CHAPITRE m
Non , personne ne peut sérieusement compter sor le protestantisme pour lulfer, soit contre TÉglise, soit contre la révolution.
La philosophie! N'insultons pas à sa détresse; €lle se tient sur la défensive ; elle cherche à se faire oublier. En France elle se tait (i). En Allemagne, sous les disciples de Hegel, elle est tombée dans ralhéisme. Mais vous souvient-il de ces temps fabuleux où, il y a vingt-cinq ans, on proclamait en Sorbonne que la mission de la philosophie était de tendre doucement la main au genre humain pour Vaider à s'élever plus haut que le chrisiianisme ?
Tempora mutan tur . . .
Ce sera, si Je ne me trompe, la religion qui tendra un jour la main à la philosophie pour la tirer de son discrédit actuel. Gela dit, passons à autre chose.
Le pouvoir temporel ! quoi de plus ébranlé et de plus incertain? Au milieu de ces révoUes, de ces luttes, tantôt honteuses, tantôt sanglantes, où les peuples et les rois se sont infligé les uns aux autres ' des châtiments si mérités, croit-on que toute foi sincère et solide en Taulorité humaine n'ait pas été déracinée? Nous laissons à Tavenir le soin de désabuser ceux à qui des retours trop prompts pour n'être pas superficiels pourraient inspirer une confiance prématurée.
(i) Nous ne choisirions pas d'ailleurs, pour attaquer la philosophie française, le moment où plusieurs de ses jeunes adeptes, naguère et encore nos adversaires, viennent de donner l'exemple d'une bien rare indépendance, en sacrifiant leur carrière à leur conscience.
63 DES INT^aâTS CATHOLIQUES.
Ei que diron8-noo8 du libéralisme ? de ce vieux et faux libéralisme qui règne depuis soixante ans sur les inlelligences , qui n'a si souvent invoqué et caressé les penchants les plus nobles et les plus légitimes du cœur humain que pour les exploiter au profit de Tenvie, de la jalousie, du mensonge, et pour les condamner aux mécomptes les plus humiliants, aux expiations les plus douloureuses^ Il nourrissait rinsolenle prétention de remplacer le catholicisme après ravoir renversé; et le voilà luimême renversé , remplacé et enterré. Il enseignait partout le mépris des croyances et des traditions, et c*est à Taide d'une superstition populaire, soigneusement fomentée par lui contre l'Église et la monarchie, qu'on vient de l'assommer. 11 a toujours méconnu et insulté la puissance des noms, et c'est un nom qui , deux fois invoqué et sacré par tout un peuple, a d'abord confondu , puis anéanti , les créations de son orgueil. Il voulait faire dater le monde de 1789 , et c'est au nom des idées et des principes de 1789 qu'on les bâillonne , et qu'après l'avoir bâillonné , des écrivains , formés à son école , viennent insulter à sa défaite. Les chansons de Béranger ont été l'aliment délicat et spirituel dont il a nourri notre peuple ; et ce sont les chansons de Béranger qui ont creusé la fosse où il vient de toif^ber. Qui ftweam fodU , incidet in eam ; et qui statuit lapidem prosimo , offendet in eo ; et qui laqueum alii ponit, perihit in illo (i).
L'un des plus grands coupables de notre temps a défini un jour le libéralisme ainsi qu'il suit : Cesi
(I) Eoeli., xxvii. 29, 50,