il restait à transporter l’application du principe aux criminels, et à faire passer la réforme du séjour des cloîtres à la vie civile ; c’est ce que fil en créant la prison de saint Michel, le souverain pontifeClément XI. Il serait curieux desavoir lequel de ces deux hommes contemporains cl amis agit sur l'autre ; mais cette part mutuelle d’inlluence est difficile à déterminer. Mabillon avait été, en 4685, envoyé en Italie par Colbert, dans un buta la fois politique cl littéraire , avec mission de fouiller les bibliothèques et d’inspecter aussi , pour en rendre compte au grand ministre , les institutions morales et spécialement les prisons. On pourrait donc penser que durant son séjour à Rome, où il fut si magnifiquement aeeueilli , le savant bénédictin eut

' 0£ucres poslhtiinef, i. 2, i>. 3( 1 cl i-uiv

occasion de développer ses vues sur i’ainélioralioii du système correctionnel devant le cardinal Albani , qui devenu pape, s’en souvint sur le trône et les réalisa. Lepremier pénitencier serait, dans ce cas, français d’inspiration. Ou bien réciproquement, Mabillon écrivit son traité postérieurement à >1703 (il ne mourut qu’en >1707 ) , et alors il serait permis de supposer qu’en décrivant une prison modèle, il avait dans sa pensée celle que Clément XI venait de faire construire et dont il avait pu entendre parier. Peut-être encore agirent-ils tous deux isolément et sans aucunes relations mutuelles ; mais cela n'est pas vraisemblable. Dans tous les cas , le pontife a eu la gloire d’appliquer à la société civile un remède dès longtemps en usage dans l’Eglise, commenous le verrons plus loin.

Quoiqu'il en soit, l’idée du père Mabillon demeura enfouie dans ses volumes in-folio , de même que la créatimi de Clément XI était restée dans l’oubli , et personne, jusqu’à M. Moreau Christophe , ne revendiqua pour lui l’honneur « d’avoir planté le premier jalon dansie champ de la réforme pénitentiaire. » C’était beaucoup déjà de l’enlever à l’Amérique, mais il yavait encore à cn découvrir le véritable berceau.

Choseétrangel une iniperceptiblelimitesépare souvent l’esprit d’une importante découverte; il en approche, la côtoie, semble prêt à la franchir, et toujours un voile de gaze lui en dérobe la vue complète. C’est ainsi que M. de Tournon a décrit la prison cellulaire de Saint-Michel , sans que le mot révélateur de pénitencier soit venu sous sa plume; il a rendu justice aux papes, mais d’une manière générale, appli-

oahle à plusiours autres clioses , et l’exprossion convenable lui a manqué. « Les papes, dit-il , ont devancé le mouvement des esprits vers l’amélioration des prisons.... La maison de détention des femmes placée dans les vastes bâtiments de l’hospice de Saint- Michel , consiste en une immense salle très élevée , éclairée par la partie supérieure de ses murailles , comme une nef d’église. D’un côté s’élève un bâtiment divisé en trois étages , correspondant à autant de balcons appuyés contre le mur intérieur de la grande salle ; et chaque étage est subdivisé en cellules dont la porte s’ouvre sur le balcon. C’est là que couchent les détenues; mais dès le point du jour, elles quittent feurs cellules pour passer la journée dans la salle commune, transformée en atelier. Pendant la nuit, les balcons rendent la surveillance très facile , et dans la safle commune , les détenues sont constamment sous les yeux de la directrice*. » Cette description pourrait sembler celle du pénitencier d’Auburn ou de Lausanne, et au fond, l’honneur d’avoir fourni matière à un rapprochement appartient de droit à M. de Tournon ; mais il ne l’a point exprimé , il ne l’a peut-être pas même aperçu, et huit ans après seulement, un autre écrivain tira de l’existence et de la date de la prison cellulaire de saint Michel la conséquence qui en sortait naturellement.

M. Cerfboer fut, en 4859 , chargé par le ministre de l’intérieur d’une mission à peu près semblable à celle queMabillon avait reçue de Colbert; il fut envoyé en Italie pour inspecter les prisons de la pénin-

' £tud. Sfal, , t. 2 , pag. 111

uule, en même temps que M. Moreau Clirisloplic allait visiter celles d’ \ngleterre etM. Remacle celles d’Allemagne. Dans son rapport nu ministre, M. Cerfbeer a rendu compte avec la franchise et la loyauté de ses convictions, des observations que lui avait suggérées la vue des prisons de Rome. « Je n’hésité pas à croire , écrit-il , (|ue la réforme pénitentiaire est partie de ritalic, du centre même de cette contrée, de Rome, où un pape, Clément XI, fil construire, en 1703, sur les dessins de Charles Fontana , une vaste maison de correction pour les jeunes détenus.

«C’était en effet par les détenus de bas-âge qu’il fallait commencer la réforme : c'était sur des intelligences encore dociles qu’il était nécessaire d’essayer l’effet du système nouveau. La pensée du pape Clément XI est sage autant que catholique, et quand on réfléchit h l’esprit du christianisme , à l’institution de l’Eglise, quand on porte aussi ses regards sur le climat et sur les mœurs de l’Italie , on n’est plus étonné que ce soit un pontife romain qui ait le premier songé à rendre à la vertu , au moyen d’un système cellulaire combiné avec les enseignements de la religion , les jeunes enfants précipités dans le crime sans en connaître l’étendue ou sans en avoir l’habitude. . . » Plus loin il dit encore ; « Le système correctionnel est chrétien, il est catholique; il a pris naissance avec les monastères , un pape l’a baptisé au moment où il le fit entrer dans le monde. L’Amérique ne l’a pas trouvé, l’Amérique ne l’a pas perfectionné; elle l’a emprunté à Gand qui l’avait pris à Milan et h Rome. Oui c’est de Rome qu’est parti le mouvement qui se

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