‹ Des intérêts catholiques au XIXe siècle (volume 2)Chapitre 42 sur 69 · CHAPITRE yil · texte numérisé non relu

CHAPITRE yil

On g^HTemenieiit repréaciitatlfy et dm reproches qu^oa lui adresse.

MaisJ^enlends d^ici la réponse de mes adversaires. Nous aimons autant la liberté que tous, nous lui gardons notre foi et notre plume; ce que nous n^aimons plus, ce que nous réprouvons, ce dont nous saluons la chute avec enthousiasme, c*esl le gouvernement représentatif, constitutionnel, parlementaire.

Je réplique aussitôt : Le gouvernement que vous réprouvez est aujourd'hui , dans Tétat actuel des mœurs et des Institutions de TEurope, la seule forme possible de la liberté politique, Ostce que je vais essayer de prouver, après quelques observations sur ce malheureux gouvernement parlementaire, que nos publicistes en vogue se complaisent rhaquejour à ressusciter, pour le pourfendre, après ravoir préalablement déclaré mort et enterré.

A la fin de Tannée dernière, la France, par un nombre inouï de pétitions, par le vœu unanime des conseils (i;énéraux, par tous les moyens légaux, avait supplié ses représentants de lui accorder la révision d*une constitution qui la conduisait manifestement à rabtme. Ses Instances furent vain^

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Non-seulement la minorité socialiste, mais une fraction importante du parti conservateur refusait impitoyablement cette révision, tandis qu'une autre fraction plus nombreuse encore y consentait si mollement, qu'elle évitait mém^^ d*en signer la proposition. On contestait jusqu'à la sincérité des pétitions émanées de ces masses qui depuis ont su formuler d'une façon moins équivoque leur volonté dès lors évidente pour tous les Qens de bonne foi. N'ayant pitfs d'espoir dans le jeu régulier des institutions, indignée par la ténacité aveugle et par 1« s déplorables divisions de l'assemblée, la France, réduite aux abois, s'est empressée d'accepter et de bénir la chance de salut qui lui était offerte.

Mais de ce qu'au 2 décembre, contraints de choisir entre le socialisme et la dictature, la plupart des honnêtes gens se sont jetés du côté de celle-ci, il y a toute une classe d'écrivains qui voudraient en conclure que, par la même occasion, la France a renié toutes les conditions d'un pays libre, et que dans ce choc, la liberté, qu'ils déguisent 804is le nom de gouvernement parlementaire, a été prise au lacet, et étranglée par raccroc.

Je crois qu'ils se trompent en fait et surtout en droit, et j'espère qu'il me sera accordé, pour le dire, la même licence que celle dont a pu jouir M. Pruudhon pour prouver que le 2 décembre était le triomphe de la révolution sociale et le commencement de la venue de l'anlechrist.

On voudra bien remarquer que je serais nussi bien placé qu'un autre pour m'ériger en censeur de ce gouvernement déchu. D'abord je dois le con^ naître, et peut-être un peu mieux que ses d^trac-

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leurs actuels, pour l'avoir longtemps prati(|iié : Testis et pars aliquafui. J'ai vu de près ses abus, ses dangers, les folles illusions, les jeux stériles et cruels des partis. Je les ai signalés, j'en ai gt^mi, à la tribune, alors que la tribune était encore debout, en présence des maîtres du jeu, qui ne me Tonl pas pardonné. J'ai pu subir, comme un autre, plus qu'un autre, les mécomptes, les tristesses, les défoîllances inséparables de ce laborieux régime. Je pourrais le juger d'autant plus sévèrement, que nul ne ni*a jamais vu tremper à un degré quelconque dans ces intrigues, ces coalitions, ces campagnes de couloirs^ ces manèges de partis qui Tout compromis et déconsidéré. Mais je me contente de ce que j'en ai dit quand il était triomphant «t en apparence inattaquable. Je ne veux pas lui jeter la pierre aujourd'hui qu'il est vaincu, et livré aux Thersites du camp victorieux. Gomme, après to it, la responsabilité des vaincus me parait moins formidable que celle des vainqueurs, j'aime mieux chercher si, par quelque faute inconnue de moi-même, je n'ai point mérité d'être englouti dans cegrand naufrage, dont des pilotes plus célèbres paraissent seuls responsables. Delicta guis tnteliiget? Ab occultis mets munda nie, ei ab alienis parce servo tuo. Quel est d'ailleurs l'honnête homme, l'homme de cœur qui pourrait être tenté, même avec les plus Justes griefs contre le régime parlementaire, d'aller enfler le flot de ses détracteurs actuels ? De quoi se compose ce flot? N'y voit-on pas, avec les courtisans habituels de la victoire, toutes les ambitions inassouvies, toutes les médiocrités avides, tous ces aventuriers de plume qui*, sous aucun des pouvoirs

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qu'ils ont servis, o*unL pu gravir jusqu'à l'esline publique ; toutes les doublures des régimes déchus ; tous ces gens qui nous cajolaient dans les couloir» de rassemblée, et qui ont pour raison principale de maudire la tribune leurs impuissantes tentative» pour y arriver ou pour y réussir ?

A quoi sert de le dissimuler ? il y a toute une armée de panégyristes attitrés du pouvoir nouveau, qui cherchent à exploiter, au profit d'une doctrine nouvelle, ce besoin impérieux d'une tranquillité quelconque qui prévaut en France depuis la catastrophe de février et ses suites. A côté de la satisfaction légitime qu'inspire le sentiment d'un immense danger évité, à côté de la reconnaissance que mérite un immense service rendu, ils essayent déplacer comme une croyance nationale la haine des formes et des idées dont la France a paru si longtemps éprise. Leur calcul n'est peut-être pas erroné. Dans la joie furieuse que leur inspire la chute du régime parlementaire, n'y aurait-il pas un suprême triomphe de l'instinct et de la logique démocratique? Ce triste et bas instinct, qui s'est d'al)ord cru satisfait par la substitution de l'aristocratie des capacités à l'aristocratie de naissance, a bientôt reconnu que les hommes de tribune, quelque révolutionnaires que fussent d'ailleurs leurs sympathies ou leur origine, pouvaient créer une nouvelle et puissante aristocratie; car ce qui constitue surtout l'aristocratie, et ce qui surtout répugne à la démocratie, c'est Vifidépendance, c'est la force personnelle et permanente, qui peut résister au pouvoir et lui survivre. Certes il vaut mieux, pour les individus qui en sont revêtus et pour làsociété, que cette force ne

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