‹ Des intérêts catholiques au XIXe siècle (volume 2)Chapitre 40 sur 69 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

garanUes libérales et constilutionnelles ? Quoi! les Anglais protestants sont convaincus, depuis Louis XIV et Jacques II (i), que le papisme est le synonyme de Toppression, qiril est incompatible avec la liberté civile et religieuse; et pour les éclairer, pour les ramener, tous leur er^voyez Tapologie de la révocation de Tédit de Nantes ! Quoi ? personne ne vous a fait apercevoir tous ces yeux ouverts, toutes ces oreilles tendues, toutes ces plumes taillées, pour saisir, transcrire, commenter, développer, exagérer et expédier aux quatre coins de Tunivers, aux innombrables possessions britanniques, et sur le vaste continent américain, telle boutade d'un écrivain de talent, ou telle étourderie d'un copiste subalterne, qui devient ainsi le mot d'ordre des ennemis de la fbi, des persécuteurs de rÉglise, et perpétuera Téternel malentendu qui a désorienté le monde !

S'il vous importe peu de tout compromettre à l'étranger, avez-vous déjà oublié tout ce qui, chez nous, dans noire propre et présente histoire, devait vous avertir et vous arrêter? Avez-vous oublié tous

(i) Les personnes qui jugent encore à la façon du xviii* siècle la tentative de Jacques II voudront bien nous permettre de les renvoyer à l'ouvrage récent de M. Maeaulay surThisloire de la révolution de 1688, dont M. Danjou a pubHi^ un fragment admirable dans son écrit intitulé : du Paganisme dans la société et dans l'éducation. Je crois en outre devoir donner, à titre de renseignement Irès-ialéressant, un jugement sur la conduite du clergé catholique sons Jacques II, par un auteur dont on n'a peut-être pas assez lu les ouvrages, par le prince Louis-Napolëon, président de la république. (Voir à V Appendice, n? IIL )

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ces évéqoes de^ France, d«nt les actes ont été recueillis, dont les écrits sont dans toutes les mains et toutes les mémoires, qui ont pendant dix années consécutives placé la liberté de rËçlise à I*abri de la liberté civile et politique ; qui n*ont pas attendu la révolution de février pour invoquer la Torce du droit et le droit de la liberté? Avez -vous oublié les jésuites, qui n*ont triomphé des arrêts du parlement, des ordonnances de Charles X, des ordres du jour législatif^ qu^en se retranchant sur le terrain de la charte et de la constitution ? qui n*ont entrepris, demandé* obtenu de rentrer en France, d'y élever résidences, noviciats, collèges, qu'à titre de citoyens et de Français? Encore une fois, pieux contempteurs des constitutions libérales et des droits civiques, avez-vous oublié le P. de Bavignan descendant de la chaire de Notre-Dame pour défendre, visière levée, Texistence de son institut, en refusant de répondre à un autre titre qu'à celui de libre citoyen d'un pays libre? et M. Thiers, devenu Ta vocat des jésuites, après avoir été leur accusateur, consacrant sa rare éloquenceàfaire sanctionner leurdroitparune assemblée souveraine, en jetant aux hurlements des montagnards déconcertés laj constitution'pour réponse! Eh quoi ! vous ne craignez pas de faire tressaillir de joie tous nos anciens adversaires, d'absoudre toutes les répugnances, les défiances, les préjugés dont nous avons été si longtemps victimes? Que nous objectait-on, en effet, pendant toute la durée de notre lutte pour la liberlé de l'enseignement, la liberté de U charité, la liberté des ordres religieux, des conciles, de l'Eglise tout entière? On ne niait pas que Cette liberté fût un bien, un droit, une conséquenee

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de la Charte. On nous disait t Vous ne la réclamei que parce que vous êtes les plus faibles; le jour où vous serez plus forts, le jour où vous serez les mattreS) vous la renierez, et vous la refuserez à ceux qui vous l'auront donnée !

Eh bien ! catholiques, vous voilà àTépreuve. Vous êtes les maîtres ou les amis du maître. On le croit, do moins. Gomment allez-vous répondre à Tattenté de vos ennemis, aujourd'hui défaits et humiliés? Allez-vous leur donner la plus douce des consolations, la plus profonde des satisfactions? Allez-vous vérifier leurs prédictions injurieuses, réveiller leurs haines en les motivant, fbumir un prétexte à leurs antipathies? Marchant en aveugles, sans vous soucier ou vous douter du mal que vous faites, obscurcirez-vousy comme à plaisir, la lumière qui se levait rayonnante dans leurs esprits? Repousserez-vous leurs mains qui se tendaient vers vous? Les refoulerez-vous dans leurs préjugés, dans leurs défiances, dans leurs rancunes? Leur prodiguerez- vous des arguments, des armes, du venin pour les luttes de Taventr, alors que chacune de vos inconséquences, chacune de vos palinodies, aujourd'hui soigneusement et silencieusement enregistrées dans la mémoire des vaincus, seront évoquées avec transport el jetées à la face des catholiques confus, humiliés et désarmés par votre faute ?

Ce n'était donc qu'un masque, vous dira-t-on, que cet amour de la liberté dont vous vous larguiez ! un masque incommodément porté pendant vingt ans, et que vous avez jeté à la première occasion favorable ! Non, non, vous dira-t-on encore, quand vous essayerez d'invoquer la liberté dans l'intérêt religieux;

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non, votre masque ne noua trompera plus ; noas vous connaissons, nous savons ce que vaut la liberté à vos yeuxy au jour de ses défaites. Nous savons que cette liberté d'enseignement elle-même, qui vous avait servi de bannière pendant un quart de siècle, vous vous êtes empressés de la désa vouer à la première lueur d*un privilège dont vous pourriez seuls profiter, au sein du monopole ressuscité? Vous avez deux poids et deux mesures ; vous avez des enseignes de rechange : hier, la liberté comme en Belgique ; aujourd'hui, le pouvoir comme en Russie (i).

Savez-vous ce qu'on dirait en un mot, et comment on écrirait votre histoire? On dirait que vous avez donné une seconde édition de la comédie de quinze ans !

La comédie de quinze ans I Je cite à dessein ce mot, parce que chacun sait le tort qu'il a fait à l'opinion libérale en France et ailleurs. El cependant il y eut certes autre chose que des comédiens dans ce grand parti constitutionnel de la restauration. Certes ils aimaient et voulaient la royauté, ces hommes d'État, ces orateurs illustres, Royer-€ollard, de Serre, Lalné, Marlignac, Camille Jordaiii Casimir Périer ( nous ne voulons nommer que les morts), eux qui, en l'avertissant, en la contenant,

(i) M. DBGARiiB, RvDuêdei Deux-Mondet^ïS mal 1853 J'aime à ciler cet ancico et intrépide défenseur de notre €aase,qae l'on a toujours vu sur la brôctie, dans lesoecd' fiions les plus difficiles, quand il Tallait tenir tête à des orateurs tels que MM. Tbiers et Dnpin, à tous les préjog^^ gallicans ei voltairiens, dans la chambre d*autre(bis,et qui, aujoard*bni comme alors, reste noblemenl fidèle àTo' nion de la religion et de la liberté.

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